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01 mai 2013

"He terrifies me."



"He terrifies me. He haunts my thoughts, like a dreadful ghost. I feel that I am never safe from him. I feel as if he could pass in through the wall when he is spoken of." 










Source : http://fyeahthemysteryofedwindrood.tumblr.com/

04 mars 2013

The Mystery of Edwin Drood (1993), de Timothy Forder



Téléfilm écrit et réalisé en 1993 par Timothy Forder, d'après le roman inachevé de Charles Dickens.
Durée : environ 1h40.

Avec Robert Powell (John Jasper), Jonathan Phillips (Edwin Drood), Finty Williams (Rosa Bud), Michelle Evans (Helena Landless), Rupert Rainsford (Neville Landless), Freddie Jones (Mayor Sapsea), Glyn Houston (Mr Grewgious), Peter Pacey (Rev.Crisparkle), Andrew Sachs (Durdles).

***

On pourra dire que j'aurai attendu des semaines avant de me risquer à un avis sur cette adaptation très impressionnante du roman inachevé de Dickens, le temps de visionner une seconde puis une troisième fois, et de s'imprégner parfaitement de l'ambiance lugubre qui règne sur cette version télévisée de 1993.
Comme vous l'aurez compris au fil des posts et messages de ce blog, aucune adaptation ne parviendra à détrôner la mouture 2012 de la BBC, imaginée par Gwyneth Hughes. Cependant, force est de reconnaître que la version dont il est question ici, est profondément marquante pour son esprit infiniment respectueux du matériau de base, mais également comme je l'ai dit plus haut, pour l'ambiance et le charisme venimeux qu'elle dégage.

Le premier tour de force consiste sans doute en la prouesse de résumer en un format relativement court l'histoire originale de Dickens, en la prolongeant agréablement, mais en se contentant du minimum syndical... Mais enfin, inutile de bouder son plaisir, cette adaptation du Mystère d'Edwin Drood a quelque chose d'inédit, et surtout de délicieusement sinistre.
Sa principale qualité est surtout d'avoir introduit des scènes originales de l'oeuvre, absente de l'adaptation de la BBC (je pense particulièrement à la première scène du repas entre Edwin Drood et son oncle, ou encore à l'évanouissement intempestif de Jasper lorsqu'il apprend que son neveu et Rosa avaient rompu leurs fiançailles, par exemple, qui sont ici très marquantes et ajoutent encore à l'angoisse générale de ce téléfilm)

Ensuite, même si les interprétations sont assez inégales, on ne pourra nier le talent écrasant de Robert Powell dans le rôle de John Jasper (bien connu pour avoir incarné Jésus de Nazareth dans le film éponyme de Zeffirelli, ou encore Phoebus dans la version de NDDP de 82, toutélié), qui demeure ici la figure centrale de cette adaptation. Bon, il faut reconnaître qu'il sera définitivement difficile de faire mieux que Matthew Rhys en la matière, dans son mélange subtil de mesure policée, de frustrations, d'envie et de souffrances intérieures. Mais soit, Robert Powell, passé par là 20 ans auparavant avait donné à voir une incarnation pour le moins honorable, et particulièrement noire du personnage. L'atmosphère délétère et asphyxiante de cette version, repose entièrement sur les épaules de l'acteur, qui parvient à donner réellement des frissons dès les premières scènes. 
Jasper est ici clairement inquiétant dès l'ouverture du téléfilm, avec ses longues pauses tenues dans un sourire figé, dont on ne sait s'il est bienveillant ou l'inverse, ses regards froids qui accompagnent si subtilement des paroles faussement amicales, ses silences d'une pesanteur quasi étourdissante... Dans le registre du personnage gothique, on peut dire sans honte qu'il a merveilleusement exploité le terrain. D'ailleurs, je pense que ce Jasper va même au-delà de ce qu'on a pu voir dans la version de la BBC. Le contexte de film à suspense d'ailleurs le lui permet plus aisément. Jasper est un personnage si parfaitement respectable en apparence, si parfaitement inquiet du bien-être de son neveu, le tout à l'excès, que l'on perçoit tout de suite le malaise qui va persistant jusqu'à la disparition de Drood. Malgré cette froideur et cette bienséance visibles, qu'il peine beaucoup à contenir, Jasper apparaît immédiatement comme un personnage en complète démesure intérieure, dont on doit craindre les pires débordements.  


