18 octobre 2018

La musique, c'est du bruit qui pense... : ma playlist d'octobre

Voilà quelques semaines que je n'ai rien posté sur ce blog, devenu bien silencieux ces derniers mois... Je ne désespère pas de bientôt m'atteler à nouveau à la rédaction d'articles, d'autant que j'ai quelques intéressants coups de coeur littéraires et télévisés sous le coude ! En attendant, et pour accompagner dignement votre blues d'automne et vos futures lectures anxiogènes, voici les quelques morceaux qui tournent en ce moment dans ma playlist, et dont je ne me lasse pas...

Enjoy ! :)

Moon over Bourbon Street - Sting 

"The brim of my hat hides the eye of a beast
I've the face of a sinner but the hands of a priest
Oh you'll never see my shade or hear the sound of my feet
While there's a moon over Bourbon Street."




Believer - Imagine Dragons



Dance with the Devil - Breaking Benjamin



Vor í Vlagkaskógi - Kaleo

Une magnifique chanson du groupe islandais Kaleo, dont le titre pourrait être apparemment traduit par "Printemps à Vaglaskógur" (merci google traduction), dont je ne comprends pas un traître mot, mais qui possède le don extraordinaire d'évoquer des paysages sauvages et inconnus...



Animal I have become - Three days grace



Pressure - Muse

Et puis, comment passer à côté du dernier morceau (so eighties !) de Muse, dont le nouvel album probablement magistral sera bientôt dans les bacs ? D'autant que le texte me parle particulièrement...

"Don't push me 
Don't push me 
Let me get off the ground 
To you I'm no longer bound 
Don't stop me 
Don't choke me 
I need you out of my head 
You've got me close to the edge 
I'm feeling the pressure, I can't break out 
No one can hear me scream and shout
Get out of my face, out of my mind
I see your corruption, I'm not blind 
I'll carry the burden and take the strain 
And when I am done I will make you pay"

J'aurais pu tout aussi bien placer dans cette playlist les autres morceaux du groupe sortis ces derniers mois, tout aussi géniaux, comme The Dark Side ou encore Something Human, mais il fallait faire un choix... Enfin, si les sonorités de Pressure vous intéressent, allez voir du côté de leur chaîne youtube, il y a de véritables merveilles...




Bonne écoute !!! 

23 août 2018

Hamlet, de Laurence Olivier (1948)


Hamlet, de Laurence Olivier (1948)


Adapté par Laurence Olivier, d'après la pièce éponyme de William Shakespeare.

Avec Laurence Olivier (Hamlet), Jean Simmons (Ophelia), Basil Sydney (Claudius), Eillen Herlie (Gertrude), Norman Wooland (Horatio), Felix Aylmer (Polonius), Peter Cushing (Osric),...


Oscar du meilleur film 1948
Oscar du meilleur acteur 1948
Oscar de la meilleure direction artistique 1948
Oscar de la meilleure création de costumes 1948
Lion d'or de la Mostra de Venise 1948
Golden Globe du meilleur acteur
BAFTA du meilleur film 1949

***
A la cour de Danemark, on fête le mariage du roi Claudius et de la reine Gertrude, le frère et l'épouse du précédent monarque, mort deux mois plus tôt. L'héritier du trône, son fils unique Hamlet, voit d'un mauvais oeil ce mariage précipité et souffre en silence de la mort de son père. Une nuit, le spectre du défunt roi lui apparaît sur les remparts du château d'Elseneur et lui apprend qu'il a été assassiné par Claudius,  exhortant son fils à la vengeance. Mais Hamlet, aux prises avec les remords de sa mère, son amour pour Ophélie, la fille du grand chambellan, ainsi que ses propres scrupules, tarde à agir...

***

Hamlet, scénarisé, dirigé, et en partie produit par Laurence Olivier, est le deuxième film de sa fameuse "trilogie shakespearienne", réalisé après Henry V (1944, et ayant également reçu un Oscar d'honneur en 1947), et avant Richard III (1955, récompensé par deux BAFTA). J'ai découvert ce film, ma toute première adaptation shakespearienne à dire vrai, lorsque j'avais 15 ans, de manière tout à fait fortuite. Je me trouvais alors à l'époque dans une période sévère d'addiction aux films rétro, et j'avalais à peu près toutes les oeuvres de cette catégorie qui pouvaient me passer sous les yeux, et Le cinéma de minuit aidant, j'ai fini forcément par tomber sur Sir Laurence Olivier (1907-1989), éminent acteur britannique pourtant assez peu connu dans le monde francophone. Or, ce dernier est une véritable icône Outre-Manche, une espèce de dieu du théâtre et plus particulièrement du répertoire shakespearien. Il fut un adepte de la scène, mais aussi du cinéma (pour Hitchcock, Wyler, Manckievicz, Preminger, Kubrick,...), mais aussi le scénariste et le réalisateur des trois adaptations shakespeariennnes les plus emblématiques du 7ème art, et ce bien avant Kenneth Brannagh.


La trilogie shakespearienne de Laurence Olivier : Henry V, Hamlet, Richard III



Mon premier visionnage de Hamlet par Laurence Olivier, remonte à un peu plus de vingt ans, et fut en réalité un véritable coup de poing. J'ai été en quelque sorte "happée" immédiatement par Shakespeare, par la pesanteur et la symbolique de cette tragédie, sans doute l'une des plus connues du monde. Cette adaptation a quelque chose de tout à fait glaçant et d'unique par rapport à ce qui a été réalisé ensuite. A une époque où la couleur avait pourtant déjà pointé le bout de son nez sur les pellicules, ce Hamlet a été volontairement tourné en noir et blanc, avec des plans d'un esthétisme léché qui s'inspire largement du cinéma expressionniste allemand. Les contrastes saisissants de lumière, la présence presque asphyxiante de ces ténèbres qui cernent les scènes les plus évocatrices de la pièce, donnent une teinte très onirique à l'ensemble, que n'aurait sans doute pas renié certains réalisateurs de films d'horreur des années trente... 


"Where wilt thou lead me? Speak, I’ll go no further."



En d'autres termes, le film de Laurence Olivier est une oeuvre inspirée, et ce à plus d'un titre... L'atmosphère lugubre de l'image est d'ailleurs délicieusement mise en valeur par une bande originale d'une splendeur grandiloquente, conçue par le génial compositeur britannique William Walton, que l'on peut écouter presque dans son intégralité par ici.

Ensuite, il s'agit là de la première adaptation parlante de la pièce, et qui parvient à tenir en deux heures trente, dans un format dit "acceptable" pour une diffusion au cinéma, et surtout qui parvient à éviter les inévitables longueur de l'oeuvre originale qui doit atteindre une durée de 3h30 à 4h au total lorsqu'elle est jouée sur scène... Alors certes, certains ont crié ou crient encore au scandale en constatant les visibles raccourcis empruntés, les personnages passés allègrement à la trappe pour offrir cette oeuvre finalement très accessible. Car ne nous voilons pas la face, Hamlet, au-delà du génie de ses thèmes et de la magnificence de sa langue, comporte son lot de scènes et de personnages ennuyeux, presque facultatifs, et qui auraient presque tendance à éloigner le spectateur de sa thématique principale. Peut-être suis-je partiale sur le sujet, mais après avoir lu l'oeuvre originale un certain nombre de fois, force m'est de constater que les extraits remaniés et les personnages supprimés chez Laurence Olivier sont justement ceux qui vous insupportent à la lecture (Rosencrantz, Guildestern, Fortinbras), et qui ont tendance à faire perdre au personnage central un peu de sa ténébreuse aura. Personnellement, ce remaniement n'est donc pas pour me déplaire, mais je conçois aisément que cela puisse gêner les puristes. Le propos est donc  plus dense, mais le message véhiculé par la pièce originale s'en retrouve plus pertinent et plus puissant aussi.




