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10 décembre 2019

Dangerous game (Jekyll & Hyde)

C'est en flânant sur youtube il y a quelques jours que je suis tombée par hasard sur un extrait de la comédie musicale "Jekyll & Hyde", de Frank Wildhorn (également l'auteur, entre autres, de l'adaptation musicale de Dracula de 2004). De cette comédie musicale, écrite en 1990 et tirée du roman de Stevenson, je ne connaissais que l'un de ses titres les plus connus, "This is the moment", qui m'avait toujours laissée plus ou moins de marbre. Autant dire que cela n'a pas du tout été le cas avec l'extrait découvert il y a peu, intitulé "Dangerous game", un duo opposant le personnage de Hyde, le double maléfique de Jekyll, et celui de Lucy, une pauvre fille travaillant dans un cabaret - personnage d'ailleurs absent de l'oeuvre originale -  pour laquelle il développe une obsession plutôt malsaine. On imagine volontiers la terrible et fascinante toxicité de leur relation. Au-delà du texte délicieusement ambivalent, la musique est une merveille entêtante, qui ne m'a pas lâchée depuis des jours. Je découvre donc depuis, avec délice, les morceaux de cette très surprenante comédie musicale, et son personnage principal, une véritable merveille d'ambiguïté, qui donne diablement envie de se replonger dans le roman... On trouve beaucoup d'extraits sur la toile, mais c'est sans conteste l'adaptation réalisée par l'école d'art King's Academy, qui remporte largement la palme à mes yeux. Le jeu tout en finesse et la voix enchanteresse de la jeune actrice s'opposent à merveille à la menace et à la profondeur du timbre de ce Hyde tout à fait magnétique... 



A noter que l'entièreté du spectacle peut-être visionné sur youtube. A voir et à écouter absolument!

Un article plus complet sur le sujet très bientôt !

15 janvier 2019

TAG : les 10 films essentiels : 2ème partie

Voici la suite de l'article consacré au TAG des dix films essentiels, dont la première partie se trouve ici.

6. The Phantom of the Opera, de Joel Schumacher (2004)

J'aurais vraiment été malhonnête de ne pas en parler dans ce tag... C'est ce film qui m'a permis de (re)découvrir le Fantôme de l'Opéra, puisque j'avais lu le roman quelques années avant de voir le film en 2005. Le roman, jouant plus sur l'intrigue et le sensationnel que sur la tragédie du personnage principal, ne m'avait pas durablement marquée. C'est un voyant le film de Joel Schumacher, lui-même issu de la comédie musicale du même nom, baroque et flamboyante, que j'ai découvert ce personnage omniscient, génial, grandiloquent et tragique, qui depuis, n'a jamais cessé de me fasciner...

Retenir une scène en particulier a, à nouveau, été très difficile, puisque le film dans son entièreté, même si l'on peut lui reprocher son casting vocal très moyen, est une merveille visuelle, et est teinté d'un tel romantisme dramatique, qu'il est réellement très compliqué de faire un choix. Malgré tout, je pense que la scène qui m'a le plus émue au visionnage est celle où le Fantôme découvre que sa "protégée" Christine, en aime un autre. Le prestation de Gerard Butler dans cette scène est vraiment admirable : son personnage passe en une minute du désespoir à une rage meurtrière. On voit ses sanglots se transformer progressivement en exaspération, en colère, en destruction. L'acteur a magnifiquement retranscrit dans cette séquence le fait qu'Erik, le Fantôme de l'Opéra, pense, agit et vit perpétuellement dans des extrêmes. C'est ce qui rend ce personnage si digne d'intérêt... 

Si le personnage vous intéresse, n'hésitez pas à cliquer dans la liste des tags "The phantom of the Opera" sur ce blog ;)

Le Fantôme de l'Opéra (Gerard Butler) pleure sur son amour perdu

7.Dracula, de Tod Browning (1931)

Là encore, je ne pouvais pas passer outre... Je ne vais pas trop m'étendre sur le sujet, puisqu'il y a déjà pas mal d'articles consacrés au plus célèbre des vampires sur ce blog. Cependant, à nouveau, j'ai choisi ce Dracula en particulier parce que c'est justement à cause de Béla Lugosi que je dois mon addiction à ce mythe. Cet acteur magnétique, au regard inquiétant et à la gestuelle si caractéristique a si bien instauré l'image de ce dandysme d'un autre âge qu'il est et restera pour longtemps et beaucoup le Dracula de référence. De même ce film bénéficie d'une réalisation offrant des monochromes splendides, faisant en sorte que chaque plan est presque une oeuvre d'art...

