Affichage des articles dont le libellé est Claes Bang. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Claes Bang. Afficher tous les articles

05 juin 2020

Dracula (BBC 2020)




Mini-série de trois épisodes de 90 minutes, scénarisée par Steven Moffat et Mark Gatiss :

The Rules of the Beast (épisode 1) - réal. Jonny Campbell
Blood Vessel (épisode 2) - réal. Damon Thomas
The Dark Compass (épisode 3) - réal. Paul McGuigan


Librement inspiré du roman de Bram Stoker.

Produit par la BBC et Netflix

Avec Claes Bang (Count Dracula), Dolly Wells (Sister Agatha Van Helsing/ Zoe Helsing), John Heffernan (Jonathan Harker), Morfydd Clark (Mina), Jonathan Aris (Captain Sokolov), Lydia West (Lucy), Matthew Beard (Jack Seward), Sacha Dhawan (Dr Sharma), Mark Gatiss (Frank),...

***

Jonathan Harker, un jeune clerc de notaire, est envoyé en Transylvanie pour rencontrer le comte Dracula, un noble hongrois qui a décidé d'acquérir des propriétés en Angleterre. L'inquiétant propriétaire des lieux, son client, est un lugubre vieillard aux manières et aux propos énigmatiques et troublants. D'abord l'invité du comte, Jonathan s'aperçoit rapidement qu'il lui est devenu impossible de s'échapper du château. Lorsque d'étranges cauchemars commencent à l'assaillir, Jonathan perd peu à peu ses forces, tandis que le comte Dracula, lui, semble rajeunir inexorablement...

***

Lorsque les premières informations relatives à l'écriture d'une nouvelle adaptation de Dracula se sont présentées, on pouvait légitimement se demander si celle-ci était réellement nécessaire, et en quoi elle pouvait s'avérer novatrice, comparée aux innombrables adaptations précédentes qui ont déjà été réalisées sur le sujet (352 occurrences sur imdb, rien que ça). Et là, on pense à la dernière version de Dario Argento, datant de 2012, d'une qualité vraiment médiocre, ou encore du film de Gary Shore de 2014, Dracula Untold, qui s'intéressait aux origines de la légende, et qui malgré un esthétisme vraiment léché et indéniablement réussi, choisissait de présenter un personnage passé à la moulinette, véritable figure de héros tragique, dont le côté violence aveugle et sanguinaire passait tout de même complètement à la trappe...Le personnage bénéficie d'une image tellement prégnante dans l'inconscient collectif qu'on imagine très compliqué pour des scénaristes de s'en détacher et d'en présenter des aspects inédits.

On pouvait donc avoir toutes les craintes du monde de voir une énième version sur les écrans. Il est évident qu'avec les deux scénaristes de Sherlock aux manettes, Steven Moffat et Mark Gatiss, on devait s'attendre à une adaptation qui n'en est pas réellement une. Sherlock est et restera sans doute une des meilleures transpositions du personnage créé par Arthur Conan Doyle, dans un contexte moderne, qui plus est, ce qui n'était pas un pari gagné d'avance... Alors certes, la série s'écartait des sentiers battus, remodelait parfois les personnages, en créait de nouveaux, sans pour autant  galvauder le "canon". L'adaptation sur quatre saisons des enquêtes de ce cher Holmes s'est donc révélée pleine de noirceur, d'introspection, mais aussi de surprises, n'en déplaisent aux fidèles de l'original. En tant qu'inconditionnelle de l'univers victorien, cette adaptation moderne de Holmes m'a pourtant infiniment plu, parce qu'elle était, avant toute chose, très intelligente, inventive, et qu'elle était servie par des acteurs de marque. Steven Moffat avait commis également, seul cette fois, une transposition strictement moderne de L'Etrange cas du Dr Jekyll et Mr Hyde, avec Jekyll, en 2007, auquel on pourrait attribuer les mêmes qualificatifs flatteurs...


"Stay calm... You are doing very well..."

Les deux scénaristes, malgré leur talent indéniable, avaient donc la lourde tâche de s'attaquer à une nouvelle transposition de Dracula, personnage historique tristement célèbre, passé au statut de véritable mythe littéraire depuis sa création par Bram Stoker en 1897, et ce, sans tomber dans la facilité ou de lamentables travers. Et je peux tout à fait dire, à mon humble avis, qu'ils ont parfaitement réussi leur entreprise, comme ils y avaient excellé dans Sherlock ou Jekyll
Pour tout dire, je suis littéralement restée bouche bée devant mon écran jusqu'au visionnage de l'ultime épisode, car tout dans cette adaptation m'a plu, de bout en bout : son visuel, sa bande-originale, ses acteurs, son scénario, et par cette manière de donner une nouvelle dimension au personnage central, sans pour autant le déprécier. Pour être tout à fait honnête, j'ai vécu comme un moment de "flottement" après avoir achevé l'intégralité de la série : j'avais peine à intégrer toutes les informations fournies par le scénario, toutes les énigmes qu'il véhicule jusqu'à la dernière image, jusqu'à en ressasser à n'en plus finir la finesse de son traitement et de ses dialogues. Ce qui est chez moi, toujours un indicateur très fiable de mon degré de satisfaction... ! Sans compter que j'ai été époustouflée par le jeu enfin de l'acteur principal, le danois Claes Bang (dont j'ignorais complètement l'existence jusque là), et qui pour moi, a fait un sans faute dans un contexte qui était pourtant, je l'admets, très difficile à faire passer. C'est bien simple, je n'hésiterai pas à dire que cette nouvelle mini-série est devenue immédiatement l'une de mes adaptations fétiches, et Claes Bang, l'une des incarnations du personnage de Dracula que j'estime désormais très difficile à détrôner...


