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03 janvier 2019

TAG : Les dix films essentiels : 1ère partie

Une fois n'est pas coutume, pour casser la monotonie des articles, voici un petit TAG bien sympathique, glané au hasard du web, sur lequel j'ai trouvé très agréable de réfléchir...

Le but : citer dix films qui ont eu un impact significatif sur vous lors du premier visionnage, que vous l'ayez vu enfant, adolescent ou adulte. Afficher une image, qui ne soit pas l'affiche du film, mais d'une scène-clé essentielle à vos yeux, par exemple. Pas de longue explication, juste le sentiment général qui s'y trouve lié...

1. Hamlet, de Laurence Olivier (1948)

C'est le premier film qui m'est venu à l'esprit lorsque j'ai réfléchi à ce tag. Il est certainement l'oeuvre qui a le plus marqué mon adolescence et mon rapport au théâtre classique. J'ai déjà parlé de ce film ici, je ne vais donc pas trop m'étendre sur le sujet, mais il est vrai que son esthétique unique, son ambiance lugubre et asphyxiante a énormément conditionné ensuite mes goûts en matière de films, de récits, et d'art en général (maintenant que j'y pense, ce doit être à cause d'Hamlet que j'adore le monochrome...) Ce film est à mon sens la plus merveilleuse adaptation de la pièce, d'autant qu'elle véhicule une sorte d'aura ténébreuse qui a tendance à imprégner le spectateur longtemps après le visionnage. La scène-clé qui m'a le plus marquée dans ce film est la scène du premier acte, durant laquelle le spectre du défunt roi apparaît à son fils sur les hauteurs des remparts du château d'Elseneur. Le fantôme du monarque apparaît dans une brume épaisse, sur un fond d'un noir d'encre aussi n'aperçoit-on que les contours du personnage, hormis le reflet de deux yeux incandescents sous un heaume... La voix de l'apparition qui semble comme émaner des profondeurs n'est pas étrangère au malaise que l'on ressent au visionnage (pour l'anecdote, cette voix est en réalité celle de Laurence Olivier, qui avait enregistré le texte sur une bande magnétique, qu'il a simplement passé au ralenti au montage : comme quoi, ce sont parfois les effets les plus simples qui se révèlent les plus efficaces) ... Glaçant et magistral...


I am thy father's spirit,
Doomed for a certain term to walk the night
And for the day confined to fast in fires
Till the foul crimes done in my days of nature 
Are burnt and purged away. [...]


2. Dune, de David Lynch (1984)

Pour le coup, il s'agit ici d'un film d'enfance, et un film bizarroïde s'il en est. Tout le monde a, je pense, déjà entendu parlé de Dune, l'interminable série de romans de science-fiction de Frank Herbert. Il s'agit ici de l'une des adaptations sans doute les plus folles (peut-être pas forcément la plus fidèle au roman) - forcément me direz-vous, car elle a été pensée et réalisée par David Lynch - mais aussi la plus noire. J'ai vu ce film vers l'âge de 7 ou 8 ans, si je me souviens bien, et malgré qu'il soit assez horrible à voir pour un jeune public, je l'avais absolument adoré. Pas de visuel très sanglant, mais un nombre faramineux d'assassinats, d'intrigues politiques et familiales, de grosses bestioles rampant dans les sables, sur fond de trafic d'une drogue appelée l'épice et donnant un pouvoir incommensurable à celui qui la consomme, notamment celui de voyager dans l'espace sans déplacement...  L'intrigue est particulièrement retorse, donc, mais très onirique et symbolique, surtout quand je la considère a posteriori. J'ai eu toute mon enfance une admiration sans bornes pour le personnages de Paul Atréides (Kyle MacLachlan, ci-dessous), alias le Muad'Dib, sorte de messie attendu par le peuple des Fremens, habitant la planète Dune. Le personnage, omniscient, charismatique, voire légèrement tyrannique, est absolument fascinant. J'ai vraiment dû faire un choix cornélien pour retenir un plan en particulier, car il y a énormément de scènes essentielles dans ce film, qui dans mon enfance, a toujours eu ma préférence par rapport aux films de la franchise Star Wars, que j'ai (re)découvert plus tard. La scène en question se déroule dans le désert d'Arrakis, autre nom de la planète Dune, lorsque Paul, pour prouver au peuple des Fremens qu'il est le messie tant attendu, se doit de maîtriser le ver des sables géants, qui sécrète l'épice. Paul "appelle" donc la créature, horriblement dangereuse, tandis qu'au loin, les Fremens observent la scène...
A vrai dire, rien que le fait d'en parler me donnerait presque envie d'écrire un article à part entière sur le sujet... :) Il se pourrait bien qu'un jour je m'y mette... 