Au-delà de ces aspects de forme, venons-en au fond. Si Laurence Olivier a réalisé, adapté et produit le film, il en interprète également le personnage principal. Peut-on réellement mettre en doute le fait véhiculé depuis lors qu'il s'agit là de l'une des meilleures interprétations du personnages et aussi l'une des plus abouties ? Vélléitaire, rongé par un écrasant complexe d'Oedipe, cet Hamlet d'une noire mélancolie, attire vers les abîmes où il se trouve tous ceux qu'il approche. Il est de ces personnages que l'on ignore comment classifier, du côté de l'ombre ou de la lumière, et qui oscille perpétuellement dans un entre-deux où il peut ressasser sa légendaire inaction. Hamlet n'est pas un héros, ne l'a jamais été. L'adaptation ne contredira jamais cet état de fait. Elle joue justement dans un registre volontairement incertain, expliquant tantôt ses actes ou ses absences d'actes par sa nature angoissée et insatisfaite, reflet d'une âme capricieuse et vindicative complètement étouffée par l'infantilisation dans laquelle sa mère le revoie dès qu'il fait montre d'une certaine indépendance d'esprit. La pauvre Ophélie (délicieusement interprétée par une toute jeune Jean Simmons, qui avait à peine 18 ans au moment de ce tournage très exigeant), paiera elle aussi le tribut de son inconstance et de sa faiblesse. 


Jean Simmons dans le rôle d'Ophélie

Hamlet en s'évertuant d'éviter un affrontement direct avec son oncle meurtrier, sème un lot impressionnant de victimes collatérales en plus de cette dernière... Il est tellement plus aisé pour ce personnage indécis de rejeter son amertume et sa colère sur son plus proche entourage plutôt que sur le responsable direct de son malheur... On comprend aisément que bon nombre de psychanalystes se soient penchés sur la "tragédie des tragédies" comme l'avait nommée le psychologue russe Lev Vygotsky, auteur d'un magnifique et éclairant essai de 1915 sur le sujet... Le personnage se prête volontiers à l'analyse d'un certain nombre de névroses, n'est-il pas ?

J'invite donc les plus réfractaires à l'oeuvre de Shakespeare à se pencher sur cette adaptation, qui a su merveilleusement retranscrire la force d'un texte magnétique, dans une atmosphère nimbée d'un esthétisme noir.

Pour terminer, quelques extraits pour donner une idée de l'ambiance et du contexte de cette adaptation emblématique...



Oh, that is too, too solid flesh would melt

To be or not to be, that is the question

Statue commémorant le centenaire de la naissance de Laurence Olivier
dans le rôle le plus emblématique de sa carrière, située sur la rive sud de la Tamise,
à proximité du National Theatre, dont le comédien a été le directeur dans les années 70.
Il est à noter également qu'il est un des rares acteurs à avoir été fait baron,
et honoré à sa mort d'un enterrement en grande pompe
à Westminster en 1989... durant lequel a été joué la bande originale... d'Hamlet. 

25 avril 2018

Twin Peaks saison 3 : the return

Twin Peaks, saison 3 - série de David Lynch et Mark Frost

S'il était compliqué de résumer les deux premières saisons de Twin Peaks, il se révélera complètement impossible de faire un pitch cohérent de cette troisième saison, toujours conçue par David Lynch et Mark Frost. Plus de vingt-cinq ans se sont écoulés depuis la diffusion des premières saisons de cette série, passée au statut de mythe. Très honnêtement, j'attendais énormément de cette troisième saison, et dans la hâte de retrouver la galerie de personnages tout aussi inquiétants ou délirants les uns que les autres, cette trame si fantasmagorique, et ce ton si unique qui oscille entre drame fantastique, thriller et comédie, je me suis engouffrée dans ce visionnage en tâchant de naviguer entre les spoilers qui inondaient la toile. Je partais donc sans aucun autre a priori que l'excellent souvenir que j'avais gardé de mon visionnage de la série originale.  Dès le premier épisode de cette saison 3, le ton est donné : on va naviguer dans l'absurde et le cauchemardesque. Vous avez ressenti le malaise de votre vie en regardant le dernier épisode de la saison 2 ? Rassurez-vous : vous ressentirez un malaise similaire durant l'entièreté de ce "reboot" ! C'est sanglant, bizarre, incohérent comme un cauchemar... Les personnages d'origine sont là, comme rentrés à coup de chausse-pied dans un univers complètement détricoté. On a beau dire, Twin Peaks a été à son époque d'une très grande originalité, car cette série cassait joyeusement les codes de tout ce que l'on connaissait jusqu'alors. Lynch a sans doute voulu se démarquer en présentant quelque chose de nouveau, qui ne sentirait pas le réchauffé. Mais il s'agit de David Lynch, ne l'oublions pas, l'empereur du non-sens et des trames tarabiscotées. Alors je confirme, c'est nouveau, ce n'est pas du réchauffé, mais en réalité, à force de vouloir trop sortir des sentiers battus, on obtient quelque chose de tellement décousu et de tellement malsain, qu'on reste en état hypnotique devant l'écran, sans trop savoir ce que l'on regarde... Au bout d'un moment, j'ai arrêté de m'interroger sur le scénario et ses trous béants, ce serait comme tenter de justifier et de donner sens à une suite de mauvais rêves. A vrai dire, je n'ai continué le visionnage que pour savoir si toutes ces incohérences finiraient pas se structurer à un moment donné. J'ai terminé le dix-huitième épisode sans avoir eu le moindre éclaircissement en la matière, en continuant à me demander si je venais de visionner du cinéma d'auteur ou un incommensurable navet... On pourra arguer du fait que Lynch et Frost travaillent toujours plus par symbolisme et par ellipses, évitant les écueils d'une narration linéaire, sans doute trop traditionnelle à leur goût. Mais je vous dis, le symbolisme n'excuse pas tout. Je suis d'ordinaire très bon public, et il m'est arrivé, à certains moments d'apprécier certains aspects de cette narration déstructurée, mais le problème est que le spectateur est trop déstabilisé pour appréhender au final quoi que ce soit. A force de vouloir être volontairement obscur, le scénario a perdu forcément de son charme ou même de son bien-fondé. On assiste donc à une suite de scènes issues de délires malsains, laissant loin derrière elles les heureux mélanges de genre des deux saisons originales de Twin Peaks. Cependant si le but était de mettre le spectateur à tout prix mal à l'aise, le pari est plutôt tristement réussi... 



05 avril 2018

TAG : Sunshine blogger award



C'est le moment d'un petit tag bien sympathique, déniché sur le blog Espace en Claire-Obscure...

Petit rappel : Le blogueur nominé doit répondre à 11 questions. Une fois les réponses données, c’est à ce blogueur de trouver 11 autres questions et de nominer, à son tour, 11 blogueurs !

Les questions de Claire d'Espace en Claire-Obscure :

1. Est-ce que bloguer a changé ta vision de la blogosphère et si oui, en quoi? 

Honnêtement, je connaissais très peu la blogosphère avant d'héberger mes bafouilles sur blogger. Fidèle au poste depuis 2006 ! Par contre, la blogosphère, elle, a beaucoup changé depuis ces dernières années et le lectorat aussi... 