En réfléchissant à une scène spécifique, j'ai retenu celle du balcon, qui m'est immédiatement venue à l'esprit. Dans cette séquence, le vampire, souhaitant rejoindre Mina, se poste un instant sur la terrasse baigné de brume menant à sa chambre, enveloppé de la large cape, qui est devenue la marque de fabrique de Lugosi et l'un des accessoires indispensables de Dracula dans l'inconscient collectif. Le réalisateur fait ensuite un gros plan sur le visage et les yeux de l'acteur, qui sous couvert d'un masque extrêmement inquiétant, exerce une fascination spectaculaire... Cette très belle scène, se déroulant dans un silence total, sans musique de fond, (c'est une des particularités de ce film qui ne bénéficie quasiment d'aucune bande originale), teinte cette oeuvre d'une aura assez lugubre et chargée...

Béla Lugosi dans Dracula : éternelle image du vampire

8. Star Wars : The Force Awakens, de J.J Abrams (2015)

Comme je l'ai mentionné dans la première partie de l'article, Star Wars n'est pas une franchise que j'ai apprécié toute jeune. J'y suis venue assez tard parce que je n'avais pas gardé un bon souvenir d'enfance de mes premiers visionnages, et la prélogie - qui soyons honnêtes, bénéficie d'un scénario assez aléatoire et de dialogues vraiment navrants - n'a pas aidé à ce que je me penche plus tôt sur la question. C'est grâce au film de J.J. Abrams que j'ai vraiment sauté à pieds joints dans la saga Skywalker...

J'ai adoré le film, les personnages, le scénario, l'image, la réalisation, la B.O., absolument tout en réalité, et ce malgré le flot continuel de haine que l'on peut lire partout sur la toile au sujet de cette nouvelle trilogie. Les deux personnages principaux, Rey et Kylo Ren, interprétés par Daisy Ridley et Adam Driver sont tout à fait fascinants, et plus encore la relation assez conflictuelle et ambiguë qu'ils entretiennent (ou pas :p)... Après l'opposition du fils et du père, du maître et de l'élève, voilà ici un concept tout neuf dans la saga Skywalker : adieu le manichéisme d'origine (je suis tout blanc ou tout noir), voilà ici le juste milieu, l'équilibre, les hésitations, les tentations subtiles... Cet aspect tout naturellement introduit dans The Force Awakens, 7e volet de la série, révolutionne un peu les codes de cette histoire qui suivait jusqu'alors un schéma narratif sans grande surprise. Nous avons d'un côté un personnage noir qui n'assume pas du tout ses actes, qui oscille, qui hésite, qui souffre de ce grand pouvoir qu'il possède et qui le rend instable, et de l'autre une héroïne au caractère fort, résolu, qui apprend elle-même à se connaître, à se construire, dans des tourments similaires. J'avoue que la scène qui a été la plus jubilatoire dans ce film a été toute la séquence dans la forêt, lorsque Kylo Ren a laissé tombé le masque et qu'il voit en Rey le même potentiel que le sien, et globalement à peu près les mêmes souffrances... L'opposition farouche entre les deux personnages, la rage de l'une et l'incompréhension de l'autre, le tout baigné dans cette atmosphère bleue et froide, conférée par cette forêt couverte de neige, est tellement dramatique, que je n'ai pu qu'adhérer et adorer !

Kylo Ren et Rey : les deux faces d'une même pièce ?