C'est justement ce qu'il y a de plus passionnant dans cette interprétation. Le fait de voir, ou plutôt d'attendre basculer Jasper d'une personnalité à l'autre, notamment lorsque l'acteur suit la caméra d'un regard absent, en ayant l'air de vous observer jusqu'au fond de l'âme. Ce passage est réellement incroyable. 
Et dire qu'Edwin Drood (interprété par Jonathan Phillips, vu dans Clarissa en 1991, que l'on voit finalement assez brièvement) est suffisamment naïf pour croire que son oncle ne fait que le materner... C'est assez désarmant, je dois dire. Rien que la manière dont celui-ci l'appelle "My dear boy" donnerait des frissons même à un bloc de glace... 

Jonathan Phillips (Edwin Drood), et Finty Williams (Rosa Bud)


Quant à dire que l'on ressent une certaine sympathie pour Jasper, ce serait excessif. Le comprendre, encore pire. C'est un personnage qui, à l'ouverture du téléfilm, a déjà perdu toute mesure. C'est un homme malade, ou fou, ou les deux ensemble. Difficile de ne pas éprouver de l'empathie pour Rosa dans ces conditions.  La naïve et gentille jeune fille interprétée par Finty Williams, que ne quitte jamais un splendide sourire enfantin, est sincèrement à plaindre, ainsi poursuivie par d'étranges et silencieuses assiduités.


Dans cette adaptation, la scène au piano, qui se déroule après le dîner chez le révérend Crisparkle, est plutôt réussie elle aussi, car toute en regards insoutenables, et en non-dits. Les deux personnages jouent cette scène dans un long regard terrifié et fou, comme absorbés et enchaînés par un malaise insupportable, renforcé par cette musique entêtante, répétitive et dramatique accompagnée au piano. (On the banks of Allan Water, chanson traditionnelle, magnifiquement interprétée par Finty Williams)



Quant à la conclusion de l'histoire, laissée inachevée à la mort de l'auteur, rien de bien révolutionnaire n'a été mis en place. Après tout, Dickens n'imaginait-il rien de plus extraordinaire que ce l'on pouvait déjà penser. Jasper étant depuis le premier chapitre un coupable tout désigné, cette adaptation est restée sur cet acquis, en accentuant le trait, puisqu'il s'enfonce au fil du temps dans une véritable folie meurtrière, dont Neville, la propriétaire de la fumerie d'opium seront les victimes, et ne sera finalement arrêté in-extremis que lorsque celle-ci se tournera vers Rosa, qu'il voit progressivement et insupportablement s'échapper de son emprise.

En d'autres termes, une adaptation à voir, et à revoir, rien que pour la pesanteur de son atmosphère !

PS : désolée pour l'aspect saturé des photos, qui sont issues d'une VHS de piètre qualité... 

Quelques images... Merci à descartes62 pour l'extrait vidéo posté sur youtube.

Jasper surprend Deputy qui le suit

Durdles protège Deputy d'un Jasper menaçant



Rosa Bud (Finty Williams) apprend à Jasper qu'elle refuse de poursuivre ses leçons de piano


 


(Le personnage frollien aime faire pleurer les demoiselles... ^_^)



"See what you have done !"

"No one could love you but I..."



Dans sa cellule

01 mars 2013

Haïr délivre


Ici la tombe, là le chaos ; sur ma tête
La noirceur, sous mes pieds la chute ; où je m'arrête,
La profondeur s'écroule, et tout est vide ; eh bien !
Tous ces gouffres mêlés sur moi ne seraient rien 
Si je pouvais donner le change à ma pensée,
Moi-même m'enivrer de ma fureur versée,
Et me persuader que je hais ; Ce n'est pas
De la crypte stupide et sourde du trépas,
Ce n'est pas du cachot, du puits, de la géhenne,
Ce n'est pas du verrou, ce n'est pas de la chaîne,
C'est de son propre coeur qu'on est le prisonnier.
Haïr délivre.

