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14 février 2019

Death and Nightingales (roman d'Eugene McCabe et minisérie BBC)

Roman d'Eugene McCabe, paru en 1992 (trad.française : Ode funèbre)

Mini-série en 3 épisodes de 55 minutes, adaptée et réalisée par Allan Cubitt pour la BBC, avec Ann Skelly (Beth Winters), Jamie Dornan (Liam Ward) et Matthew Rhys (Billy Winters), Charlene MacKenna (Mercy Boyle)

Beth, jeune femme de vingt-deux ans, vit à Clonoula, vaste domaine de la campagne de l'Ulster, avec son beau-père, Billy Winters, riche et prospère exploitant d'une carrière. Tiraillée entre son amour pour sa terre et les liens toxiques qui l'unissent à Billy, Beth cherche désespérément un échappatoire, qu'elle trouvera en Liam Ward, l'un des exploitants de Clonoula. Il demande alors à Beth de s'enfuir avec lui pour l'Amérique, en prenant soin de dérober d'abord l'or que son beau-père dissimule jalousement dans son coffre...

***

Je ne connaissais ni Eugene McCabe, éminent écrivain irlandais, ni ce roman, avant de découvrir les premières images de l'adaptation que la BBC en a faite il y a quelques mois... L'atmosphère inquiétante et les relations conflictuelles des personnages présentées dans la bande-annonce, augurait une histoire pour le moins singulière et oppressante. Lors de mon récent séjour sur l'île d'émeraude, une sympathique libraire m'a vivement recommandé le roman, un classique contemporain de la littérature irlandaise. J'ai donc sagement obéi au conseil, et ai lu ce roman assez court (un peu moins de 300 pages) avec énormément d'enthousiasme (je remercie d'ailleurs le magnifique et emblématique Charlie Byrne's bookshop au passage :) ) . Il y a un peu de la patte de Dickens dans le portrait des personnages d'Eugene McCabe, voire même un soupçon de roman social d'inspiration plus française au regard des situations désespérées que l'auteur faire vivre à ses personnages et dans lesquelles il se plaît à les enfermer, le tout sur fond de conflits religieux et de prémices de luttes indépendantistes... Comme vous l'aurez compris, le contexte de cette oeuvre est on ne peut plus aisé et joyeux...!

Death and Nightingales est un roman découpé de manière très cinématographique, très visuel, et que l'on referme avec un frisson assez troublé. Car l'histoire qu'il retrace, qui s'étend sur une période d'un peu plus de 24h, foisonne de sentiments contradictoires, quelque peu confus et toxiques, sur lesquels on a tendance à se poser un nombre incalculable de questions longtemps encore après la lecture. A vrai dire, même si le style et l'allure du livre lorgnent allègrement sur des classiques anglais, on est plutôt dans la gamme de personnages frustrés et inquiétants à la Zola. Ceux-ci sont tellement dépourvus d'étincelle, que l'on est plus fascinés par leur mécanique intrinsèque, terriblement ambivalente, que par leurs actions et leurs pensées néfastes. Le trio de personnages centraux n'ont vraiment rien à envier les uns aux autres dans ce registre... Et c'est en grande partie pour cette raison que le roman est aussi magnétique. Aucun personnage n'y est jamais entièrement bon ou mauvais : le rôle des bourreaux et des victimes est toujours changeant, redéfini, réajusté, jusqu'à la dernière ligne. Le personnage de Beth Winters, campé dans l'adaptation par Ann Skelly, en est d'ailleurs le meilleur exemple. Jeune femme au tempérament très affirmé, élevée par une mère catholique mais vivant dans l'ombre d'un beau-père protestant avec qui elle entretient une relation très néfaste et ambiguë, elle se jette avec entêtement dans les bras du premier homme venu, qui semble s'intéresser un tant soi peu à elle et qui se révèle être le seul dérivatif à la confusion de son quotidien. Cependant, Liam Ward, ne fait qu'y ajouter du trouble, puisqu'il est lui-même un voleur patenté, et est soupçonné par le gouvernement anglais d'avoir fourni des explosifs utilisés dans de récents attentats. Celui-ci l'incitera à voler, puis à s'enfuir sans aucun scrupules.

