25 avril 2019

Derniers visionnages janvier à mars 2019

Pas beaucoup de sorties cinéma ces temps-ci par manque de temps, ni de lectures d'ailleurs, mais quelques jolies découvertes en DVD...

Death & Nightingales (série BBC 2018) (Costume Drama / Drame psychologique)

Voir l'article par ici pour une critique complète de la série et du film. Un must-see !






















Blackkklansman, de Spike Lee (2018) (Drame/Film policier)

Milieu des années 70. Ron Stallworth est une jeune recrue de la police de Colorado Springs, et surtout le premier policier noir de la brigade... Employé dans une section de renseignement en plein désoeuvrement, Ron Stallworth décide, avec l'aide de l'un de ses collègues juif, d'infiltrer le KuKluxKlan... 

Je ne suis pas une grande habituée du cinéma de Spike Lee, mais j'ai absolument adoré le ton de ce film un peu décalé, qui lorgne clairement sur un registre de comédie mais qui n'en véhicule pas moins un message particulièrement fort et poignant sur le droit des minorités dans l'Amérique post-Vietnam. Un vrai film coup de poing, dont la fin vous laissera une impression glaciale, car elle rejoint de manière choquante les drames de l'actualité américaine et les discours suprémacistes entendus parmi les soutiens de gouvernement Trump. 

Un très beau film, très en demie-teinte, avec des acteurs splendides, dont John David Washington et Adam Driver qui campent avec brio les deux personnages principaux de cette oeuvre coup-de-poing.






Split, de M. Night Shyamalan (2017) (Thriller/Horreur psychologique)

J'étais passée complètement à côté de Split en 2017, et l'avait un peu oublié jusqu'à la sortie il y a quelques semaines de Glass, la conclusion de la trilogie, que constitue ce film avec Split et avant lui, Incassable (Unbreakable). Glass m'attirait particulièrement, car j'avais adoré Unbreakable, malgré les critiques très négatives que ce film avait soulevé à sa sortie. Mais, n'ayant pas vu le très acclamé Split, je me suis abstenue d'aller le voir en salles, ne voulant pas débarquer sans connaître une moitié de l'histoire d'origine. Et je n'ai pas été déçue... Cela faisait d'ailleurs très longtemps que je n'avais pas apprécié un film à ce point. Et comment ne pas être impressionnée par les différentes personnalités campées par un James McAvoy au summum de l'inquiétant ? Sa transformation physique, gestuelle, qui se fait parfois d'une seconde à l'autre est tout à fait impressionnante, et vous fait réellement froid dans le dos. L'histoire est excessive, comme l'est le personnage central qu'on peine vraiment à cerner, et c'est sans doute ce qu'il y a de plus fascinant dans ce film très asphyxiant. Le très beau personnage secondaire de Casey campé par Anya Taylor-Joy, l'une des trois filles que Kevin/Dennis a enlevé comme par erreur est sans doute la seule, de par sa personnalité en souffrance, à pouvoir appréhender les 23 identités de Kevin, et à échapper à la 24e... Ce personnage semble d'ailleurs revenir dans Glass, que j'ai hâte de voir dès sa sortie en dvd !



Edward aux Mains d'argent, de Tim Burton (1990) (Drame/Fantasy)

Voilà un film que je n'avais jamais vu, mais pour lequel j'ai eu un énorme coup de coeur. A vrai dire, j'ai toujours eu une image déformée de ce film de Tim Burton, que je croyais foncièrement dépressif et malsain... Alors que ce film est tout le contraire ! C'est le genre de film baroque, excessif, que j'adore et surtout très lumineux, attendrissant et drôle qui le fait classer parmi les meilleurs du genre. Un classique dont on ne se lasse pas et qui réchauffe le coeur au besoin...












Oblivion, de Joseph Kosinski (2013) (Science-fiction/Drame)

Qu'on se le dise, un petit film de science-fiction post-apocalyptique de temps en temps ne fait de mal à personne. Pour le coup, Oblivion est une grosse déception. Il y a de très belles images, c'est certain, les effets spéciaux sont soignés comme dans un film à gros budget, mais le scénario est d'un creux affolant, et suit une trame tellement attendue que l'on s'ennuie ferme pendant 2h. Et le coup de Tom Cruise qui sauve une demoiselle en détresse commence vraiment à lasser... Bref, un film pas très utile, mais divertissant tout de même...











14 février 2019

Death and Nightingales (roman d'Eugene McCabe et minisérie BBC)

Roman d'Eugene McCabe, paru en 1992 (trad.française : Ode funèbre)

Mini-série en 3 épisodes de 55 minutes, adaptée et réalisée par Allan Cubitt pour la BBC, avec Ann Skelly (Beth Winters), Jamie Dornan (Liam Ward) et Matthew Rhys (Billy Winters), Charlene MacKenna (Mercy Boyle)

Beth, jeune femme de vingt-deux ans, vit à Clonoula, vaste domaine de la campagne de l'Ulster, avec son beau-père, Billy Winters, riche et prospère exploitant d'une carrière. Tiraillée entre son amour pour sa terre et les liens toxiques qui l'unissent à Billy, Beth cherche désespérément un échappatoire, qu'elle trouvera en Liam Ward, l'un des exploitants de Clonoula. Il demande alors à Beth de s'enfuir avec lui pour l'Amérique, en prenant soin de dérober d'abord l'or que son beau-père dissimule jalousement dans son coffre...

***

Je ne connaissais ni Eugene McCabe, éminent écrivain irlandais, ni ce roman, avant de découvrir les premières images de l'adaptation que la BBC en a faite il y a quelques mois... L'atmosphère inquiétante et les relations conflictuelles des personnages présentées dans la bande-annonce, augurait une histoire pour le moins singulière et oppressante. Lors de mon récent séjour sur l'île d'émeraude, une sympathique libraire m'a vivement recommandé le roman, un classique contemporain de la littérature irlandaise. J'ai donc sagement obéi au conseil, et ai lu ce roman assez court (un peu moins de 300 pages) avec énormément d'enthousiasme (je remercie d'ailleurs le magnifique et emblématique Charlie Byrne's bookshop au passage :) ) . Il y a un peu de la patte de Dickens dans le portrait des personnages d'Eugene McCabe, voire même un soupçon de roman social d'inspiration plus française au regard des situations désespérées que l'auteur faire vivre à ses personnages et dans lesquelles il se plaît à les enfermer, le tout sur fond de conflits religieux et de prémices de luttes indépendantistes... Comme vous l'aurez compris, le contexte de cette oeuvre est on ne peut plus aisé et joyeux...!

Death and Nightingales est un roman découpé de manière très cinématographique, très visuel, et que l'on referme avec un frisson assez troublé. Car l'histoire qu'il retrace, qui s'étend sur une période d'un peu plus de 24h, foisonne de sentiments contradictoires, quelque peu confus et toxiques, sur lesquels on a tendance à se poser un nombre incalculable de questions longtemps encore après la lecture. A vrai dire, même si le style et l'allure du livre lorgnent allègrement sur des classiques anglais, on est plutôt dans la gamme de personnages frustrés et inquiétants à la Zola. Ceux-ci sont tellement dépourvus d'étincelle, que l'on est plus fascinés par leur mécanique intrinsèque, terriblement ambivalente, que par leurs actions et leurs pensées néfastes. Le trio de personnages centraux n'ont vraiment rien à envier les uns aux autres dans ce registre... Et c'est en grande partie pour cette raison que le roman est aussi magnétique. Aucun personnage n'y est jamais entièrement bon ou mauvais : le rôle des bourreaux et des victimes est toujours changeant, redéfini, réajusté, jusqu'à la dernière ligne. Le personnage de Beth Winters, campé dans l'adaptation par Ann Skelly, en est d'ailleurs le meilleur exemple. Jeune femme au tempérament très affirmé, élevée par une mère catholique mais vivant dans l'ombre d'un beau-père protestant avec qui elle entretient une relation très néfaste et ambiguë, elle se jette avec entêtement dans les bras du premier homme venu, qui semble s'intéresser un tant soi peu à elle et qui se révèle être le seul dérivatif à la confusion de son quotidien. Cependant, Liam Ward, ne fait qu'y ajouter du trouble, puisqu'il est lui-même un voleur patenté, et est soupçonné par le gouvernement anglais d'avoir fourni des explosifs utilisés dans de récents attentats. Celui-ci l'incitera à voler, puis à s'enfuir sans aucun scrupules.