Dans le Ciel - Hymne des Anges
Pensée - Chant XIII
La Fin de Satan, Victor Hugo

13 janvier 2013

"There is my peace ; there is my despair."


"There is my past and my present wasted life. There is the desolation of my heart and my soul. There is my peace ; there is my despair. Stamp them into the dust, so that you take me, were it even mortally hating me !"

" Voici ma vie gâchée, passée et présente. Voici la désolation de mon coeur et de mon âme. Voici ma tranquillité d'esprit et voici mon désespoir. Piétinez-les dans la poussière. Pourvu que vous soyez à moi, fût-ce en me vouant une haine mortelle !"

The Mystery of Edwin Drood, Chapter  XIX  "Shadow on the sun-dial"
"Une ombre au cadran solaire",  traduction de Renée Villoteau

09 septembre 2012

"I loved you madly" - The Mystery of Edwin Drood - scène du jardin

Uniquement pour le plaisir des yeux, une fois n'est pas coutume, j'ai trouvé sympathique de placer quelques photos des 4 adaptations connues, du roman inachevé de Dickens, de cette unique et splendide scène que j'intitulerai simplement "scène du jardin", où John Jasper s'ose à une demande en mariage assez désastreuse... Et désolée d'avance pour la qualité de certaines images, qui sont pour la plupart des captures de vidéos de piètre qualité, puisque ces versions n'ont pas été remasterisées, et ne le seront sans doute jamais...


Adaptation américaine de 1935, édulcorée et très comme il faut - avec l'incontournable Claude Rains et Heather Angel, dans une scène malheureusement expédiée...



Adaptation fleuve russe de 1980 (6 heures en tout !) avec Valentin Graft et Yelena Koreneva, dans cette scène de demande en mariage, qui dure près de 11 minutes !
Malgré que je n'aie pas encore trouvé le temps et le courage de la visionner en intégralité (et en version originale non sous-titrée s'il vous plaît !), elle est probablement très fidèle au livre, mais la surdramatisation des acteurs  est tellement visible que c'en est presque risible, sans parler des effets de caméra très hasardeux, qui sont tout à fait passés de mode. (On notera sur la photo de droite, le splendide palais russe tout droit sorti du temps des tsars, qui fait office de demeure victorienne... ^_^)


Adaptation de 1993 avec Robert Powell et Finty Williams (qui est à la ville la fille de Dame Judi Dench, ça c'était pour le rayon potins...) 
De cette adaptation anglaise, il ne subsiste que quelques extraits sur youtube. L'ambiance plutôt lugubre, et l'excellence du jeu de Robert Powell augurent une adaptation qui paraît jouer davantage sur l'atmosphère que sur la fidélité à l'oeuvre. Il est hélas très difficile d'en dire davantage, le téléfilm étant introuvable pour l'instant... 


Adaptation de 2012 - Matthew Rhys et Tamzin Merchant
Ah ! Comment ne pas en parler ? N'est-elle pas en tout point, et cette scène justement, parfaite ? Elle n'est certes pas longue, mais elle est si juste, si bien mise en place, si magnifiquement filmée, et servie par un jeu d'acteur excellent, que l'on ne peut que saluer, admirer... (Et comment égaler le sourire carnassier de Matthew Rhys qui clôture cette scène : I will pursue you to the death !) 


"I loved you madly; in the distasteful work of the day, in the wakeful misery of the night, girded by sordid realities, or wandering through Paradises and Hells of visions into which I rushed, carrying your image in my arms, I loved you madly."

04 septembre 2012

Le cas John Jasper ou la crainte de l'introspection... (The Mystery of Edwin Drood - Charles Dickens)


Le Mystère d'Edwin Drood est probablement l'un des romans les plus énigmatiques de la littérature victorienne... La disparition de l'auteur en 1870, laissant l'oeuvre inachevée, n'est évidemment pas étrangère au statut emblématique qu'elle a su conserver au fil des décennies ; statut tout aussi alimenté par les nombreux essais, analyses, romans, sequels, qui constituent la littérature droodienne depuis 150 ans.