Beth Winters (Ann Skelly)
Beth, vivant dans des sentiments assez flous, oscillant perpétuellement entre  une haine violente et un amour vicié, se laisse séduire, mener et entraîner dans une direction qui ne vaut guère mieux que celle dans laquelle elle se pense contrainte. Elle était cependant loin de se douter que son amant, qui fait montre d'une froideur et d'un mutisme assez suspects, ne s'intéresse pas à elle, mais projette plutôt de s'en débarrasser crapuleusement à la première occasion...

Liam Ward (Jamie Dornan)
Ward, très justement campé par un Jamie Dornan très convaincant dans ce registre, est une sorte de brute taciturne, qui malgré ses allures monocordes se révèle d'ailleurs beaucoup plus nuancé qu'on ne l'aurait cru. A vrai dire, si on redoute assez rapidement le fond de la nature du personnage, celui-ci réserve d'excellentes surprises dans la progression de cette intrigue inhabituelle et plutôt anxiogène.
Evidemment, comment ne pas parler du personnage interprété par Matthew Rhys, qui comme à son habitude, excelle dans la peau de parfaits salauds... Quoique Billy Winters navigue définitivement dans des eaux bien troubles...Le beau-père de Beth peut rappeler pour ces raisons le Humbert de Nabokov, ou le Dr Pascal de Zola, par ce côté possessif et malsain, ses allures pitoyables contrebalancées par des accès de violence et de jalousie maladives. Au même titre que Beth, le personnage de Winters pose question, comme c'est d'ailleurs le cas à la lecture.

Billy Winters (Matthew Rhys)
L'acteur a d'ailleurs très bien rendu justice à son ambivalence, à ses regards circonspects d'alcoolique ou à ses expressions à vous transpercer l'âme de terreur. Sans parler de son pathétisme, de ses larmes de remords et d'affection déplacée... Dans les scènes qui opposent ce dernier à sa belle-fille, on se sent inévitablement mal à l'aise, tant les deux personnages semblent perpétuellement sur le fil, à tel point que l'on se demande réellement qui est le bourreau de qui... L'introduction du personnage de Ward dans le duo principal, ajoute en cela une oppression et une tension palpable dès les premiers instants. Je ne spoilerai pas la conclusion de cette improbable récit qui continue de jouer avec les nerfs du lecteur (ou du spectateur) avec brio, évoquant par bien des aspects les meilleures oeuvres de Du Maurier...

"What a pair we two..."
Personne n'est jamais tout à fait blanc ou tout à fait noir dans Death and Nightingales, il n'y aura pas d'étincelle, pas d'espoir, et nul n'aura droit à une quelconque rédemption, ce qui laissera une suite sans fin de questions sur le devenir des protagonistes. La frustration et le questionnement sont au rendez-vous de ce roman inhabituel et de cette série pour le moins fidèle à son matériau de base, servie par un casting de choix que l'on ne pourra vraiment pas bouder !


03 février 2014

A ne pas manquer... (aide-mémoire)

Un petit aide-mémoire perso, et non exhaustif, des dvds à ne pas manquer :

Death comes to Pemberley (La mort s'invite à Pemberley)
avec Matthew Rhys, Anna Maxwell-Martin, Matthew Goode, d'après le roman de P.D. James.

BBC - Décembre 2013, disponible en DVD le 10 février 2014.

VO uniquement - sous-titres anglais.















Elementary - saison 1

CBS - 2012 (Actuellement diffusé sur RTL-TVI Belgique)

Une énième adaptation de Sherlock Holmes, mais cette fois, dans le New-York du XXIème siècle. Je demande à voir le duo improbable Lucy Liu en Watson version féminine et ce Sherlock Holmes réellement accro à la drogue... Difficile de passer après la version BBC.

Sortie annoncée le 2 avril 2014 en VF.

Mon article, c'est par ici.







Person of interest - saison 2.

Warner Bros 2013 (Actuellement diffusée sur RTBF - La Une Belgique)

A mon grand étonnement, j'adore cette série qui offre un excellent équilibre entre scènes d'action et intellect... Le duo Jim Caviezel / Michael Emerson fonctionne vraiment à merveille. Un plaisir pour les yeux, et le cerveau...

Sortie annoncée prochainement en VF.







The Americans

20th Century Fox - 2013

Cela fait des lustres que Lorinda me parle de cette série, et que je n'ai eu que peu d'occasions pour la regarder en entier, mis à part quelques épisodes au hasard des rediffusions sur la chaîne néerlandaise Canvas (en VO, c'est un avantage). Et j'ai adoré le peu que j'en ai vu...