Beth Winters (Ann Skelly)
Beth, vivant dans des sentiments assez flous, oscillant perpétuellement entre  une haine violente et un amour vicié, se laisse séduire, mener et entraîner dans une direction qui ne vaut guère mieux que celle dans laquelle elle se pense contrainte. Elle était cependant loin de se douter que son amant, qui fait montre d'une froideur et d'un mutisme assez suspects, ne s'intéresse pas à elle, mais projette plutôt de s'en débarrasser crapuleusement à la première occasion...

Liam Ward (Jamie Dornan)
Ward, très justement campé par un Jamie Dornan très convaincant dans ce registre, est une sorte de brute taciturne, qui malgré ses allures monocordes se révèle d'ailleurs beaucoup plus nuancé qu'on ne l'aurait cru. A vrai dire, si on redoute assez rapidement le fond de la nature du personnage, celui-ci réserve d'excellentes surprises dans la progression de cette intrigue inhabituelle et plutôt anxiogène.
Evidemment, comment ne pas parler du personnage interprété par Matthew Rhys, qui comme à son habitude, excelle dans la peau de parfaits salauds... Quoique Billy Winters navigue définitivement dans des eaux bien troubles...Le beau-père de Beth peut rappeler pour ces raisons le Humbert de Nabokov, ou le Dr Pascal de Zola, par ce côté possessif et malsain, ses allures pitoyables contrebalancées par des accès de violence et de jalousie maladives. Au même titre que Beth, le personnage de Winters pose question, comme c'est d'ailleurs le cas à la lecture.

Billy Winters (Matthew Rhys)
L'acteur a d'ailleurs très bien rendu justice à son ambivalence, à ses regards circonspects d'alcoolique ou à ses expressions à vous transpercer l'âme de terreur. Sans parler de son pathétisme, de ses larmes de remords et d'affection déplacée... Dans les scènes qui opposent ce dernier à sa belle-fille, on se sent inévitablement mal à l'aise, tant les deux personnages semblent perpétuellement sur le fil, à tel point que l'on se demande réellement qui est le bourreau de qui... L'introduction du personnage de Ward dans le duo principal, ajoute en cela une oppression et une tension palpable dès les premiers instants. Je ne spoilerai pas la conclusion de cette improbable récit qui continue de jouer avec les nerfs du lecteur (ou du spectateur) avec brio, évoquant par bien des aspects les meilleures oeuvres de Du Maurier...

"What a pair we two..."
Personne n'est jamais tout à fait blanc ou tout à fait noir dans Death and Nightingales, il n'y aura pas d'étincelle, pas d'espoir, et nul n'aura droit à une quelconque rédemption, ce qui laissera une suite sans fin de questions sur le devenir des protagonistes. La frustration et le questionnement sont au rendez-vous de ce roman inhabituel et de cette série pour le moins fidèle à son matériau de base, servie par un casting de choix que l'on ne pourra vraiment pas bouder !


08 février 2019

La musique, c'est du bruit qui pense (3) : Ma playlist de février

En attendant quelques nouveaux articles et un peu d'inspiration, voici la liste non exhaustive des titres qui tournent en ce moment dans ma playlist...
Enjoy !


Blackbird - Alterbridge

Enorme coup de coeur pour cette chanson d'Alterbridge, du metal encore, mais du bon, du grand metal, avec un texte splendide et des riffs de guitare à tomber...

"Let the wind carry you home 
Blackbird fly away 
May you never be broken again"



Così celeste - Zucchero 

Rien de tel qu'un peu de chanson italienne pour remettre du soleil dans ces jours froids de février...



The Parting Glass - The high kings


Après avoir découvert l'Irlande pour la première fois il y a quelques semaines, je suis tombée littéralement amoureuse du pays, de ses ciels (qui ne sont pas de légendes), de sa culture... Je ne pouvais pas ne pas restée imprégnée par ses musiques et ses chants traditionnels, qui résonnent partout, dans les pubs bien sûr, mais aussi dans la rue, à toute heure, à toute occasion... The Parting Glass est une chanson d'adieu, tellement belle et harmonieuse, chantée traditionnellement par un choeur d'hommes, et qui laisse des larmes plein les yeux.



Shallow - Lady Gaga & Bradley Cooper

J'avoue, j'ai versé ma petite larme au cinéma sur la chanson phare du film de Bradley Cooper, Shallow. J'ai littéralement adoré cette version de Lady Gaga au naturel, avec une voix si magnifique et si touchante, qu'elle vous en donne immanquablement des frissons...



Zombie - The Cranberries

Un grand classique dont je ne me lasse pas...

15 janvier 2019

TAG : les 10 films essentiels : 2ème partie

Voici la suite de l'article consacré au TAG des dix films essentiels, dont la première partie se trouve ici.

6. The Phantom of the Opera, de Joel Schumacher (2004)

J'aurais vraiment été malhonnête de ne pas en parler dans ce tag... C'est ce film qui m'a permis de (re)découvrir le Fantôme de l'Opéra, puisque j'avais lu le roman quelques années avant de voir le film en 2005. Le roman, jouant plus sur l'intrigue et le sensationnel que sur la tragédie du personnage principal, ne m'avait pas durablement marquée. C'est un voyant le film de Joel Schumacher, lui-même issu de la comédie musicale du même nom, baroque et flamboyante, que j'ai découvert ce personnage omniscient, génial, grandiloquent et tragique, qui depuis, n'a jamais cessé de me fasciner...

Retenir une scène en particulier a, à nouveau, été très difficile, puisque le film dans son entièreté, même si l'on peut lui reprocher son casting vocal très moyen, est une merveille visuelle, et est teinté d'un tel romantisme dramatique, qu'il est réellement très compliqué de faire un choix. Malgré tout, je pense que la scène qui m'a le plus émue au visionnage est celle où le Fantôme découvre que sa "protégée" Christine, en aime un autre. Le prestation de Gerard Butler dans cette scène est vraiment admirable : son personnage passe en une minute du désespoir à une rage meurtrière. On voit ses sanglots se transformer progressivement en exaspération, en colère, en destruction. L'acteur a magnifiquement retranscrit dans cette séquence le fait qu'Erik, le Fantôme de l'Opéra, pense, agit et vit perpétuellement dans des extrêmes. C'est ce qui rend ce personnage si digne d'intérêt... 

Si le personnage vous intéresse, n'hésitez pas à cliquer dans la liste des tags "The phantom of the Opera" sur ce blog ;)

Le Fantôme de l'Opéra (Gerard Butler) pleure sur son amour perdu

7.Dracula, de Tod Browning (1931)

Là encore, je ne pouvais pas passer outre... Je ne vais pas trop m'étendre sur le sujet, puisqu'il y a déjà pas mal d'articles consacrés au plus célèbre des vampires sur ce blog. Cependant, à nouveau, j'ai choisi ce Dracula en particulier parce que c'est justement à cause de Béla Lugosi que je dois mon addiction à ce mythe. Cet acteur magnétique, au regard inquiétant et à la gestuelle si caractéristique a si bien instauré l'image de ce dandysme d'un autre âge qu'il est et restera pour longtemps et beaucoup le Dracula de référence. De même ce film bénéficie d'une réalisation offrant des monochromes splendides, faisant en sorte que chaque plan est presque une oeuvre d'art...

