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07 janvier 2020

Bilan des derniers visionnages : un marathon de séries !

A l'image du dernier bilan lectures, cela fait un certain moment que je ne me suis pas attelée à une rétrospective visionnages...  Et je ne parlerai ici que des séries qui me sont passées sont les yeux ces derniers mois, et pour certaines, il y a un petit moment déjà... Je vous ferai grâce de celles que j'ai commencé sans jamais les terminer (Carnival's Row, Z, American Gods,...), ou celles dont je ne me souviens pas suffisamment pour en parler dans ces pages... :p Je ne me concentrerai donc que sur celles qui ont retenu toute mon attention... 

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Lucifer, saison 4 
(Netflix) - 2019

J'avoue, je suis la série Lucifer depuis le tout début. Cette série à cheval entre l'intrigue policière et un contexte fantastique, commençait vraiment à s'essouffler au bout de ses 3 premières saisons, la dernière en date, produite par la Fox, et comptant plus de vingt épisodes, ayant une conclusion pour le moins ratée. Lorsque Netflix a repris la production d'une saison 4, avec 10 épisodes seulement, j'avoue avoir eu un peu peur, mais j'ai été agréablement surprise : les scénaristes ont enfin compris que ce qui intéressait réellement les téléspectateurs étaient non pas les intrigues policières, mais l'aspect fantastique de la série, et les interactions tellement jubilatoires des deux personnages principaux, le détective Chloe Decker (Lauren German), qui en pince pour un propriétaire de boîte de nuit toujours collé à ses basques, Lucifer Morningstar, qui n'est autre que le Diable en personne, échappé de ses Enfers où il s'ennuie... La saison 4 éclipse un peu les enquêtes policières et lorgne donc clairement sur le fantastique et le statut de diable de Lucifer (campé par le charmant et cabotin Tom Ellis), aux prises avec son amour pour Chloe et son rôle de maître des Enfers.... Une très jolie saison, qui s'est fort bien rattrapée des manquements précédents, et qui en annonce une cinquième (et ultime), à venir en 2020.
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Good Omens 
(Amazon Prime video / BBC) -2019

J'ai regardé cette série l'été dernier, mon visionnage n'est donc plus très "frais" dans mon esprit, mais je trouvais proprement honteux de ne pas en parler dans cet article. Parce que cette mini-série de 6 épisodes est tout juste irrésistible ! Adaptée d'un roman à quatre mains, de Neil Gaiman et Terry Pratchett ("De bons présages", en français), cette série loufoque retrace les tentatives plutôt foireuses de l'ange Aziraphale (Michael Sheen méconnaissable teint en blond...), et du démon Crowley (inénarrable David Tennant) pour élever correctement l'Antéchrist, et éviter ainsi la fin du monde... Cette série complètement folle, surprenante et  intelligente, qui joue habilement avec les clichés religieux est une véritable perle : le duo improbable formé par l'ange blond, libraire et amateur de bonne chère, et le démon fan de Queen, pilote d'une antique Bentley, et ne terrorisant rien d'autre que ses plantes vertes, est absolument irrésistible. On notera aussi la prestation remarquable et plus effrayante qu'elle n'y paraîtrait, de John Ham (le Don Draper de Mad Men) dans le rôle de l'Archange Gabriel, qui derrière son sourire carnassier, se voit doter d'un bon nombre de répliques et de scènes savoureuses. 

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The War of the Worlds
(BBC) - 2019


Cela faisait un long moment que j'attendais cette adaptation du roman de H.G. Wells, réalisée pour la BBC, avec Elinor Tomlinson (Poldark), Rafe Spall, Robert Carlyle et Ruppert Graves (Sherlock). Les adaptations du roman ont rarement été transposées dans un cadre contemporain au récit original, c'est-à-dire, aux alentours des années 1900, et c'est justement cet aspect qui m'interpellait dans cette toute récente version, déclinée en une mini-série de 3 épisodes, récemment diffusée sur TF1, quelques semaines après sa première diffusion sur BBC One. Entre des effets spéciaux tout à fait convaincants et un scénario très soigné, quoique revu par rapport au texte d'origine, j'ai absolument adoré cette mini-série crépusculaire, où quelques scènes m'ont tout de même glacé le sang et sont parvenues à me mettre tout à fait mal à l'aise... Le pari est donc réussi avec cette narration inattendue, et sa conclusion aussi, pas du tout convenue, qui vous laisse comme un profond goût d'amertume. Une très belle réalisation donc encore pour la BBC, qui semble renouer ces derniers temps, de manière très heureuse, avec les grands "dramas" dont elle a le secret.