9. Richard III, de Laurence Olivier (1955)

J'ignore si je peux parler de Richard III comme d'un visionnage agréable, mais l'un de ceux qui m'aura marquée durablement, c'est certain ! Cette pièce historique bien connue de Shakespeare (que l'on classe parfois d'ailleurs dans les tragédies du maître anglais), est en grande partie responsable de l'image désastreuse que l'on a de ce roi emblématique, ambitieux, conspirateur, assassin et fratricide, ... Le Richard III de Laurence Olivier est glaçant, malgré sa réalisation en couleurs : c'est bien simple, même si on est assez fasciné et curieux du personnage, on est inévitablement mal à l'aise sur la durée. Laurence Olivier le campe comme un être assez retors, mais si caricatural qu'on le prend assez peu au sérieux à l'ouverture du film. La légèreté du ton contrebalance de manière assez formidable l'horreur des propos... Lorsque les machinations se mettent en place, et que l'on voit progressivement tous les héritiers de la couronne tomber comme des mouches, la fantaisie des manières et l'aspect presque grotesque de son ton, font que l'on ressent comme une aura malfaisante  traverser l'écran. Pour tout vous dire, à mon premier visionnage, le film, qui n'est pourtant pas très impressionnant visuellement, m'a fait faire des cauchemars horribles ! Il n'y a pas à dire, si le personnage historique en lui-même m'a toujours intéressée en raison des controverses qu'il soulève, Laurence Olivier lui a conféré, dans le contexte de la pièce et de son adaptation, un magnétisme mauvais, qui grâce à ses paradoxes, impressionne plus l'imagination du spectateur que ne l'aurait faite une représentation plus simpliste. 

Il y a évidemment plusieurs scènes marquantes dans ce film, et même glaçantes, je dirais... Mais, j'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour la séquence durant laquelle Richard III demande la main de la future reine Anne, interprétée par la très lumineuse Claire Bloom... Pas encore sortie du veuvage (son mari aurait potentiellement été assassiné par Richard), celle-ci le repousse avec haine et dédain... Il parvient cependant, en quelques phrases bien senties, et en ajoutant tout le dramatisme voulu, à lui faire reconsidérer la question... Cette scène est assez terrible, car elle résume à elle seule les pires ressorts de manipulation du personnage.

Laurence Olivier en Richard III : le roi qui en faisait trop... 

10. Les vestiges du jour, de James Ivory (1993)

Il est difficile de ne pas aimer les films de James Ivory... Cette manière de raconter les histoires simplement, sans grande fioriture, dans cette ambiance si délicieusement anglaise, est tellement délicate et inégalable. J'ai adoré Howard's End, et surtout A Room with a view, qui sont deux perles du réalisateur, mais ma préférence va tout droit à The remains of the day (Les vestiges du jour, en français), adapté du roman de Kazuo Ishiguro. Vous avez aimé Downton Abbey? Vous aimerez ce film, qui vous brosse des portraits de personnages avec leurs petits soucis, leurs grands problèmes, leur magnificence et leur bassesse, dans l'Angleterre de l'entre-deux guerres. Tout n'y est que retenue, subtilité et le jeu des deux acteurs principaux, magistraux dans ce registre, servent magnifiquement ce film à l'atmosphère feutrée. La scène qui m'a le plus marquée est celle où Miss Kenton, la gouvernante campée par Emma Thompson, surprend Mr Stevens (Anthony Hopkins), le majordome rigide et glacial, en train de lire un roman sentimental... Les deux personnages, qui ne cessent d'aller d'occasions manquées en frustrations, sont tellement beaux et subtils dans cette scène, qu'elle vous ferait presque monter les larmes aux yeux... 

Emma Thomson et Anthony Hopkins dans Les Vestiges du jour

J'en ai donc fini pour ma part avec cette délicieuse liste, et je tague donc ... qui le souhaite !!!

09 mars 2018

The Phantom of the Opera - le nouveau trailer de la comédie musicale

Le nouveau trailer de la comédie musicale d'Andrew Lloyd Webber, postée aujourd'hui sur tous les réseaux sociaux, est littéralement sublime ! Un heureux mélange entre l'ambiance scénique originale et des plans du film de Joël Schumacher... Et que dire de la magnétique présence de Ben Lewis, le Fantôme de la version australienne de Love Never Dies, dans cette bande-annonce à l'esthétisme léché... Un régal pour les yeux et les oreilles !

04 octobre 2016

Les Souliers rouges : conte musical de Marc Lavoine et Fabrice Aboulker


Conte musical, écrit par Marc Lavoine et Fabrice Aboulker, librement inspiré du conte d'Andersen "Les chaussons rouges", et interprété par Marc Lavoine (le compositeur), Coeur de pirate (La danseuse étoile), Arthur H. (le chorégraphe).