2. Beaucoup de blogs que je suis ont Instagram: n’avez-vous pas peur de trop exposer de votre vie privée sur ce réseau ? 

Je suis sur Instagram, mais plus pour suivre d'autres personnes que pour y laisser moi-même des photos perso... Donc, je ne me sens pas réellement exposée vis-à-vis de ce réseau.

3. Comment vois-tu l’évolution de ton blog, dans les mois/années à venir ? 

Vaste question. Peut-être une petite évolution dans le look, enfin, j'y réfléchis... J'ai déjà tenté, mais les lecteurs du blog ont hurlé au scandale... Du coup, ce sera sans doute des changements mineurs. Et surtout être plus régulière dans la publication des articles : il faut que je m'y remette sérieusement ! 

4. Un coup de coeur ciné ? 

Ohlala, par manque de temps, je ne mets plus beaucoup les pieds dans un ciné... Cela dit, mon dernier véritable coup de coeur a été le 8e volet de Star Wars : The Last Jedi... Il faudrait que j'en parle dans ces pages à l'occasion. Avec la sortie imminente du dvd pour fin avril, ce serait l'occasion parfaite.

Star Wars - The Last Jedi

5. Plutôt saison chaude ou saison froide ? 

Plutôt saison chaude ! L'hiver a son charme, c'est certain, mais le froid, très peu pour moi.

6. Un plaisir coupable (film, séries, bouquins ou autre) ? 

Héhé, il y en a tellement ! Rayon bouquins, j'ai eu pendant des années en adoration les deux volets de la romance "La fille du paster Cullen", de Sonia Marmen...  Je lisais même en cachette au travail, le bouquin calé sur mes genoux sous le bureau, ce qui n'était vraiment pas sérieux...

Mon plaisir coupable n°32859

Rayon film/téléfilm, alors, oui, j'éprouve un énorme plaisir coupable à avoir visionné des tonnes de fois la version italienne de La Belle et la Bête avec Alessandro Preziosi et Blanca Suarez, datant de 2016. Il s'agit d'une sorte de mix improbable entre le conte de Mme Leprince de Beaumont, le Fantôme de l'opéra, les Liaisons Dangereuses et Jane Eyre (si, si, tout ça en même temps, je vous assure), Le scénario est délicieusement bateau, mais c'est d'un romantisme tellement échevelé qu'on en reste toute béate et rêveuse pendant des heures...

La Bella et la Bestia : plaisir coupable n°125893

Sinon, j'avoue aussi avoir savouré l'unique saison de Moonlight, qui suit les errances romantiques du vampire Mick St-John aux prises avec son amour pour une mortelle... Le scénario était vraiment bâclé, soyons honnêtes, mais la série était vraiment...esthétiquement intéressante :p

Moonlight : plaisir coupable n°225745, et non, je n'ai même pas honte.


7. Aimes-tu les jeux vidéos ? Si oui, lequel ? 

Je ne suis pas trop jeux vidéo, à vrai dire. L'utilisation prolongée d'une console a le don de me faire sortir les yeux de la tête... Cela dit, j'ai été très fan en son temps (début 2000) du jeu PC Colin McRae, j'enchaînais les championnats de rallyes pendant des après-midis entières, pour terminer à la limite de la syncope... Mais je suis une grande fille raisonnable maintenant, je me fais de temps en temps un tennis sur la Wii... Une vraie mémé...



8. Quelle est ta couleur préférée ? 

En dépit du look dépressif de ce blog, j'adore le blanc et le bleu... 

9. Il y a une panne de courant/internet, que fais tu ? 

Je reste au coin du feu, avec une lampe de poche et un bouquin... Ou tel Lord Byron, j'écris des poèmes sur un bout de table, à la lueur des flambeaux, tandis qu'au dehors, la tempête fait rage... *j'adore dramatiser* 

10. As-tu un passe-temps/hobbie qui surprend les autres ?

 S'il n'y en avait qu'un... Alors, je passe des soirées entières à faire du tricot et du crochet... si, si, une vraie mémé je vous dis. Cela dit, je bricole en général pas mal de mes mains, depuis peu, je me suis lancée dans la rénovation de meubles...   



11. Pense-tu que les Funko Pop vont finir par envahir/dominer le monde ? 

J'adore cette question... :)
Absolument ! La preuve en image :

Et encore, la photo n'est pas récente... Branchée Star Wars, moi ? Pas du tout !



Et voici mes questions :

1. Depuis quand tiens-tu ce blog, et pourquoi as-tu ressenti le besoin de le créer ?
2. Plutôt thé ou café ?
3. Quel est le dernier roman-pavé qui te soit passé par les mains ?
4. Combien de temps consacres-tu par jour à la lecture ?
5. Si tu étais un roman, lequel serais-tu ?
6. Le premier roman pour lequel tu as eu un véritable coup de coeur ?
7. Quel est le dernier roman que tu as détesté ?
8. Plutôt Sherlock Holmes ou Arsène Lupin ?
9. Quel est le dernier personnage de série ou de film que tu as le plus détesté ?
10. Quel est le dernier personnage de série ou de film que tu as le plus apprécié ?
11. Plutôt Fantômas ou le Fantôme de l'opéra ?

Je tague... qui le souhaite :)

23 mars 2018

Rétrospective lectures, de décembre à février - 2ème partie

Smoke, de Dan Vyleta

Imaginez un monde où le moindre péché, la moindre pensée impure serait visible... Qu'une épaisse fumée noire s'échapperait de vos pores lorsque vous pensez, lorsque vous agissez contrairement à la morale... C'est dans un Londres dickensien qu'évoluent les trois jeunes protagonistes de ce récit fantasy, aux prises avec cette fameuse fumée, réputée impossible à dompter...


Le scénario de Smoke était, il faut le dire, très séduisant sur le papier. L'ambiance soignée, glaçante, lugubre, fait penser aux meilleures ouvertures de récits de Dickens, et pourtant il manque quelque chose d'essentiel à ce roman. Malgré l'originalité visible du récit, on tourne les pages sans trop de conviction, et l'intérêt suscité par ces pseudo-révélations trop attendues finit par retomber comme un soufflé. Le récit s'étire en longueur, sans qu'il ne se trame jamais rien de réellement important, ou plutôt si des événements notables surviennent, le ton en est tellement monocorde, qu'ils passent presque complètement inaperçus. Le roman , malgré ses ambitions de départ, est traité de manière tellement froide, et parfois même tellement détaché, qu'on a l'impression d'être tenu à l'écart de sa propre lecture... Les pages finissent par s'égrainer avec lourdeur, malgré l'honnêteté de son style et l'originalité du thème.

La Trilogie du Tearling -  Tome 1 : Reine de Cendres, d'Erika Johansen

A la lecture du quatrième de couverture, je n'étais au départ pas très emballée. Encore un énième récit fantasy, dans laquelle une pauvre jeune fille évoluant dans un monde pseudo-médiéval est appelée à un destin hors du commun... Comme c'est original... Et puis, au bout du compte, à force d'en lire du bien un peu partout, j'ai fini par me laisser tenter, et j'ai très bien fait ! La Trilogie du Tearling n'est pas vraiment un roman jeunesse, car c'est un récit dur, voire parfois un peu cru, qui retrace effectivement l'ascension au trône de l'héritière du Tearling, que tout le monde, en premier lieu son oncle le régent, aimerait beaucoup voire disparaître. Cependant, pas d'atermoiements, par de sentimentalisme dégoulinant, juste un très beau récit fantasy, qui réussit malgré tout à se démarquer de cette littérature très (trop ?) en vogue. Un excellent "page turner", dont pour une fois, le bandeau publicitaire n'est pas immérité...  Je me précipiterai volontiers sur le tome 2 !