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The Man in the High Castle, saison 4 (finale)
(Amazon Prime Video) - 2019

Je l'attendais également de pied ferme, cette quatrième et ultime saison de The Man in the High Castle, inspirée du roman de Philip K. Dick, dont j'ai déjà chroniqué les trois premières saisons ici. Comme les images promotionnelles le laissaient présager, ce 4e volet se centre principalement sur le personnage de l'Obergruppenführer John Smith, devenu Reichmarshall (soit le plus haut grade de l'armée nazie), après bien des retournements de situations et de nombreuses manoeuvres obscures. Et je vais dire tant mieux, car le personnage, campé par Rufus Sewell, est certainement le plus intéressant de la série, avec le terrible inspecteur japonais Kido (Joel de la Fuente). Les personnages secondaires (et très énervants) ont disparu pour donner plus de corps à ceux qui le méritaient, et à qui les scénaristes ont permis une très belle conclusion. La série, au contexte toujours aussi obscur, est une véritable merveille, quoique sa narration ne soit pas toujours simple à suivre. Elle est cependant un bonheur à regarder pour la tension qu'elle instille et les magnifiques portraits de personnages qu'elle présente. La série a en tout cas réservé une conclusion très réussie à ses grands figures d'antagonistes.

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A Christmas Carol
(BBC) - 2019

Diffusée de manière assez logique aux alentours de Noël sur BBC One, cette nouvelle adaptation du classique de Dickens, se présente une nouvelle fois sous la forme d'une mini-série de 3 épisodes. Je n'ai pas lu le roman original, et n'aurai donc pas la prétention de dire si elle lui est fidèle ou non. Je peux simplement assurer que j'ai été vraiment impressionnée par cette série à l'ambiance définitivement gothique, et qui a su, à mon humble avis, donner une nouvelle dimension à cette histoire, que l'on a volontiers qualifiée - sans doute à tort - de conte pour enfants. A dire vrai, l'histoire de la "rédemption" de Scrooge est tout sauf lumineuse, même si à l'instar de toutes les histoires de Dickens, elle se termine relativement bien. L'oncle Scrooge est campé ici par Guy Pearce, qui n'est donc pas, au contraire de précédents interprètes du personnage, un vieil homme acariâtre et repoussant. Il s'agit plutôt d'un homme dans la force de l'âge, désabusé plus qu'autre chose, et qui l'est devenu à la suite de violences de tous ordres subies dans son enfance, et dont la logique conséquence est un manque de foi criant en une potentielle bonté de la nature humaine. Ce qui n'enlève en rien l'aspect détestable de sa conduite... Cependant, l'histoire des trois esprits de Noël qui se présentent consécutivement à lui pour tenter de tempérer la nature de son âme, ou simplement de la racheter, m'a parfois fait froid dans le dos. L'atmosphère de la série est très noire, et a donc le don de refaçonner le personnage de Scrooge avec un regard neuf, sans doute plus moderne, qui n'est pas pour déplaire. Une excellente découverte de la fin de l'année 2019 ! Mais il est à noter qu'aucune sortie DVD n'est prévue pour l'instant, ce qui est fort dommage. 

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His Dark Materials, saison 1
(BBC) - 2019