Pas de très long article cette fois, mais un simple partage de coup de coeur en musique. En lisant le magazine "L'Obs" il y a quelques semaines, je découvre de manière très fortuite la sortie imminente d'un album, ou plutôt d'un conte musical, composé par Marc Lavoine et son compère de longue date, Fabrice Aboulker (auteur, entre autres des Yeux Revolver). Ce cd de 15 titres, raconte l'histoire d'une jeune artiste rêvant de gloire, ne vivant que de danse. Elle rencontre un chorégraphe tourmenté, interprété par Arthur H., qui lui propose d'interpréter un ballet maudit, "Les Souliers Rouges", qu'il cherche à monter depuis des années. Elle accepte, au prix d'un sacrifice qu'elle sait d'ores et déjà immense. Lorsqu'elle tombe amoureuse d'un compositeur jaloux, campé par Marc Lavoine, elle sera face à un choix impossible : l'amour de l'art ou l'amour tout court...

Alors évidemment, en écoutant l'album et en découvrant la trame, on ne peut décidément penser qu'au film mythique d'Emeric Pressburger et de Michael Powell de 1948, "The Red Shoes", ce que les créateurs du conte musical se gardent bien de mentionner, se contentant de parler de leur source d'inspiration première, c'est-à-dire, du conte original d'Andersen. Or, je pense qu'il n'y a absolument rien de gênant à ce que cette oeuvre-ci s'inspire tant du film, je trouve au contraire qu'ils sont merveilleusement complémentaires... La trame du conte musical est tout à fait identique à celle du film, que je rappelle brièvement : Vickie Page, humble jeune danseuse mais diablement déterminée, rêve de danser dans la compagnie du directeur de ballet, Boris Lermontov, homme tourmenté et tyrannique, dont elle devient peu à peu la muse. Lorsqu'elle tombe amoureuse du compositeur du ballet "Les Chaussons rouges" et qu'ils quittent la compagnie pour se marier, Lermontov ressasse sa rage, avant d'essayer désespérément de la récupérer dès que le mari a le dos tourné... Vickie se retrouve en otage d'une situation intenable, d'un abominable chantage affectif : d'un côté le mari jaloux qui ne supporte pas de voir sa femme danser pour Lermontov, et de l'autre le directeur de ballet possessif qui ne tolère aucun partage. La malédiction du ballet est en marche...



Vraiment très peu de différences donc entre l'histoire scénarisée par Emeric Pressburger et le livret du conte musical. Il s'agit des mêmes sacrifices, des mêmes tiraillements, des mêmes chantages, autour de ce personnage déterminé mais fragile, qu'interprète magnifiquement Coeur de pirate. La musique est tantôt sobre, tantôt tragique, et les paroles, même si elles ne sont pas parfaites car parfois un peu maladroites, sont pourtant toujours très efficaces et parviennent à transmettre en peu de mots de merveilleuses émotions, grâce à des interprétations à fleur de peau. Marc Lavoine et Arthur H prêtent magnifiquement leurs timbres graves à leur personnage respectif, le premier plutôt dans un registre de romantisme passionné, l'autre dans celui d'une mélancolie tragique, qui sait qu'il entraîne sa muse vers un abîme. Ne lui dit-il pas d'ailleurs, d'une voix sombre, dans le splendide morceau "Rêve d'une vie", qui me paraît le plus abouti de l'album :

"Viens danser dans ma nuit ; Les souliers rouges à tes pieds, endormis ; Offre-toi au dieu de la danse : Comme un cadeau immense." 

Il est en cela un digne héritier du personnage glacial interprété à l'origine par Anton Walbrook, quoiqu'en renforçant son côté damné, puisqu'il semble corrompre tout ce qu'il approche et tout ce qu'il touche... mais le diable n'est sans doute pas loin dans ce conte musical absolument splendide, qui oscille entre récit fantastique, et fable romantique.