"I don't drink... wine" 

Alors certes, avec cette nouvelle adaptation, il ne faut pas s'attendre à une transposition fidèle de l'oeuvre de Bram Stoker, c'est pour cette raison que j'ai précisé dans l'introduction de cet article qu'il s'agissait d'une "libre inspiration". En un sens, toutes les adaptations cinématographiques de Dracula ont dû subir pas mal d'aménagements afin que le résultat soit plus cohérent, et ceci notamment dû au fait qu'il s'agit à la base d'un roman épistolaire, ou plutôt de récits à plusieurs voix. Mais que l'on soit bien clairs, même si l'épisode 1, intitulé "The Rules of the Beast" (Les Règles de la Bête), suit dans les très grandes lignes l'histoire imaginée par Stoker, on est face non pas à des divergences, mais plutôt à une nouvelle lecture des événements, qui m'ont immédiatement rappelé la vision extrêmement dépoussiérée que Moffat et Gatiss avaient proposé pour Sherlock. Il est certain que ce genre d'exercice est on ne peut plus risqué pour un mythe littéraire aussi populaire que Dracula, et je peux comprendre qu'une telle relecture d'un texte aussi fondamental puisse effrayer les puristes ou les désappointer totalement. Cependant, une transposition si radicale, si elle comporte des risques immenses, est aussi une occasion rêvée d'explorer le mythe littéraire dans son entièreté avec un regard neuf, voire de considérer les personnages sous un autre angle, ou les prendre totalement à contre-pied.

La caractéristique la plus frappante de ce premier épisode, plus que les suivants, est sans doute l'aspect de pure horreur, qui en imprègne toute l'atmosphère. Il est clair que ce volet, sinon la série toute entière, n'est pas à mettre sous tous les yeux, car il est sanglant (vraiment très sanglant), et infiniment dérangeant sous bien des aspects. La bande-annonce, en cela, n'avait absolument pas menti... Après 1h30, on a les pupilles saturées d'hémoglobine et de visions cauchemardesques... En cela, je pense que l'adaptation a très bien rempli sa mission. L'ambiance gothique imposée par ces longs plans sur des ombres allongées, des couloirs tortueux, des escaliers sans fin, est également très bien servie par une bande originale composée de cordes grinçantes, rehaussée par les battements assourdis d'un coeur, ou du vol lancinant d'une mouche, qui a vraiment le don de vous mettre dans un état d'angoisse tout à fait de circonstance.


Opening theme song - Dracula 
(David Arnold & Michael Price)


Ma plus grande surprise (et oserais-je dire, pratiquement la meilleure), a été de découvrir Van Helsing sous les traits d'une nonne du couvent St. Mary de Budapest, qui a recueilli Jonathan Harker. La soeur Agatha Van Helsing, incarnée par Dolly Wells, est une personne cartésienne, qui s'intéresse de près aux sciences, mais également aux vampires ou plus largement, aux non-morts. Assez peu conventionnelle pour une religieuse, Agatha est un personnage délicieusement admirable et curieux, mais se voulant d'une logique rigoureuse, quoique dotée d'un esprit parfois bravache, et d'une bonne dose d'inconscience. Elle rappelle en cela le personnage original, qui aime beaucoup prendre des décisions inconsidérées, tout comme elle évoque aussi de par son aspect buté et foncièrement profond et intelligent, la psychologie de Sherlock Holmes (les créateurs de la série n'ont pas inséré quelques références au personnage pour rien). Ensuite, chose infiniment intrigante, elle est en interrogation perpétuelle de sa foi. La logique implacable de ses raisonnements se voit magnifiquement contrebalancée par les tiraillements de son âme. Sans doute fallait-il que celle-ci soit habitée par un doute profond pour songer à frayer avec l'ésotérisme et les superstitions d'un autre âge... C'est d'ailleurs dans cette brèche que Dracula va s'engouffrer insidieusement. Comme Agatha le précise au cours du premier épisode, durant toute sa vie, elle a cherché Dieu sans le trouver, et pense l'avoir découvert justement en frayant avec le Diable... Sa profondeur, sa réflexion sur la nature de la foi, et sur sa volonté à sauver ses semblables quitte à se sacrifier elle-même, font d'elle un personnage d'une très belle humanité. Agatha est un protagoniste attachant au plus haut point, que j'ai apprécié d'emblée, car elle est l'archétype du personnage à l'aura écrasante, à la fois forte et bienveillante, non-conventionnelle et sarcastique, qui, en dépit des craintes que l'on pourrait avoir, offre pourtant une magnifique opposition avec le personnage de Dracula. Cette opposition, sur laquelle je reviendrai un peu plus loin, est également d'une terrible ambiguïté. Comme la plupart des dyades littéraires, la grande figure du héros contrebalance en effet celle du grand méchant. 

"Come closer..."
"Come closer..."


Toujours est-il que son personnage accueille l'arrivée de Dracula aux portes de son couvent avec une sorte d'excitation de collégienne qui a le don de tout à fait dédramatiser la situation. Ses bravades, son cynisme incongru et ses répliques cinglantes m'ont tiré bien des sourires, comme a su le faire avec la même efficacité le cabotinage du comte Dracula de Claes Bang. A dire vrai, il est tout à fait clair que dès les premières minutes de leur rencontre, Van Helsing et Dracula s'intriguent mutuellement de manière assez manifeste. La curiosité "scientifique" de l'une pour un spécimen unique de vampire venu comme qui dirait frapper à sa porte, et l'intérêt de l'autre pour ce personnage de nonne qui s'oppose à lui avec un aplomb qui défie l'entendement, a quelque chose de tout à fait délicieux. Si Dracula conçoit assez difficilement d'être mis en échec, il apprécie cependant immédiatement la gageure et tout le piquant que cela met à la situation. Lorsque le vampire, intrigué, lui demande qui elle est, Agatha répond la chose suivante :
"I am all your nightmares at once : an educated woman with a crucifix." 

"Am I addressing count Dracula ?"

Je trouve à la fois cette phrase très représentative de ce qu'il adviendra d'eux ensuite, mais aussi très contradictoire, puisqu'il faut y voir une interprétation plus nuancée à la fin de la mini-série. Disons que cette phrase est surtout spécifique de l'état d'esprit d'Agatha à ce moment : c'est une femme du XIXe siècle, qui semble être entrée dans les ordres pour pouvoir étudier et échapper au mariage. Cela induit immédiatement qu'elle a cherché, dès son plus jeune âge, à s'élever à l'égal d'un homme, et qu'elle ne laissera jamais quiconque lui faire entendre qu'elle ne peut pas y prétendre. Je pense qu'elle se glorifie d'une certaine manière de cette connaissance, et que c'est pour cette raison que sa réponse va dans ce sens, mais je crois profondément qu'elle se trompe. Le comportement grandiloquent et insolent de Dracula génère chez elle cette réaction au-delà du danger qu'il représente : elle songe qu'il la considère avec amusement parce qu'elle est une femme, mais cela se démentit d'une manière assez nette ensuite. Comme il le prouve à de nombreuses reprises, ce sont les qualités des gens qui l'intéressent, puisqu'il s'en "nourrit", si je puis dire. Elle représente un intérêt justement parce qu'elle a un extraordinaire aplomb et un sens de la répartie égal au sien. Qu'elle soit une femme n'a, au fond, absolument rien à y voir, et il semble tout à fait certain qu'elle apprécie d'être reconnue à sa juste valeur, fut-ce par un être qu'elle a toutes les raisons de détester. Quant au crucifix derrière lequel elle se retranche, je crois qu'elle met par contre immédiatement le doigt sur la réelle problématique de son opposant... Problématique qu'elle va se faire un devoir d'analyser jusqu'à en comprendre tous les obscurs mécanismes, développés au cours des deux volets suivants. 