Sortie annoncée pour le 5 février en VF.







Austenland (2013)

Un charmant bonbon que ce film qu'on attend depuis longtemps, et sorti aujourd'hui en dvd...!

Austenland retrace l'histoire d'une jeune femme, obsédée par Jane Austen et forcément par l'image idyllique de Mr Darcy, qui s'offre un séjour dans un parc à thème dédié à l'univers de l'auteur. Plus qu'un parc à thèmes, il s'agit d'une immersion totale en pleine Régence...

Avec Keri Russel, JJ Field (que l'on prend plaisir à retrouver dans un registre "austenien" après Nothanger Abbey), et Jane Seymour.

Sortie ce 3 février 2014, en VO uniquement, sous-titré anglais. 

04 décembre 2013

Death comes to Pemberley : trailer

Après des mois d'attente, voici enfin le trailer de Death comes to Pemberley, une adaptation du roman de P.D. James, qui sera diffusé sur BBC One, au cours de leur prochain "Christmas Package"... 

Après en avoir parlé il y a quelques mois dans cet article, je puis en dire un peu plus sur l'oeuvre dont ce téléfilm est tiré :  P.D. James a décidé de plonger ses personnages en pleine tourmente, puisque Wickham se trouve accusé de meurtre. Darcy, marié maintenant à Elizabeth, se voit contraint à résoudre cette affaire trouble, d'autant plus que le crime a eu lieu sur ses terres... 

Ce roman est un joli clin d'oeil à l'oeuvre de Jane Austen, par une originale incursion d'éléments d'intrigue policière dans les salons feutrés de la Régence si chers à l'auteur, et ce sans en révolutionner le fond original. Seulement voilà, malgré une intrigue bien menée et une écriture agréable et fluide, Death to Pemberley ne m'a pas séduite. Ou plutôt, l'histoire m'a parue étrangement convenue, ce qui était en soi assez prévisible. 
Mais enfin, même si je n'ai pas été emballée par le roman, je me laisserai volontiers séduire par ce téléfilm, qui a un casting plus qu'alléchant... Parce que Matthew Rhys qui se glisse dans les bottes de Mr Darcy, on ne manquerait ça sans aucun prétexte... 




23 juillet 2013

Death comes to Pemberley : en tournage.

On en sait désormais un peu plus sur le tournage du prochain costume drama de la BBC "Death comes to Pemberley"...

A savoir, que la résidence des Darcy dans cette mini-série, sera bel et bien l'incontournable Chatsworth House, dans le Derbyshire, qui a déjà en quelque sorte "incarné" Pemberley pour l'adaptation d'Orgueil & Préjugés de 2005.


La BBC a mis en ligne il y a quelques jours une courte vidéo avec quelques images du tournage, où l'on aperçoit Matthew Goode, qui incarne pour la circonstance George Wickham :

http://www.bbc.co.uk/news/uk-england-derbyshire-23364773

Et nous avons également droit à un premier aperçu du nouveau Mr Darcy, campé par Matthew Rhys :


More to come...

05 juillet 2013

"Death comes to Pemberley" : un nouveau téléfilm de la BBC pour Noël 2013 !

C'est officiel, la BBC va nous gratifier à l'occasion de Noël prochain, d'une nouvelle adaptation de leur cru, "Death comes to Pemberley", d'après le roman de P.D. James sorti en 2011.
(Traduit en français : La mort s'invite à Pemberley, publié chez Fayard)  

Comme on l'aura aisément compris, P.D. James est une fervente admiratrice de Jane Austen et de Pride & Prejudice, et a donc réinventé les personnages originaux pour ce roman d'intrigue, se déroulant après le mariage d'Elizabeth et Darcy. 

En quelques mots, le résumé du téléfilm (et du roman), issu du site de la production http://www.originpictures.co.uk/tv/ :

Elizabeth and Darcy, now six years married and with two young sons, are preparing for the lavish annual ball at their magnificent Pemberley home. The unannounced arrival of Elizabeth’s wayward sister Lydia, however, brings an abrupt and shocking halt to proceedings when she stumbles out of her chaise screaming that her husband Wickham has been murdered. Darcy leads a search party out to the woodlands, and when they discover the blood-smeared corpse not of Wickham but his traveling companion, suspicion is at once aroused. The dramatic and unnerving events of the evening have shattered the peace both of the Darcys and of Pemberley, and as the family becomes caught up in the ensuing murder investigation, a mysterious web of secrets and deceit will threaten all that the Darcys hold dear.

