
Résumé
Pierre Dumaine, prisonnier français dans la terrible Allemagne de Guillaume II, est envoyé dans un camp de représailles dans une région lugubre du nord de la Prusse durant l'hiver 1917.
Le commandant du camp apprenant que ce dernier était ingénieur en électricité avant la guerre, on décide de l'envoyer à Reichendorf pour y réaliser des travaux dans une antique demeure seigneuriale, où tout semble être à l'abandon depuis trop longtemps et où les quelques habitants semblent faire figure de spectres. Parmi eux, il y a Axelle, la belle-fille du Duc de Reichendorf, qui erre dans ce château et sur cette lande battue par les vents.
Tour à tour d'un tempérament résigné ou intraitable, la jeune femme inspire à Pierre au fil des mois une admiration distante et respectueuse, tandis qu'au dehors, une guerre se poursuit que tous finissent par croire interminable...
Mon avisMa première approche avec Pierre Benoit remonte à quelques mois avec
l'Atlantide. Tentative infructueuse, car le roman ou du moins ses premières pages n'ont pas réussi à me captiver. Avec
Axelle, c'est tout à fait une autre histoire, un autre monde, une autre poésie.
Dans une langue simple, belle, imagée, Pierre Benoit installe immédiatement son lecteur dans une histoire que le touche visiblement d'une façon très personnelle. Forcément, on y entre avec une facilité déconcertante, et on progresse dans l'histoire avec la même mélancolie que son narrateur, avec la même résignation triste.
Si Axelle met en lumière les atrocités de cette guerre, elle brosse aussi le portrait de personnages attachants dans différentes mesures et à différents degrés. Tout d'abord Axelle est un personnage particulièrement ambivalent. Elle peut être d'une douceur affable, ou d'un autoritarisme militaire très déconcertant. Elle ressemble, par cette facette de son caractère, aux héroïnes (du moins, si on peut leur donner ce nom) glaciales et manipulatrices de Daphné du Maurier. On peut surtout la considérer comme tiraillée par des obligations personnelles et une histoire familiale assez lourdes à porter. Et puis, ce livre est finalement caractérisé par le peu de dialogue entre les deux protagonistes, et on finirait par se demander pourquoi le héros est littéralement magnétisé par le personnage féminin, si ce n'est en raison de l'attraction universelle des contraires, et de l'amour de la contadiction de principe.
Dietrich de Reichendorf, le fils cadet de l'ancien officier du château et le fiancé d'Axelle, est un personnage très riche et d'une mélancolie particulièrement touchante, tant elle semble mesurée et juste. C'est une âme blessée, car repoussée par son propre père, qui ne voit en lui qu'un vulgaire officier d'infanterie, qui préfère chérir des fils morts auréolés de gloire au champ de bataille, et qui ont dilapidé l'entièreté de leur héritage et leur solde sur les tables de jeu... Le personnage n'est malheureusement pas très présent dans le roman, et il finit par s'effacer comme il est apparu.
De très beaux portrais psychologiques et un style plein de retenue et de délicatesse.