Une relation subtile et diablement ambiguë


Dracula est donc intrigué par elle, autant qu'elle par lui, et cet état de fait ne se démentira pas jusqu'au dernier épisode. Du reste, cette opposition est à nouveau merveilleusement représentée dans le second volet de la mini-série, "Blood Vessel" (jeu de mots qui désigne à la fois en anglais un "vaisseau sanguin" mais aussi le cadre même de l'épisode qui se déroule entièrement sur le Déméter, où le sang va couler en abondance... le ton est donné). Cette sorte de huis-clos à la Agatha Christie, qui se déroule comme une enquête policière, a le mérite d'apporter un éclairage sur une scène emblématique que le roman original de Bram Stoker passe presque sous silence. On peut dire qu'il s'agit là d'une nouveauté, puisque aucune adaptation jusqu'ici ne s'est intéressée de manière approfondie (voire pas intéressée du tout) à cet épisode plutôt obscur . Le Déméter, parti de Varna avec à son bord, une cargaison de dizaines de caisses de terre de Transylvanie emportée par le comte Dracula - lui-même dissimulé à l'intérieur de l'une d'entre elles - est surtout tristement célèbre pour le probable massacre que le vampire y a perpétré.  De ces scènes, le lecteur ne sait rien, les scénaristes s'en sont donc données à coeur joie, en réunissant dans ce huis-clos effrayant un panel de personnalités suffisamment variées afin que Mr le comte ne puisse pas s'ennuyer... Et à dire vrai, je ne me suis guère ennuyée non plus... On apprécie les retournements de situation et les cabotinages incessants de Dracula, affable et diablement charismatique. Ce qui est certain, c'est qu'on perçoit au cours de cet épisode avec plus de force encore l'aspect "joueur" du personnage, qui dissimule sous des fanfaronnades sa profonde condescendance pour ses semblables. Il se plaît à brouiller les pistes, à manipuler son monde, trop heureux de s'amuser enfin, voyant les imprévus s'accumuler comme des surprises bienvenues venant pimenter sa traversée... L'opposition perpétuelle avec Agatha n'en est d'ailleurs que plus appréciable...

Claes Bang dans "Blood Vessel"


C'est au cours du 3e volet, "The Dark Compass" (La boussole sombre) que je crois savoir que la plupart des téléspectateurs ont "lâché" la série... La transposition dans un contexte moderne, le personnage de Lucy Westenra - passablement énervant - n'ont pas du tout remporté l'adhésion du public, ce que je peux tout à fait comprendre, tant son contexte est différent des précédents. Cependant, je dois constater, que si j'ai beaucoup apprécié les épisodes précédents, celui-ci a été au final une très belle surprise, qui malgré quelques faiblesses compréhensibles, est sans doute le plus novateur, le plus étonnant, et celui à l'issue duquel je suis restée littéralement bouche bée devant ma télé. Je l'ai vu comme une modernisation tout à fait pertinente, quoiqu'elle marque une rupture assez nette avec la narration des deux premiers épisodes. Mais je n'ai pas peur de le dire, il s'agit sans doute là de mon épisode favori... Cette troisième partie montre le personnage de Dracula s'adaptant à une vitesse folle à son nouvel environnement, ce qui donne lieu à des scènes tout à fait savoureuses (si on m'avait dit qu'un jour, une adaptation montrerait un Dracula inscrit sur Tinder, je ne l'aurais pas cru...) ! Mais au-delà de son mépris amusé du monde, on le découvre tout à coup faillible. La transposition dans un contexte moderne, si elle ne lui fait pas perdre un iota de sa ténébreuse aura, a pourtant comme incidence directe de mettre en avant ses défaillances, et dans une certaine mesure, ses peurs. Il est certain que cela peut aller quelque peu à l'encontre de l'image du vampire invincible, inébranlable, sans aucune humanité que l'on imagine volontiers. Attention, ce n'est pas pour autant qu'il fait preuve de bienveillance ou de compassion envers autrui, car il reste un être guidé par un instinct de survie assez primaire. Disons plutôt qu'il montre une certaine faiblesse qui le renvoie à sa part d'humanité. Et c'est le double personnage d'Agatha/Zoe qui l'y renvoie. Si Dracula a vu sa faiblesse par le passé, à elle à présent de trouver les siennes. Et c'est d'ailleurs dans ce contexte qu'il trouve grâce à elle, assez bizarrement, une certaine forme d'apaisement...

The dark compass

Comme on l'aura compris, le personnage de Dracula donne à voir de multiples et inhabituelles facettes, qu'il aurait été impossible de présenter sans un scénario solide, bien entendu, mais également un interprète d'exception, en la personne de Claes Bang, dont j'ai déjà parlé plus haut. Il est certain que de toutes les transpositions du personnage à l'écran, on n'aura jamais vu un Dracula à la fois si affable et si sinistre. L'acteur passe avec aisance d'un aspect à l'autre, vous mettant magnifiquement en confiance pour pouvoir mieux vous mettre mal à l'aise dans la seconde qui suit. Les cabotinages de l'acteur, ses sourires entendus, ses oeillades sarcastiques, puis son mépris distant, ses regards appuyés, inquiétants, sa voix même qui vous amuse pour mieux vous glacer... Tous ces éléments ont quelque chose de vraiment fascinant. Claes Bang est parvenu à assembler en une seule interprétation les incarnations précédentes les plus notoires. Il y a de très nombreux rappels aux classiques du genre, dans la gestuelle, dans les pauses, dans la manière de se mouvoir, sans parler des costumes, et tout cela en offrant malgré tout un caractère unique à l'interprétation, la rendant de ce fait absolument magnétique. Par bien des aspects, le Dracula de Claes Bang se rapproche beaucoup de celui de Louis Jourdan, par ce côté charmant, terriblement avenant, et pourtant foncièrement inquiétant et lugubre (Mark Gatiss n'a d'ailleurs jamais caché son affection pour cette adaptation de 1977, sans doute l'une des plus réussies du genre). Claes Bang incarne parfaitement ce personnage de vampire sûr de sa supériorité absolue, qui en joue même, mais à qui, finalement, la solitude pèse désespérément... La preuve en est que Dracula, dans cette adaptation, ne semble pas appréhender tous les ressorts du fonctionnement de sa propre nature, ce qui est absolument fascinant à voir. Cela ajoute une "quête" assez énigmatique au personnage, qui jusque là, n'était mû que par l'insatiabilité de son état et par un certain besoin de conquête et de domination. S'il conserve ses derniers aspects, il se retrouve enrichi d'autres qui ne le dénaturent en aucune façon. Le pari était certes risqué, mais l'interprète les réellement magnifiés. 