28 septembre 2016

Le Bal des Vampires : le film et la comédie musicale

 

Film de Roman Polanski, de 1967 "The fearless vampire killers"

Avec Jack MacGowran (prof. Abronsius), Roman Polanski (Alfred), Sharon Tate (Sarah), Ferdy Mayne (le comte Von Krolock / le narrateur), Iain Quarrier (Herbert von Krolock), Alfie Bass (Shagal)...

Mais c'est aussi :

Une comédie musicale originale en langue allemande "Tanz der Vampire", de Jim Steinman (musique) et Michael Kunze (livret), créée en 1997 et mise en scène par Roman Polanski.

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Résumé

Le professeur Abronsisus et son jeune assistant Alfred arrivent en Transylvanie dans l'espoir de prouver l'existence des vampires, ou voire mieux, d'en débusquer... Fraîchement installés dans l'auberge du rustre Shagal, Alfred tombe éperdument amoureux de sa fille, Sarah. Celle-ci est cependant convoitée par le comte Von Krolock que la jeune femme s'empresse de suivre jusqu'à son château, où aura bientôt lieu le traditionnel bal des vampires...

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J'ai patienté et réfléchi un long moment avant de visionner le fameux film de Polanski, The Fearless vampires killers, traduit en français par Le Bal des Vampires... Il s'agit pourtant d'un classique, d'un incontournable, presque d'une légende... Pourquoi avoir tant tardé ? Pour la simple (et bonne ?) raison qu'à l'âge de six ans, je suis tombée sur des photos du film dans une encyclopédie du cinéma, et que j'avais été terrorisée par l'allure du comte von Krolock... Les terreurs d'enfance étant ce qu'elles sont - et je conviens qu'ici, je les ai poussées quelque peu à l'extrême - j'ai toujours relégué ce film au plus bas de ma longue liste de films à voir. Suite à mes récents égarements littéraires et cinématographiques au coeur des insondables Carpathes, j'ai donc pris courageusement le taureau par les cornes, bien décidée à visionner ce classique du cinéma. Alors évidemment, on reléguera aussi au plus profond de sa mémoire tout ce que l'on sait sur Polanski, mais aussi les circonstances abominables de la mort de Sharon Tate, l'épouse du cinéaste, survenue en 1968, qui confère à cette oeuvre une aura quelque peu chargée...

Roman Polanski (Alfred) et Jack MacGowran (Abronsius)

Bref. Pour en venir au film, mon sentiment à l'issue du visionnage, en ayant soigneusement mis tout élément subjectif de côté, est finalement assez mitigé. Alors certes, on ne peut vraiment pas nier qu'il s'agit là d'une excellente parodie du film de vampires, tel que pouvait en produire les studios de la Hammer à l'époque, et c'est tout à fait dans cet esprit que je l'ai considéré. J'ai été sincèrement amusée par le personnage du professeur Abronsius, sorte de Van Helsing à bon marché, savant illuminé, complètement dépassé par les événements, et par le personnage d'Herbert von Krolock, le fils du comte, jeune homme sensible et romantique (et vampire, précisons-le), qui se prend d'une grande affection pour Alfred, campé par un Polanski délicieusement timide et maladroit... Malgré tout, je suis restée sur ma faim - sans faire de mauvais jeux de mots - tout en ressentant malgré tout une irrépressible sensation de malaise et d'oppression, qui est le propre de beaucoup de films tournés par Polanski. Sont-ce ces grands espaces enneigés, ces larges instants de plans silencieux, ces personnages aux caractères troubles et demeurant extrêmement inquiétants pour une comédie ? Je ne saurais le dire, sans doute s'agit-il de tout cela à la fois... Il est certain que ce film est un délicieux ovni, une oeuvre qui ne saurait être oubliée si facilement, et qu'elle mérite à ce titre d'être classée parmi les incontournables du cinéma.

