13 décembre 2014

Toxic : fanvid "The Red Shoes"

Toujours sous le charme délétère du film de Michael Powell et Emeric Pressburger, "The Red Shoes" de 1948, je suis tombée sur cette magnifique fanvidéo du film, merveilleusement accompagnée par une version très inattendue de la chanson "Toxic", ici interprétée par District 78. Une pure merveille...

19 novembre 2014

Et si on allait à l'opéra (4/...) : Carmen (Opernhaus Zürich 2013) - Hamlet (Barcelone 2004)

Carmen,  de Georges Bizet (Opernhaus Zürich - 2013) - avec Vesselina Kasarova, Jonas Kaufmann.

Pitié. C'est le premier mot qui me vient à l'esprit lorsque je repense à cette version de Carmen, sortie il y a quelques semaines. Georges Bizet n'aurait certainement jamais pensé que l'on pouvait faire de son opéra quelque chose d'aussi grotesque. Vraiment. La mise en scène, si elle se veut moderne, est surtout d'un incroyable mauvais goût, et c'est peu dire. Je suis en général assez bon public, et certaines réalisations aux décors post-apocalyptiques passent parfois, envers et contre tout, assez bien. Mais là, décidément; non. La scène vide, uniquement composée d'un fond bleu et d'un plateau aux impressions glaciales, est bien éloignée de la moiteur et de la chaleur empesée des canicules espagnoles, et les acteurs, il faut le reconnaître, ne s'en accommodent guère. Mis à part Kaufmann, qui fait toujours ce qu'il peut, même dans un cadre minimaliste, grâce à cette voix sublime qui ne faillit jamais, n'est pas aussi bouleversant qu'on le voudrait. Grand spécialiste des personnages aux prises avec leurs frustrations et leurs délires névrotiques, malgré un effort visible pour être pris au sérieux, ne trouve aucun réelle grandeur, tant son Don José pitoyable à voir, a été malmené par le metteur-en-scène. Quant aux les autres chanteurs, dont Vesselina Kasarova dans le rôle de Carmen, osons le dire, on se demande bien ce que Don José peut bien lui trouver, avec ses allures de matrone acariâtre...et puis, la voix, tout comme le jeu, n'est pas au rendez-vous. Vraiment, je vous le dis : il faut des nerfs d'acier pour visionner cette version ouvertement clinique et explicite de Carmen sans émettre de rires nerveux. Exploit auquel je ne suis pas parvenue... Pour la finesse, décidément, on repassera.

Hamlet, d'Ambroise Thomas (Gran Teatre del Liceu - Barcelone 2004), avec Natalie Dessay, Simon Keenlyside et Béatrice Uria-Monzon.

L'opéra français m'intrigue. Et c'est dans cet esprit que j'ai entrepris le visionnage de cette version d'Hamlet d'Ambroise Thomas. Et puis aussi un peu (beaucoup) à cause de sa distribution. Keenlyside est avec Thomas Hampson le baryton que j'apprécie le plus, parce qu'il chante aussi bien qu'il ne joue, malgré un répertoire parfois difficile d'accès (Britten, Adès,...). Quant à Natalie Dessay, elle excelle réellement dans tout ce qu'elle entreprend sur une scène d'opéra, et particulièrement dans les scènes de folie, devenues emblématiques dans la palette de ses rôles, de Lucia di Lamermoor à son rôle d'Ophélie. Alors, certes, cet opéra, hors sa scène de folie, jouée et chantée divinement par Dessay, ne comporte pas réellement de grands airs, et l'oeuvre est très encombrée de nombreuses scènes de récitatifs qui la rendent très hermétique. D'autre part, la mise en scène dépouillée, les costumes informes et pas toujours très flatteurs mettent parfois un peu mal à l'aise. La pièce de Shakespeare en elle-même étant déjà un oeuvre très asphyxiante, le spectateur n'est réellement pas aidé. Il faut tout de même préciser que l'adaptation en opéra a été nettement édulcorée par rapport à l'oeuvre originale, ce qui parvient à rendre le personnage d'Hamlet légèrement moins contestable, sans que cela lui ôte toutefois sa velléité légendaire. Cette version, même si elle ne m'a pas séduite entièrement, est certainement incontournable pour la prestation extraordinaire de Natalie Dessay, et pour les scènes de délire et de rage d'Hamlet interprétée par Keenlyside, tout aussi époustouflante vocalement que scéniquement.

Un petit extrait de la scène de la confrontation entre Hamlet et sa mère, mais dans la version du MET de 2010, dont la mise en scène est pratiquement identique à celle de Barcelone (ici, avec Jennifer Larmore) :






11 novembre 2014

L'amour dans l'âme, de Daphné du Maurier

Autrefois paru sous le titre "La chaîne d'amour", ce roman de jeunesse de Daphné du Maurier retrace l'histoire de quatre générations d'une famille de Cornouailles, armateurs ou marins, depuis la mère, Janet, jeune femme éprise de liberté, amoureuse de la mer et de ses tourmentes, jusqu'à son arrière-petite-fille, Jennifer.

Dans ce roman on retrouve les thèmes chers à la grande romancière anglaise. La mer, les bateaux, les passions humaines, les vengeances et les frustrations s'y déchaînent, comme le vent des tempêtes. 