En réfléchissant à une scène spécifique, j'ai retenu celle du balcon, qui m'est immédiatement venue à l'esprit. Dans cette séquence, le vampire, souhaitant rejoindre Mina, se poste un instant sur la terrasse baigné de brume menant à sa chambre, enveloppé de la large cape, qui est devenue la marque de fabrique de Lugosi et l'un des accessoires indispensables de Dracula dans l'inconscient collectif. Le réalisateur fait ensuite un gros plan sur le visage et les yeux de l'acteur, qui sous couvert d'un masque extrêmement inquiétant, exerce une fascination spectaculaire... Cette très belle scène, se déroulant dans un silence total, sans musique de fond, (c'est une des particularités de ce film qui ne bénéficie quasiment d'aucune bande originale), teinte cette oeuvre d'une aura assez lugubre et chargée...

Béla Lugosi dans Dracula : éternelle image du vampire

8. Star Wars : The Force Awakens, de J.J Abrams (2015)

Comme je l'ai mentionné dans la première partie de l'article, Star Wars n'est pas une franchise que j'ai apprécié toute jeune. J'y suis venue assez tard parce que je n'avais pas gardé un bon souvenir d'enfance de mes premiers visionnages, et la prélogie - qui soyons honnêtes, bénéficie d'un scénario assez aléatoire et de dialogues vraiment navrants - n'a pas aidé à ce que je me penche plus tôt sur la question. C'est grâce au film de J.J. Abrams que j'ai vraiment sauté à pieds joints dans la saga Skywalker...

J'ai adoré le film, les personnages, le scénario, l'image, la réalisation, la B.O., absolument tout en réalité, et ce malgré le flot continuel de haine que l'on peut lire partout sur la toile au sujet de cette nouvelle trilogie. Les deux personnages principaux, Rey et Kylo Ren, interprétés par Daisy Ridley et Adam Driver sont tout à fait fascinants, et plus encore la relation assez conflictuelle et ambiguë qu'ils entretiennent (ou pas :p)... Après l'opposition du fils et du père, du maître et de l'élève, voilà ici un concept tout neuf dans la saga Skywalker : adieu le manichéisme d'origine (je suis tout blanc ou tout noir), voilà ici le juste milieu, l'équilibre, les hésitations, les tentations subtiles... Cet aspect tout naturellement introduit dans The Force Awakens, 7e volet de la série, révolutionne un peu les codes de cette histoire qui suivait jusqu'alors un schéma narratif sans grande surprise. Nous avons d'un côté un personnage noir qui n'assume pas du tout ses actes, qui oscille, qui hésite, qui souffre de ce grand pouvoir qu'il possède et qui le rend instable, et de l'autre une héroïne au caractère fort, résolu, qui apprend elle-même à se connaître, à se construire, dans des tourments similaires. J'avoue que la scène qui a été la plus jubilatoire dans ce film a été toute la séquence dans la forêt, lorsque Kylo Ren a laissé tombé le masque et qu'il voit en Rey le même potentiel que le sien, et globalement à peu près les mêmes souffrances... L'opposition farouche entre les deux personnages, la rage de l'une et l'incompréhension de l'autre, le tout baigné dans cette atmosphère bleue et froide, conférée par cette forêt couverte de neige, est tellement dramatique, que je n'ai pu qu'adhérer et adorer !

Kylo Ren et Rey : les deux faces d'une même pièce ?

9. Richard III, de Laurence Olivier (1955)

J'ignore si je peux parler de Richard III comme d'un visionnage agréable, mais l'un de ceux qui m'aura marquée durablement, c'est certain ! Cette pièce historique bien connue de Shakespeare (que l'on classe parfois d'ailleurs dans les tragédies du maître anglais), est en grande partie responsable de l'image désastreuse que l'on a de ce roi emblématique, ambitieux, conspirateur, assassin et fratricide, ... Le Richard III de Laurence Olivier est glaçant, malgré sa réalisation en couleurs : c'est bien simple, même si on est assez fasciné et curieux du personnage, on est inévitablement mal à l'aise sur la durée. Laurence Olivier le campe comme un être assez retors, mais si caricatural qu'on le prend assez peu au sérieux à l'ouverture du film. La légèreté du ton contrebalance de manière assez formidable l'horreur des propos... Lorsque les machinations se mettent en place, et que l'on voit progressivement tous les héritiers de la couronne tomber comme des mouches, la fantaisie des manières et l'aspect presque grotesque de son ton, font que l'on ressent comme une aura malfaisante  traverser l'écran. Pour tout vous dire, à mon premier visionnage, le film, qui n'est pourtant pas très impressionnant visuellement, m'a fait faire des cauchemars horribles ! Il n'y a pas à dire, si le personnage historique en lui-même m'a toujours intéressée en raison des controverses qu'il soulève, Laurence Olivier lui a conféré, dans le contexte de la pièce et de son adaptation, un magnétisme mauvais, qui grâce à ses paradoxes, impressionne plus l'imagination du spectateur que ne l'aurait faite une représentation plus simpliste. 

Il y a évidemment plusieurs scènes marquantes dans ce film, et même glaçantes, je dirais... Mais, j'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour la séquence durant laquelle Richard III demande la main de la future reine Anne, interprétée par la très lumineuse Claire Bloom... Pas encore sortie du veuvage (son mari aurait potentiellement été assassiné par Richard), celle-ci le repousse avec haine et dédain... Il parvient cependant, en quelques phrases bien senties, et en ajoutant tout le dramatisme voulu, à lui faire reconsidérer la question... Cette scène est assez terrible, car elle résume à elle seule les pires ressorts de manipulation du personnage.

Laurence Olivier en Richard III : le roi qui en faisait trop... 

10. Les vestiges du jour, de James Ivory (1993)

Il est difficile de ne pas aimer les films de James Ivory... Cette manière de raconter les histoires simplement, sans grande fioriture, dans cette ambiance si délicieusement anglaise, est tellement délicate et inégalable. J'ai adoré Howard's End, et surtout A Room with a view, qui sont deux perles du réalisateur, mais ma préférence va tout droit à The remains of the day (Les vestiges du jour, en français), adapté du roman de Kazuo Ishiguro. Vous avez aimé Downton Abbey? Vous aimerez ce film, qui vous brosse des portraits de personnages avec leurs petits soucis, leurs grands problèmes, leur magnificence et leur bassesse, dans l'Angleterre de l'entre-deux guerres. Tout n'y est que retenue, subtilité et le jeu des deux acteurs principaux, magistraux dans ce registre, servent magnifiquement ce film à l'atmosphère feutrée. La scène qui m'a le plus marquée est celle où Miss Kenton, la gouvernante campée par Emma Thompson, surprend Mr Stevens (Anthony Hopkins), le majordome rigide et glacial, en train de lire un roman sentimental... Les deux personnages, qui ne cessent d'aller d'occasions manquées en frustrations, sont tellement beaux et subtils dans cette scène, qu'elle vous ferait presque monter les larmes aux yeux... 

Emma Thomson et Anthony Hopkins dans Les Vestiges du jour

J'en ai donc fini pour ma part avec cette délicieuse liste, et je tague donc ... qui le souhaite !!!

03 janvier 2019

TAG : Les dix films essentiels : 1ère partie

Une fois n'est pas coutume, pour casser la monotonie des articles, voici un petit TAG bien sympathique, glané au hasard du web, sur lequel j'ai trouvé très agréable de réfléchir...

Le but : citer dix films qui ont eu un impact significatif sur vous lors du premier visionnage, que vous l'ayez vu enfant, adolescent ou adulte. Afficher une image, qui ne soit pas l'affiche du film, mais d'une scène-clé essentielle à vos yeux, par exemple. Pas de longue explication, juste le sentiment général qui s'y trouve lié...