A gauche, un clin d'oeil au costume de Béla Lugosi dans l'adaptation de 1931
A droite, un autre au costume porté par Louis Jourdan dans le téléfilm de 1977

Les différents niveaux de lecture de cette adaptation, toute la symbolique cachée dans des détails de décors ou de mise en image, ajoutent une richesse extraordinaire au contexte. Il est certain qu'au premier visionnage, on ne perçoit pas toutes les références ni tous les ressorts de l'intrigue, car ce n'est qu'à la seconde, voire troisième fois, qu'on commence à les appréhender. Tout comme on peut aussi identifier des zones d'ombre laissées vacantes dans le développement de l'histoire, et ce je pense, d'une manière tout à fait volontaire. La fin de la mini-série, qui m'a laissée sans voix, est tellement onirique, qu'elle laisse planer une très large incertitude sur une suite potentielle. A y bien réfléchir, cette saison 1, si elle pourrait être tout à fait un one-shot tant elle se suffit à elle-même, laisse aussi de très larges possibilités au développement d'une seconde saison, ce qui explique ces fameuses zones d'ombre. Et c'est ce que je souhaite personnellement (et c'est peu dire). Le duo Moffat/Gatiss a laissé entendre qu'une suite pourrait être envisagée, propos repris par l'acteur Claes Bang, qui "rêverait" dit-il, de voir son personnage de retour... 



Même si j'ai tout à fait conscience que cette mini-série horrifique (admirée du maître Stephen King,  disons-le tout de même) bouscule énormément la mythologie traditionnelle qui gravite autour de Dracula, elle n'en est pas moins brillante, inventive, magnifiquement interprétée, tant dans les premiers comme dans les seconds rôles, et bénéficiant d'une mise en image et d'une bande originale à se damner ! 




20 février 2020

Bilan des derniers visionnages de décembre à janvier

Voici le bilan de mes visionnages de ces quelques dernières semaines, et comme vous le verrez, il y a comme souvent pas mal de (mini-)séries, et de très beaux ou surprenants films au programme !

Profit 
(Fox - 1996)


Cela fait sans doute un peu plus de dix ans que j'ai entendu parlé pour la première fois de PROFIT, considérée à son époque, comme un véritable ovni télévisuel. Je n'avais jamais eu l'opportunité de la regarder, car elle n'a fait qu'un passage éclair sur les chaînes francophones, et parce que le coffret cassettes (eh oui, c'est une autre époque...) ou dvd sont devenus tout simplement hors de prix. Heureusement qu'il existe youtube dorénavant pour empêcher ce genre de perles de sombrer dans l'oubli... En quelques mots, la série retrace les manipulations et les chantages machiavéliques de Jim Profit, trentenaire arrogant, fraîchement engagé comme directeur adjoint des acquisitions dans une multinationale de fusion et de rachat d'entreprises, nommée Gracen & Gracen. Durant cette unique saison de 8 épisodes (un pilote d'1h30 et 7 épisodes de 45 minutes), on assiste aux actes crapuleux de Profit, qui n'a qu'un objectif : abattre un à un les pions qui se trouvent entre lui et le pouvoir suprême de l'entreprise.



Si quelques aspects de la série accusent un peu leur âge (notamment les quelques éléments d'intrigues touchant à l'informatique, devenues complètement obsolètes), il est très étonnant de constater à quel point cette série peut faire encore mouche aujourd'hui. Et pour cause : la série Profit est en réalité une adaptation à peine déguisée du Richard III de Shakespeare... Alors certes, le personnage principal n'est ni bossu, ni boiteux, mais il a le machiavélisme, l'intelligence implacable, l'hypocrisie monstrueuse et la même volonté que ce dernier à demeurer dans l'ombre. Ses motivations sont les mêmes : le pouvoir, plus d'ailleurs que l'argent qui logiquement l'accompagne. A vrai dire, on s'aperçoit très vite que l'argent n'a pour lui qu'une importance très secondaire, et qu'il ne lui sert qu'à servir ses ambitions, et non à contenter son orgueil. On ne sait même pas, d'ailleurs, si le personnage en est doté, tant en dehors de son travail, il semble être une sorte de coquille vide. Pour autant qu'il soit remarquable dans ses manipulations et ses chantages, Jim Profit n'en demeure pas moins un personnage à la psychologie troublante : assassin, manipulateur, menteur, il brille en société, pour malgré tout retourner volontairement vers les maltraitances de son enfance dès qu'il rentre chez lui... Le personnage peut donc autant mettre mal à l'aise qu'il ne suscite une certaine admiration chez le spectateur... S'il est foncièrement sociopathe, il n'en est pas pour autant monocorde : il a quelques accès de philanthropie qui posent tout de même question. Il fait parfois ainsi en sorte que certaines victimes puissent se venger de leurs bourreaux de manière assez magistrale... Et ces scènes laissent à elles seules planer le doute sur ses propres motivations. Là est sans doute l'un des plus beaux tours de force de la série : Profit est un prédateur qui s'attaque à d'autres prédateurs, aussi ne peut-on jamais complètement le détester. On se prend à s'inquiéter bien souvent de ce que ses manipulations ne soient mises en échec. On est interpellé par ses motivations dont il tient le spectateur au courant en faisant de régulières apartés comme le ferait un acteur de la scène d'un théâtre (et cela renvoie bien entendu aux monologues et aux apartés de Richard III), ou par des discours tenus en voix-off, tout comme par ses sourires entendus et ses clins d'oeil vers la caméra. Le spectateur se sent donc à juste titre comme le complice involontaire de ses machinations... On pourrait être étonné, vu le contexte très intemporel du personnage, du peu de succès rencontré par la série Outre-Atlantique, ou ailleurs. Son aspect avant-gardiste m'a beaucoup étonnée, et annonçait bien avant l'heure des séries comme House of cards. Profit était sans doute, au vu de son format, de son scénario très retors, de son contexte politiquement incorrect, de ses personnages malsains, beaucoup trop en avance sur son temps... Elle a été probablement mal comprise, trop sombre, trop sérieuse, trop sinistre pour son époque... Et à ce titre, elle faisait véritablement figure d'exception dans le paysage audiovisuel de son temps. Elle demeure néanmoins toujours une expérience assez unique, dans son statut et dans son contexte, à l'issue de laquelle on garde pour longtemps encore en mémoire le visage carnassier de Profit, interprété magistralement par le ténébreux Adrian Pasdar. 