Il y a un souffle dramatique indéniable dans ce roman, se situant quelque part entre l'inspiration fantastique de La Maison sur le Rivage et l'agitation romanesque de La crique du Français. On y croise cette galerie de personnages caractéristiques, qui par la suite, a constitué la grande force des romans de Du Maurier, les femmes indépendantes et fortes, les hommes téméraires bien éloignés de l'image archétypale des héros classiques, tous et toutes à la fois tourmentés et frustrés par la dichotomie qui s'opère invariablement entre leurs aspirations d'un moment et les contraintes de toute une vie. 

Lorsqu'on lit Du Maurier, on a toujours cette terrible impression de lire parfois un récit épisodiquement romanesque, tout en étant persuadé que l'on sera encore et toujours ramené aux limites imposées par la vie, par ses aléas, par cette volonté toute-puissante d'un destin souvent contraire, par le carcan d'un monde trop étroit. Encore et toujours, le lecteur se trouve confronté à ses propres frustrations, à travers le récit de ces quatre générations d'hommes et de femmes à la fois passionnés et déçus. 
On sent également à quel point l'auteur était attachée aux personnages classiques qui l'ont inspirée à travers toute son oeuvre, de Shakespeare aux Brontë, en passant par Byron, on ne peut nier la ressemblance criante entre le capitaine Joseph Coombe de L'amour dans l'âme et son frère Philip, aux "frères" ennemis Heathcliff et Hindley des Hauts de Hurlevent. Les personnages masculins chez Du Maurier, sont tout aussi forts, écrasants, voire toxiques, que chez les Brontë, à la différence qu'ils ont face à eux, cette fois, des femmes qui leur tiennent merveilleusement tête, et qui parviennent à donner le ton d'un féminisme rare, dépoussiéré, sans jamais tomber dans le manichéisme. 

La chaîne d'amour n'est sans doute pas le plus grand roman de l'auteur, à l'instar de Rebecca ou de l'Auberge de la Jamaïque, mais il annonce certainement les meilleurs thèmes de son oeuvre !

06 novembre 2014

Les petits meurtres d'Agatha Christie - saison 2

Source : www.france2.fr
Avec Samuel Labarthe (Le commissaire Swan Laurence), Blandine Bellavoir (Alice Avril), Elodie Frenck (Marlène).

Série policière (2013-2014), réalisée par Eric Woreth pour France 2.

Episodes du premier coffret :
Jeux de glaces
Meurtre au champagne
Témoin muet
Pourquoi pas Martin ?
Meurtre à la kermesse
Cartes sur table

D'après les romans d'Agathe Christie.

***

On a toujours tort de rester camper sur ses idées : cette charmante série made in France en est la preuve vivante. Expliquons-nous : malgré le succès incontestable de la première saison de la série des "Petits Meurtres", avec Antoine Duléry et Marius Colucci, j'étais sceptique. Tellement sceptique d'ailleurs que je n'ai regardé aucun épisode lors de leur première diffusion en 2013. L'idée même que l'on puisse transposer l'univers d'Agatha Christie en France me paraissait un peu déplacée, sans trop savoir pourquoi. Ou plutôt si, je savais très bien pourquoi. Disons que les séries britanniques ont un charme bien à elles qu'il est très difficile d'égaler, et que j'ai regardé tant d'enquêtes dans la pure veine british des Miss Marple et autres Hercule Poirot que la peur de voir dénaturer l'ensemble me paraissait tout à fait fondée. Ce n'est finalement qu'en tombant par hasard sur un épisode de la saison 2 il y a quelques semaines, et en lui accordant un minimum d'attention, que j'ai vraiment eu l'impression d'avoir raté quelque chose.  

Nouvelle époque, nouveau genre.

















Le duo Larosière/Lampion de la première saison fait place cette fois à un duo, puis un trio, composé de l'imbuvable et cynique commissaire Laurence, de la piquante journaliste Alice Avril, et par la blonde secrétaire du commissaire, Marlène, le tout nimbé d'une ambiance très vintage (pour employer un adjectif très à la mode) qui fleure bon la fin des fifties. Quand on s'y attarde un peu, on se rend rapidement compte que premièrement, les scénarios sont soignés, et les dialogues très bien écrits. Alors certes, on pourra reprocher sans doute que les récits sont finalement assez éloignés des oeuvres originales de la romancière,  pour ne garder que la trame, et c'est sans doute mieux ainsi. A changement d'époque, changement de style : le trio de protagonistes étant inédit, il aurait été compliqué de n'en pas modifier la forme. Le résultat est un mélange subtil et bien mené d'intrigue policière et d'humour à froid, que ne renieraient pas les meilleures séries anglaises.
Au vu des caractères très opposés du duo Laurence/Avril, on assiste à pas mal de scènes hautement jubilatoires, ce qui confère à l'ensemble le ton piquant qui lui est propre et qui dédramatise merveilleusement le contexte des enquêtes, tantôt sordides, tantôt lugubres. Le fameux commissaire, campé par Samuel Labarthe de la Comédie-Française, est un personnage comme on adore les détester : sorte de Sherlock Holmes mâtiné d'un Don Draper, dandy arrogant, désagréable, misogyne, et rigide, il m'a paru tout droit inspiré du personnage de Devlin, incarné par Cary Grant dans le Notorious d'Alfred Hitchcock. Il en a en tout cas la grâce et le détachement hautain. Personnage délicieusement cynique et blessant, il possède une très haute opinion de lui-même qui n'est pas sans rappeler l'Hercule Poirot de l'incontournable David Suchet.