La Splendeur des Amberson, de Booth Tarkington

Au-délà du film qu'en a tiré Orson Welles en 1942, La Splendeur des Amberson est aussi le prix Pulitzer de l'année 1919.

Le roman retrace l'ascension et la chute de l'héritier de la richissime famille Amberson. Un roman très américain sur la splendeur (et les misères, si l'on veut plagier Balzac) des premières grandes fortunes de la fin du XIXe siècle des villes-phares du Nouveau Monde, avec une très jolie plume, mais dont le thème quelque peu éculé, parle peut-être plus difficilement aux lecteurs d'aujourd'hui. J'ai cependant été agréablement surprise par le style, pas du tout ampoulé comme on aurait pu le craindre, mais un récit assez enlevé, qui se laisse lire très agréablement. Une découverte agréable et une lecture sans lourdeur, qu'on lit pourtant avec un détachement certain.



La sonate oubliée, de Christiana Moreau

Lionella est une jeune violoncelliste prodige. Lorsque son professeur l'inscrit à un concours de musique très coté, et qu'elle doit choisir un morceau à présenter, son inspiration lui fait défaut. L'un de ses amis lui apporte alors une partition et un manuscrit anciens, rédigé dans le dialecte vénitien. Elle croit d'abord avoir découvert une sonate inédite du "prêtre roux", Antonio Vivaldi. Cependant, il semblerait qu'elle ait entre les mains une partition écrite par l'une de ses protégées de l'Ospedale della Pièta, une orpheline surdouée nommée Ada...

La Sonate oubliée, écrite par la belge Christiana Moreau, est un roman charmant, se déroulant à Seraing, banlieue sinistrée de la ville de Liège, qui a vu le déclin des hauts-fourneaux. Les personnages évoluent dans ce cadre peu propices à la rêverie et aux aspirations musicales, mais parlent immanquablement à beaucoup de wallons... Il est donc tout à fait touchant de ce premier point de vue. Le récit moderne se croise ensuite avec celui d'Ada, la violoncelliste surdouée de l'orphelinat bien connu de Venise. Si le style paraît parfois manquer un peu de maturité, on se laisse cependant volontiers emporté par les interrogations et les aspirations de cette laissée-pour-compte, qui parle tant au coeur de l'héroïne du récit contemporain. Un roman sans prétentions qui nous plonge dans les brumes de la Sérénissime et les ombres de l'Ospedale, et dont la lecture se révèle tout à fait charmante.


21 mars 2018

Lectures à venir...

Même si la hauteur de ma pile de livres à lire devient tout à fait ingérable, voici les derniers achats en date qui sont venus s'y rajouter, et les titres qui m'attendent dans les prochaines semaines...

Et vous, qu'il y a-t-il dans votre piles ?


13 mars 2018

Muse - Thought Contagion

Je ne résiste pas à poster ici le dernier titre de Muse, magistral et hypnotique, sorti il y a quelques semaines. Un énorme coup de coeur, et un clip très underground, hommage au Thriller de Michael Jackson et aux eighties...

 

09 mars 2018

The Phantom of the Opera - le nouveau trailer de la comédie musicale

Le nouveau trailer de la comédie musicale d'Andrew Lloyd Webber, postée aujourd'hui sur tous les réseaux sociaux, est littéralement sublime ! Un heureux mélange entre l'ambiance scénique originale et des plans du film de Joël Schumacher... Et que dire de la magnétique présence de Ben Lewis, le Fantôme de la version australienne de Love Never Dies, dans cette bande-annonce à l'esthétisme léché... Un régal pour les yeux et les oreilles !

04 mars 2018

Rétrospective lectures (de décembre à février) - 1ère partie

Diantre ! Plus d'articles depuis le mois d'octobre... Il est donc grand temps de faire le point sur les lectures coups de coeur de ces derniers mois. Peu de livres lus finalement, mais de véritables pépites pour la plupart, découvertes tout à fait par hasard au cours de longues et délicieuses pérégrinations dans les rayons des libraires...Un rapide aperçu de ces ouvrages, donc, présentés sans classement spécifique...


Abigaël, de Magda Szabó (Editions Viviane Hamy)

On connaît maintenant Magda Szabó, auteure hongroise du XXe siècle (1917-2007), grâce à son fameux ouvrage, La Porte, récemment réédité au Livre de Poche. Ecrivain prolifique, dramaturge, poète, Magda Szabó a livré avec cet ouvrage un magnifique témoignage sur le passage à l'âge adulte. Abigaël retrace les années d'adolescence de Gina, fille d'un officier de l'armée hongroise, envoyée en pension dans un collège de province, où elle se sent vite rejetée et exilée. Dans le contexte tourmenté de la seconde guerre mondiale, ce roman aux accents initiatiques, laisse entrevoir avec une émotion tangible l'inexorable et cruelle transition de l'insouciance bénie de l'enfance, aux tourments de l'âge adulte et aux réalités de la vie. 

J'ai lu ce livre avec un plaisir teinté de mélancolie... Il évoque par bien des aspects des souvenirs personnels d'insouciance, et la brutalité avec laquelle, à l'adolescence, le monde adulte vient subitement s'introduire dans le vôtre, avec ses drames et ses questionnements. Un livre sublime et certainement l'une des plus belles découvertes de ces derniers mois. 

Le parapluie de Saint-Pierre, de Kálmán Mikszáth (Editions Viviane Hamy)

Quand on tombe sur des perles comme Magda Szabó ou Sándor Márai dans le rayon des auteurs hongrois, on en recherche presque compulsivement d'autres... Après quelques menues investigations sur la toile, c'est le titre "Le parapluie de Saint-Pierre" de Kálmán Mikszáth, auteur de la fin du XIXe siècle qui s'est imposé. 
Roman campagnard, charmant, à la langue, à l'humour et au cynisme très en avance sur son temps, Le parapluie de Saint-Pierre, retrace l'histoire croisée de deux jeunes gens, l'un à la recherche d'un parapluie dont le manche contient la preuve de son héritage, et l'autre gardienne dudit parapluie, devenu objet de culte de la paroisse qui l'a vue grandir... Malgré un démarrage un peu confus (la faute au style très piquant de l'auteur, qui déconcerte un peu durant les premières pages), je suis ressortie de cette lecture ravie, et agréablement surprise par le style de cet écrivain dont j'ignorais tout, dont l'oeuvre reste cependant très anecdotique, voire inconnue dans les rayons de nos librairies.