**

The Square
(film suédois - 2017)



Il faut que je sois honnête, c'est à cause de mon tout récent visionnage de la mini-série Dracula, et de ma découverte de l'acteur danois Claes Bang, que je me suis intéressée à The Square. Palme d'or du Festival de Cannes en 2017, ce film suit Christian, le conservateur d'un musée d'art moderne en Suède, dans son quotidien entre sa gestion aléatoire du musée, ses aventures amoureuses d'un soir, et ses soirées mondaines bon chic bon genre. Le seul adjectif que je pourrais attribuer à ce film encensé par la critique est "bizarre". Jubilatoire, il l'est sans doute, si on connaît un tant soit peu les musées d'art moderne, qui se font bien égratignés au passage. Il est d'ailleurs très compliqué d'en faire un résumé, car ce film parle de tout et de rien, en étant tantôt loufoque, tantôt grave, tantôt très dérangeant. C'est un film qui paraît quelque peu sans identité, sans message, sans fond. On se demande d'ailleurs parfois si les dialogues ne sont pas improvisés... On ignore à vrai dire s'il s'agit d'un chef-d'oeuvre ou d'un navet, s'il faut en rire ou en pleurer... Bref, je suis restée un peu éberluée derrière mon écran, après deux heures trente de visionnage énigmatique... Le film vaut sans doute le coup d'oeil pour son contexte très étrange, et pour ses interprètes, Claes Bang en tête, qui offre là une performance d'acteur absolument décomplexée. Une curiosité.  


**

Jekyll 
(BBC 2007)


Il s'agit ici d'un re-visionnage, dont j'ai déjà parlé brièvement dans cet article du mois de janvier consacré à L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde. C'est en explorant à nouveau ce mythe littéraire, que j'ai décidé de ressortir cette série scénarisée par l'incontournable Steven Moffat des tréfonds de mes étagères... J'avais vu ce Jekyll il y a plus de dix ans, peu de temps après sa diffusion sur BBC One. Rien que l'écrin dvd de l'époque avait de quoi intriguer : il était composée d'un coffret métallique recouvert d'une sorte de poche de sang synthétique liquide, tandis qu'on voyait en transparence la tête de fou de James Nesbitt en Hyde... Autant dire que le ton était donné 😅 !

Et on excusera cette fameuse poche de sang synthétique qui eu le temps de sécher en treize ans...!
Jekyll, tout comme Sherlock ensuite, ou encore Dracula plus récemment, est un merveilleux exemple de cette réécriture de classiques qui est devenue aujourd'hui une marque de fabrique du duo Gatiss-Moffat. A l'époque, Jekyll était vraiment novatrice et avait d'ailleurs fait grand bruit : non seulement parce qu'elle donnait à voir une modernisation d'un mythe littéraire, mais aussi parce qu'elle était tout de même très violente, même si la sauvagerie de Hyde était plus suggérée qu'explicite. Néanmoins, même si je l'avais trouvée relativement très intéressante dans sa façon d'interpréter le double  personnage de Jackman/Hyde, je l'avais considérée également assez dérangeante à regarder lors de mon premier visionnage. A vrai dire, elle m'avait mise mal à l'aise comme l'avait fait le roman à la première lecture. Le personnage de Hyde, campé par James Nesbitt, est à la fois très jubilatoire tant il est cabotin et grossier, mais aussi tellement pathétique quand il est Jackman (le personnage, descendant du Jekyll victorien, porte un autre nom), qu'on ne peut qu'apprécier le jeu d'acteur de Nesbitt, qui visiblement s'en était donné à coeur joie. Alors évidemment, cette adaptation est un véritable dépoussiérage, une réinterprétation de l'histoire originale, elle est donc fidèle au roman à sa manière... A savoir que si le brave docteur Jackman tente de contenir son double malfaisant, il se plaît aussi à avoir recours à ses "services" lorsque le besoin s'en fait sentir... La survenue de Hyde, si elle paraît peu maîtrisée au départ, s'avère en réalité tout à fait opportune au final, et c'est un élément qui est souvent repris d'une adaptation à l'autre. Jackman a besoin de Hyde pour vivre, ou plutôt pour survivre. J'ai beaucoup apprécié la description qu'en fait l'un des personnages de la série : "un enfant dans un corps d'adulte", il en a l'instabilité de caractère, les réactions brutes, non nuancées, presque animales, mais avec la force et les défauts d'un corps adulte. Si on sourit bien des fois de son irrévérence, la série glace tout de même par sa violence suggérée, par les atrocités sous-entendues dont Hyde est capable et qui menacent à tout instant de submerger Jackman. L'opposition tout à fait magnifique entre Hyde et sa femme (ou plutôt la femme de son double), est l'un des ressorts les plus intéressants de la série, qui s'achève sur une note tellement incertaine qu'elle aurait volontiers appelé une seconde saison... Mais Jekyll ne comportera jamais que 6 épisodes de 45 minutes intenses et crépusculaires... 