On connaît l'affection des téléspectateurs de la BBC (et des autres ^_^) pour l'oeuvre de Jane Austen, et son adaptation emblématique de 1995, qui a fait connaître Colin Firth et sa chemise mouillée au grand public... Gageons que l'adaptation de Death at Pemberley remportera un joli succès lors de sa diffusion à la fin de cette année. D'ailleurs, estimons que la BBC a mis toutes les chances de son côté, en optant pour un casting de choix :

Tout d'abord, on retrouvera Anna Mawxell Martin, dans le rôle d'Elizabeth Bennet, comédienne bien connue pour avoir prêté ses traits et son talent incroyable au personnage de Bessie Higgins de North & South, ou encore de l'Esther Summers de Dickens dans Bleak House (La maison d'Âpre-Vent).




Ensuite, pour interpréter un Fitzwilliam Darcy en pleine tourmente, on retrouvera Matthew Rhys, qu'on a vu en 2012 dans The Mystery of Edwin Drood, et dans The Scapegoat d'après Daphné du Maurier, et cette année dans la série The Americans (pour un avis complet sur la série, voir l'excellent article de Lorinda)





Et enfin, dans le rôle de George Wickham, le personnage que l'on adore détester chez Jane Austen, Matthew Goode, qui a récemment été à l'affiche du délétère "Stoker", plus connu encore dans le monde des period dramas, dans Brideshead revisited (Retour à Brideshead), d'après Evelyn Vaughn.







Le tournage se déroule en ce moment à Harewood House, dans le Yorkshire :



Bon, il serait grand temps que j'extirpe de ma PAL ce roman de P.D. James, histoire que je sache à quoi m'attendre... Inutile de dire que les sequels, toutes sérieuses soient-elles, ne m'inspirent guère confiance, mais force est de reconnaître qu'avec un casting pareil, je suis bien obligée de revoir son jugement...:-)

D'autre part, la production Origin Pictures signale qu'une nouvelle adaptation de Jamaica Inn  est en préparation pour 2014, mais aucune information sur le casting n'a pour l'instant été dévoilée. D'autres infos bientôt... 

01 mai 2013

"He terrifies me."



"He terrifies me. He haunts my thoughts, like a dreadful ghost. I feel that I am never safe from him. I feel as if he could pass in through the wall when he is spoken of." 










Source : http://fyeahthemysteryofedwindrood.tumblr.com/

04 mars 2013

The Mystery of Edwin Drood (1993), de Timothy Forder



Téléfilm écrit et réalisé en 1993 par Timothy Forder, d'après le roman inachevé de Charles Dickens.
Durée : environ 1h40.

Avec Robert Powell (John Jasper), Jonathan Phillips (Edwin Drood), Finty Williams (Rosa Bud), Michelle Evans (Helena Landless), Rupert Rainsford (Neville Landless), Freddie Jones (Mayor Sapsea), Glyn Houston (Mr Grewgious), Peter Pacey (Rev.Crisparkle), Andrew Sachs (Durdles).

***

On pourra dire que j'aurai attendu des semaines avant de me risquer à un avis sur cette adaptation très impressionnante du roman inachevé de Dickens, le temps de visionner une seconde puis une troisième fois, et de s'imprégner parfaitement de l'ambiance lugubre qui règne sur cette version télévisée de 1993.
Comme vous l'aurez compris au fil des posts et messages de ce blog, aucune adaptation ne parviendra à détrôner la mouture 2012 de la BBC, imaginée par Gwyneth Hughes. Cependant, force est de reconnaître que la version dont il est question ici, est profondément marquante pour son esprit infiniment respectueux du matériau de base, mais également comme je l'ai dit plus haut, pour l'ambiance et le charisme venimeux qu'elle dégage.