"L'industrie de la résolution du mystère" (Paul Schlike) si elle fut prolifique au cours du XIXe et XXe siècles - et l'on notera le fabuleux procès de John Jasper qui s'est tenu à Londres en 1914, qui après un délibéré de près de 5 heures, prononcera finalement le non-lieu ! - ne semble pas prête de s'étioler. Pour preuve, le très récent Drood, de Dan Simmons ou le dernier téléfilm produit et diffusé par la BBC.

S'il a existé donc de très nombreux ouvrages sur le sujet, il est à présent assez difficile de s'en procurer pour la simple raison qu'ils semblent pour la plupart épuisés ou n'ont plus fait l'objet d'une réimpression depuis, pour certains, plus d'un siècle...

Fort heureusement, lorsque l'on se lance sur le sujet, il existe des éditions comme Bibliolife ou Kessinger Reprints pour vous mettre quelque chose sous la dent... Après avoir lu la suite de l'affaire Drood écrite par le traducteur Paul Kinnet en 1956, je me suis frottée ensuite à "John Jasper's secret : sequel to Charles Dickens' Mystery of Edwin Drood" d'Henry Morford et "The murder of Edwin Drood recounted by John Jasper" de Percy T.Carden.




Tout d'abord, intéressons-nous à la traduction de Paul Kinnet, dont la solution est présentée dans la dernière mouture du roman publié chez Archipoche. Si elle demeure fort agréable à la lecture, celle-ci m'a parue quelque peu convenue, et finalement assez frileuse. Pour cet auteur de polar, John Jasper est inévitablement coupable - c'est d'ailleurs un point invariable dans les 3 ouvrages ou analyses dont il sera question dans cet article, à différents degrés. Si la solution n'est pas révolutionnaire, elle paraît assez "expédiée", dans un style si rapide, si concis, si peu dickensien, que l'on n'en garde pas réellement un souvenir grandiose. L'approche de l'auteur ne paraît donc pas dans la droite lignée de l'original, ce que l'on ne peut que déplorer.

Je me permettrai donc de passer rapidement au second livre, écrit par l'américain Henry Morford, sans doute aux alentours de 1871-72. Aux 23 chapitres originaux, l'écrivain en a ajouté 26 ! De quoi réellement combler les frustrations en tout genre des lecteurs, et apaiser les esprits curieux...

Voici donc ce que nous apprend cette véritable sequel, qui demeure pour le moins intéressante et très fidèle à Dickens, tant au niveau du style, riche et complexe, que dans le traitement des personnages et de leur psychologie :

- Helena Landless est probablement le personnage phare de cette suite, puisqu'elle est décrite comme un personnage fort, indépendant et éminemment volontaire. C'est elle qui confondra John Jasper, en trouvant une alliée de poids en la personne de la "Princesse Bouffarde" (Princess Puffer, en anglais), qui craint ou hait le maître de chapelle, sans que le lecteur n'ait originellement jamais su pourquoi. Sous l'emprise d'une drogue, dont Helena a appris les secrets à Ceylan, Jasper avoue son méfait : il a étranglé Edwin Drood et caché son corps dans une ancienne crypte inexplorée de la cathédrale de Cloisterham.

- Datchery-Bazaard : ces deux noms ne sont qu'un seul et même personnage. (Cette idée a d'ailleurs été reprise dans le téléfilm de la BBC) Sorte de détective improvisé, mais de grand talent, il retrouve Edwin Drood, bien vivant. Celui-ci a pu échapper à son meurtrier, en simulant la mort, et s'est enfui de Cloisterham pour l'Egypte.

- Neville Landless : amoureux éconduit de Rosa, il deviendra probablement pasteur, avec le soutien du révérend Crisparkle, après avoir été innocenté du meurtre d'Edwin Drood.

- Rosa Bud : comme l'avait prévu originellement Dickens, cette douce et tendre jeune fille se fiancera à Robert Tartar, le voisin de Mr Grewgious, après avoir échappé à l'enlèvement fomenté par Jasper. Elle demeura finalement un personnage assez naïf et superficiel.