Source : www.france2.fr


























Blandine Bellavoir (que le téléspectateur n'aura pas manqué de voir dans d'autres séries, comme Plus belle la vie ou plus récemment dans Maison Close, diffusée sur Canal), contre toute attente, campe un personnage en même temps si casse-pieds et si attachant, jouant au chien fidèle avec tout de même une bonne dose de sans-gêne, tellement en décalage avec le personnage de Laurence, que l'on applaudit des deux mains, car ce déséquilibre fonctionne à merveille, sans pour autant tomber dans un rapport de dominant/dominé qui aurait été prévisible, et sans doute désastreux. Si la journaliste Alice Avril n'a en charge que le courrier du coeur dans le journal où elle officie, elle cherche et veut trouver sa place dans un société et un milieu machiste, et c'est ce qu'il y a d'honorable et de beau chez elle, malgré un don inné et véritablement agaçant pour s'attirer les ennuis. Et ce n'est pas en suivant le commissaire sur ses enquêtes dans l'espoir d'apporter des articles à sensations à son journal, qu'elle aura la vie facile... Mais force est de reconnaître qu'elle lui est très utile, même si lui, du haut de son arrogance, ne l'admettra jamais. On pense même voir se développer, au fil des épisodes, une sorte d'attachement improbable sous les propos acides, sans que cela ne glisse jamais dans la facilité. La barrière entre les deux mondes, celui franchouillard de la journaliste, et l'autre rigide et bourgeois du commissaire, est toujours maintenu au bon endroit, et c'est tant mieux.


























Quant à Elodie Frenck, interprétant la délicieuse Marlène, gentille cruche amoureuse de son patron, archétype de la femme fatale avec un coeur d'artichaud, on aime la voir battre des cils tout en embrassant le local de son poisson rouge, et prendre en sténo les dépositions des suspects de manière très aléatoire, avec beaucoup de plaisir. C'est un personnage frais, spontané, drôle sans trop le vouloir, qui met un peu de douceur dans les relations toujours très tendues des deux principaux personnages. 

Bref, on ne peut être que charmé par cette série, toujours en cours de diffusion sur France 2. Pour les intéressés, le premier coffret dvd de la saison, regroupant les six premiers épisodes est d'ores et déjà disponible partout. Je pense m'intéresser maintenant sérieusement à la saison 1...

16 octobre 2014

Thaïs : du roman à l'opéra


Thaïs, de Jules Massenet (MET 2008) - avec Renée Fleming et Thomas Hampson, dir. : Jesus Lopez-Cobos.

Thaïs est la plus belle et la plus vénérée des courtisanes d'Alexandrie. Athanaël, un austère moine cénobite, se fait la promesse de détourner Thaïs de sa vie de débauche, et de la rendre à Dieu. Il quitte son désert et se rend dans la grande ville, lieu de tous les tentations et de tous les excès, pour rencontrer la jeune femme et tenter de la convertir.

***

L'histoire de Thaïs, d'après le roman éponyme d'Anatole France, a en effet une trame assez simple. La matière de cet opéra repose donc très peu sur l'action, pour se concentrer presque strictement sur les réflexions que mènent les deux principaux protagonistes sur la spiritualité - ou plutôt, leur spiritualité propre, et leur rapport à la religion. Présenté comme cela, l'oeuvre pourrait paraître quelque peu hermétique, mais il n'en est rien. Il me faut préciser que j'ai vu l'opéra de Massenet - à qui je commence à vouer décidément un certaine adoration - dans sa version du MET de 2008, avant de lire le roman. Cet opéra m'intriguait à plus d'un titre, puisqu'il est surtout connu pour l'emblématique Méditation du Thaïs, aria au violon qui n'est pourtant qu'une transition du second acte (mais quelle transition !), durant laquelle la païenne Thaïs se convertit, et rejoint le moine Athanaël.

Je parlerai en premier lieu du roman, à la base de la construction du livret de Louis Gallet pour Massenet. Ecrit en 1890, le récit se base sur une ancienne légende chrétienne, retraçant la conversion de la courtisane Thaïs d'Egypte par le moine Paphnuce. La jeune femme, tirée de sa vie dissolue, mourra quelques mois plus tard comme une sainte dans le couvent qui l'avait accueillie.