Je ne pouvais vraiment pas passer outre cette adaptation des romans de Philip Pullman, qui sont devenus une véritable référence littéraire et culturelle outre-manche, où elle a connu un très grand succès, à l'instar du Harry Potter de J.K Rowling. J'ai lu il y a quelques années le premier tome de la trilogie, "Les royaumes du nord", et cette toute récente version de la BBC, dont cette première saison correspond, me semble-t-il, à ce premier tome, m'a paru pour le moins fidèle au matériau de base. Je n'ai donc découvert l'histoire de la jeune Lyra et de ses aventures dans les contrées hostiles du Nord qu'à l'âge adulte, ce que je regrette un peu aujourd'hui, car j'ai l'impression d'avoir manqué quelque chose d'essentiel ! Cette toute nouvelle série est beaucoup plus noire et dure que le film réalisé en 2007, intitulé "La boussole d'or", avec Nicole Kidman et Daniel Craig, qui pour sa part n'a jamais connu de suite, et était visiblement passé à côté de son sujet. Les torts sont donc réparés de manière assez magistrale dans cette récente adaptation en 8 épisodes, avec au casting Dafne Keen (Lyra Belacqua), James McAvoy (Lord Asriel), Ruth Wilson (Mrs Coulter) et Lin-Manuel Miranda (Lee Scoresby), pour ne citer que les têtes d'affiche. La réalisation est pointue, les effets spéciaux tout à fait honorables, et le scénario vraiment très addictif. J'ai tout particulièrement apprécié la Lyra de Dafne Keen, forte tête mais bon coeur, et la remarquable Mrs Coulter de Ruth Wilson, littéralement terrifiante, et au charisme indéniable... Quant au Lord Asriel de James McAvoy, que l'on voit finalement assez peu dans cette première saison, il m'a paru très "brut de décoffrage", et inquiétant au possible. La deuxième saison à suivre dans le courant de cette année, se basera apparemment sur le deuxième roman de Pullman, "La tour des anges". Une série à suivre absolument !

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Nos4a2, saison 1
(AMC/Amazon Prime Video) - 2019


Je ne vais pas faire de cette série une critique trop complète, car je l'ai déjà évoquée un peu ici, et aussi parce que Lorinda en a parlé beaucoup mieux que moi sur son blog. Issu du roman éponyme de Joe Hill, l'un des fils de Stephen King, la série retrace l'histoire croisée de Vic McQueen, dotée du pouvoir de retrouver des choses et des personnes disparues, grâce à ses capacités "d'hyper-créative", et celle de Charlie Manx, un vieillard doté de dons d'hyper-créatif lui aussi, qui au volant de sa Rolls Royce "The Wraith", enlève des enfants à leurs familles dysfonctionnelles pour les emmener à Christmasland, un monde fantasmagorique qu'il a créé, et où c'est Noël tous les jours... Cette série a été un très gros coup de coeur, malgré son atmosphère glauque et la bonne dose de malaise ressentie au visionnage. La meilleure surprise de cette série est sans aucun doute le personnage de Manx, campé par Zachary Quinto, une sorte de vampire nouvelle mouture, qui se nourrit de l'énergie ou de l'âme des enfants qu'il enlève, les transformant à leur tour en des êtres dénués de toute humanité et assoiffés de sang. L'opposition entre Vic, qui tente de sauver les enfants disparus, et Manx, est un véritable régal, et satisfera les amateurs de relations complexes et ambiguës. Mais attention, cette série n'est certainement pas à mettre sous tous les yeux, âmes sensibles s'abstenir... Une deuxième saison est annoncée pour 2020, toujours sur primevideo. 

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Sanditon
(ITV) - 2019

Sanditon est le dernier roman de Jane Austen, demeuré inachevé à sa mort en 1817. Ce récit retrace l'arrivée de la jeune Charlotte Heywood dans la ville balnéaire de Sanditon, où elle été invitée par la famille Parker. Mr Parker s'ingénie à faire de la petite ville une destination en vue, à l'image de Bath, et se trouve donc à la tête de la direction de travaux colossaux, dans lesquels il investit jusqu'à son dernier sou... La série qu'en a tiré ici Andrew Davies, bien connu pour avoir été aux commandes de l'emblématique adaptation de Pride & Prejudice de 1995, qui a fait connaître Colin Firth dans le rôle du ténébreux Mr Darcy, se décline quant à elle en une saison de 8 épisodes. Vu la réputation du scénariste, j'allais donc en confiance commencer le visionnage de Sanditon. Mais je ne peux vraiment pas caché mon extrême désappointement vis-à-vis de cette série... Ce qui m'a le plus choqué sont probablement les anachronismes de moeurs qui apparaissent d'emblée ! Nous sommes à la fin du XVIIIe siècle, ou tout début du XIXe, rappelons-le, et cela m'a beaucoup perturbée de voir des jeunes demoiselles les cheveux aux vents, donner des rendez-vous à des hommes célibataires, ou danser la valse (!) collé-serré avec lesdits gentlemen... On a complètement perdu de vue la rigidité des codes de conduite de l'Angleterre sous la Régence, où si une dame était aperçue seule en compagnie d'un homme, elle était presque mise au ban de la société... Alors, voir des scènes carrément explicites, cela passe un peu mal. J'ai l'impression qu'on a mélangé Choderlos de Laclos avec Jane Austen, et excusez-moi, mais on n'évolue pas réellement dans le même cadre... Il n'y a pas plus prude qu'un récit austenien ! 
Je dois dire aussi que j'attendais un peu au tournant le personnage de Sidney Parker, que les auteurs ont voulu faire passer pour une sorte de Mr Darcy, mais on est loin du compte. Les réactions du personnage sont incohérentes, et les retournements de situation passent mal, disons-le. Je pense que la série est malheureusement passé à côté de son sujet, qui est toujours chez Austen, la critique acerbe de société... La série se laisse cependant regarder, même si elle fait bien souvent grincer des dents...