La mythique scène du bain - Sharon Tate (Sarah) et Ferdy Mayne (Krolock)

Dans la foulée, j'ai donc enchaînée avec la comédie musicale qu'a mis en scène Polanski, sur une musique de Jim Steinman et un livret de Michael Kunze, et écrite à l'origine en allemand, même si celle-ci a été traduite dans de nombreuses langues (anglais, français, néerlandais, russe, hongrois,...), c'est bien en Allemagne que celle-ci a trouvé un public extrêmement attaché et fidèle depuis sa création en 1997. Il faut néanmoins reconnaître que cette version musicale est assez éloignée du matériau de base, car même si elle suit la trame du film de Polanski, on en est tout de même loin sur la forme. L'histoire demeure inchangée, et malgré quelques francs traits d'humour plutôt potaches, le registre est nettement moins fin et le sentiment d'asphyxie palpable dans l'oeuvre de Polanski passe complètement à la trappe. La musique quant à elle, même si elle sent parfois un peu le réchauffé, est véritablement très agréable à écouter, pour la simple et bonne raison que les deux airs principaux de la comédie musicale sont issus de chansons connues, écrits dans les années quatre-vingts et quatre-vingts-dix par Jim Steinman. On y reconnaît donc de nombreuses reprises de "Total Eclipse of the heart", écrite à l'origine pour Bonnie Tyler (Totale Finsternis), ou encore de "Original Sin", qui a été interprétée par Taylor Dayne et Meat Loaf (Gott ist tot), Ces deux musiques sont répétées régulièrement, quoiqu'en variant l'orchestration, tantôt rock ou classique, sans que jamais cela ne soit gênant. Ce sont deux thèmes très agréables, très forts aussi, dont personnellement je ne me suis lassée à aucun moment. Du reste, les voix et les interprètes choisis sont toujours sublimes, et rendent merveilleusement justice à cette musique entêtante. Du côté de la mise en scène, il est assez clair que l'aspect général des décors, des costumes, lorgnent franchement sur le Fantôme de l'Opéra de Webber, et ce jusque dans les personnages : Sarah l'ingénue, victime très consentante, qui n'a pas vraiment envie d'être sauvée, et de l'autre côté le comte Von Krolock, magnifique et grandiloquent, hautain et méprisant, sorte de mélange assez heureux du personnage de Gaston Leroux et de celui créé par Bram Stoker. Bref, autant dire que sans être très nouvelle, cette comédie musicale a du moins tout pour plaire... D'ailleurs, point de fin convenue ici : aux oubliettes le drame romantique, et bienvenue à une conclusion où les personnages les plus atroces ont leur mot à dire... Les vampires prédominent là où la science et l'amour échouent de manière assez lamentable. En cela, la fin de la comédie musicale ne s'éloigne pas d'un iota de celle du film, et c'est tant mieux.

"Tanzsaal" (La salle de bal) dans la production française de Mogador (2014-2015)


Jan Ammann dans la production allemande de 2015

Me reste à venir au personnage qui m'a définitivement séduite dans cette comédie musicale, qui comme on s'en serait douté, n'est autre que le comte Von Krolock, interprété dans sa première version par le merveilleux et regretté Steve Barton (qui fut le premier interprète de Raoul de Chagny à la création du Fantôme).

Steve Barton, le Krolock original de la version allemande

Comme je l'ai mentionné plus haut, Von Krolock a la grâce féline et hautaine d'un Dracula, les entrées dramatiques d'un Erik, l'aura délicieusement noire d'un Dom Juan... Il inquiète, et fascine avec la même aisance. Il est devenu un ressort principal de l'histoire, alors que Polanski dans son film ne lui réserve qu'un rôle secondaire. Ce qui était parfaitement justifié, au vu du contexte parodique plutôt glaçant d'origine. En versant dans le dramatique, le personnage du vampire plein de dédain, mais charmant quand il le faut, n'en devient que plus essentiel. Mais que l'on ne s'y trompe pas : Von Krolock n'est pas un romantique et le Bal des Vampires, n'est pas une histoire d'amour... Il a très peu de remises en question, mais il n'en est pas obligatoirement monocorde. La chanson "Die Unstillbare Gier" (La soif insatiable) en est une belle preuve. Sa solitude, sans doute, lui pèse, mais ses regrets passent vite. Il se détourne bien vite de son repentir pour se précipiter dans ses habituels travers. Encore que lesdits travers sont inhérents à sa nature, et que Sarah est toute prête à les lui pardonner...