Paul Atréides, le Muad'Dib attendu sur Arrakis

3. Notorious, d'Alfred Hitchcock (1946)

Encore un autre film d'adolescence, découvert grâce au Cinéma de minuit, que j'ai vu, vu et revu à un point que la VHS en était devenue toute usée... Notorious, traduit en français par Les Enchaînés (titre vraiment ridicule, s'il en est), raconte l'histoire de deux agents des services secrets américains, Devlin et Alicia, campés par Cary Grant et Ingrid Bergman, partant à la traque aux anciens nazis réfugiés en Amérique du Sud. Dans le but de mettre au jour leur laboratoire de raffinement de minerais d'uranium, la jeune espionne parvient à se faire épouser par le chef de leur réseau, interprété par Claude Rains. Tout se déroule à peu près pour le mieux jusqu'au jour où elle est progressivement empoisonnée par son mari à coups d'arsenic...
Notorious, malgré l'excellente excuse d'être un film d'intrigue et d'espionnage, est avant tout un petit bijou romantique à l'état brut... On dirait presque que l'histoire de groupuscule nazi n'est qu'une excuse pour des scènes à faire fondre nos coeurs de midinette à l'écran. Parce que les deux espions, ben, ils s'aiment, mais c'est compliqué... :) L'une est une ancienne alcoolo repentie, doublée du fait qu'elle est d'origine allemande, mais bonne comme le pain, et l'autre est un gars inaccessible, parfaitement glacial, qui sait bien que ce n'est pas une bonne idée, ah non, vraiment pas, de s'enticher de sa partenaire... Alors, bref, ce film est un déluge de romantisme, avec amours contrariées à la clé. La scène qui me vient tout naturellement en tête est celle où Devlin, malgré l'interdiction de sa hiérarchie, part à la rescousse d'une Alicia empoisonnée, et retenue captive dans la maison de son nazi de mari... C'est beau, c'est pur, c'est d'un romantisme fou, et pourtant sans jamais d'excès. C'est vraiment un film dont je ne me lasse pas.

Notorious : encore un plaisir coupable, tiens...

4. Jane Eyre, de Robert Stevenson (1944)


Décidément, la plupart des films qui m'ont marquée durablement ont été visionnés pendant l'adolescence... J'ai vu celui-ci durant l'été sur la chaîne Club-RTL qui diffusait auparavant tous les mercredis soirs, un classique du cinéma... Je ne connaissais à l'époque pas du tout Jane Eyre, ni l'histoire d'ailleurs, que j'ai découvert en visionnant ce film avec Orson Welles et Joan Fontaine. Le lendemain, je commençais le roman (merci la bibliothèque familiale), qui m'a tenu en haleine pendant 3 jours, durant lesquels je ne faisais absolument que lire... Ce roman est non seulement celui qui m'a permis de connaître la littérature victorienne, mais qui m'a aussi plongé dans la passion de la lecture tout court. Alors certes, le film a des défauts (et je vous passe vraiment l'horreur totale de la VF), mais il a une magnifique atmosphère. J'ai particulièrement été marquée par le scène lors de laquelle Jane et Helen, au pensionnat de Lowood, sont punies pour avoir fait preuve de rébellion et de vanité... On les voit donc porter des poids à bout de bras, en tournant en rond dans la cour de l'école, sous une pluie diluvienne. Cet épisode est d'ailleurs absent du roman, mais il permet de résumer en quelques images fortes les privations et les humiliations subies par Jane au pensionnat.



5. Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban, d'Alfonso Cuarón


C'est décidément ce film de la série qui m'a rendue accro à la saga. Auparavant, je n'avais pas lu les romans, et ne connaissais l'histoire que de manière très imparfaite. Le Prisonnier d'Azkaban, avec son esthétique irréprochable, sa noirceur, ses personnages attachants et troubles, m'a vraiment marqué l'esprit. La scène-clé qui me vient à l'esprit est sans doute celle du train, arrêté par les détraqueurs venus d'Azkaban. Je me souviens avoir été glacée par l'apparition de ces créatures désincarnées dans le compartiment de Harry, lorsque toutes les vitres se recouvrent de givre, et que l'on voit une main noueuse, osseuse, se glisser sur la porte pour l'ouvrir. Une véritable vision de cauchemar et un grand moment d'angoisse... :p 



La deuxième partie, c'est par ici.

05 avril 2016

Hamlet (RSC et BBC) - adaptation télévisée de 2009

D'après l'oeuvre de William Shakespeare, "The Tragedy of Hamlet, Prince of Denmark".

Avec David Tennant (Hamlet), Patrick Stewart (Claudius et le défunt roi), Penny Downie (Gertrude), Oliver Ford Davies (Polonius), Mariah Gale (Ophelia), Peter De Jersey (Horatio), réalisé par Gregory Doran.

***

A la cour de Danemark, on fête le mariage du roi Claudius et la reine Gertrude, le frère et l'épouse du précédent monarque, mort deux mois plus tôt. L'héritier du trône, son fils, Hamlet, voit d'un mauvais oeil ce mariage et souffre en silence de la mort de son père. Une nuit, le spectre du défunt roi lui apparaît sur les remparts du château d'Elseneur et lui apprend qu'il a été assassiné par Claudius. exhortant son fils à la vengeance. Mais Hamlet, aux prises avec les remords de sa mère, son amour pour Ophélie, la fille du grand chambellan, ainsi que ses propres scrupules, tarde à agir...

*** 

Cela ne doit pas faire loin de vingt ans que je suis une adoratrice de cette pièce de Shakespeare, découverte à l'adolescence par le biais de la splendide et emblématique adaptation qu'en a tiré Sir Laurence Olivier en 1948, récompensée par plusieurs oscars, un lion d'or, un bafta, et un golden globe (excusez du peu). De cette oeuvre très expressionniste, filmée en noir et blanc, beaucoup se sont inspirés à divers degrés, et je pense que cette adaptation produite par la BBC et la Royal Shakespeare Company, ne fait pas exception. Difficile de passer outre une adaptation passée au statut de mythe (ce que Kenneth Brannagh a fait de manière tout à fait magistrale en 1996, en adaptant le texte intégral de la pièce), mais je pense que la version télévisée de 2009 dont il est question dans cet article, a parfaitement réussi ce délicat pari. 



La mise en scène, nette mais résolument moderne, conforte l'intemporalité de la pièce et ne gêne en aucun cas le texte. Même si je reste une fervente partisane des pièces à costumes et des adaptations dans une veine plus "historique", j'ai beaucoup aimé cette vision très universelle, qui a l'avantage de remettre la richesse du texte au centre de l'attention du spectateur. Les décors sont dépouillés, se limitant à l'essentiel : les murs et le sol sont tendus de noir, reflets des tourments du personnage principal, et plus généralement de la pesanteur de l'intrigue, qui s'articule autour d'un fratricide, de la trahison et de la folie. Même si on peut reprocher sans doute à la modernité de manquer parfois un peu d'apparat, elle a le mérite de libérer la mise en scène, tout en se devant de conserver un propos forcément très rigide. Ce paradoxe est toutefois très bien traité dans cette version, qui par sa dignité sobre, ne présente pas tant d'incohérences que cela... 