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Dracula
(BBC/Netflix) - 2020


Vous devinez bien que je gardais cette merveille pour la fin... Ceux qui suivent un peu ce blog auront compris que je suis une fan absolue du personnage de Stoker (cela doit se remarquer à ma bannière, je crois :p), et que j'attendais donc de pied ferme cette adaptation sous forme de mini-série, signée par les auteurs de Sherlock, Steven Moffat et Mark Gatiss. Je vais donc tâcher, premièrement, de pas faire de spoilers, car la série est toute récente, et deuxièmement de ne pas trop en dire, car je compte faire un article plus développé dans quelques temps. J'ai été à la fois surprise, charmée, enthousiasmée, terrifiée, par cette nouvelle version de Dracula... Dans mon esprit, je la rapproche beaucoup de Sherlock, car il s'agit non pas d'une énième adaptation, mais d'une complète réécriture du mythe, et les auteurs sont parvenus à créer une forme originale, nouvelle, inattendue, dépoussiérée, qui joue magnifiquement avec les codes du genre. J'ai eu peur, j'ai détourné les yeux quelques fois, j'ai ri aux éclats (si, si), j'ai salué les références d'un sourire complice à mon écran, j'ai espéré, j'ai pleuré... Bref, je suis passée par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, en 3 épisodes d'1h30... La série est indéniablement brillante, intelligente, et moi qui ne jurais que par Béla Lugosi et Jouis Jourdan dans le rôle du vampire le plus connu du monde, j'ai littéralement été enthousiasmée par le danois Claes Bang, tour à tour charismatique, sinistre et cabotin en diable. C'est justement l'équilibre entre ces aspects qui fait de la série une si belle réussite, avec un final splendide, qui m'a laissée interdite et choquée derrière mon écran... Je signale tout de même que la série, qui est à proprement parler, dans le registre de l'horreur, n'est pas à mettre sous tous les yeux. Mais quel bijou ! 

A voir sur Netflix, et disponible en dvd à partir du 3 février 2020.

J'en reparle très bientôt dans un article dédié... 

Avez-vous vu l'une de ces séries ? Donnez-moi votre avis ! 

23 août 2019

The Man in the High Castle - série (2015-2019)

Saisons 1 à 3

Réalisée par Frank Spotnitz, d'après le roman éponyme de Philip K.Dick

Disponible sur Amazon prime video

Avec Alexa Davalos (Juliana Craine), Rufus Sewell (Obergruppenführer John Smith), Rupert Evans (Frank Frink), DJ Qualls (Ed McCarthy), Joel De la Fuente (Chief inspector Kido), Cary-Hiroyuki Tagawa (Trademinister Tagomi), Luke Kleintank (Joe Blake), Sebastian Roché (Reichsminister Heusmann),...