Drew Sarich


Dans les interprètes les plus fameux, on trouve bien entendu Steve Barton, qui a réellement donné le ton en interprétant ce personnage avec une perpétuelle attitude de mépris. Mais depuis 1997, il y a eu de nombreux autres, dont on peut apprécier les variétés de jeu grâce à de larges extraits sur youtube, parmi lesquels on trouve Drew Sarich (qui fut un excellent fantôme dans Love never dies dans sa version allemande), ou encore Jan Ammann. Mon interprète de prédilection demeure néanmoins le Von Krolock de la version française jouée à Mogador il y a deux ans, Stéphane Métro : à la fois capable d'extraordinaires prouesses vocales, et de nuances de jeu absolument exceptionnelles, qui font littéralement frissonner d'émotion. On regrettera cependant les quelques maladresses de la traduction française...

Stéphane Métro, un von Krolock délicieusement dramatique

Si l'on est adepte de comédies musicales, le visionnage de Tanz der Vampire se révèle absolument obligatoire. En cherchant un peu, on trouve des versions intégrales sur youtube (je ne peux que conseiller la version avec Steve Barton, ainsi que celle avec Drew Sarich. Une version filmée professionnelle est également visible, avec Kevin Tarte). On peut voir aussi quelques extraits de la version française, dont je ne résiste pas à poster l'un des moments les plus emblématiques :




Et l'une des plus merveilleuses interprétations de "Gott ist tot", par Steve Barton :


 

Trailer (malgré l'intitulé, les images correspondent à la production française) :

12 novembre 2012

The Mystery of Edwin Drood : Broadway revival !



Pour ceux et celles qui ne s'en seraient pas aperçus, dans le rayon de mes passions monomaniaques littéraires et musicales, on trouve The Mystery of Edwin Drood... Je dis bien "musicale", car l'oeuvre inachevée de Charles Dickens, outre le fait d'avoir inspirés différentes sequels, films ou téléfilms depuis sa création, a également fait l'objet en 1986 d'une adaptation musicale à Broadway, écrite par Rupert Holmes, dont je présentais il y a quelques mois l'extrait le plus emblématique, Moonfall. 

Certes, cette adaptation scénique, dont on peut voir des extraits de productions locales ou scolaires sur youtube, permet de se faire une vague idée de son cadre, plutôt retors. Il s'agit en réalité de deux histoires imbriquées : celle d'une compagnie de théâtre du XIXe siècle, composée d'acteurs plutôt haut en couleur, s'employant à monter l'adaptation du Mystère d'Edwin Drood de Charles Dickens, selon un mode assez novateur. Le roman étant demeuré inachevé, c'est le public qui choisira, à l'issue de plusieurs votes menés par les acteurs de la pièce, la conclusion de l'intrigue (le public vote respectivement pour désigner le meurtrier, et le couple d'amoureux final de l'histoire). Il existe donc une dizaine de fins aléatoires, pour la plus grande joie des spectateurs, et apparemment de la troupe, puisque le tout est mené d'un ton léger, presque comique, ce que je trouve pour ma part assez plaisant, car les personnages sont malgré tout merveilleusement bien exploités, et traités avec un second degré assez désarmant.

Depuis sa création il y a plus de 25 ans, cette comédie musicale multi-récompensée, n'avait jamais été remontée sur scène. Est-ce sous l'influence du bicentenaire de Charles Dickens que la chose a pu être à nouveau envisagée, je l'ignore. Toujours est-il que depuis ses previews il y a quelques semaines, elle rencontre un beau succès à New York... Au casting, on rencontre Stephanie J Block dans le rôle d'Edwin (quand on a entendu une seule fois son Memory dans Cats, on ne peut que vénérer cette femme !) , Will Chase dans le rôle de John Jasper (vu dans la série Smash, et prêtant sa magnifique voix au rôle de Joe DiMaggio), ou encore Chita Rivera dans le rôle de Princess Puffer (bien connue à Broadway pour ses prestations dans Nine).