Le premier tour de force consiste sans doute en la prouesse de résumer en un format relativement court l'histoire originale de Dickens, en la prolongeant agréablement, mais en se contentant du minimum syndical... Mais enfin, inutile de bouder son plaisir, cette adaptation du Mystère d'Edwin Drood a quelque chose d'inédit, et surtout de délicieusement sinistre.
Sa principale qualité est surtout d'avoir introduit des scènes originales de l'oeuvre, absente de l'adaptation de la BBC (je pense particulièrement à la première scène du repas entre Edwin Drood et son oncle, ou encore à l'évanouissement intempestif de Jasper lorsqu'il apprend que son neveu et Rosa avaient rompu leurs fiançailles, par exemple, qui sont ici très marquantes et ajoutent encore à l'angoisse générale de ce téléfilm)

Ensuite, même si les interprétations sont assez inégales, on ne pourra nier le talent écrasant de Robert Powell dans le rôle de John Jasper (bien connu pour avoir incarné Jésus de Nazareth dans le film éponyme de Zeffirelli, ou encore Phoebus dans la version de NDDP de 82, toutélié), qui demeure ici la figure centrale de cette adaptation. Bon, il faut reconnaître qu'il sera définitivement difficile de faire mieux que Matthew Rhys en la matière, dans son mélange subtil de mesure policée, de frustrations, d'envie et de souffrances intérieures. Mais soit, Robert Powell, passé par là 20 ans auparavant avait donné à voir une incarnation pour le moins honorable, et particulièrement noire du personnage. L'atmosphère délétère et asphyxiante de cette version, repose entièrement sur les épaules de l'acteur, qui parvient à donner réellement des frissons dès les premières scènes. 
Jasper est ici clairement inquiétant dès l'ouverture du téléfilm, avec ses longues pauses tenues dans un sourire figé, dont on ne sait s'il est bienveillant ou l'inverse, ses regards froids qui accompagnent si subtilement des paroles faussement amicales, ses silences d'une pesanteur quasi étourdissante... Dans le registre du personnage gothique, on peut dire sans honte qu'il a merveilleusement exploité le terrain. D'ailleurs, je pense que ce Jasper va même au-delà de ce qu'on a pu voir dans la version de la BBC. Le contexte de film à suspense d'ailleurs le lui permet plus aisément. Jasper est un personnage si parfaitement respectable en apparence, si parfaitement inquiet du bien-être de son neveu, le tout à l'excès, que l'on perçoit tout de suite le malaise qui va persistant jusqu'à la disparition de Drood. Malgré cette froideur et cette bienséance visibles, qu'il peine beaucoup à contenir, Jasper apparaît immédiatement comme un personnage en complète démesure intérieure, dont on doit craindre les pires débordements.  


C'est justement ce qu'il y a de plus passionnant dans cette interprétation. Le fait de voir, ou plutôt d'attendre basculer Jasper d'une personnalité à l'autre, notamment lorsque l'acteur suit la caméra d'un regard absent, en ayant l'air de vous observer jusqu'au fond de l'âme. Ce passage est réellement incroyable. 
Et dire qu'Edwin Drood (interprété par Jonathan Phillips, vu dans Clarissa en 1991, que l'on voit finalement assez brièvement) est suffisamment naïf pour croire que son oncle ne fait que le materner... C'est assez désarmant, je dois dire. Rien que la manière dont celui-ci l'appelle "My dear boy" donnerait des frissons même à un bloc de glace... 

Jonathan Phillips (Edwin Drood), et Finty Williams (Rosa Bud)


Quant à dire que l'on ressent une certaine sympathie pour Jasper, ce serait excessif. Le comprendre, encore pire. C'est un personnage qui, à l'ouverture du téléfilm, a déjà perdu toute mesure. C'est un homme malade, ou fou, ou les deux ensemble. Difficile de ne pas éprouver de l'empathie pour Rosa dans ces conditions.  La naïve et gentille jeune fille interprétée par Finty Williams, que ne quitte jamais un splendide sourire enfantin, est sincèrement à plaindre, ainsi poursuivie par d'étranges et silencieuses assiduités.


Dans cette adaptation, la scène au piano, qui se déroule après le dîner chez le révérend Crisparkle, est plutôt réussie elle aussi, car toute en regards insoutenables, et en non-dits. Les deux personnages jouent cette scène dans un long regard terrifié et fou, comme absorbés et enchaînés par un malaise insupportable, renforcé par cette musique entêtante, répétitive et dramatique accompagnée au piano. (On the banks of Allan Water, chanson traditionnelle, magnifiquement interprétée par Finty Williams)



Quant à la conclusion de l'histoire, laissée inachevée à la mort de l'auteur, rien de bien révolutionnaire n'a été mis en place. Après tout, Dickens n'imaginait-il rien de plus extraordinaire que ce l'on pouvait déjà penser. Jasper étant depuis le premier chapitre un coupable tout désigné, cette adaptation est restée sur cet acquis, en accentuant le trait, puisqu'il s'enfonce au fil du temps dans une véritable folie meurtrière, dont Neville, la propriétaire de la fumerie d'opium seront les victimes, et ne sera finalement arrêté in-extremis que lorsque celle-ci se tournera vers Rosa, qu'il voit progressivement et insupportablement s'échapper de son emprise.