Imaginez un monde où Hitler, allié aux Japonais, aurait remporté la seconde guerre mondiale, et où Les Etats-Unis se retrouvent scindés en trois zones : la côte ouest sous la gouvernance japonaise, la côte est sous celle du Reich nazi, et une zone neutre. La série se déroule au début des années soixante à San Francisco, où les "gaijin" (les non-japonais), sont traités plus ou moins comme des sous-hommes, mais où une certaine forme de résistance s'organise. C'est ainsi que Juliana, qui voit sous ses yeux sa soeur assassinée par des policiers japonais, se retrouve précipitée dans un réseau de transfert de bobines de films, sur lesquelles on voit se dérouler une réalité alternative : et si, finalement, l'Allemagne nazie avait perdu la guerre... ? Ces images, qui ne sont guère au goût du Reich, sont activement recherchées par les nazis, ainsi que celui qui semble les "fabriquer" : Le maître du Haut-Château... Toute la question est de savoir surtout comment celui-ci les a obtenues...

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J'avoue que malgré le bien que l'on disait de cette série, je m'y suis lancée un peu à reculons... Le roman de Philip K. Dick duquel elle s'inspire assez librement, m'est tombé des mains au bout de quelques dizaines de pages. La faute à une trame vraiment extrêmement confuse, et un style d'écriture quelque peu au hachoir... Et pourtant, après avoir visionné les quelques premiers épisodes, je suis tombée vraiment sous le charme de cette série à l'ambiance crépusculaire. Le matériau de base étant très hermétique, il a fallu aux scénaristes revoir l'entièreté de l'histoire, et surtout étendre l'univers créé par Philip K. Dick, et le diluer sur pas moins de 4 saisons, à raison de 10 épisodes d'une heure pour chacune, dont la dernière sera disponible à partir de novembre. J'ai d'ailleurs eu beaucoup de difficulté à rédiger un résumé cohérent, car elle se révèle particulièrement difficile à synthétiser, voire à expliquer... L'histoire est particulièrement complexe, et les retournements de situation sont tellement nombreux, que l'on pourrait volontiers s'y perdre, et se perdre surtout dans la classification même de cette série... Il s'agit certes d'une uchronie, et donc à proprement parler, de science-fiction ou de fantastique, bien que ces aspects soient très peu présents ou palpables dans les deux premières saisons. On lorgne alors plutôt du côté de la série d'espionnage ou tout simplement d'intrigue. Or, je suis en général assez peu friande de ce genre de contexte, mais très vite, je me suis laissée emporter par cette trame tarabiscotée, obscure mais jamais confuse, qui nous présente une réalité alternative à faire froid dans le dos.

Juliana Crain (Alexa Davalos)
Dissimulation, arrestation, chantage, dénonciation, assassinat, torture, exécution sommaire, les pires événements que l'on connaît de la seconde guerre mondiale, sont le lot quotidien des personnages les plus humbles de la série, Juliana et son fiancé Frank, qui se retrouvent pris au piège du système de répression japonais, et s'y font broyés. Les personnages basculent donc volontairement vers une forme de résistance tantôt passive, tantôt meurtrière, au gré des événements dans lesquels ils ont été entraînés. Le seul personnage à demeurer fidèle à lui-même dans cette bataille, est celui de Juliana (campée par Alexa Davalos), qui sans se considérer comme une résistante, s'évertue à faire toujours ce qui lui semble juste. Pour preuve, on sent Juliana très attachée à la culture japonaise dans laquelle elle a toujours vécu, ce qui ne l'empêchera pas d'aider des résistants, ou à tenter de sauver un jeune garçon pétri d'idéaux nazis... Le personnage, au-delà des clivages de son environnement, des événements contradictoires qu'elle subit, voit en quelque sorte toujours au-delà du marasme politique et des idéologies. Elle ne voit finalement que des êtres humains pressurisés par un gouvernement tentaculaire, dans lequel même les plus hauts dignitaires se retrouvent pieds et poings liés. Malgré ses actions, elle demeure à mon sens l'un des personnages les plus charismatiques et les plus lumineux de cette série. Dans ce registre, on trouvera également le ministre Tagomi (Cary-Hiroyuki Tagawa), "un juste", qui tente de sauver autant les "gaijin" que les japonais, tout en tentant de conserver une paix relative avec le gouvernement du reich nazi... Ce personnage touchant, supérieur (dans le meilleur sens du terme) est celui par lequel l'aspect fantastique s'installe, de par sa capacité à pouvoir spontanément passer d'une réalité alternative à l'autre. C'est-à-dire de leur réalité, vers la nôtre...