**

The Pale Horse
(BBC 2020)

Voilà encore un nouveau drama de la BBC comme je les aime... Adapté d'un roman bien connu d'Agatha Christie, The Pale Horse est l'une des très bonnes surprises de ce début 2020. En entamant le visionnage de ces deux épisodes, j'avoue que je ne me rappelais guère la trame de l'histoire d'origine, sinon qu'il y était question de morts mystérieuses sur fond de magie noire... Je n'avais donc aucun a priori concernant cette adaptation, hormis le fait que j'étais tout à fait disposée à adorer le personnage de Mark Easterbrook campé par Rufus Sewell... Depuis l'ultime épisode de The Man in the High Castle, où l'acteur interprétait un très détestable officier nazi, il fallait que je trouve de quoi combler mes frustrations en matière de personnage ambigu... :p Et je n'ai pas été déçue... La série joue sur les flashbacks et la déstructuration du récit pour bien égarer le spectateur, et les scénaristes l'ont fait avec brio. La série est visuellement très impressionnante, joue magnifiquement avec nos nerfs, et on y évolue comme au travers d'un cauchemar... Au niveau de l'atmosphère, je l'ai trouvée assez similaire à celle de la mini-série "And then there were none" (Les dix petits nègres) de 2015, énigmatique et anxiogène au possible. Et si comme moi, vous aimez les personnages en demi-teinte, vous ne serez pas déçus par ceux brossés dans cette mini-série. Après avoir relu le résumé du roman d'Agatha Christie, je conçois tout de même qu'il faille sans doute se défaire un peu du matériau de base pour pouvoir apprécier cette version, où les personnages ont été volontairement noircis. 

**



My cousin Rachel
(film britannique, 2017)


Tout d'abord, je remercie chaleureusement Lorinda, parce que ce dvd était l'un de mes très beaux cadeaux de Noël ! Je l'ai visionné tout récemment, et j'ai été vraiment très emballée par cette nouvelle adaptation du roman de Daphne du Maurier dont elle est issue, et qui est sans doute l'un de mes romans préférés de l'auteur, avec Rebecca et L'Auberge de la Jamaïque. Même si ma lecture du roman remonte à quelques années, j'ai trouvé cette version très fidèle, très respectueuse de l'esprit original. Les interprètes donnent merveilleusement vie aux personnages de Rachel et Philip, les deux protagonistes de cette histoire tellement délétère. Pour preuve de sa réussite, le film m'a mise inévitablement mal à l'aise : Rachel Weisz, derrière ses sourires et ses regards énigmatiques, campe une Rachel troublante à souhait, tandis que Sam Claflin incarne un Philip délicieusement naïf, qu'on a plus d'une fois envie de mettre en garde contre la duplicité de "sa cousine"... Tout comme dans le roman, le doute plane totalement sur les motivations du personnage féminin et sur le véritable fond de sa nature, ignorant si le jeune Philip se trouve la victime ou non ses machinations, même si les effets néfastes de ses actions sont quant à eux, bien réels. Le film, tout comme le personnage central, laisse planer le doute dans l'esprit des personnages eux-mêmes, comme dans celui du spectateur... Comme toujours avec Daphne du Maurier, l'histoire se termine sur une incertitude, une frustration terrible, qui vous hantera pour longtemps... Il en est souvent ainsi avec les personnages troubles qu'affectionnait tant l'auteur, et qui vous laisse comme un immense sentiment d'amertume au coeur... Le film vous laisse exactement une sensation similaire : on y retrouve tout l'esprit, tout la confusion de sentiments que ses personnages suscitent, avec des images splendides et des acteurs absolument parfaits... 

**





07 janvier 2020

Bilan des derniers visionnages : un marathon de séries !

A l'image du dernier bilan lectures, cela fait un certain moment que je ne me suis pas attelée à une rétrospective visionnages...  Et je ne parlerai ici que des séries qui me sont passées sont les yeux ces derniers mois, et pour certaines, il y a un petit moment déjà... Je vous ferai grâce de celles que j'ai commencé sans jamais les terminer (Carnival's Row, Z, American Gods,...), ou celles dont je ne me souviens pas suffisamment pour en parler dans ces pages... :p Je ne me concentrerai donc que sur celles qui ont retenu toute mon attention... 

**


Lucifer, saison 4 
(Netflix) - 2019

J'avoue, je suis la série Lucifer depuis le tout début. Cette série à cheval entre l'intrigue policière et un contexte fantastique, commençait vraiment à s'essouffler au bout de ses 3 premières saisons, la dernière en date, produite par la Fox, et comptant plus de vingt épisodes, ayant une conclusion pour le moins ratée. Lorsque Netflix a repris la production d'une saison 4, avec 10 épisodes seulement, j'avoue avoir eu un peu peur, mais j'ai été agréablement surprise : les scénaristes ont enfin compris que ce qui intéressait réellement les téléspectateurs étaient non pas les intrigues policières, mais l'aspect fantastique de la série, et les interactions tellement jubilatoires des deux personnages principaux, le détective Chloe Decker (Lauren German), qui en pince pour un propriétaire de boîte de nuit toujours collé à ses basques, Lucifer Morningstar, qui n'est autre que le Diable en personne, échappé de ses Enfers où il s'ennuie... La saison 4 éclipse un peu les enquêtes policières et lorgne donc clairement sur le fantastique et le statut de diable de Lucifer (campé par le charmant et cabotin Tom Ellis), aux prises avec son amour pour Chloe et son rôle de maître des Enfers.... Une très jolie saison, qui s'est fort bien rattrapée des manquements précédents, et qui en annonce une cinquième (et ultime), à venir en 2020.
**


Good Omens 
(Amazon Prime video / BBC) -2019

J'ai regardé cette série l'été dernier, mon visionnage n'est donc plus très "frais" dans mon esprit, mais je trouvais proprement honteux de ne pas en parler dans cet article. Parce que cette mini-série de 6 épisodes est tout juste irrésistible ! Adaptée d'un roman à quatre mains, de Neil Gaiman et Terry Pratchett ("De bons présages", en français), cette série loufoque retrace les tentatives plutôt foireuses de l'ange Aziraphale (Michael Sheen méconnaissable teint en blond...), et du démon Crowley (inénarrable David Tennant) pour élever correctement l'Antéchrist, et éviter ainsi la fin du monde... Cette série complètement folle, surprenante et  intelligente, qui joue habilement avec les clichés religieux est une véritable perle : le duo improbable formé par l'ange blond, libraire et amateur de bonne chère, et le démon fan de Queen, pilote d'une antique Bentley, et ne terrorisant rien d'autre que ses plantes vertes, est absolument irrésistible. On notera aussi la prestation remarquable et plus effrayante qu'elle n'y paraîtrait, de John Ham (le Don Draper de Mad Men) dans le rôle de l'Archange Gabriel, qui derrière son sourire carnassier, se voit doter d'un bon nombre de répliques et de scènes savoureuses. 