Dans le roman, Paphnuce (transformé de manière heureuse en Athanaël chez Massenet), a connu dans sa jeunesse Thaïs, lorsqu'il vivait dans le siècle, et l'avait secrètement aimée. Devenu moine cénobite, et vivant une vie de recueillement et de prière dans le désert, celui-ci a une vision dans un rêve : Dieu lui ordonne de tirer la jeune femme de la débauche, et de la convertir à la religion du Christ. C'est ainsi que l'austère moine rejoint Alexandrie, où il est confronté à nouveau à la vie. Retrouvant un ancien compagnon de jeunesse, qui lui fournit argent et vêtement, Paphnuce se fait conduire chez Thaïs, où il trouve la jeune femme inquiète, aimant et haïssant à la fois la vie qu'elle mène, terrifiée à l'idée de perdre un jour sa jeunesse et sa beauté. Lorsque Paphnuce lui promet la vie éternelle, et l'amour inconditionnel dans la religion, Thaïs, au grand étonnement du moine, l'écoute. Le cheminement spirituel est en marche, et la jeune femme décide de suivre Paphnuce loin d'Alexandrie, après avoir incendié tous ses biens. Après un voyage à travers le désert, l'ascète laisse Thaïs dans un couvent, mais l'histoire est loin de s'arrêter en si bon chemin. A vrai dire, les ennuis, pour ce moine austère et rigide, ne font que commencer. Assailli de visions infernales, Paphnuce erre à travers l'Egypte, où il est la proie de tentations terribles, le ramenant encore et toujours vers Thaïs. Priant, résistant, se consacrant jour et nuit à la méditation, il finit par être terrassé : saisi de folie, il court vers le couvent où il a laissé Thaïs, où on la dit mourante. Parvenu à son chevet, il tente de la convaincre de le suivre, de l'aimer, mais la jeune femme, toute entière tournée vers Dieu, ne l'entend, ni ne le voit, et meurt dans une extase mystique.

Renée Fleming (Thaïs - MET 2008)
Il me faut être honnête : le roman ne m'a guère emballée. Disons que j'étais très curieuse de connaître le matériau de base de l'opéra, qui m'a paru au premier visionnage, assez singulier. Tout d'abord, parce qu'il présentait très peu de personnages, et que la trame m'avait semblé très sommaire, voire expéditive. On est loin, très loin, de débordements d'amour de Werther, ou des grands airs larmoyants de Manon. Thaïs est une oeuvre singulière, parce qu'elle est à fois très classique, et profondément atypique. Pas de grands airs connus, si ce n'est la fameuse Méditation, et un récit qui ne repose au fond que sur deux figures centrales, qui se suffisent amplement à elles-même. C'est davantage l'histoire d'une transformation, d'une conversion sur fond de profond lyrisme - une histoire donc très intériorisée - plutôt que le récit des tortures personnelles que s'inflige le moine cénobite Athanaël - Paphnuce chez Anatole France. C'est sur ce point justement que le lecteur du roman s'égare, se perd un peu, dans ces déferlements de châtiments corporels, de punitions et de jugements, auxquels le personnage se contraint. Le trait en est d'ailleurs tellement forcé, que cela prête parfois au sourire nerveux, ou même à l'exaspération. En lisant ces grands passages de pénitences, on pense presque à une version  revue et corrigée des Tentations de Saint-Antoine. C'est dire si cela est passionnant... Mais j'aime à penser qu'il s'agit d'une sorte d'anti-cléricalisme déguisé, d'une ironie très habile sur le pouvoir des croyances, et les dérives d'un certain extrémisme...

Thomas Hampson (Athanaël)

On comprend aisément que Louis Gallet, l'auteur du livret de l'Opéra ait largement choisi de passer ces aspects à la trappe, pour en revenir à la réflexion même de la conversion et de la confusion des sentiments du moine Athanaël envers Thaïs, et de la très haute mission qu'il s'est attribuée pour la ramener dans le droit chemin. L'opéra ne modifie donc guère le récit, en épargnant au spectateur les pénitences du moine, torturé plus par son amour pour Thaïs, que par des visions inspirées par le diable... Dans la version de 2008 produite par le MET, Renée Fleming est lumineuse, charmante, irrésistible, et sa voix absolument enchanteresse, pour incarner la Thaïs incendiaire d'Anatole France. Le duo qu'elle forme avec le baryton Thomas Hampson, est absolument parfait, d'autant que ce dernier possède une diction extraordinaire en français. Quant à son incarnation du moine cénobite, on le trouve toujours remarquable, car il est de ceux qui combine à merveille le chant et le jeu, notamment dans les registres de personnages noirs et austères. On applaudit avec autant d'enthousiasme ses errances intérieures, ses regards ténébreux ou ses larmes d'amour.


Des regards sévères de l'acte I...


... aux sentiments confus de l'acte II

Du reste, on est amené, plus d'une fois, malgré la singularité de la trame, à retenir quelques larmes émues. Pas de grands airs chantés, effectivement, mais une très grande beauté, un lyrisme presque céleste, porté par l'air récurrent de la Méditation, reprise dans certains airs, par l'orchestre, par les choeurs, jusqu'à la scène finale, à la fois ravissante et terrible, qui parvient à changer en  poésie la pesanteur du roman. Du reste, on se trouve transporté par l'ambiance générale, loin des questionnements obscurs et primitifs d'une religion encore à ses balbutiements, par la magie des décors chargés de fleurs et d'or, et par les costumes sublimes de cette production du MET, mis au point par Christian Lacroix... On retient son souffle et on frissonne devant tant de perfection.

Scène finale de l'acte III.
Afin de s'en faire une petite idée, voici l'air "O messager de Dieu... Baigne d'eau mes mains" :


Et la scène finale de l'acte III (attention, mieux vaut prévoir une boîte de kleenex) :

05 septembre 2014

The Red Shoes, de Michael Powell et Emeric Pressburger (1948)

Les Chaussons Rouges, de Michael Powell et Emeric Pressburger (1948 - Films Arthur Rank - GB - durée : env. 2h10), avec Moira Shearer, Marius Goring, Anton Walbrook.