En d'autres termes, une adaptation à voir, et à revoir, rien que pour la pesanteur de son atmosphère !

PS : désolée pour l'aspect saturé des photos, qui sont issues d'une VHS de piètre qualité... 

Quelques images... Merci à descartes62 pour l'extrait vidéo posté sur youtube.

Jasper surprend Deputy qui le suit

Durdles protège Deputy d'un Jasper menaçant



Rosa Bud (Finty Williams) apprend à Jasper qu'elle refuse de poursuivre ses leçons de piano


 


(Le personnage frollien aime faire pleurer les demoiselles... ^_^)



"See what you have done !"

"No one could love you but I..."



Dans sa cellule

13 janvier 2013

"There is my peace ; there is my despair."


"There is my past and my present wasted life. There is the desolation of my heart and my soul. There is my peace ; there is my despair. Stamp them into the dust, so that you take me, were it even mortally hating me !"

" Voici ma vie gâchée, passée et présente. Voici la désolation de mon coeur et de mon âme. Voici ma tranquillité d'esprit et voici mon désespoir. Piétinez-les dans la poussière. Pourvu que vous soyez à moi, fût-ce en me vouant une haine mortelle !"

The Mystery of Edwin Drood, Chapter  XIX  "Shadow on the sun-dial"
"Une ombre au cadran solaire",  traduction de Renée Villoteau

09 septembre 2012

"I loved you madly" - The Mystery of Edwin Drood - scène du jardin

Uniquement pour le plaisir des yeux, une fois n'est pas coutume, j'ai trouvé sympathique de placer quelques photos des 4 adaptations connues, du roman inachevé de Dickens, de cette unique et splendide scène que j'intitulerai simplement "scène du jardin", où John Jasper s'ose à une demande en mariage assez désastreuse... Et désolée d'avance pour la qualité de certaines images, qui sont pour la plupart des captures de vidéos de piètre qualité, puisque ces versions n'ont pas été remasterisées, et ne le seront sans doute jamais...


Adaptation américaine de 1935, édulcorée et très comme il faut - avec l'incontournable Claude Rains et Heather Angel, dans une scène malheureusement expédiée...



Adaptation fleuve russe de 1980 (6 heures en tout !) avec Valentin Graft et Yelena Koreneva, dans cette scène de demande en mariage, qui dure près de 11 minutes !
Malgré que je n'aie pas encore trouvé le temps et le courage de la visionner en intégralité (et en version originale non sous-titrée s'il vous plaît !), elle est probablement très fidèle au livre, mais la surdramatisation des acteurs  est tellement visible que c'en est presque risible, sans parler des effets de caméra très hasardeux, qui sont tout à fait passés de mode. (On notera sur la photo de droite, le splendide palais russe tout droit sorti du temps des tsars, qui fait office de demeure victorienne... ^_^)


Adaptation de 1993 avec Robert Powell et Finty Williams (qui est à la ville la fille de Dame Judi Dench, ça c'était pour le rayon potins...) 
De cette adaptation anglaise, il ne subsiste que quelques extraits sur youtube. L'ambiance plutôt lugubre, et l'excellence du jeu de Robert Powell augurent une adaptation qui paraît jouer davantage sur l'atmosphère que sur la fidélité à l'oeuvre. Il est hélas très difficile d'en dire davantage, le téléfilm étant introuvable pour l'instant... 


Adaptation de 2012 - Matthew Rhys et Tamzin Merchant
Ah ! Comment ne pas en parler ? N'est-elle pas en tout point, et cette scène justement, parfaite ? Elle n'est certes pas longue, mais elle est si juste, si bien mise en place, si magnifiquement filmée, et servie par un jeu d'acteur excellent, que l'on ne peut que saluer, admirer... (Et comment égaler le sourire carnassier de Matthew Rhys qui clôture cette scène : I will pursue you to the death !) 


"I loved you madly; in the distasteful work of the day, in the wakeful misery of the night, girded by sordid realities, or wandering through Paradises and Hells of visions into which I rushed, carrying your image in my arms, I loved you madly."