1. Hamlet, de Laurence Olivier (1948)

C'est le premier film qui m'est venu à l'esprit lorsque j'ai réfléchi à ce tag. Il est certainement l'oeuvre qui a le plus marqué mon adolescence et mon rapport au théâtre classique. J'ai déjà parlé de ce film ici, je ne vais donc pas trop m'étendre sur le sujet, mais il est vrai que son esthétique unique, son ambiance lugubre et asphyxiante a énormément conditionné ensuite mes goûts en matière de films, de récits, et d'art en général (maintenant que j'y pense, ce doit être à cause d'Hamlet que j'adore le monochrome...) Ce film est à mon sens la plus merveilleuse adaptation de la pièce, d'autant qu'elle véhicule une sorte d'aura ténébreuse qui a tendance à imprégner le spectateur longtemps après le visionnage. La scène-clé qui m'a le plus marquée dans ce film est la scène du premier acte, durant laquelle le spectre du défunt roi apparaît à son fils sur les hauteurs des remparts du château d'Elseneur. Le fantôme du monarque apparaît dans une brume épaisse, sur un fond d'un noir d'encre aussi n'aperçoit-on que les contours du personnage, hormis le reflet de deux yeux incandescents sous un heaume... La voix de l'apparition qui semble comme émaner des profondeurs n'est pas étrangère au malaise que l'on ressent au visionnage (pour l'anecdote, cette voix est en réalité celle de Laurence Olivier, qui avait enregistré le texte sur une bande magnétique, qu'il a simplement passé au ralenti au montage : comme quoi, ce sont parfois les effets les plus simples qui se révèlent les plus efficaces) ... Glaçant et magistral...


I am thy father's spirit,
Doomed for a certain term to walk the night
And for the day confined to fast in fires
Till the foul crimes done in my days of nature 
Are burnt and purged away. [...]


2. Dune, de David Lynch (1984)

Pour le coup, il s'agit ici d'un film d'enfance, et un film bizarroïde s'il en est. Tout le monde a, je pense, déjà entendu parlé de Dune, l'interminable série de romans de science-fiction de Frank Herbert. Il s'agit ici de l'une des adaptations sans doute les plus folles (peut-être pas forcément la plus fidèle au roman) - forcément me direz-vous, car elle a été pensée et réalisée par David Lynch - mais aussi la plus noire. J'ai vu ce film vers l'âge de 7 ou 8 ans, si je me souviens bien, et malgré qu'il soit assez horrible à voir pour un jeune public, je l'avais absolument adoré. Pas de visuel très sanglant, mais un nombre faramineux d'assassinats, d'intrigues politiques et familiales, de grosses bestioles rampant dans les sables, sur fond de trafic d'une drogue appelée l'épice et donnant un pouvoir incommensurable à celui qui la consomme, notamment celui de voyager dans l'espace sans déplacement...  L'intrigue est particulièrement retorse, donc, mais très onirique et symbolique, surtout quand je la considère a posteriori. J'ai eu toute mon enfance une admiration sans bornes pour le personnages de Paul Atréides (Kyle MacLachlan, ci-dessous), alias le Muad'Dib, sorte de messie attendu par le peuple des Fremens, habitant la planète Dune. Le personnage, omniscient, charismatique, voire légèrement tyrannique, est absolument fascinant. J'ai vraiment dû faire un choix cornélien pour retenir un plan en particulier, car il y a énormément de scènes essentielles dans ce film, qui dans mon enfance, a toujours eu ma préférence par rapport aux films de la franchise Star Wars, que j'ai (re)découvert plus tard. La scène en question se déroule dans le désert d'Arrakis, autre nom de la planète Dune, lorsque Paul, pour prouver au peuple des Fremens qu'il est le messie tant attendu, se doit de maîtriser le ver des sables géants, qui sécrète l'épice. Paul "appelle" donc la créature, horriblement dangereuse, tandis qu'au loin, les Fremens observent la scène...
A vrai dire, rien que le fait d'en parler me donnerait presque envie d'écrire un article à part entière sur le sujet... :) Il se pourrait bien qu'un jour je m'y mette... 

Paul Atréides, le Muad'Dib attendu sur Arrakis

3. Notorious, d'Alfred Hitchcock (1946)

Encore un autre film d'adolescence, découvert grâce au Cinéma de minuit, que j'ai vu, vu et revu à un point que la VHS en était devenue toute usée... Notorious, traduit en français par Les Enchaînés (titre vraiment ridicule, s'il en est), raconte l'histoire de deux agents des services secrets américains, Devlin et Alicia, campés par Cary Grant et Ingrid Bergman, partant à la traque aux anciens nazis réfugiés en Amérique du Sud. Dans le but de mettre au jour leur laboratoire de raffinement de minerais d'uranium, la jeune espionne parvient à se faire épouser par le chef de leur réseau, interprété par Claude Rains. Tout se déroule à peu près pour le mieux jusqu'au jour où elle est progressivement empoisonnée par son mari à coups d'arsenic...
Notorious, malgré l'excellente excuse d'être un film d'intrigue et d'espionnage, est avant tout un petit bijou romantique à l'état brut... On dirait presque que l'histoire de groupuscule nazi n'est qu'une excuse pour des scènes à faire fondre nos coeurs de midinette à l'écran. Parce que les deux espions, ben, ils s'aiment, mais c'est compliqué... :) L'une est une ancienne alcoolo repentie, doublée du fait qu'elle est d'origine allemande, mais bonne comme le pain, et l'autre est un gars inaccessible, parfaitement glacial, qui sait bien que ce n'est pas une bonne idée, ah non, vraiment pas, de s'enticher de sa partenaire... Alors, bref, ce film est un déluge de romantisme, avec amours contrariées à la clé. La scène qui me vient tout naturellement en tête est celle où Devlin, malgré l'interdiction de sa hiérarchie, part à la rescousse d'une Alicia empoisonnée, et retenue captive dans la maison de son nazi de mari... C'est beau, c'est pur, c'est d'un romantisme fou, et pourtant sans jamais d'excès. C'est vraiment un film dont je ne me lasse pas.

Notorious : encore un plaisir coupable, tiens...

4. Jane Eyre, de Robert Stevenson (1944)


Décidément, la plupart des films qui m'ont marquée durablement ont été visionnés pendant l'adolescence... J'ai vu celui-ci durant l'été sur la chaîne Club-RTL qui diffusait auparavant tous les mercredis soirs, un classique du cinéma... Je ne connaissais à l'époque pas du tout Jane Eyre, ni l'histoire d'ailleurs, que j'ai découvert en visionnant ce film avec Orson Welles et Joan Fontaine. Le lendemain, je commençais le roman (merci la bibliothèque familiale), qui m'a tenu en haleine pendant 3 jours, durant lesquels je ne faisais absolument que lire... Ce roman est non seulement celui qui m'a permis de connaître la littérature victorienne, mais qui m'a aussi plongé dans la passion de la lecture tout court. Alors certes, le film a des défauts (et je vous passe vraiment l'horreur totale de la VF), mais il a une magnifique atmosphère. J'ai particulièrement été marquée par le scène lors de laquelle Jane et Helen, au pensionnat de Lowood, sont punies pour avoir fait preuve de rébellion et de vanité... On les voit donc porter des poids à bout de bras, en tournant en rond dans la cour de l'école, sous une pluie diluvienne. Cet épisode est d'ailleurs absent du roman, mais il permet de résumer en quelques images fortes les privations et les humiliations subies par Jane au pensionnat.



5. Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban, d'Alfonso Cuarón


C'est décidément ce film de la série qui m'a rendue accro à la saga. Auparavant, je n'avais pas lu les romans, et ne connaissais l'histoire que de manière très imparfaite. Le Prisonnier d'Azkaban, avec son esthétique irréprochable, sa noirceur, ses personnages attachants et troubles, m'a vraiment marqué l'esprit. La scène-clé qui me vient à l'esprit est sans doute celle du train, arrêté par les détraqueurs venus d'Azkaban. Je me souviens avoir été glacée par l'apparition de ces créatures désincarnées dans le compartiment de Harry, lorsque toutes les vitres se recouvrent de givre, et que l'on voit une main noueuse, osseuse, se glisser sur la porte pour l'ouvrir. Une véritable vision de cauchemar et un grand moment d'angoisse... :p 



La deuxième partie, c'est par ici.

30 décembre 2018

Derniers visionnages : de septembre à décembre (2/...)

Le grand bain, de Gilles Lellouche

Voici sans doute l'un de mes plus gros coup de coeur ciné de cette fin d'année ! Et je ne m'y attendais vraiment pas... Cette comédie douce-amère, folle et irrévérencieuse, raconte la rencontre de huit hommes - un peu dépressifs, un peu losers, un peu paumés - et de leurs coachs féminines - tout aussi paumées - dans un club de natation synchronisée. J'avoue, c'est surtout le casting déjanté présenté sur l'affiche qui m'a attiré l'oeil, Philippe Katerine, Benoît Poelvoorde et Mathieu Amalric, qui sont absolument irrésistibles dans ce registre quelque peu inattendu. Ce n'est pas un grand film, mais un beau film, durant lequel on s'interroge, on sourit, on se marre franchement... Une comédie tendre mais un peu vache sur le sens de la vie, et qui donne merveilleusement la pêche ! 
A voir absolument ! 







La Fanciulla del West, de Giacomo Puccini (MET 2018)

Jonas Kaufmann dans une production du Metropolitan Opera de New York ? Diffusée au cinéma ? Mais on n'y résiste pas, quand bien même il s'agit d'un opéra avec lequel on n'a pas grande affinité... Et pourtant, cette production du MET est simplement grandiose ! Une histoire de cow-boys dans un opéra en italien, voilà bien quelque chose de franchement inattendu. Les décors sont somptueux, la mise en scène est on ne peut plus charmantes, et les voix des interprètes étaient à se pâmer, Anna-Maria Westbroek et Željko Lučić en tête, ainsi que Jonas Kaufmann, bien entendu, qui avait tout l'air de s'amuser comme un petit fou dans son rôle de méchant (mais pas trop) cow-boy au charme ravageur... Malgré qu'il s'agisse là d'un opéra bénéficiant de très peu de solos ou d'arias connus, on se régale du début à la fin, devant ces interprètes à la voix enchanteresse, au jeu assuré, et cette mise en scène vraiment charmante et absolument pas hermétique.
Je ne résiste pas à poster ici un lien vers le magnifique air de Johnson durant l'acte III, interprété magistralement par Jonas Kaufmann... On ne s'en lasse pas...


The Nutcracker and the four realms, de Lasse Hallström et Joe Johnston

Voilà un petit film bien sympathique à visionner en ces périodes de Noël, dégoulinant de couleurs, de jolies musiques et de bons sentiments... J'ai été au cinéma, persuadée qu'il y aurait d'innombrables scènes de ballets et d'extraits de grande musique, j'ai donc été un peu désappointée d'en trouver si peu, mais cependant, j'ai apprécié le film pour ce qu'il est : un divertissement pour petits et grands, plein de charme, duquel on ressort tout de même avec une petite larme à l'oeil bien légitime...












Bohemian Rhapsody, de Bryan Singer

Il me faut être honnête : j'ai un peu hésité avant d'aller voir ce film. Fan de Queen, je n'étais pas certaine de vouloir connaître les excès de Freddie Mercury dans tous leurs détails... Mais bon, la B.O. et les trailers aidant, je me suis finalement décidée. Au-delà de toute attente, Bohemian Rhaspsody est un très bon film, touchant, finalement assez triste, qui traite les excès du leader du groupe avec finalement beaucoup de pudeur et de prudence. C'est avant tout l'histoire d'un groupe, mais surtout d'un album, le fameux "Night at the Opera", qui a connu le succès que l'on sait. Rami Malek, est assez bluffant dans le rôle, malgré que certains critiques ou fans aient décrié son interprétation... Je trouve qu'il a extrêmement bien retranscrit la gestuelle du chanteur et son charisme naturel. Un film très émouvant pour tous les fans de Queen, et même les autres...







Mortal Engines, de Christian Rivers

Ah, au visionnage de la bande-annonce de ce film, j'ai vraiment été charmée, et plus encore lorsque je l'ai lu au détour du net, qu'il s'agissait d'une sorte de Star Wars en version steampunk... Alors oui, visuellement, le film est assez impressionnant, ces histoires d'énormes villes-machines qui absorbent les plus petites, la guerre de carburant, de vivres (on se croirait presque pour le coup dans Mad Max), est assez bien amené, je trouve. Malheureusement, le scénario est un peu creux, l'héroïne est plutôt bien brossée, mais il manque quelque chose de vraiment essentiel pour que cela plaise tout à fait. Pour tout dire, cela manque de fond, et il y a comme un air de réchauffé, surtout si on le compare à la trame de Rogue One, pour ne pas le citer... Seule bonne surprise, le personnage campé par Hugo Weaving, que j'attendais vraiment avec impatience... Mais là aussi, j'ai été assez déçue, car il avait un potentiel énorme. J'ai l'impression que le réalisateur est quelque peu passé à côté... Sinon, c'est toujours une bonne surprise d'entendre la voix de Féodor Atkine au doublage, dont le timbre si singulier et tellement profond n'est pas complètement étranger à l'affection que l'on pourrait porter au personnage qu'il incarne. (Pour ceux qui ne sauraient pas de qui je parle, Féodor Atkine est le doubleur officiel d'Hugo Weaving, de Hugh Laurie ou encore du personnage de Snoke dans les deux derniers Star Wars). En conclusion, le film manque d'âme et vraiment d'originalité.


More to come... 


23 décembre 2018

Derniers visionnages : de septembre à décembre 2018 (1/...)

Et hop, un nouvel article tiens ! Et cette fois uniquement sur les derniers visionnages, qu'il s'agisse de séries, de films récents, ou même d'opéras... Bref, un heureux mélange de tout ce qui m'est passé sous les yeux ces derniers mois.

Bleak House (Mini-série BBC - 2005)

Bleak House ou La Maison d'Âpre-Vent, est l'un des romans-fleuves les plus fameux de l'oeuvre de Charles Dickens. Adapté par la BBC en 2005 sous la forme d'une mini-série de 14 épisodes d'un peu plus de trente minutes, Bleak House raconte l'histoire de la famille Jarndyce, déchirée autour d'un procès obscur visant à leur rendre un important héritage. Sur fond de lourds secrets de famille, la mini-série retranscrit avec brio la pesanteur du roman de Dickens, de même que la merveilleuse galerie de personnages de l'auteur victorien...
Je connaissais depuis longtemps l'existence de cette adaptation et n'avait jamais eu le courage de m'y attaquer, un peu en raison de sa longueur, mais également parce qu'elle est réputée - à tort - comme assez sombre. Il est certain que les romans de Dickens, tout comme les adaptations qui en ont été tirées ont tous sans exception cette trame particulièrement austère et dépressive (voyez mon article sur Our mutual friend ici et ici, ou encore sur The Mystery of Edwin Drood), mais ils regorgent aussi de personnages hauts en couleur, tour à tour drôles, admirables ou  éminemment détestables. Il est certain que tout le monde y trouvera sans compte, et ne boudera pas son plaisir devant l'abnégation d'Esther Summerson, campée par Anna Maxwell-Martin (vue dans North & South ou encore Death comes to Pemberley), le franc-parler de Smallweed (Phil Davis), la grandeur d'âme de John Jarndyce (Denis Lawson) ou les expressions sinistres de l'avocat Tulkinghorn, campé par un magnifique Charles Dance qui a encore une fois trouvé là un rôle à la mesure de son élégance et de ses regards glacés... Je m'attendais assez peu à apprécier cette adaptation, mais une fois commencée, je n'ai pas pu la lâcher, enchaînant les épisodes les uns derrières les autres. Si l'histoire se révèle tout à fait passionnante - le mystère de la naissance d'Esther aidant au-délà de la fameuse histoire d'héritage et de procès interminable - les personnages tous aussi délicieux les uns que les autres créent indéniablement tout l'attrait que l'on peut éprouver pour l'adaptation. Je ne cache pas que que j'ai été très émue par le personnage de John Jarndyce, aux prises avec une perpétuelle volonté de bien faire et des scrupules magnifiques... Vous imaginerez volontiers que l'avocat Tulkinghorn de Charles Dance est un ressort superbe dans ce récit-fleuve. Il est de ces personnages que l'on peine à ranger dans une catégorie bien définie. Il m'a fait penser par bien des côtés au personnage de Javert, avec cet aspect binaire de classement du bien et le mal, sans envisager la possibilité qu'il y ait un entre-deux ou de demie-mesure, ou encore cette très haute idée de sa mission et de son métier, l'intelligence implacable et les machinations en plus. Comme vous l'aurez compris, on se régale devant cette merveille de la BBC, que je conseille vivement à tous les admirateurs de period dramas...! 