Victoria Page est une jeune ballerine, rêvant de danse et de gloire. Après la première du ballet "Heart of fire", on lui présente l'éminent directeur de ballet Boris Lermontov, qui l'engage. Personnage intransigeant, rigide et hautain, Lermontov a décelé en elle un potentiel extraordinaire, et est bien décidé à en faire la nouvelle vedette de sa compagnie dans un projet d'envergure : créer un ballet inédit, "Les Chaussons Rouges", qu'un jeune compositeur, Julian Craster, nouvellement engagé, vient de lui écrire. Pour eux, ce sera la gloire assurée, à condition de s'y consacrer corps et âme. Lorsqu'il apprend que la jeune danseuse et le compositeur sont tombés amoureux l'un de l'autre, Lermontov en conçoit une rage  terrible...

***

Malgré que ce film ait été porté aux nues par les plus grands (Martin Scorsese, Brian de Palma, ou encore Coppola - excusez du peu), je ne le connaissais absolument pas, et il est proprement malheureux d'être passée à côté pendant tout ce temps... Les Chaussons Rouges, titre du ballet que joue la jeune Vickie Page, issu lui-même du conte d'Andersen, est à n'en pas douter, un de ces films qui, une fois visionnés, ne s'oublient jamais. A la fin du visionnage, on reste comme quelques minutes en "flottement", rêveur, incapables de se détacher de cette histoire troublante, bouleversante, qui oscille entre oeuvre onirique, drame musical et conte fantastique. Ce film, écrit par Emeric Pressburger et sorti en 1948, est une sorte d'heureux télescopage d'images et d'idées entre La belle et la bête de Cocteau, Les visiteurs du Soir de Marcel Carné, Le Fantôme de l'Opéra et Pygmalion... L'histoire en elle-même est bien peu fantastique au départ, puisqu'elle se concentre sur les aspirations d'une jeune femme qui souhaite devenir une grande danseuse, et sur le parcours plutôt amer de ses débuts dans la troupe de l'énigmatique et glacial Boris Lermontov, le directeur de ballet qui l'a engagée. Peu à peu, au fil des répétitions du ballet inédit, le rythme du film change, tout comme les images, la musique : le scénario alors très académique se transforme en une plongée dans le conte original d'Andersen et la fameuse malédiction des chaussons rouges, qui contraignent leur propriétaire, à danser éternellement, sans jamais s'arrêter, jusqu'à l'épuisement. On ne sait dorénavant plus si l'héroïne incarne simplement un rôle, ou si le rôle a trouvé en elle une incarnation ultime, puisqu'il résonne à présent dans son existence comme une réalité funeste (et là, on pense que Black Swan n'a vraiment rien inventé...). La vie de la jeune femme devient alors une allégorie pure et simple du conte, très habilement transformé dans un triangle amoureux inévitable, mais ô combien prévisible, qui n'est pas forcément celui que l'on croit, et qui se lit à divers degrés. Il est très rare pour un film de cette époque de voir une telle finesse et une telle modernité dans le traitement des personnages, y compris dans la manière de les présenter aux spectateurs.

Victoria "Vickie" Page (Moira Shearer)
Car la richesse de ce film, s'il se trouve dans le scénario et sur la modernité du propos et des plans,  repose tout autant sur le trio de tête des personnages, de Julian Craster, à Vickie Page, en passant par Boris Lermontov, tous trois incarnés, cela dit en passant, par de quasi inconnus.

***

Jeune femme toute entière dévouée à son art, Vickie Page, enrôlée à force pugnacité dans la grande compagnie dirigée par Lermontov, est une incarnation subtile mais entière, du sacrifice. Ce dévouement total qu'elle s'impose avec un optimisme juvénile, ne serait pas si terrible si elle ne l'avait promis à Lermontov, personnage magnétique, inquiétant de froideur et de grâce arrogante, qui l'a prise sous sa coupe. Le bienveillant ascendant des premiers temps prend vite des allures d'emprise délétère. La jeune femme devient alors un objet de manipulation et de chantage affectif. Lorsque celle-ci est confrontée à faire un choix de vie, un choix tellement humain - entre l'amour de l'art et l'amour tout court - son mentor la rejette avec une rage mal contenue, qu'on ne perçoit qu'à travers un mépris insultant.


Boris Lermontov (Anton Walbrook)
Que sait-on d'ailleurs de Boris Lermontov, personnage favori de toute la carrière du scénariste Emerich Pressburger ? Être rigide, hautain, égoïste à un degré suprême, animé d'un désir compulsif de perfection, que recherche-t-il vraiment ? Directeur et impressario tout-puissant d'une compagnie de renommée internationale, il sait ce qu'il veut et où il va, sans jamais aucune remise en question. Abandonnant et méprisant ceux qui ne peuvent le suivre, il fait et défait les carrières et les vies, si elles ne répondent plus à son sens du sacrifice et de la dépendance. On ne sait non plus ce qui le lie réellement à Vickie, hormis les espoirs qu'il a mis en elle follement, presque désespérément, comme si elle était l'incarnation ultime, inconditionnelle de son absolu. Inspiré à plus d'un titre par le véritable Sergeï Diaghilev, créateur et directeur des Ballets Russes, on retrouve chez Lermontov, cette personnalité écrasante, intolérante, quoique fascinante, celle qui subjugue son entourage, en même temps qu'elle ne l'entraîne encore et toujours vers le fond. Encore faut-il que ceux qu'il a sous sa coupe répondent à des aspirations équivalentes aux siennes... Si Vickie devient en quelque sorte son jouet favori - contrairement aux autres membres de la compagnie, qu'il estime avec une bienveillante politesse - c'est qu'il pense avoir face à lui une âme non pas semblable à la sienne, mais une âme jeune et influençable sur laquelle il peut peser lourdement, non par la terreur, mais par la fascination. Il peut ainsi projeter sur elle ses souhaits d'inconditionnelle perfection.