**

The War of the Worlds
(BBC) - 2019


Cela faisait un long moment que j'attendais cette adaptation du roman de H.G. Wells, réalisée pour la BBC, avec Elinor Tomlinson (Poldark), Rafe Spall, Robert Carlyle et Ruppert Graves (Sherlock). Les adaptations du roman ont rarement été transposées dans un cadre contemporain au récit original, c'est-à-dire, aux alentours des années 1900, et c'est justement cet aspect qui m'interpellait dans cette toute récente version, déclinée en une mini-série de 3 épisodes, récemment diffusée sur TF1, quelques semaines après sa première diffusion sur BBC One. Entre des effets spéciaux tout à fait convaincants et un scénario très soigné, quoique revu par rapport au texte d'origine, j'ai absolument adoré cette mini-série crépusculaire, où quelques scènes m'ont tout de même glacé le sang et sont parvenues à me mettre tout à fait mal à l'aise... Le pari est donc réussi avec cette narration inattendue, et sa conclusion aussi, pas du tout convenue, qui vous laisse comme un profond goût d'amertume. Une très belle réalisation donc encore pour la BBC, qui semble renouer ces derniers temps, de manière très heureuse, avec les grands "dramas" dont elle a le secret.

**


The Man in the High Castle, saison 4 (finale)
(Amazon Prime Video) - 2019

Je l'attendais également de pied ferme, cette quatrième et ultime saison de The Man in the High Castle, inspirée du roman de Philip K. Dick, dont j'ai déjà chroniqué les trois premières saisons ici. Comme les images promotionnelles le laissaient présager, ce 4e volet se centre principalement sur le personnage de l'Obergruppenführer John Smith, devenu Reichmarshall (soit le plus haut grade de l'armée nazie), après bien des retournements de situations et de nombreuses manoeuvres obscures. Et je vais dire tant mieux, car le personnage, campé par Rufus Sewell, est certainement le plus intéressant de la série, avec le terrible inspecteur japonais Kido (Joel de la Fuente). Les personnages secondaires (et très énervants) ont disparu pour donner plus de corps à ceux qui le méritaient, et à qui les scénaristes ont permis une très belle conclusion. La série, au contexte toujours aussi obscur, est une véritable merveille, quoique sa narration ne soit pas toujours simple à suivre. Elle est cependant un bonheur à regarder pour la tension qu'elle instille et les magnifiques portraits de personnages qu'elle présente. La série a en tout cas réservé une conclusion très réussie à ses grands figures d'antagonistes.

**


A Christmas Carol
(BBC) - 2019

Diffusée de manière assez logique aux alentours de Noël sur BBC One, cette nouvelle adaptation du classique de Dickens, se présente une nouvelle fois sous la forme d'une mini-série de 3 épisodes. Je n'ai pas lu le roman original, et n'aurai donc pas la prétention de dire si elle lui est fidèle ou non. Je peux simplement assurer que j'ai été vraiment impressionnée par cette série à l'ambiance définitivement gothique, et qui a su, à mon humble avis, donner une nouvelle dimension à cette histoire, que l'on a volontiers qualifiée - sans doute à tort - de conte pour enfants. A dire vrai, l'histoire de la "rédemption" de Scrooge est tout sauf lumineuse, même si à l'instar de toutes les histoires de Dickens, elle se termine relativement bien. L'oncle Scrooge est campé ici par Guy Pearce, qui n'est donc pas, au contraire de précédents interprètes du personnage, un vieil homme acariâtre et repoussant. Il s'agit plutôt d'un homme dans la force de l'âge, désabusé plus qu'autre chose, et qui l'est devenu à la suite de violences de tous ordres subies dans son enfance, et dont la logique conséquence est un manque de foi criant en une potentielle bonté de la nature humaine. Ce qui n'enlève en rien l'aspect détestable de sa conduite... Cependant, l'histoire des trois esprits de Noël qui se présentent consécutivement à lui pour tenter de tempérer la nature de son âme, ou simplement de la racheter, m'a parfois fait froid dans le dos. L'atmosphère de la série est très noire, et a donc le don de refaçonner le personnage de Scrooge avec un regard neuf, sans doute plus moderne, qui n'est pas pour déplaire. Une excellente découverte de la fin de l'année 2019 ! Mais il est à noter qu'aucune sortie DVD n'est prévue pour l'instant, ce qui est fort dommage. 

**


His Dark Materials, saison 1
(BBC) - 2019

Je ne pouvais vraiment pas passer outre cette adaptation des romans de Philip Pullman, qui sont devenus une véritable référence littéraire et culturelle outre-manche, où elle a connu un très grand succès, à l'instar du Harry Potter de J.K Rowling. J'ai lu il y a quelques années le premier tome de la trilogie, "Les royaumes du nord", et cette toute récente version de la BBC, dont cette première saison correspond, me semble-t-il, à ce premier tome, m'a paru pour le moins fidèle au matériau de base. Je n'ai donc découvert l'histoire de la jeune Lyra et de ses aventures dans les contrées hostiles du Nord qu'à l'âge adulte, ce que je regrette un peu aujourd'hui, car j'ai l'impression d'avoir manqué quelque chose d'essentiel ! Cette toute nouvelle série est beaucoup plus noire et dure que le film réalisé en 2007, intitulé "La boussole d'or", avec Nicole Kidman et Daniel Craig, qui pour sa part n'a jamais connu de suite, et était visiblement passé à côté de son sujet. Les torts sont donc réparés de manière assez magistrale dans cette récente adaptation en 8 épisodes, avec au casting Dafne Keen (Lyra Belacqua), James McAvoy (Lord Asriel), Ruth Wilson (Mrs Coulter) et Lin-Manuel Miranda (Lee Scoresby), pour ne citer que les têtes d'affiche. La réalisation est pointue, les effets spéciaux tout à fait honorables, et le scénario vraiment très addictif. J'ai tout particulièrement apprécié la Lyra de Dafne Keen, forte tête mais bon coeur, et la remarquable Mrs Coulter de Ruth Wilson, littéralement terrifiante, et au charisme indéniable... Quant au Lord Asriel de James McAvoy, que l'on voit finalement assez peu dans cette première saison, il m'a paru très "brut de décoffrage", et inquiétant au possible. La deuxième saison à suivre dans le courant de cette année, se basera apparemment sur le deuxième roman de Pullman, "La tour des anges". Une série à suivre absolument !