A star is born, de Bradley Cooper (2018)

Dans un tout autre registre, j'ai été voir au cinéma A star is born à sa sortie... Qu'on aime ou pas les films musicaux, il faut reconnaître que ce film est une véritable boîte de kleenex ambulante... Pour son premier film, Bradley Cooper n'aura pas fait les choses à moitié : la BO est formidable, les deux têtes d'affiche (dont il fait partie) sont à couper le souffle, et l'histoire est tellement, tellement triste... A ma grande surprise, j'ai vraiment adoré Lady Gaga, qui une fois dépouillée de ses costumes et de ses perruques démentiels, se révèle être une excellente interprète, avec un regard, une voix, une présence extraordinaire. Le couple qu'elle forme avec Bradley Cooper est à tirer des larmes. Ce n'est pas le genre de films que je regarderais à nouveau (mon pauvre coeur en lambeaux ne le supporterait pas une seconde fois :p), mais j'en écoute volontiers la plupart des chansons, dont le fameux Shallow, qui a l'écran donne véritablement des frissons... 






The shape of water, de Guillermo del Toro (2018)

Enfin ! Depuis le temps que je me promettais de le voir, je m'y suis quand même mise... Je dois dire qu'avant de le visionner, je m'étais abstenue de lire toute critique, sachant d'avance qu'il s'agit là du genre de films que l'on aime ou que l'on déteste d'emblée. Je dois dire que j'ai été relativement partagée, comme je l'avais été par le précédent film du réalisateur, Crimson Peak. Comment dire ? Si je trouve l'idée très jolie sur le papier, j'ai toujours l'impression qu'il manque quelque chose, une étincelle qui aurait fait en sorte que je l'aurais instantanément aimé. Les images sont, comme dans Crimson Peak, tout à fait sublimes, mais je n'accroche pas entièrement aux personnages, qui me paraissent manquer d'un peu de profondeur. Cela dit, The shape of water, comme l'avait été le film précédent, se révèle être un magnifique hommage aux films fantastiques ou d'horreur des années trente à cinquante, et demeure tout de même une oeuvre agréable à regarder... 






Midnight special, de Jeff Nichols (2016)

Je ne vais pas le cacher : j'ai visionné uniquement ce film en raison de la présence d'Adam Driver au casting... Que voulez-vous, Star Wars ne sortant que tous les deux ans, on s'occupe comme on peut... :) Midnight Special, malgré ses airs de films de science-fiction pur et dur, est pourtant une très belle oeuvre, avec une véritable âme. Il y a une certaine poésie dans ce film, qui fait par instants penser à celle de Premier Contact. Un film de science-fiction sans aliens agressifs, sans explosions, sans scénario tonitruant... Sympathique et au demeurant plein de surprises... 











More to come... 





17 décembre 2018

Lectures de septembre à décembre 2018


Je me suis aperçue que cela faisait un bon moment que je n'avais fait aucune rétrospective lectures... C'est décidé, je m'y mets, mais je choisis volontairement de ne pas en faire une critique trop complète, mais un simple résumé de mes impressions sur les quelques oeuvres abordées ces derniers temps :) 

 La Femme de Marbre, de Louisa May Alcott. 

Nous connaissons tous Louisa May Alcott comme l'auteur du roman pour la jeunesse Les quatre filles du Dr March. La Femme de Marbre est très éloigné de ce type de littérature, quoique l'on pourrait dire qu'il penche sans doute du côté du récit initiatique. Sur fond du mythe de Pygmalion, ce roman raconte l'histoire de Cecil, un jeune fille de douze ans, qui à la mort de sa mère, se retrouve sous la garde de Bazil Yorke, un sculpteur indolent, qui n'a d'amour que pour les statues qu'il crée. Désirant façonner Cecil à leur image, il va brider sa nature joyeuse et passionnée, pour en faire une femme de marbre... 

Ce roman est agréablement écrit, mais il demeure en dépit des apparences, trop superficiel... Les sentiments sont survolés et les personnages demeurent lointains. Moi qui adore le mythe de Pygmalion, surtout grâce à la pièce de Shaw, je me suis sentie flouée par ce roman, qui je pense, n'avait pas le but que je m'étais imaginée. Le personnage de Yorke est haïssable, et à vrai dire, tous les personnages masculins de ce roman le sont : malgré que ceux-ci s'amendent, ils ne m'ont pas touchée. Leurs tourments m'ont paru assez fades et beaucoup trop convenus pour être parfaitement palpables... Une curiosité, certes, mais qui laisse une impression persistante de malaise... On aura beau dire, la propre manière dont les femmes pouvaient se considérer à l'époque a de quoi révulser nos esprits modernes.

Trop humains, Sylvain Neuvel

Troisième et dernier tome de la trilogie S-F des Dossiers Thémis, Trop humains retrace le voyage de l'équipe du Dr Franklin vers l'univers des "extra-terrestres" venus purgés la terre au cours du tome 2... Récit beaucoup plus apaisé que le précédent volume, qui louchait clairement sur la Guerre des Mondes, Sylvain Neuvel offre une conclusion finalement assez convenue à ce récit décidément très cinématographique, qui a malheureusement un peu perdu de sa superbe lors de la disparition de certains personnages-clés des premiers tomes. Le récit est finalement toujours aussi délicieusement humain, toujours aussi accrocheur, que je me régale de voir adapter prochainement sur les écrans !








Destin de sang, d'Erika Johansen

Encore le dernier tome d'une trilogie, d'une série fantasy cette fois,  avec Destin de Sang. C'est l'heure des grandes révélations sur le mystère du Tearling, et l'auteure n'a pas ménagé sa peine... La trilogie est tout à fait admirable et ce dernier tome, s'il surprend toujours autant, sort à nouveau des sentiers battus, évitant avec bonheur les écueils dans lesquels tant d'autres séries viennent à tomber. Pas d'histoire d'amour dégoulinante, pas de personnage masculin ténébreux et écrasant, juste une héroïne, une vraie, avec un caractère entier, un sens aigu des responsabilités et une fin pas vraiment en apothéose, mais qui laisse vraiment le coeur du lecteur en lambeaux... Une série à découvrir, à suivre, et dont l'adaptation avec Emma Watson est également en cours de développement.