Pour terminer, comment ne pas évoquer John Jasper, qui avoue son crime sous l'emprise de la drogue ; crime dont il n'a consciemment plus aucun souvenir. Sa personnalité est à peine plus évoquée qu'elle ne l'était chez Dickens... Après une tentative d'enlèvement avortée auprès de Rosa, il s'enfonce davantage dans la prise d'opium, et ne quittera quasiment plus ses brumes insondables. La jalousie qu'il éprouve envers Edwin, son amour pour Rosa (qui fait partie intégrante de sa jalousie) : tout cela, le lecteur l'imaginait ou le savait d'avance. Quant à connaître les raisons qui l'ont poussée à devenir un meurtrier, le mystère reste entier. 
D'autre part, il semble coupable d'autres crimes, plus anciens, évoqués d'une manière très lapidaire par le personnage de Princess Puffer dans les derniers chapitres. Les raisons de sa haine, très approximatives, très désordonnées - ce personnage étant lui-même sous l'emprise perpétuelle de la drogue - semble sorties d'un délire, dont on peut douter de la réalité même... John Jasper mourra finalement misérablement, comme il aura vécu, esprit pourtant supérieur, qui haïssait l'enfermement et l'isolement de sa vie, emporté dans une ultime et fatale prise d'opium. Il échappera donc à la justice.
Finalement, on continuera à ignorer le fond même de sa vie et de ses motivations. En faire un personnage byronien, archétype du mal et de la débauche, comme on s'est plu à le décrire dans de nombreuses analyses, serait finalement assez réducteur. La folie demeure sans doute sa plus grande énigme, et sa plus grande tragédie. Le lecteur n'en saura jamais plus.

Je ne résiste cependant pas à vous poster un extrait du chapitre tout à fait magnifique "Going elsewhere", où son personnage semble le plus approfondi, et qui évoque la tragédie de son addiction :

"The time has come to him, when of all the blessings of that life which is an aggregated distorsion, the richest is to be found in a single draught of the waters of Lethe. To be-small matter now, for even a short period, no longer himself, no longer any one, no longer anything - to have, for that certain period, neither part nor lot in the world of thought, feeling, sensation, hope, fear, dread, love, hate, revenge, deceit, calculation - to be, indeed, for that period, one of the very weeds that lie noisome and rotting on the bank of the River of Forgetfulness - this has come to be the chief good. And here he has found it, once again, and in different measures, according as the changes in his own system and the developments supplied by the dark wisdom of others, have made succeding stages possible. How magnificently he found that for which he was looking, almost in despair - last time ! How splendidly he sank, almost in a moment, like a stone dropped into the very centre of the dark pool - only making a few pleasant ripples, as he went down, shaping themselves into rosy clouds and fairy forms, to an accompaniment of the most delicious music ; and how he came up again, after a time - with no more effort - weakened a little, certainly, in body, but oh, so refreshed in mind, and ready to grasp, in a moment, what he needed to grasp for the difficult duties of his waking hours !" 

Passons à présent à "The murder of Edwin Drood recounted by John Jasper".