L'Eveil des Dieux (Les dossiers Thémis, tome 2), de Sylvain Neuvel (Le Livre de Poche)

Il faut être honnête, je me frotte très peu à la littérature S-F. Après plusieurs essais infructueux, parmi lesquels j'ai tenté à de nombreuses reprises Frank Herbert, Isaac Asimov ou Jo Walton, je pense avoir trouvé mon bonheur avec cet auteur canadien et cette trilogie en particulier. Après voir lu il y a un an le 1er tome des dossiers Thémis, intitulé "Le sommeil des géants", j'ai immédiatement eu un énorme coup de coeur, non seulement pour l'histoire (somme toute assez traditionnelle pour de la S-F), pour ses personnages féminins extrêmement forts et éloignés au possible des clichés habituels mais surtout pour le style du récit, découpé en extraits d'entrevues avec les différents protagonistes, mené par un personnage extérieur dont on ignore le rôle exact, et dont on ne sait pour ainsi dire absolument rien jusqu'à la fin du second tome. Cette saga raconte l'histoire de scientifiques, de militaires, d'anthropologues aux prises avec la découverte d'un géant humanoïde, sorte de robot fait de métal inconnu, et capable de s'activer sans source d'énergie extérieure, baptisé Thémis. Et qui s'avère surtout être une redoutable arme de combat... Quand un matin, un robot similaire surgit au beau milieu de Londres, il apparaît clairement que des visiteurs d'un autre monde s'intéressent de près aux recherches menées sur Thémis... 
Si le premier tome de la trilogie se révélait relativement serein dans son déroulement, il en va tout autrement pour ce second volet, qui lorgne clairement sur la Guerre des Mondes d'H.G. Wells, et se révèle être beaucoup plus "cinématographique" que le premier. Il n'est d'ailleurs guère étonnant qu'une adaptation soit pour l'instant en développement, tant le récit semble ici particulièrement visuel. Une très bonne surprise donc que cette saga, dont le troisième tome, intitulé "Only Human", n'est pas encore sorti en français.

A suivre dans l'article suivant : Smoke, de Dan Vyleta, Reine de cendres, d'Erika Johansen, et La splendeur des Amberson, de Booth Tarkington

28 octobre 2017

Lectures à venir...

Quelques jours de vacances m'attendent... L'occasion de faire diminuer la hauteur de ma pile de livres à lire, qui ressemble à peu de choses près à ceci :



Voici les quelques romans que j'en ai ressortis sur les insistances de plusieurs amis de la toile... 


Pour l'instant, c'est le ténébreux Aliéniste de Caleb Carr qui se trouve sur ma table de chevet... De quoi se préparer à la série à venir, réunissant Daniel Brühl et Luke Evans :


Et vous, l'un de ces romans vous tente-t-il, ou se trouverait également dans votre pile ? 

17 octobre 2017

L'étranger des Carpathes, de Karl von Wachsmann


D'après la nouvelle de Karl von Wachsmann, "Der Fremde" (L'étranger), issue du recueil "Erzählungen und Novellen" (Histoires courtes et nouvelles) - 1844.

***

Pris dans une tempête, le convoi du baron von Fahnenberg, s'égare dans une forêt impénétrable et sauvage de l'Est. Lorsque la voiture dans laquelle voyage la fille du baron, la romanesque Franziska, est assaillie par des loups affamés, un lugubre personnage s'interpose et parvient, d'un geste, à faire reculer la meute... 

***

Quelle découverte extraordinaire que ce récit d'une soixantaine de pages, écrit en 1844 par le novelliste allemand Karl Adolf von Wachsmann, sur lequel Claire a attiré mon attention il y a quelques semaines ! Rédigé trente ans avant Carmilla, de Joseph Sheridan Le Fanu (1872), et cinquante ans avant Dracula, de Bram Stoker (1897), on peut dire qu'il s'agit là d'un pur inédit, et lequel... ! La ressemblance avec le Dracula de Stoker est tellement troublante qu'on ne peut résolument nier une certaine similitude, à moins d'une formidable - et improbable - coïncidence. Ce récit, tombé dans l'oubli depuis le XIXe siècle, a fait l'objet d'une véritable mystification. Demeurant pendant longtemps introuvable, il est exhumé grâce aux éditions du Castor Astral, et plus particulièrement aux auteurs de la petite encyclopédie des vampires, Pierre Moquet et Jacques Petitin. 



Dans ce manuel d'un surprenant sérieux, et qui se révèle extrêmement jubilatoire, ainsi que d'une précision et d'une richesse quasi scientifique, les deux chercheurs font en effet référence à ce récit demeuré inédit en français, qui ne fut originellement traduit en langue anglaise que durant la deuxième moitié du XIXe siècle, sous le titre "The Stranger". Il y a donc tout lieu de croire que Bram Stoker en ait eu connaissance, car la parenté est évidente avec son propre personnage. Oserais-je d'ailleurs dire qu'après avoir dévoré ce récit court, qui allie merveilleusement l'efficacité de la nouvelle et les démonstrations frénétiques et mortifères du romantisme goethéen, je me sentais débordée d'enthousiasme pour cette version en quelque sorte "primitive" du Dracula de Stoker. Le vampire de von Wachsmann, le chevalier Azzo von Klatka, possède l'aura et le formidable potentiel d'un grand personnage de roman, que la brièveté du récit n'est cependant pas parvenue à entamer. Sur 64 pages, l'auteur est parvenu à concentrer l'essentiel : après une entrée fracassante dans un bois infesté de loups, Azzo von Klatka s'interpose entre eux et la voiture qui transporte la romanesque Franziska. Les bêtes, à la seule présence de ce personnage qui semble tout droit sorti d'un autre temps, s'enfuient sans demander leur reste. S'il apparaît tout d'abord comme un secours providentiel, tout indique pourtant, dans sa manière de parler et même de se mouvoir, qu'il représente un indicible menace, qui fascine par son autorité naturelle, sa supériorité cynique. Comme Dracula, on s'aperçoit bien vite qu'au-delà du fait qu'il semble commander aux loups (à cela près qu'ici, il s'avère davantage représenter une menace pour eux que d'être leur maître), se transforme volontiers en brouillard à la nuit tombée, et ne peut entrer dans une demeure sans y avoir été invité...Il ne cherche pas à plaire, au contraire, il semble plutôt ravi de susciter chez son auditoire une certaine répulsion, ce que son apparence lugubre à elle seule, suffit par provoquer immédiatement. A vrai dire, il cherche plutôt, selon ses propres dires, à séduire une âme semblable à la sienne, ou plutôt devrait-on dire qu'il tâche d'identifier la moindre faille, le moindre ressentiment, la moindre détresse chez ses interlocuteurs, et c'est ainsi qu'il parvient à s'imposer à Franziska, jeune femme au tempérament quelque peu fantasque, qui a Franz, le fiancé que son père lui a imposé, en horreur, et qui ne rêve au fond de son âme que d'aventures et de drames extraordinaires... Azzo von Klatka s'empresse donc de s'engouffrer dans cette large brèche, que Franziska ne prend seulement pas la peine de lui dissimuler. 

- "Je vous remercie, messire, mais mon estomac ne supporte absolument pas le vin", s'excusa le chevalier, avant d'ajouter avec une certaine ironie : "Pas plus qu'aucune autre boisson froide.
- Alors, je vais vous faire préparer une coupe d'hypocras ! Il ne sera pas long à préparer, dit Franziska.
- Merci, ma belle demoiselle, merci beaucoup. Si je suis dans l'obligation de refuser le breuvage que vous m'offrez pour l'instant, soyez assurée que je vous en réclamerai dès que j'en ressentirai le besoin... celui-là ou un autre.