 
David Tennant ; un Hamlet velléitaire, entre drame et bouffonnerie


Venons-en à présent aux acteurs... Comment ne pas citer en premier lieu l'acteur écossais David Tennant, bien connu du grand public pour ses rôles de Doctor Who ou plus récemment de l'inspecteur Alec Hardy dans la magnifique mais néanmoins ténébreuse série Broadchurch ? Un seul mot me vient à l'esprit : brillant ! Un Hamlet tiraillé par des désirs contraires, masquant mal un comportement dont la velléité tend à la fois au drame et à la bouffonnerie. S'il apparaît tout d'abord comme un jeune homme blessé par un deuil qu'on ne lui laisse pas le temps de porter en raison du remariage précipité de sa mère avec son oncle, le spectateur verra progressivement en lui, dès les premières scènes, que cette tristesse affichée n'est que l'émergence d'une colère difficilement contenue.



Lorsque le fantôme de son père lui apparaît - et là, citons Patrick Stewart, campant un merveilleux spectre rageur - Hamlet se voit contraint à agir. A moins que comme cela a souvent été supposé, le spectre ne soit qu'une projection de ses visions mortifères, dominées par un complexe d'Oedipe à son paroxysme, trouvant dans les révélations d'assassinat du spectre, un terrain propice au déchaînement de sa rage... Seulement, le personnage est loin d'adopter un raisonnement aussi clair, aussi tarde-t-il à agir. La vengeance promise est retardée, la compromettant ainsi par des agissements aux effets désastreux. David Tennant a merveilleusement su capter l'essence même de ses questionnements ou plutôt de son absence d'intentions, grâce à un jeu qui oscille perpétuellement entre les extrêmes. Dans une même scène, le personnage peut à la fois faire rire ou inquiéter, passant d'une philosophie grave à la facétie. Le mélange se révèle très efficace et oserait-on le dire, rendrait presque le personnage plus sympathique au spectateur... Cependant, par sa démesure, ou par son égoïsme épouvantable, il entraîne tout ceux qui ont le malheur de l'approcher vers une inéluctable tragédie. Si Hamlet ne cherche initialement qu'à atteindre son oncle, il sèmera tout au long de la pièce un lot impressionnant de victimes collatérales... Il tuera Claudius, quand lui-même sera acculé par sa propre mort.




Le reste du casting n'est pas à négliger, Patrick Stewart en tête, qui dans ce registre classique n'en demeure pas moins terriblement glaçant : le personnage double de Claudius, apparaissant comme un roi digne et intègre, souriant et magnanime, qui se révèle être un assassin manipulateur, usant d'un merveilleux ascendant naturel pour servir des intérêts peu avouables. Au regard de l'interprétation de Patrick Stewart, la citation de l'acte I, scène V, n'a jamais paru aussi juste, lorsque Hamlet dit à son propos :

"O villain, villain, smiling damnèd villain ! 
My tables ! Meet it is I set it down 
That one may smile, and smile, and be a villain.
At least I'm sure it may be so in Denmark.
So uncle, there you are."


Quant à Penny Downie, interprétant Gertrude, on se régale de la justesse de sa bienveillance maternelle et de son désespoir au cours de la scène qui la voit mise au pied du mur, lors de la confrontation avec son fils. J'attendais avec impatience ce passage, sans doute l'un des plus rageurs de la pièce, et forcément révélateur de la qualité des interprétations. On ne peut être résolument déçu par la fièvre avec laquelle les deux comédiens livrent cette scène délicieusement ambiguë.



Quant à Oliver Ford Davies, interprétant Polonius, et Mariah Gale, dans le rôle de sa fille Ophelia, on salue le naturel du premier, dans ses instants de rhétorique et de discours prolixe, et ses apartés du plus bel effet. Quant à la seconde, je regrette un peu le caractère très effacé de l'actrice choisie, même si elle donne à voir une très belle et émouvante scène de folie. On sait combien le personnage d'Ophelia est considéré à juste titre comme particulièrement fragile, personnage au charme diaphane, martyr sacrifié sur l'autel de l'égoïsme et des indécisions répétées d'Hamlet. On peut regretter que la comédienne ne joue malheureusement trop sur le registre de la transparence, même si on peut comprendre dans un sens, ce choix de la mise en scène.

Oliver Ford Davies (Polonius) et Mariah Gale (Ophelia)
Pour conclure, je ne résisterai pas à poster ici la scène emblématique du "To be or not to be", récitée par David Tennant...



Une adaptation universelle, aux comédiens excellents, à voir et à revoir...