Un titre prometteur, et une introduction plutôt alléchante. Ce livre court et visiblement concis augurait de redoutables découvertes.
Ce livre, écrit en 1920 par Percy Carden, fait partie de ces quelques livres droodistes, encore disponibles en réimpression, d’après l’édition originale.
Une courte introduction pleine de mélancolie nous présente John Jasper dans la cellule de sa prison ; il a été condamné à être pendu pour avoir commis un double meurtre. Selon ses dires, il se contentera de raconter les faits, rien que les faits, en se plaçant d’un point de vue extérieur au récit, comme si lui-même n’en faisait pas partie, afin d’atténuer l’antipathie du lecteur.
L’intérêt même du livre retombe donc aussi vite : ce personnage si singulier et qui est demeuré en 150 ans une des plus grandes énigmes de la littérature victorienne, va, de ce point de vue peu risqué, si j’ose dire, certainement le rester.
Car en effet, le livre n’est qu’une relecture du roman original, en plus bref et plus impersonnel. On peut être certain d’une chose seulement : John Jasper a effectivement tué son neveu, avec un parfait sans froid, en ayant prémédité la chose depuis longtemps. On y discerne peu ses réelles motivations, comme c’est déjà le cas originellement chez Dickens, ou encore chez Henry Morford. Le cas Drood, s’il semble résolu pour sa part, n’aura pas pour autant levé le mystère sur Jasper. L’opium l’a-t-il rendu fou ? On serait porté à le croire ; sentiment renforcé par le fait que l’on perçoit nettement dans ce livre une jalousie manifeste dans tout ce qui touche Edwin. Rosa fait partie intégrante de cette jalousie, il la convoite comme il convoite terriblement l’existence d’Edwin. Il a, en résumé, tout ce que lui n’aura jamais.
Son amour pour Rosa n’est guère plus développé que chez Dickens : il se limite à une répétition de la désastreuse demande en mariage qu’il lui fait, et qui ne réussit qu’à la faire quitter Cloisterham pour Londres, où elle se réfugie chez Mr Grewgious. Il ne la reverra plus.
Puisqu’il est question de double assassinat, et qu’il est confirmé au lecteur dès le départ qu’Edwin Drood est bel et bien mort, l’autre meurtre dont Jasper devra répondre est celui de Neville Landless, qui meurt en ayant tenté de confondre Jasper, comme cela est le cas, à quelques détails près, dans la postface de Paul Kinet, écrite dans les années 50.
Après avoir lu 3 versions différentes de sequels plutôt anciennes, et qui me laisse un peu sur ma faim, je peux honnêtement dire être restée fidèle aux options prises dans le récent téléfilm de la BBC, qui, si elle a évincé quelques aménagements prévus par l’auteur, et fait abstraction de quelques personnages (Mr Honeythunder, Robert Tartar), n’en demeura pas moins la seule sequel qui a réussi à prendre l’histoire à contre-pied, et qui a su prendre des risques très grands en ménageant une telle place au personnage de Jasper qui avait jusque- là été tenu dans l’ombre, et considéré avec tout simplement quelque embarras. On ne peut décidément pas trouver des excuses à un meurtrier opiomane, n’est-ce pas ? Gwyneth Hughes a réussi ce tour de force, et parvient à susciter chez le spectateur le plus sceptique, un élan de pitié lorsque le personnage prend conscience de l’horreur de son geste (après certes une année entière d’occultation totale), et en l’entendant une dernière fois murmurer sa rédemption avec une résolution si nette, comme s’il entrevoyait enfin dans la mort, la fin de ses souffrances.

Freddie Fox, Matthew Rhys et Tamzin Merchant

15 février 2012

Unfinished masterpieces (The Mystery of Edwin Drood)

Suite à diverses plaintes pour atteinte aux droits d'auteur, youtube a supprimé définitivement la vidéo présentée ci-dessous.
En espérant néanmoins que vous ayez eu le temps de la visionner...

Un rapide post, pour vous faire partager ce merveilleux documentaire réalisé par la BBC, intitulé "Unfinished Masterpieces", dont la première partie est consacré au Mystère d'Edwin Drood.

Gwyneth Hughes, responsable de l'adaptation du récent téléfilm, décrit avec une grande justesse le personnage ô combien controversé de John Jasper...



A voir sur youtube : http://www.youtube.com/watch?v=27hu1KuERlo

20 janvier 2012

Le Mystère d'Edwin Drood, de Charles Dickens

Edwin Drood est un jeune homme promis à un bel avenir : fiancé très jeune, par la volonté de son père défunt, à la très jolie Rosa Bud, il doit après son mariage, partir pour l'Egypte reprendre les affaires familiales.
En visite à Cloisterham où réside Rosa, elle aussi orpheline, il prend ses quartiers chez son oncle, John Jasper, maître de chapelle à la cathédrale. 
Edwin ignore que ce dernier, de seulement quelques années son aîné, fréquente les fumeries d'opium de l'East End, et nourrit un amour plus qu'inquiétant pour la jeune Rosa.
D'autre part, l'arrivée de deux jeunes gens, Helena et Neville Landless, à Cloisterham, sème le trouble dans cette  trop paisible communauté. Après avoir rompu secrètement ses fiançailles avec Rosa, Edwin Drood disparaît brutalement...  