Le cynisme du personnage porte souvent à sourire, et c'est presque avec délectation que l'on voit le chevalier vampire malmener le fiancé de Franziska, jeune homme fade et légèrement geignard, qui présente de larges ressemblances avec un certain Jonathan Harker, qui a eu toujours le don d'exaspérer mes nerfs de lectrice...  
Ajoutons également que Franziska, pour sa part, est assez éloignée d'une Mina ou d'une Lucy. Si elle s'avère être une victime, c'est elle-même qui se libérera de la fascination et de l'influence délétère du chevalier, avec un courage digne d'une héroïne qui semble très en avance sur son temps.
On peut cependant regretter que la fin soit si convenue, après une scène aux accents dantesques dans laquelle Franziska se défait de l'emprise de von Klatka...
On regrette donc à juste titre, que le récit soit si court, lui qui aurait mérité un large roman pour être développé et on savoure cette petite curiosité avec une sublime délectation.

30 août 2017

Le Maître et Marguerite, de Mikhaïl Boulgakov



Par une soirée d'automne, le magicien Woland arrive à Moscou, flanqué de singuliers comparses parmi lesquels se trouvent un chat parlant facétieux, un dandy exubérant, et une femme vampire. C'est le début d'une suite de scandales retentissants, de morts étranges et de disparitions invraisemblables sur fond de magie noire...

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Le moins que l'on puisse dire est que Le maître et Marguerite est une expérience littéraire assez peu commune. Pour preuve, j'ai vraiment peiné à en tirer un résumé qui tenait en quelques lignes, cela sans doute aussi dû au fait, non négligeable, qu'on ne sait jamais de manière certaine de quoi ce roman parle réellement. Considéré à juste titre comme l'un des chefs-d'oeuvre de la littérature russe, ce livre, que son auteur a mis pas moins de douze années à écrire, et qui ne fut publié que vingt ans après sa mort, en 1968, fut expurgé pendant longtemps d'un certain nombre de scènes jugées politiquement incorrectes par le régime soviétique. Et pour cause : à bien des égards, et sous couvert d'un récit burlesco-fantastico- philosophique, Le maître et Marguerite évoque clairement les pires dérives du gouvernement stalinien (on y fait mention d'un nombre incalculables de personnes disparues sans laisser de traces, d'internements, et de morts violentes). Seulement, la satire n'est pas le seul trait caractéristique de ce roman foisonnant, délirant comme un rêve. Le récit se scinde en trois parties plus ou moins distinctes, dont le fil conducteur demeure le personnage de Woland, "magicien" à ses heures, incarnation de Satan venu se divertir à Moscou... 

Alain Cuny dans le rôle de Woland, dans le film d'Aleksandar Petrovic (1972)


Dans un premier temps, Woland, flanqué de ses comparses, s'immisce dans la conversation de deux intellectuels, dissertant sur l'existence du Christ. Le magicien leur dépeint alors avec une précision troublante le contenu de l'interrogatoire d'un certain Yeshoua par un procurateur de Judée, qui s'est tenu il y a deux mille ans... Le premier intellectuel, effrayé par le récit de Woland, finit par se faire faucher par un tramway, tandis que le second est interné dans un asile. 
Le roman dérive ensuite sur le maître, un poète maudit, auteur d'un roman sur le Christ que la critique a méprisé, et sa compagne Marguerite. Fuyant le monde en raison de ses échecs, le maître se retrouve lui aussi à l'asile, tandis que Marguerite ignore où il se trouve. Cette dernière finira par conclure un pacte avec Satan, afin qu'elle puisse retrouver sa vie avec le maître, mais Woland trouve cette existence indigne d'eux, et envoie l'un de ses assassins pour les emporter. Le maître et Marguerite se retrouvent alors dans une folle chevauchée aux côtés de Satan, tandis qu'au loin, on aperçoit Ponce Pilate rejoindre Yeshoua dans l'éternité... 

Illustration pour l'édition russe - source : pinterest

Alors certes, on pourrait penser qu'au vu de ce récit qui semble s'écarter sans cesse de son fil conducteur (pour autant qu'il y en ait un), il se révèle impossible à lire. Mais ce n'est pas le cas. S'il apparaît plutôt complexe à résumer, et encore davantage à présenter, la lecture se révèle étonnement très agréable. C'est un roman certes singulier, surréaliste mais facétieux, qui alterne avec brio des scènes ouvertement comiques, et des récits d'un haut degré dramatique (toutes les scènes qui présentent le Christ et Ponce Pilate, notamment, sont assez poignantes). A vrai dire, à la lecture, si on a tout à fait l'impression de voir se dérouler un songe avec toutes sa foisonnante symbolique, on a le sentiment de suivre un parcours de montagnes russes. On ne sait jamais réellement à quoi s'attendre, et le lecteur n'a donc pas réellement l'occasion de s'ennuyer... Ce roman, malgré de trompeuses apparences d'oeuvre jugée très "intellectuelle", impossible à catégoriser, a le don assez surprenant de divertir en même temps que de susciter un sentiment assez indescriptible de s'être frotté à quelque chose d'essentiel, voire d'hypnotique.
Au-delà du récit philosophique et de son incontournable critique de société, Le maître et Marguerite est aussi une nouvelle lecture du mythe faustien, dont Marguerite est le point de convergence (l'utilisation de ce prénom n'est d'ailleurs pas innocent). En se livrant au diable pour retrouver son amour perdu, elle devra, tout comme Faust, payer le tribut de son sacrifice.
On pourrait trouver mille pistes de réflexions sur cette oeuvre extraordinaire, inclassable et délicieuse.

Marguerite invitée au bal chez Satan - extrait d'un épisode de la série russe (2005)

Il existe quelques adaptations de ce roman réputé impossible à transposer à l'écran, parmi lesquelles on trouve le film de 1972 d'Aleksandar Petrovic, avec au casting Ugo Tognazzi et Alain Cuny. On notera également la version la plus récente, et paraît-il, la plus réussie, datant de 2005, réalisée par la télévision russe sous un format de 10 épisodes de 45 minutes, et que l'on peut visionner dans son intégralité sur youtube, avec des sous-titres anglais. N'ayant visionné pour l'instant ni l'une ni l'autre dans son entièreté, je ne saurais en donner un avis complet, si ce n'est que la version de 2005 paraît de loin extrêmement fidèle au matériau de base.


D'autre part, les russes étant particulièrement friands de comédies musicales, le Maître et Marguerite n'a pas échappé à la règle d'une transposition sur scène. Pour l'avoir visionnée en entier, je peux dire que malgré un léger passage à la moulinette pour d'évidentes raisons de longueur, l'adaptation n'est pas si absurde que cela, proposant même des pistes nouvelles sur l'interprétation croisée du supplice du Christ et de celle des tourments du maître. D'autre part, la comédie musicale a largement fantasmé la relation très ambiguë de Woland et Marguerite, qui même si elle a sa part d'authenticité par rapport au roman, n'en demeure pas moins plutôt charmant dans un format si outrancier.



Quelques extraits s'avèrent très agréable à écouter, ici dans la scène intitulée "Глобус" ("Globe", sous-entendant "La Terre", en russe), qui présente très bien l'abnégation totale dont fait preuve le personnage de Marguerite dans le roman, demandant grâce à Satan (interprétés ici par Vera Svechnikova et Ivan Ozhogin).



Que l'on se borne au roman ou que l'on explore les différentes adaptations, le récit se révèle d'une si absolue bizarrerie, que toutes relectures ou toutes les démesures paraissent cohérentes. Le maître et Marguerite demeure sans doute, en raison de sa singularité même, un récit ouvert sur tous les possibles. 