**


Nos4a2, saison 1
(AMC/Amazon Prime Video) - 2019


Je ne vais pas faire de cette série une critique trop complète, car je l'ai déjà évoquée un peu ici, et aussi parce que Lorinda en a parlé beaucoup mieux que moi sur son blog. Issu du roman éponyme de Joe Hill, l'un des fils de Stephen King, la série retrace l'histoire croisée de Vic McQueen, dotée du pouvoir de retrouver des choses et des personnes disparues, grâce à ses capacités "d'hyper-créative", et celle de Charlie Manx, un vieillard doté de dons d'hyper-créatif lui aussi, qui au volant de sa Rolls Royce "The Wraith", enlève des enfants à leurs familles dysfonctionnelles pour les emmener à Christmasland, un monde fantasmagorique qu'il a créé, et où c'est Noël tous les jours... Cette série a été un très gros coup de coeur, malgré son atmosphère glauque et la bonne dose de malaise ressentie au visionnage. La meilleure surprise de cette série est sans aucun doute le personnage de Manx, campé par Zachary Quinto, une sorte de vampire nouvelle mouture, qui se nourrit de l'énergie ou de l'âme des enfants qu'il enlève, les transformant à leur tour en des êtres dénués de toute humanité et assoiffés de sang. L'opposition entre Vic, qui tente de sauver les enfants disparus, et Manx, est un véritable régal, et satisfera les amateurs de relations complexes et ambiguës. Mais attention, cette série n'est certainement pas à mettre sous tous les yeux, âmes sensibles s'abstenir... Une deuxième saison est annoncée pour 2020, toujours sur primevideo. 

**


Sanditon
(ITV) - 2019

Sanditon est le dernier roman de Jane Austen, demeuré inachevé à sa mort en 1817. Ce récit retrace l'arrivée de la jeune Charlotte Heywood dans la ville balnéaire de Sanditon, où elle été invitée par la famille Parker. Mr Parker s'ingénie à faire de la petite ville une destination en vue, à l'image de Bath, et se trouve donc à la tête de la direction de travaux colossaux, dans lesquels il investit jusqu'à son dernier sou... La série qu'en a tiré ici Andrew Davies, bien connu pour avoir été aux commandes de l'emblématique adaptation de Pride & Prejudice de 1995, qui a fait connaître Colin Firth dans le rôle du ténébreux Mr Darcy, se décline quant à elle en une saison de 8 épisodes. Vu la réputation du scénariste, j'allais donc en confiance commencer le visionnage de Sanditon. Mais je ne peux vraiment pas caché mon extrême désappointement vis-à-vis de cette série... Ce qui m'a le plus choqué sont probablement les anachronismes de moeurs qui apparaissent d'emblée ! Nous sommes à la fin du XVIIIe siècle, ou tout début du XIXe, rappelons-le, et cela m'a beaucoup perturbée de voir des jeunes demoiselles les cheveux aux vents, donner des rendez-vous à des hommes célibataires, ou danser la valse (!) collé-serré avec lesdits gentlemen... On a complètement perdu de vue la rigidité des codes de conduite de l'Angleterre sous la Régence, où si une dame était aperçue seule en compagnie d'un homme, elle était presque mise au ban de la société... Alors, voir des scènes carrément explicites, cela passe un peu mal. J'ai l'impression qu'on a mélangé Choderlos de Laclos avec Jane Austen, et excusez-moi, mais on n'évolue pas réellement dans le même cadre... Il n'y a pas plus prude qu'un récit austenien ! 
Je dois dire aussi que j'attendais un peu au tournant le personnage de Sidney Parker, que les auteurs ont voulu faire passer pour une sorte de Mr Darcy, mais on est loin du compte. Les réactions du personnage sont incohérentes, et les retournements de situation passent mal, disons-le. Je pense que la série est malheureusement passé à côté de son sujet, qui est toujours chez Austen, la critique acerbe de société... La série se laisse cependant regarder, même si elle fait bien souvent grincer des dents...

**


Dracula
(BBC/Netflix) - 2020


Vous devinez bien que je gardais cette merveille pour la fin... Ceux qui suivent un peu ce blog auront compris que je suis une fan absolue du personnage de Stoker (cela doit se remarquer à ma bannière, je crois :p), et que j'attendais donc de pied ferme cette adaptation sous forme de mini-série, signée par les auteurs de Sherlock, Steven Moffat et Mark Gatiss. Je vais donc tâcher, premièrement, de pas faire de spoilers, car la série est toute récente, et deuxièmement de ne pas trop en dire, car je compte faire un article plus développé dans quelques temps. J'ai été à la fois surprise, charmée, enthousiasmée, terrifiée, par cette nouvelle version de Dracula... Dans mon esprit, je la rapproche beaucoup de Sherlock, car il s'agit non pas d'une énième adaptation, mais d'une complète réécriture du mythe, et les auteurs sont parvenus à créer une forme originale, nouvelle, inattendue, dépoussiérée, qui joue magnifiquement avec les codes du genre. J'ai eu peur, j'ai détourné les yeux quelques fois, j'ai ri aux éclats (si, si), j'ai salué les références d'un sourire complice à mon écran, j'ai espéré, j'ai pleuré... Bref, je suis passée par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, en 3 épisodes d'1h30... La série est indéniablement brillante, intelligente, et moi qui ne jurais que par Béla Lugosi et Jouis Jourdan dans le rôle du vampire le plus connu du monde, j'ai littéralement été enthousiasmée par le danois Claes Bang, tour à tour charismatique, sinistre et cabotin en diable. C'est justement l'équilibre entre ces aspects qui fait de la série une si belle réussite, avec un final splendide, qui m'a laissée interdite et choquée derrière mon écran... Je signale tout de même que la série, qui est à proprement parler, dans le registre de l'horreur, n'est pas à mettre sous tous les yeux. Mais quel bijou ! 

A voir sur Netflix, et disponible en dvd à partir du 3 février 2020.

J'en reparle très bientôt dans un article dédié... 

Avez-vous vu l'une de ces séries ? Donnez-moi votre avis !