***
"Le Mystère d'Edwin Drood", résidait depuis longtemps sur mon étagère, prenant la poussière en attendant paisiblement d'être lu... Seulement voilà, il aurait encore pu y rester de longs mois, si la BBC ne s'était pas emparé de cette oeuvre pour le moins énigmatique de Dickens. Quinzième et dernier roman de l'auteur, resté inachevé à la mort de ce dernier, le Mystère d'Edwin Drood a incité toutes sortes de théories. Le roman en effet, n'était sans doute guère qu'à la moitié de son intrigue à la disparition de l'écrivain, et "le mystère" de la disparition du personnage, ou de son assassinat, comme le dit le postulat le plus courant, est donc resté entier.

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Rosa (Tamzin Merchant) et Edwin Drood (Freddie Fox)

A cheval entre le romanesque et le roman d'intrigue, Le Mystère d'Edwin Drood est en effet une oeuvre singulière, qui demeure néanmoins très sombre sur le contenu. Les personnages y sont passionnants, à la fois attachants ou délicieusement détestables. Edwin Drood tout d'abord est un jeune homme insouciant, qui traite la vie et les choses, même les plus sérieuses, avec une légèreté toute juvénile, au point qu'il en arrive à paraître merveilleusement agaçant la plupart du temps. Il demeure néanmoins un personnage sympathique, dont on ne sait au juste quel sort ou quelle fin l'auteur lui avait réservé. Rosa Bud, quant à elle, est comme son nom l'indique si bien "un joli bouton de rose"... fraîche jeune fille de 17 ans, têtue, enfantine, charmante, et gaie, comment ne pas l'aimer ? Elle est animée d'une franchise et d'une innocence magnifique, et dans chaque ligne, on la sent lumineuse et vivante, même si elle a quelques manières d'enfant trop gâtée...

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Rosa (Tamzin Merchant) fait part de ses doutes à son tuteur, Mr Grewgious (Alun Armstrong, alias Thénardier du TAC des Misérables 1995...)


Cependant, la seule ombre au tableau de ce jeune couple de fiancés, est qu'ils ne s'aiment pas autrement que fraternellement, et qu'ils décident d'un commun accord, très délicat et très admirable, de ne pas s'engager dans un mariage malheureux...  Si le roman s'était borné à cet aspect des choses, le lecteur se serait sans doute singulièrement ennuyé... Cependant, il y a bel et bien un "moteur" à cette histoire, et ce moteur n'est autre que le personnage noir et destructeur du roman, John Jasper. Je vais fièrement plagier Lorinda, en qualifiant clairement ce personnage de "frollien"... Il en a en effet toutes les caractéristiques, bien que le roman de Dickens ne lui ait pas laissé beaucoup de place quant à la description de sa personnalité réelle. Certains spécialistes de Dickens l'ont qualifié de "Jekyll et Hyde", et cela est facilement compréhensible, si l'on veut du moins expliquer la dichotomie entre les deux personnalités que l'on voit émerger au fil du roman...

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John Jasper (Matthew Rhys), le tuteur d'Edwin, émergeant de l'un de ces délires d'opiomane.

 John Jasper a toutes les allures d'un personnage respectable : maître de chapelle à la cathédrale, maître de musique, chef de choeur, il est estimé de ses pairs, et adoré par son neveu Edwin. John Jasper, de son côté, voue un véritable culte à son neveu, dont il est seulement l'aîné de 5 ou 6 ans. Les deux hommes se vouent une admiration et une affection réciproques, dont on ne peut en aucun cas douter. Et pourtant, John Jasper s'adonne à la prise d'opium, suffisamment souvent et de si fortes doses, qu'il lui arrive de ne plus savoir qui il est, ni ce qu'il fait.
D'autre part, l'amour qu'il éprouve pour Rosa, la fiancée d'Edwin, a quelque chose d'inquiétant et de terrible que l'on peine véritablement à expliquer. Cette passion folle et presque mauvaise, n'est décrite que par les yeux de Rosa, dans la première partie du roman. Cette passion, elle la connaît, sans qu'il lui en ait jamais dit le moindre mot :

"Cet homme me terrifie, il hante mes pensées comme un redoutable fantôme. J'ai l'impression de n'être jamais hors de son atteinte, il me semble qu'il serait capable de passer à travers le mur dès qu'on parle de lui."