Lermontov : un autre personnage frollien ?


Du dévouement à l'emprise
Les scènes de ballet sont ensuite très révélatrices (pas moins de quinze minutes de danse sans coupure, absolument magiques), entre onirisme et symbolisme, on suit le cheminement de la jeune femme sur la voie de cette fascination à double tranchant : lors de la première représentation, elle voit sur les traits du danseur qui incarne le chausseur diabolique, ceux de Lermontov... Scène au symbolisme lourd, puisqu'elle révèle qu'il n'y aura finalement plus d'autre issue que celle, funeste, que véhicule le conte d'Andersen.

Lorsque Vickie lui échappe, en quittant la troupe pour se marier avec le compositeur Julian Craster, musicien doué, compositeur des Chaussons, qui officiait au sein de la compagnie, Lermontov ressasse une colère noire. Jalousie maladive révélatrice d'une tempérament obsessionnel ? Sans doute, quoiqu'on ignore tout à fait si le sentiment amoureux à quelque chose à y voir... Lermontov se dit en effet jaloux, mais pas de ce que l'on pense, et probablement pas du mari de Vickie, homme inoffensif, tendre, attentionné, forcément assez transparent, mais tellement égoïste lui aussi... On ne quitte pas si facilement le vieux carcan qui a eu cours pendant des siècles, et qui veut qu'une femme mariée sacrifie tout à son époux, tout y compris elle-même, jusqu'à s'oublier, jusqu'à s'effacer... La jeune femme ne déroge pas à la règle, et ne danse presque plus, et est, on n'en doute guère, très malheureuse d'avoir abandonné sa carrière. Lorsqu'elle a l'opportunité de la reprendre, ou plutôt, lorsque Lermontov lui propose de revenir dans la compagnie pour danser Les Chaussons Rouges, elle est à nouveau confrontée à un choix impossible : d'un côté le mari jaloux, exigeant à son tour un sacrifice total (si on n'avait pas réellement détester ce personnage jusque là, à présent, c'est chose faite!), et de l'autre le mentor, le pygmalion sans scrupules qui réclame l'aboutissement d'un idéal hors de portée...

***

On ne peut regarder la fin des Chaussons Rouges qu'étourdi, et n'en ressortir qu'avec la conviction d'avoir vu un véritable chef-d'oeuvre... Il s'adresse autant aux amateurs de danse qu'aux autres, tout comme aux adorateurs de personnages complexes... A voir et à revoir sans aucune modération !



 Pour terminer cet article, la scène de rencontre entre les deux principaux protagonistes, Vickie Page et Boris Lermontov :



***

Et je ne résiste pas à poster quelques délicieuses photos de promo du film...

 

 



15 août 2014

Et si on allait à l'opéra ? (2/...) : Eugène Onéguine, de Tchaïkovsky

Eugene Onegin, opéra en 3 actes de Piotr Illitch Tchaïkovsky
(MET season 2013-2014)

Voici mon plus gros coup de coeur de ces dernières semaines : Eugene Onegin de Tchaïkovsky, d'après le roman en vers d'Alexandre Pouchkine. 
Eugene Onegin (ou Eugène Onéguine en français), dandy prétentieux et arrogant, fuit St Pétersbourg où il est criblé de dettes, pour se réfugier à la campagne chez son meilleur ami Lenski. Peu de temps après son arrivée, les deux amis rendent visite à leurs voisins, où Onegin rencontre la jeune Tatiana. Tatiana, jeune fille réservée et discrète tombe éperdument amoureuse de ce viveur invétéré, qui la traite avec mépris. Lenski, fiancé à Olga, la soeur de Tatiana, provoque Eugène en duel, lorsque celui-ci en vient à l'insulter, puis à courtiser ouvertement Olga. Eugène tue Lenski en duel, et s'enfuit. Après deux ans d'absence et de voyage, Eugène revient désabusé à St Pétersbourg, où il rencontre Tatiana dans une soirée mondaine. La jeune femme a entre-temps épousé un prince. En la voyant, Onegin sait qu'il a fait une erreur en la repoussant autrefois, et souhaite ardemment la revoir. Malade d'amour, Onegin, la supplie de venir le retrouver, mais Tatiana, même après lui avoir avoué qu'elle l'aime toujours, restera fidèle à son mari.