Promo oblige, une magnifique vidéo des plus beaux extraits a été dévoilée il y a quelques jours sur youtube, que je ne résiste pas à poster à mon tour... (et j'enrage par la même occasion de ne pas y avoir vu d'extraits de The name of love, le seul (et magnifique) duo entre Jasper et Rosa, mais ne soyons pas ingrat ^_^)



Et quelques photos en bonus :

The Name of Love / Moonfall reprise (Rosa - Betsy Wolfe & Jasper - Will Chase)

Neville & Helena Landless

No Good can come from Bad

The Opium's den


The vote ! Who's the murderer ??? ^_^


Ah, au vu des belles images, pourra-t-on rêver un jour d'un DVD... ? L'espoir fait vivre... ^_^

11 novembre 2012

Les Misérables : nouveau trailer et nouvelles photos (Vogue) !



Un nouveau trailer, et surtout un trailer où l'on entend enfin chanter le reste du casting, à savoir Cosette, Marius, Eponine, et notamment Javert !

Décidément comment cacher son enthousiasme ? Alors certes, Russel Crowe n'est pas Philip Quast, Hugh Jackman n'est pas Alfie Boe, mais bon, on ne va pas chipoter... ^_^

EDIT du 12/11

Nouvelles photos, et non des moindres, puisque leur auteur n'est autre qu'Annie Leibovitz, prises pour le magazine Vogue... De véritables merveilles...







Comment ne pas adorer, franchement ??? ^_^

27 septembre 2012

Les Misérables (musical) : première affiche du film !

Voici une première affiche - surprenante - du film issu de la comédie musicale originale Les Misérables, de Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil, dont la sortie est prévue pour fin décembre.
A l'affiche, Hugh Jackman (Jean Valjean), Anne Hathaway (Fantine), Russel Crowe (Javert), la merveilleuse Samantha Barks (Eponine), ou encore Amanda Seyfried (Cosette adulte). Aux commandes, Tom Hooper, réalisateur du film multi-oscarisé, Le Discours d'un roi.


En bonus, une vidéo dévoilant plusieurs images du tournage, mise en ligne sur youtube il y a peu : de quoi régaler les yeux, et les oreilles. J'avoue être curieuse et particulièrement impatiente... On peut regretter cependant de n'avoir seulement pas droit à un petit extrait musical de Russel Crowe en Javert, qui malgré quelques doutes originels, colle tout à fait à l'image que l'on peut se faire du personnage, et qui a su sortir de son apparente brutalité, pour montrer au fil des extraits, un côté très noble et digne, je trouve. Il ne reste plus maintenant qu'à l'entendre... Hélas, peut-on définitivement surpasser Philip Quast en la matière... ? Wait & see ... ! ^_^

12 juin 2012

Coup de coeur en musique (4)... Seul devant ces tables vides

Seul devant ces tables vides est probablement la chanson qui me tire le plus de larmes à chaque fois que j'écoute la version française des Misérables. Je dis bien "le plus", car s'agissant d'une oeuvre entièrement lacrimale, cela pourrait presque porter à confusion... ^_^ 

J'ai une grande affection pour la version interprétée par Jérôme Pradon (éminent acteur/chanteur français qui s'est aussi exporté dans le West End avec un très beau succès), qui a incarné Marius dans la version Mogador des années 90, mais également quelques années plus tard l'inspecteur Javert sur la scène londonienne. Je préférerais presque d'ailleurs cette version à celle chantée par Michael Ball dans le TAC, malgré toute la puissance vocale de son interprète... Tout est question de goût, mais je trouve les paroles françaises belles et terriblement justes.



Il est un deuil que je porte
Lourd au coeur comme un secret
Seul devant ces tables vides
Qu'ils ne reverront jamais

On partait changer le monde
On rêvait d'égalité
Et d'un matin de lumière
Qui ne s'est jamais levé

De la table sous le fenêtre
Habités d'un fol espoir
Des enfants ont pris les armes
Je les entends encore
Ces mots brûlants qu'ils ont chantés
Furent leurs dernières volontés
Sur la barricade déserte, à l'aube

Oh! Mes amis, pardonnez-moi
D'être là, de vivre encore
Il est des deuils que l'on garde
Quand tous les chagrins sont morts

Et je vois passer vos ombres
Et je pleure nos joies perdues
Seul devant ces tables vides
Que vous ne reverrez plus

Oh! Mes amis, je voudrais croire
Que vous n'êtes pas morts en vain
Seul devant ces tables vides
Je ne suis plus sur de rien.


Site officiel de Jérôme Pradon : http://www.jeromepradon.com/menu.html