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15 mai 2015

Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé (El Desdichado)

Voici l'un des poèmes classiques que j'affectionne le plus, El Desdichado, de Gérald de Nerval. Quoique singulièrement hermétique et surréaliste, on en apprécie la musicalité et la beauté de son verbe. Après en avoir entendu un extrait il y a peu à la radio, j'ai eu très envie d'en écouter à nouveau sa lecture par l'acteur français Alain Cuny, à la diction et au phrasé reconnaissables entre tous. 



Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.