Le ministre du commerce Tagomi (Cary-Hiroyuki Tagawa)


Obergruppenführer John Smith (Rufus Sewell) - Juliana Crain (Alexa Davalos) - Kido (Joel De la Fuente)

Au-delà de ces personnages centraux qui confèrent une lumière indéniable et une certaine sérénité à l'intrigue, j'ai été très (très très très) enthousiasmée par deux personnages qui se trouvent du côté obscur de la force, si je puis dire... Le terrible inspecteur-chef Kido du Kempeitai japonais (Joel de la Fuente) est un personnage d'une intransigeance rare, monument de froideur et d'inhumanité, qui sur le fond, m'a fait énormément penser à Javert de par sa conception très binaire du bien et du mal et de la haute opinion qu'il a de sa fonction. Cet adversaire par qui tout le mal arrive dans le quotidien bien morne des personnages principaux, fait réellement froid dans le dos, tant il se nourrit d'extrêmes. Il a donc assez peu de nuances, même s'il croit agir, comme le personnage de Hugo, pour le bien-être public et la sauvegarde de l'état. Il semble comme imperméable à tout, quoique son personnage semble se tempérer quelque peu à la fin de la saison 3. Je reste très curieuse de son évolution au cours de la dernière saison...

Le terrifiant inspecteur en chef Kido (Joel de la Fuente)
Ensuite, (et je garde toujours le meilleur pour la fin), il y a l'Obergruppenführer John Smith (Rufus Sewell)... Ancien officier de l'armée américaine à la fin de la seconde guerre mondiale, on pense comprendre qu'il a rejoint l'armée du reich nazi très rapidement, gravissant les échelons avec une avidité sans précédent, quitte à semer un nombre faramineux d'assassinats sur son passage... [A noter qu'un Obergruppenführer est l'équivalent, dans la branche armée de la SS, au grade de général] On ne sait pas exactement ce qu'il a fait par le passé, mais on se doute qu'il a beaucoup, beaucoup de sang innocent sur les mains, n'hésitant pas à écraser comme des moucherons ceux qui iraient à l'encontre des ordres qu'il reçoit. Il en cela très similaire au personnage précédemment cité, dans cet aspect très martial de sa psychologie. S'il apparaît dès le premier épisode comme un tempérament imperturbable, impitoyable, hermétique à la moindre émotion, on voit, contrairement à l'inspecteur Kido, craquer assez rapidement le vernis... Smith est effectivement très en demie-teinte, puisqu'il apparaît excellent père de famille, bon mari (comme l'exigeait d'ailleurs les préceptes nazis), mais cet aspect est complètement poussé à l'extrême chez lui. A un point où il menace, tue parfois pour protéger, ou sauver les siens, en allant à l'encontre des grands principes de l'idéologie qu'il sert. Ses enfants, sa femme, sont d'énormes points faibles chez lui, et sa hiérarchie le sait... Il est à la fois terrifiant en raison de la froideur avec laquelle il interroge des ennemis de l'état, mais également terriblement faillible si l'on touche un cheveu de l'un des membres de sa famille. On le voit donc agir pour le bien du son gouvernement, de l'idéologie du parti, en commanditant des atrocités sans se départir de sa glaciale nonchalance. Cependant au fil du temps, on le sent de plus en plus inquiet, jusqu'à ce que certains scrupules commencent à faire surface. Il inquiète donc bien souvent par sa seule présence dans une pièce, de par ses manipulations et ses propos à double sens, à son apparence retorse. Seulement, on le sent volontiers déstabilisé par ses tragédies personnelles, d'où la fascination visible qu'il nourrit pour l'existence d'une réalité ou d'un monde alternatif où ses souffrances n'existeraient pas... Du reste, son épouse Helen (Chelah Horsdal), subit elle aussi une évolution passionnante au cours de la dernière saison diffusée : la gentille femme soumise à son mari qui se met à penser par elle-même et à agir inconsidérément, est particulièrement jubilatoire.  Encore un personnage très ambivalent dont on se régale des apparitions ou de l'évolution tout au long de la série. Il serait très difficile d'en dire davantage à ce sujet sans spoiler le contenu de la saison 3, et le meilleur étant encore probablement à venir lors de la saison 4, qui sera disponible dès le 15 novembre.

L'Obergruppenführer John Smith (Rufus Sewell) : un personnage délicieusement ambivalent
Une série à voir d'urgence !