24 août 2017

L'île aux mensonges (The Lie Tree), de Frances Hardinge




Faith Sunderly, une jeune fille de quatorze ans, débarque avec sa famille sur la sinistre île de Vane, où son père, pasteur et éminent naturaliste, a été réclamé pour participer à des fouilles archéologiques. Peu de temps après leur arrivée, Faith, se rend compte que celui-ci ne cherchait qu'à fuir l'Angleterre où il a été accusé d'avoir falsifié des fossiles, évitant à toute sa famille un scandale retentissant. Mais les rumeurs ne tardent pas à les suivre jusqu'à Vane... Lorsque le pasteur est retrouvé mort, on conclut rapidement au suicide, mais Faith, pour sa part, est persuadée qu'on l'a assassiné pour s'emparer de l'une de ses découvertes... 

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Voilà une excellente surprise que ce roman, récompensé en 2015 par le prestigieux prix Costa, chose rarissime pour une oeuvre jeunesse. Philip Pullman et Patrick Ness l'ont encensée, et je comprends à présent aisément pourquoi, même si j'avoue avoir été assez réfractaire avant d'en entamer la lecture. Il suffit simplement de lire trop d'éloges ou de voir un bandeau "Gagnant du prix Untel", pour que mon enthousiasme retombe comme un soufflé. Ces seules distinctions ont très souvent été révélatrices de grosses déceptions à la lecture, aussi ne m'étais-je guère attendu à quelque chose d'exceptionnel. Et je m'étais lourdement trompée ! Est-ce réellement un roman jeunesse ? J'en doute réellement, et il ne doit probablement cette classification qu'à l'âge de son héroïne. Car il est d'une noirceur que n'aurait pas boudé les meilleurs auteurs fantastiques classiques ou contemporains. Côté ambiance, on oscille effectivement entre Philip Pullman, J.K. Rowling, Anne Fine ou encore Susan Hill... Le roman s'ouvre sur des scènes plongées dans les embruns de l'île de Vane, sur ses côtes envahies de brume, et ne quitte que rarement son ambiance glacée, obscure, morbide, que l'auteur a imposé dès les premières lignes. On retrouverait presque les meilleurs lignes de Lovecraft dans ce récit aux allures gothiques, et à la couverture pourtant si singulièrement inoffensive de l'édition française, qui ne laisse que très vaguement augurer la nocivité de ce fameux "Lie Tree", qui est la pierre angulaire de ce livre... Etrange d'ailleurs que la traduction n'ait pas respecté le titre original, qui me semble-t-il, aurait été beaucoup plus évocateur, comparé à la naïveté quelque peu sous-entendue de sa version française. Le propos est donc résolument adulte et d'une formidable noirceur ; et même si les questionnements sont ceux d'une jeune fille de quatorze ans, on ne peut de plus nier la maturité de ses réflexions d'un féminisme d'avant-garde dans la rigide Angleterre victorienne où elle évolue avec toutes les difficultés dues à sa condition et à sa jeunesse.


Faith n'espère guère d'attention de sa mère, superficielle, charmeuse, qui la relègue au rôle de gouvernante auprès de son frère cadet, fils aimé, adulé, sur lequel toute la famille focalise son attention et ses espoirs. Mais elle vit surtout dans l'ombre et dans la peur d'un père au tempérament glacial, naturaliste reconnu, mais à la réputation ternie, espérant, attendant, comme un chien fidèle que ce dernier daigne baisser les yeux vers elle. Faith ne vit guère en réalité que dans l'espoir de sa reconnaissance, dut-elle l'obtenir par-delà la mort, et elle en viendra à risquer sa propre vie en voulant lui prouver sa valeur, en tant que fille, en tant naturaliste, ou tout simplement en tant qu'être pourvu de raison.

Un excellent roman et un auteur à découvrir absolument !

09 mai 2017

Derniers visionnages... (1/..)

Macbeth, de Justin Kurzel (2015)

Avec Michael Fassbender (Macbeth), Marion Cotillard (Lady Macbeth), David Thewlis (Duncan), David Hayman (Lennox), Sean Harris (Macduff), Panny Considine (Banquo),..

D'après la tragédie en cinq actes de William Shakespeare.

J'ai attendu un bon bout de temps avant de m'attaquer à cette adaptation de Justin Kurzel, qui reposait depuis des lustres dans ma pile de dvd à voir... Tout d'abord parce que Macbeth est une pièce que je trouve extrêmement difficile d'accès. C'est une oeuvre d'une violence rare, au propos hermétique, qu'il est très difficile d'adapter sans que cela ne vire immédiatement à la farce gore. L'extrémité même des situations et des intrigues retorses de la tragédie font qu'il est pratiquement impossible de transposer l'intégralité du texte, sans créer d'inévitables longueurs. Que l'on se rassure, le texte n'est absolument pas reproduit  en intégralité dans cette adaptation... De larges plans baignés dans la brume des champs de bataille, s'attardant ensuite sur les paysages d'une Ecosse quasiment onirique permettent au spectateur de s'imprégner de l'atmosphère délétère de cette pièce sans pour autant se perdre dans l'omniprésence d'un texte ancien, bigarré de langue celte. Le film est donc relativement avare de paroles, recentrant l'intrigue sur les scènes et monologues les plus emblématiques, rendant le film merveilleusement efficace. Ensuite, je craignais assez l'interprétation de Marion Cotillard en Lady Macbeth, choix singulier de casting pour camper ce personnage emblématique de répertoire shakespearien... Le film a pourtant très bien évité ces prévisibles écueils, car l'actrice s'en sort merveilleusement. Elle est énigmatique et glaciale, et parvient à demeurer d'une sobriété extraordinaire malgré les situations psychologiques extrêmes dans lesquelles évoluent son personnage.  Ensuite, Michael Fassbender campe un Macbeth d'une rare violence, aveuglé par une épouse ambitieuse, à l'influence tentaculaire. Mais ce Macbeth est également un traumatisé de la guerre, traumatisé par la perte de ses enfants (choix très surprenants du metteur en scène, mais qui parvient merveilleusement à combler les vides de sa psychologie, laissés à la libre appréciation du lecteur). Pour ma part, j'ai tout à fait adhérer à ces choix. Mais à vrai dire, les images sublimes de Justin Kurzel parviendraient à elles seules à vaincre les réticences des plus grands puristes du répertoire... Ce film est magnifiquement mis en image, très dignement interprété, d'une violence noire, à l'atmosphère frôlant l'asphyxie, mais qui à mon sens, demeure une adaptation de référence, pour ne pas dire, la meilleure réalisée à ce jour.


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Paterson, de Jim Jarmusch (2016)

Avec Adam Driver (Paterson), Golshifteh Farahani, Barry Shabaka Henley (Doc), ... 

Paterson est chauffeur de bus à... Paterson, une petite ville du New Jersey. Il partage sa vie avec Laura, douce excentrique, fan de country et de cupcakes, et leur chien Marvin... Ce film retrace une semaine dans la vie de Paterson, homme tranquille et sans histoires, poète à ses heures et adorateur de William Carlos Williams.