Brexit Romance, de Clémentine Beauvais


Même si à première vue, on pourrait croire qu'il s'agit d'une romance, ce n'en est pas une ! Il s'agit juste d'un roman extrêmement pétillant, piquant, que tous les adorateurs de langue et de culture anglaise liront avec délectation... Le roman raconte l'histoire d'une jeune chanteuse lyrique, qui accompagné de son mentor (un peu porté sur la bouteille), se rend à Londres pour donner une représentation pour jeunes talents. Malgré eux, ils se retrouvent embarqués dans un histoire improbable, sur fond de site de rencontres fallacieux... Une comédie fraîche, folle et intelligente, très joliment écrite et qui donne le sourire aux lèvres pour longtemps !








Acceptation, de Jeff Vandermeer


Encore une trilogie (décidément !) et encore un dernier tome... Tous ceux qui se sont frottés à la lecture de la Trilogie du Rempart Sud ne pourront pas nier que ces romans ne ressemblent à aucune autre lecture. Le premier tome m'avait laissée scotchée à mon fauteuil, et le second m'avait laissée un peu dubitative... Ce dernier volume est toujours aussi curieux que les précédents, au seul détail près que j'avais l'impression à la lecture de ne strictement rien comprendre... Les phrases sont confuses, le récit est énigmatique... On peut comprendre le symbolisme d'une telle écriture, mais la lecture en est si ardue que je me suis littéralement perdue et endormie sur certaines pages...  Je pense que le premier tome aurait presque pu se suffire à lui-même, il était novateur, mais compréhensible. Plus le récit avance et plus le mystère s'épaissit et moins le fil conducteur semble clair. Ce roman m'a fait pensé par certains côtés à la dernière saison de Twin Peaks : on voit des choses, on lit des phrases mais on ne sait plus au juste où l'on en est, ni même si l'on va quelque part. Ce fut une expérience de lecture curieuse pour ce dernier volume, mais trop abstraite à mon goût...

A suivre... 

07 décembre 2018

La musique, c'est du bruit qui pense...(2) : ma playlist de décembre

A défaut d'avoir le temps de rédiger un article conséquent sur quelques unes de mes dernières lectures, voici, en attendant mes hypothétiques prochains billets, la playlist qui m'accompagnera durant ce mois de décembre... Beaucoup de rock, comme souvent... et beaucoup de découvertes de toutes époques !

Rival Sons - Open my eyes



Roky Erickson & The Aliens - Night of the Vampire 

Cette chanson a une ambiance extraordinaire, à la fois hypnotique et terrifiante... Je ne me lasse pas de l'écouter...



Metallica - The Unforgiven



Omnimar - Out of my life

Les sonorités électro-pop du groupe russe Omnimar gagnent vraiment à être connues...



Queen - Who wants to live forever

Après la sortie récente du biopic Bohemian Rhapsody, il m'était impossible de résister à la magnificence et la tristesse insondable de ce morceau...



Muse - The Void (version acoustique)

Le dernier album de Muse réserve des perles extraordinaires, dont The Void, dans sa version acoustique, qui est une pure merveille...



La version électronique est par ici, à titre de comparaison 

Enjoy !

10 novembre 2018

The Woman in White (BBC 2018)

The Woman in White (BBC 2018) 

Minisérie de 6 épisodes, réalisée par Carl Tibbetts et scénarisé par Fiona Seres. 

D'après le roman de William Wilkie Collins, paru en 1860. 

Avec Jessie Buckley (Marian Halcombe), Ben Hardy (Walter Hartright), Olivia Vinall (Laura Fairlie/Anne Catherick), Dougray Scott (Sir Percival Glyde), Riccardo Scamarcio (Le comte Isidore Ottavio Baldassare Fosco), Charles Dance (Mr Failrlie),... 

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Walter Hartright, jeune peinte désargenté, accepte de devenir le professeur d'art des deux pupilles de Mr Fairlie, vieil excentrique vivant sur les côtes sauvages du comté de Cumbria. Les deux soeurs dont il a la charge, Marian et Laura, sont aussi dissemblables qu'elles ne sont complices. Si l'entente avec Marian est immédiate, Walter est cependant troublé par la ressemblance de Laura avec une jeune femme échapée d'un asile, qu'il a croisée sur sa route quelques jours auparavant. Au fil des mois, le peintre tombe follement amoureux de Laura, mais il apprend que celle-ci a été promise par son père sur son lit de mort à Sir Percival Glyde... 

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La Dame en Blanc est sans doute l'un des romans les plus populaires de l'oeuvre foisonnante de l'écrivain anglais William Wilkie Collins, paru sous la forme d'un feuilleton entre 1859 et 1860 dans le magazine de Charles Dickens All the Year Round, ensuite dans Harper's Weekly, avant d'être publié en roman. La Dame en Blanc s'inspire à plus d'un titre des récits gothiques d'Ann Radcliffe, Walpole, Maturin ou autres Lewis, eux mêmes nourris des romans épistolaires quelque peu plus anciens, parmi lesquels on retrouvera les incontournables Clarissa ou Pamela de Samuel Richardson. Ces derniers ont influencé de manière significative les écrivains victoriens les plus illustres, des Brontë à Dickens, en passant bien entendu par Wilkie Collins, Florence Warden ou encore Mary Elizabeth Braddon. On retrouve en effet dans la Dame en Blanc les ressorts principaux du genre (si on excepte la multitude de récits imbriqués, qui est à mon sens l'aspect le plus rédhibitoire de ces romans), à savoir une trame basée sur une blonde et évanescente héroïne aux prises avec un personnage masculin peu scrupuleux en voulant à sa vertu, à son héritage, à sa vie ou aux trois ensemble... Ces romans offriront donc un fort joli panel de crapules, allant du religieux détraqué au noble désargenté coureur de dots, en passant par le bandit italien recherché pour meurtre... Certains personnages gothiques les plus illustres accumulent même ces délicieux traits de caractère, le lecteur se retrouvant parfois confronté à un prêtre italien dévoyé, ancien comte déchu et assassin multirécidiviste ... (Si vous avez lu ou lisez un jour le très addictif L'Italien ou le Confessionnal des Pénitents noirs d'Ann Radcliffe, vous apprécierez ce charmant personnage, c'est certain :) ). Evidemment, tout cela ne serait rien sans un château lugubre, un manoir plongé dans la brume, un monastère muni de délicieuses catacombes ou un très sympathique asile d'aliénés, en bref, n'importe quel cloaque dans lequel l'héroïne finira immanquablement par faire un petit séjour histoire de s'y refaire une santé, donnant ainsi l'occasion à un preux chevalier de passage de l'en délivrer après moult péripéties. Ce dernier étant la plupart du temps totalement falot et transparent... Mais revenons-en à La Dame en Blanc, roman combinant les aspects les plus romanesques de ces inspirations littéraires, avec un degré d'intrigues nettement plus soigné que ses prédécesseurs. 

Olivia Vinall (Anne Catherick / Laura Fairlie)

La Dame en Blanc a été l'un des premiers Wilkie Collins qu'il m'ait été donné de lire, et mon roman préféré de l'auteur, sans doute parce qu'il est construit avec beaucoup de finesse et que le récit est particulièrement addictif. Une fois commencé, vous ne le lâcherez pas, c'est certain. L'intrigue vous tiendra en haleine pendant des heures, sans compter l'aspect très en demie-teinte des antagonistes  masculins, Sir Percival Glyde et le Comte Fosco (interprétés dans l'adaptation de la BBC par Dougray Scott et Riccardo Scarmacio), qui plairont aux amateurs d'anti-héros byroniens. Si les Gothiques donnaient plutôt à voir aux lecteurs des personnages monocordes, Wilkie Collins a, dans toute son oeuvre, repris leurs codes en prenant soin de les nuancer de façon très heureuse. Un personnage noir ne peut décidément pas l'être en permanence, ni de manière si violente, sans avoir un schéma narratif puissant qui puisse le rendre accessible ou du moins, compréhensible. Celui-ci, malgré ses actions mauvaises, aura toujours des failles, des faiblesses, des manquements, qui parviendront à le rendre cohérent. Les Gothiques pèchent clairement par l'aspect très hermétique de leurs antagonistes, qui vivent et agissent dans l'excès. Si les personnages de Wilkie Collins se nourrissent de ces paroxysmes, il les atténue volontiers en mettant en exergue leurs déficiences. Et c'est ce qui fait bien entendu tout leur intérêt.