Eugène Onéguine est une grande histoire russe, tragique et larmoyante, comme on les aime (enfin, comme je les aime en tout cas ^_^). Chose assez rare, c'est le personnage le plus abject de l'histoire qui en est le héros, et le baryton Mariusz Kwiecien prête merveilleusement son timbre sombre et froid à ce rôle plutôt ingrat de personnage détestable et opportuniste. Malgré tout, l'interprète parvient à le rendre magnétique, et le couple qu'il forme avec la toujours sublime Anna Netrebko dans le rôle de Tatiana, dont la voix et le dramatisme toujours juste donneraient des frissons à n'importe qui, a le don de galvaniser un public convaincu. La musique est enchanteresse, que ce soit le magnifique air des lettres, de Tatiana, ou encore de "Kuda, Kuda", air sans doute le plus connu de l'opéra, chantée par le malheureux Lenski au matin du duel (Piotr Beczala) qui est à tirer des larmes. Le tout est nimbé de décors qui retranscrivent à merveille la glace et la neige de la froide Russie, si indissociable de l'âme dramatique des romans slaves... 

Air de Lenski (extrait de "Kuda, Kuda) :


Scène finale de l'acte 3 :


Une merveille à écouter et à voir !

17 juillet 2014

Holmes, vous avez dit Holmes ?

Après plusieurs années consécutives riches en adaptations holmesiennes de tout genre (Sherlock et Elementary pour la télévision, puis les films de Guy Ritchie pour le cinéma), il semble que la franchise Holmes ne soit pas encore tout à fait épuisée...

Tout d'abord, on trouve cette série russe, dont j'ai appris l'existence par hasard sur youtube, diffusée fin 2013-début 2014, avec Igor Petrenko (Sherlock Holmes) et Andrej Panin (John Watson) :

"Sherlock Holmes" - version russe (2013)
source : www.sshf.com
Après visionnage d'extraits de quelques épisodes, ainsi que du trailer (disponible sur youtube en russe, sous-titrés en anglais, voir liens ci-dessous), il apparaît que la série louche nettement au niveau de l'ambiance, et du style bohème de Holmes, sur les films de Ritchie et le Holmes de Robert Downey Jr. On est loin, très loin même, du personnage du canon, tiré à quatre épingles.

Reste que la série paraît assez agréable, énergique, explosive même, non dénuée d'humour, mais qu'il faut s'armer d'une bonne dose de courage pour visionner chaque épisode d'1h20 environ en langue russe... 

L'acteur interprétant Watson étant décédé il y a quelques mois, on ignore si la série sera reconduite pour une seconde saison.

Le trailer pour s'en faire une petite idée : 

















Lien vers le 1er épisode

Ensuite, on annonce pour 2015, la sortie d'un film de Bill Condon, "Mr Holmes", avec Sir Ian McKellen à l'affiche, pour interpréter le détective à un âge avancé.
Adapté d'un roman de Mitch Cullin, en voici le résumé que l'on peut trouver depuis peu sur imdb :

"The story is actually set in 1947, following a long-retired Holmes living in a Sussex village with his housekeeper and rising detective son. But then he finds himself haunted by an unsolved 50-year old case. Holmes memory isn't what it used to be, so he only remembers fragments of the case: a confrontation with an angry husband, a secret bond with his beautiful but unstable wife."


On peut évidemment se poser un nombre extraordinaire de questions sur le scénario, d'autant plus que le roman dont il est tiré est très peu connu.

Très peu de photos sont disponibles pour l'instant. On attend en tout cas avec impatience une date officielle de sortie...

08 juillet 2014

Et si on allait à l'opéra ? (1/...)

Quelques semaines après avoir entamé ma pile de DVD d'opéras à voir, et quelques dizaines d'heures d'écoute et de visionnage plus tard, c'est le moment de faire le point... 

Lohengrin, de Richard Wagner (Bayerische Staatsoper - Münich) - 2009 - avec Jonas Kaufmann et Anja Harteros

Après un premier essai plus ou moins fructueux d'un opéra de Wagner (Parsifal), avec le même Jonas Kaufmann, je me suis lancée dans le visionnage d'un opéra du grand maître allemand légèrement plus accessible. Du moins c'est ce que je croyais, avant d'être détrompée dès les premières secondes... Impossible de nier le fait que la musique de Lohengrin est tout à fait grandiose, belle, et majestueuse, et que l'histoire en elle-même, romantique à souhait, ravira tous les coeurs tendres... Seulement voilà, il y a la mise en scène : à moins que le sens profond m'ait complètement échappé, on peut tout à fait dire qu'il s'agit là d'un grand n'importe quoi. Les chanteurs sont excellents, évidemment, mais on a davantage l'impression de les voir en répétitions, plutôt qu'en représentation des grands soirs... Lorsque l'on voit Lohengrin (Kaufmann), décrit dans le livret comme un chevalier en armure étincelante, surgir sur scène en jeans, t-shirt et baskets, on tolère encore... Mais quand enfin ledit chevalier et sa promise, Elsa (Harteros), se mettent à faire de la maçonnerie tout en chantant des airs déchirants, on se met franchement à rire... ^_^ Je suis plutôt bon public en général, mais là, ça ne passe pas. Cette mise en scène abominable gâche tout, et c'est peu dire. 

Il Trovatore, de Giuseppe Verdi (ROH Covent Garden) - avec José Cura, Dimitri Hvorotovsky et Yvonne Naef.