Ceux qui ont déjà vu un film de Jim Jarmusch savent à quoi s'attendre... Il ne s'y passe vraiment pas grand chose. Même dans un film de vampires (Le très surprenant Only lovers left alive, avec Tom Hiddleston et Tilda Swinton), il parvient à mettre le spectateur dans un certain confort, voire même à l'installer dans un routine un peu dépressive. Il y a un côté rassurant dans ses films, un poésie aussi, une douceur, qui ont l'air de venir d'un autre monde. Pour ceux qui apprécient les films aux intrigues retorses et aux sensations fortes, mieux vaut passer son chemin ...  Paterson est sorte de bulle. Il ne s'y passe rien d'autre que ce qui fait la vie de monsieur-tout-le-monde. Le personnage se lève, prend son petit déjeuner, va travailler, écrit des poèmes pendant ses pauses, retrouve sa femme le soir, va promener son chien...Alors certes, présenté de la sorte, le film n'a pas vraiment l'air de présenter un quelconque intérêt, mais pourtant si. Le spectateur se retrouve dans cette routine, dans ces petits désagréments de la vie, dans cet humour à peine dissimulé dans ce quotidien bien réglé... Et puis, les personnages sont tellement réels, tellement palpables :  Adam Driver (qui décidément ne cesse de m'étonner lorsqu'il sort de son rôle de Kylo Ren dans Star Wars) et Golshifteh Farahani sont tellement attachants, qu'on se laisse embarquer par ce film inattendu, qui sous ses dehors quelque peu lisse, est une petite merveille de sensibilité et de poésie.


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Premier contact (Arrival), de Denis Villeneuve (2016)

Avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker,...

D'étranges nefs extraterrestres sont apparues aux quatre coins du globe, demeurant comme suspendues à quelques mètres du sol. A l'intérieur, des habitants d'un autre monde, avec lesquels il semble impossible de communiquer. Le gouvernement américain fait appel aux services d'un scientifique et d'une linguiste afin de parvenir à établir un dialogue avec eux...

Voilà un film de science-fiction qui sort réellement des sentiers battus ! Pas d'explosions (ou si peu), pas de tirs d'artillerie lourde, pas de bande-son agressive, pas de héros musclé sauveur de l'humanité... Bref, on est loin, bien loin, des codes du genre... J'avoue, j'ai été vraiment charmée par ce film, qui a su très bien sortir de sa catégorisation. A vrai dire, j'aurais plutôt tendance à le classer dans le rayon des drames plutôt que dans celui des films d'actions. Car de l'action, il n'y en a presque pas. Premier contact est un film vraiment singulier par son propos, son contenu : il est plein de silences, d'introspections, de tristesses. Un film très beau, très surprenant aussi, qui s'éloigne merveilleusement des classiques du genre.



A suivre...

09 février 2017

Victoria, de Daisy Goodwin

Après le visionnage de la délicieuse mini-série de 8 épisodes diffusée sur ITV l'an dernier (pour l'article, c'est par ici), je me suis sentie une envie impérieuse de découvrir le roman de Daisy Goodwin dont elle s'est inspirée. A vrai dire, il s'agit d'une très fidèle adaptation, et le téléfilm, même si il a dû étoffer quelque peu la trame, est infiniment proche de son matériau de base. Ce roman est un véritable délice, tout comme l'est d'ailleurs la série... Je n'ai donc pas été déçue par cette oeuvre très touchante de la romancière anglaise. 

On a reproché à la série de s'être focalisée sur les relations entre la jeune reine Victoria et son premier ministre whig, Lord Melbourne. On peut peut-être hurler au sacrilège de voir dépeindre cette délicieuse histoire d'amour contrariée, alors que l'on sait que la reine Victoria a formé avec le prince Albert, son mari et propre cousin, l'un des couples les plus emblématiques des monarchies européennes.  A vrai dire, on peut faire autant de reproches que l'on veut à la série, et l'on pourrait en faire presque autant au roman, qui a exploité en premier ce filon avec délice... Alors que le téléfilm d'ITV laisse une large part à la romance de Victoria et d'Albert (3 épisodes entiers sur les 8), Daisy Goodwin a, de son côté, laissé une plus large part encore à Lord Melbourne et ses déchirements dans le roman (450 pages de Lord Melbourne contre 80 pour le prince Albert, c'est tout dire ... ^_^). Alors oui, on pourra contester, hausser les épaules, dire que dans l'Histoire, la vraie, il n'y eut sans doute qu'une profonde estime et une indéfectible amitié entre le premier ministre et la toute jeune reine d'Angleterre... Et je dis alors, très bien, mais le roman de Daisy Goodwin est un roman, pas un manuel d'Histoire. Cependant, au-delà de la romance, il y a un véritable fond, très véridique, très respectueux du contexte, mais également un style très fluide, très agréable, et l'on ne peut se résoudre à reposer le livre une fois celui-ci commencé... Qu'il est bon, parfois, de se laisser aller à de tendres lectures, avouons-le...

L'auteur présente Victoria durant les premiers mois de son règne, mal préparée à la charge qui lui est confiée. Entre sa mère, manipulée par un conseiller ambitieux qui rêve de mettre en place une régence qui lui permettrait de se hisser au plus haut niveau du pouvoir, et un oncle paternel déterminé à la faire passer pour folle pour mieux prendre sa place, la jeune femme de dix-huit ans n'a que très peu d'appuis, voire aucun, dans son entourage le plus proche. Déterminée à prendre son indépendance, et à éloigner d'elle ces personnes néfastes dont elle mettra plusieurs années à se défaire, elle trouve pourtant un surprenant appui auprès du vicomte Melbourne, le premier ministre en fonction. Loin de la décourager, celui-ci la conseille de manière avisée, la sensibilise aux problèmes de l'état, la forme en quelque sorte à sa charge en devenant pendant plusieurs mois son conseiller personnel et son mentor. En très peu de temps, celui qu'elle appelle désormais affectueusement "Lord M" lui devient indispensable. N'écoutant aucun autre avis que les siens, refusant toute sortie officielle sans lui, Victoria sent poindre, progressivement, un attachement profond dont elle ne reconnaît pas immédiatement la nature. Le premier ministre, galant homme, d'un charisme et d'une intelligence indéniables, agit pourtant sans calcul et sans ambition personnelle. Il apprécie immédiatement Victoria pour ce qu'elle est : une jeune femme inexpérimentée, mais diablement têtue et déterminée, et les deux personnages s'accordent de manière naturelle, spontanée. C'est donc avec une bienveillance désintéressée, presque paternelle, que Lord Melbourne lui prodigue ses conseils et lui apporte un soutien indéfectible. Et progressivement, comme malgré lui, son attachement commence à aller bien au-delà de l'amitié et de leur profond respect mutuel, et l'on commence partout à jaser (fait d'ailleurs, pour sa part, tout à fait véridique)... Un attachement malheureux, bien entendu, puisque la raison d'état fait loi... Melbourne devient alors aux yeux du lecteur l'archétype du personnage romantique, qui traîne derrière lui son lot de malheurs et d'amours contrariées...

Rufus Sewell dans le rôle de Lord Melbourne, dans la série Victoria


Que l'on ne s'y trompe pas, Victoria est une oeuvre tendre, mais ce n'est pas une romance pur jus. Il s'agit juste d'un roman historique fort agréable, quoique indéniablement romantique. Il est plaisant mais sérieux, tendre mais réaliste : pour preuve, Victoria finit bien par épouser Albert, et Melbourne retourner à Brocket Hall terminer sa biographie de Saint Jean Chrysostome... Mais le lecteur ressent le mariage de Victoria comme une véritable trahison. Le prince Albert est d'une intolérable transparence à côté du flamboyant Melbourne et on se demande sincèrement ce que la reine peut bien trouver à son cousin, sinon qu'il est un parfait dérivatif à son attachement à son premier ministre. En bref, on referme ce livre le coeur en charpies, mais des étoiles plein les yeux... La série venant merveilleusement compléter le matériau de base, que je conseille chaleureusement !


Jenna Coleman dans Victoria