Les vilains jojos prennent la pose : Le comte Fosco (Riccardo Scarmacio)
et Sir Percival Glyde (Dougray Scott)

Les personnages féminins ne sont également pas en reste, car Marian Halcombe (campée dans l'adaptation par Jessie Buckley), la demi-soeur de Laura (Olivia Vinall), jouant le rôle de la frêle et innocente brebis jetée en pâture à un horrible moustachu, est un caractère magnifiquement brossé de femme forte, intelligente, et impétueuse qui revendique fièrement sa liberté et son célibat, quitte à heurter quelque peu son entourage. Elle porte des pantalons, monte à cheval comme un homme, parle fort, et envoie valser joyeusement les codes de son époque. Cet aspect est sans doute un tant soit peu rehaussé dans cette adaptation de la BBC par rapport au roman, où le personnage reste néanmoins très en avance sur son temps. C'est évidemment cet aspect qui à la fois rebute les hommes qui la côtoient, mais suscite l'intérêt du Comte Fosco. 

Jessie Buckley : magnifique Marian Halcombe

Dans l'oeuvre de Wilkie Collins, ce dernier est un homme obèse, friand de pâtisseries et de bons mots, parfait gentleman, qui semble relativement inoffensif, et qui même tempère les humeurs orageuses de son ami Glyde, l'époux exigeant et manipulateur de Laura, qui se pose comme le parfait salaud de ce roman retors. Sans trop en révéler sur la trame, Glyde n'est en réalité que le pantin de Fosco, qui tire dans l'ombre les ficelles d'un abominable complot visant à s'approprier la fortune de Laura. Si Percival Glyde à la lecture apparaît vite comme assez détestable, la mini-série est parvenue à lui donner quelques scrupules, et un peu de profondeur. La prestation de Dougray Scott, (méconnaissable sous cette affreuse moustache qui m'a beaucoup choquée, vous l'aurez compris :p ), n'y est sans doute pas étrangère, le rendant sous doute un peu moins "bête et méchant"... Il n'en demeure pas moins très inquiétant, car il est le premier personnage à se présenter clairement comme une menace pour Laura et Walter Hartright, campé par Ben Hardy. Ce dernier, moucheron que Glyde écrase de son arrogance, demeure, malgré sa bonté d'âme, un personnage assez insipide... C'est le plus grand défaut de ces personnages romantiques, trop gentils, trop lisses, trop parfaits, qui ne feront jamais le poids face au magnétisme de leurs antagonistes dans l'esprit du lecteur (voyez Raoul de Chagny dans le Fantôme de l'Opéra, par exemple). Quoiqu'ils en viennent toujours à bout, malgré tout, après maintes difficultés, car la justice et le bon droit finissent toujours par triompher... :) 

Walter Hartright (Ben Hardy)
Dans le cas présent, l'obstacle réel, au-delà de Glyde, est bien entendu Fosco, ce comte italien au passé nébuleux, qui semble ravi d'avoir face à lui non pas une Laura ni un Walter effacés, mais une Marian Halcombe passionnée et revendicatrice, qui lui tient merveilleusement tête, et qui parvient à mettre en échec ses manoeuvres. Il s'en amuse même dans les premiers temps... Dans le roman, Fosco, tout comme dans la présente version, qui soyons honnêtes, est nettement plus troublant que le personnage visualisé à la lecture, tombe même éperdument amoureux d'elle, ce qui ne l'empêche pas, au contraire, de pousser les deux soeurs vers l'abîme. Il se nourrit même de cette opposition farouche, qui devient un véritable jeu funeste. D'autant que dans la mini-série, les sentiments de Marian à son égard sont bien plus ambigus que dans l'oeuvre de Collins. 


Fosco joue sur la corde sensible de Marian : il comprend son besoin vital d'indépendance, et se propose même de le lui offrir. Si elle faiblit un instant, elle reprend très vite ses esprits, car elle devient alors rapidement, sans le vouloir ouvertement, la faiblesse de Fosco, le grain de sable dans ses horribles machinations. La scénariste a très bien exploité cet aspect, et a donné à voir quelques scènes savoureuses, qui s'essoufflent malheureusement dans les deux derniers épisodes. Mais disons-le, Riccardo Scarmacio, a littéralement magnifié ce personnage insaisissable et abject. 


Soulignons également la présence de Charles Dance, dans le rôle de l'oncle Fairlie, qui offre, malgré son peu d'apparitions à l'écran, une interprétation précieuse de ce personnage caricatural.

Ajoutons que l'adaptation bénéficie d'une image splendide et d'une ambiance magnifique, nimbée d'ombres et de brouillard... Une adaptation à ne manquer sous aucun prétexte !

Du reste, il ne s'agit pas de la seule adaptation du roman disponible, il existe également un film américain de 1948, une adaptation télévisée de 1982, produite par la même BBC ainsi qu'une adaptation télévisée de 1997, produite par ITV. Notons qu'il y a encore une adaptation télévisée, française celle-là, en 12 épisodes, avec le talentueux François Chaumette dans le rôle d'un Fosco délicieusement ambigu... Cette autre merveille est disponible au téléchargement, pour un prix tout à fait raisonnable, sur le site de l'INA. Avis aux amateurs... 



18 octobre 2018

La musique, c'est du bruit qui pense... : ma playlist d'octobre

Voilà quelques semaines que je n'ai rien posté sur ce blog, devenu bien silencieux ces derniers mois... Je ne désespère pas de bientôt m'atteler à nouveau à la rédaction d'articles, d'autant que j'ai quelques intéressants coups de coeur littéraires et télévisés sous le coude ! En attendant, et pour accompagner dignement votre blues d'automne et vos futures lectures anxiogènes, voici les quelques morceaux qui tournent en ce moment dans ma playlist, et dont je ne me lasse pas...

Enjoy ! :)

Moon over Bourbon Street - Sting 

"The brim of my hat hides the eye of a beast
I've the face of a sinner but the hands of a priest
Oh you'll never see my shade or hear the sound of my feet
While there's a moon over Bourbon Street."




Believer - Imagine Dragons



Dance with the Devil - Breaking Benjamin



Vor í Vlagkaskógi - Kaleo

Une magnifique chanson du groupe islandais Kaleo, dont le titre pourrait être apparemment traduit par "Printemps à Vaglaskógur" (merci google traduction), dont je ne comprends pas un traître mot, mais qui possède le don extraordinaire d'évoquer des paysages sauvages et inconnus...



Animal I have become - Three days grace



Pressure - Muse

Et puis, comment passer à côté du dernier morceau (so eighties !) de Muse, dont le nouvel album probablement magistral sera bientôt dans les bacs ? D'autant que le texte me parle particulièrement...

"Don't push me 
Don't push me 
Let me get off the ground 
To you I'm no longer bound 
Don't stop me 
Don't choke me 
I need you out of my head 
You've got me close to the edge 
I'm feeling the pressure, I can't break out 
No one can hear me scream and shout
Get out of my face, out of my mind
I see your corruption, I'm not blind 
I'll carry the burden and take the strain 
And when I am done I will make you pay"

J'aurais pu tout aussi bien placer dans cette playlist les autres morceaux du groupe sortis ces derniers mois, tout aussi géniaux, comme The Dark Side ou encore Something Human, mais il fallait faire un choix... Enfin, si les sonorités de Pressure vous intéressent, allez voir du côté de leur chaîne youtube, il y a de véritables merveilles...




Bonne écoute !!!