Je ne connaissais pas du tout Il trovatore (Le trouvère), avant de visionner cet opéra d'excellente facture, avec des interprètes masculins tout à fait superbes, dont José Cura, en gitan impulsif et charismatique, et l'incontournable baryton russe Dimitri Hvorostovsky, dans un rôle charismatique tout à fait taillé sur-mesure.
La mise en scène, les costumes, les voix extraordinaires, tout y est pour en faire un spectacle puissant et expressif !
Ce n'est sans doute pas mon opéré préféré de Verdi, mais c'est une splendide découverte.  A voir !





Werther, de Jules Massenet (Théâtre du Châtelet) - récital avec Thomas Hampson, Susan Graham et Stéphane Degout - dir. : Michel Plasson.

Comme je l'avais déjà évoqué dans le dernier billet sur Werther , il existait en dvd cette version de l'opéra de Massenet, sous forme de récital, dirigée par Michel Plasson. Sa particularité réside dans le fait qu'il s'agit de l'adaptation pour baryton du rôle de Werther, que Massenet, peu satisfait du résultat d'une partition pour ténor, avait entièrement réécrit. Evidemment, le choix d'un concert plutôt que d'une véritable scène d'opéra, impose une certaine froideur à l'ensemble, une inévitable distance par rapport aux émotions véhiculées par le livret. On sent d'ailleurs très nettement les interprètes mal à l'aise avec la rigidité d'une transposition en récital, notamment dans les instants les plus dramatiques des deux derniers actes. L'agonie de Werther est une splendeur à entendre et à voir, malgré le contexte, et que les interprètes, même s'ils la jouent debout face au public et derrière leurs pupitres, n'en sont pas moins extrêmement convaincants et émouvants. Ensuite, il est très curieux d'entendre Werther en version baryton : "Pourquoi me réveiller", la merveilleuse envolée lyrique de l'acte 3,  ne tient malheureusement pas toutes ses promesses. La montée en puissance de la partition ténor n'est plus là, et l'aria incontournable de cet opéra passe donc complètement à la trappe. Impossible de jeter la pierre à Thomas Hampson, merveilleux baryton, qui donne à voir un très honorable Werther dans cette version tout à fait unique en son genre. Quant à Susan Graham, elle incarne un personnage doux et aimant, tout en se rapprochant beaucoup de la Charlotte rédemptrice incarnée par Sophie Koch dans la version de l'Opéra Bastille.

Et pour s'en faire une petite idée :


A suivre... 



04 juillet 2014

Le comte de Monte-Cristo, téléfilm de Denys de la Patelière (1979)

Le comte de Monte-Cristo (1979), réalisé par Denys de la Patelière, avec Jacques Weber, Carla Romanelli, Jean-François Poron, Roger Dumas, Manuel Tejada, Henri Virlojeux.

Edmond Dantès, jeune marin promis à un bel avenir, est accusé à tort de complot contre la monarchie et est arrêté le jour de ses noces. On l'envoit précipitamment au Château d'If, sans autre forme de procès. Dantès comprend alors qu'il a été victime d'une machination. En prison, il rencontre l'abbé Faria, qui lui confie le secret d'un trésor fabuleux qui se trouve dissimulé sur l'île de Monte-Cristo. Plusieurs années se passent avant que Dantès n'ait l'occasion de s'évader et de rejoindre l'île où il découvre les richesses promises par l'abbé. De retour à Paris, Dantès, sous l'identité du Comte de Monte-Cristo, prépare sa vengeance...

***


J'ai appris l'existence de cette version il y a plusieurs années, en visitant justement le château d'If, où elle était vantée comme la meilleure adaptation réalisée à partir du très volumineux roman de Dumas. En près de 6h, elle retrace en effet  fidèlement la trame, mais aussi l'ambiance très noire, et finalement très peu romantique de l'oeuvre. Chose paradoxale, car Monte-Cristo/Dantès bénéficie bien souvent de l'image du justicier-dandy, étrangement véhiculée par l'imaginaire collectif, et forgée sans doute aussi par les adaptations précédentes, ou suivantes (voir celle réalisée par Josée Dayan avec Gérard Depardieu), qui ont un peu, voire beaucoup, aseptisé le propos. Pour ceux qui ont lu le roman, ou qui auront vu cette adaptation avec Jacques Weber, on peut dire que tout y est : la dureté de l'âme de Dantès, et son inflexibilité extrême. Que l'on s'y entende bien : Monte-Cristo n'est pas un héros, il n'a d'autre but que d'assouvir sa vengeance, et il le fait d'ailleurs avec une sorte de joie mauvaise. Il n'oeuvre ni pour le bien, ni pour le mal : il applique avec méthode et froideur sa propre loi, celle du talion. Jacques Weber incarne à merveille cet aspect du personnage, calculateur et manipulateur, servi par une réalisation très froide, quoiqu'un peu distante, et une magnifique galerie de personnages secondaires, dans lesquels on retrouve d'éminents acteurs comme Roger Dumas ou Henri Virlojeux, ainsi que quelques acteurs étrangers. Certes, l'image a vieilli, la qualité de la bande sonore n'est sans doute pas toujours au rendez-vous, mais c'est effectivement l'une des meilleures adaptations existantes, car infiniment respectueuse de l'oeuvre originale. Elle rend magnifiquement hommage à la réelle noirceur du personnage emblématique créé par Dumas et Auguste Maquet en 1844.

A voir !