"Ses regards ont fait de moi une esclave. Il m'a forcée à le comprendre sans qu'il ait prononcé une parole, il m'a forcée à garder le silence sans qu'il ait proféré une menace. Quand je suis au piano, ses yeux sont rivés sur mes mains. Quand je chante, ses yeux sont rivés à mes lèvres. Quand il me reprend, s'il frappe une note ou un accord ou bien s'il joue un passage, il est présent, en personne, dans les sons qu'il produit (...)"

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Rosa (Tamzin Merchant), et John Jasper (Matthew Rhys) l'accompagnant au piano... Scène merveilleusement troublante et révélatrice ... (Cliquer sur les images pour voir en grand format)

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La "déclaration" menaçante de John Jasper à Rosa.

Alors qu'Edwid Drood a "disparu" depuis plus de 6 mois, et que toute sa famille en porte le deuil sans qu'on ait pourtant retrouvé son corps, John Jasper se présente à Rosa, et l'on assiste sans doute à une déclaration d'amour merveilleusement passionnée, mais d'un tel égoïsme, qu'elle m'a forcément rappelée celle de Claude Frollo à la prison (sans être pour autant si longue)... - sans doute aussi parce que je l'ai relue il y a peu - mais aussi certainement parce que la tension dramatique est à son comble. La crainte déraisonnée que Rosa éprouvait déjà pour John Jasper, se métamorphose à cet instant en véritable terreur. Amoureux éconduit, Jasper se révèle sous son véritable jour : la violence de ses sentiments s'extériorise, alors qu'elle était depuis trop longtemps bridée. A bout d'arguments, mais certainement pas à bout de ressources, le maître de chapelle utilise le chantage, la menace.

La jeune femme le repousse avec une telle horreur, que la scène qui se serait voulue romantique vire au drame. Celle-ci qui se conclut par cette inoubliable phrase de Jasper (que l'acteur de la version récente de la BBC, Matthew Rhys, a magnifiquement rendue, en murmurant dans un sourire carnassier, et avec un regard pour le moins inquiétant) :

"Je vous aime, je vous aime, je vous aime ! Si vous me repoussiez maintenant - ce que vous ne ferez pas - jamais vous ne seriez délivrée de moi. Nul ne pourrait s'interposer entre nous. Je vous poursuivrais jusqu'à la mort."

Comment, décidément ne pas penser à un personnage frollien, délicieusement ambigu, à la personnalité trouble, l'un des ces personnages à l'apparente droiture morale, voire à une certaine rigidité, et capable dans la même minute des pires bassesses. Au même titre que son homologue hugolien, si je puis me permettre de le nommer ainsi, aucune abnégation, juste cette souffrance égoïste, cette douleur déchirante et pourtant inquiétante, qui entraînera à sa suite tous ceux qu'il touche.

Bref, on l'aura compris, j'ai été charmée par ce roman, captivée par les personnages de Rosa, Edwin et Jasper, qui sont tous trois d'une grande richesse...

Mais comment oublier la galerie de personnages plus ou moins secondaires, à la fois tragiques, drôles ou touchants, parmi lesquels on retiendra particulièrement Helena et Neville Landless , ou encore le révérend Crisparkle, le personnage sans doute le plus estimable de cette fresque inachevée...

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Mrs Crisparkle (Julia McKenzie) et le révérend Septimus Crisparkle (talentueux Rory Kinnear)


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Helena (Amber Rose Revah) et Neville Landless (Sacha Dhawan)

L'adaptation de la BBC a d'ailleurs si bien rendu hommage au roman, que l'on ne peut que saluer tout le travail réalisé par Gwyneth Hughes sur le scénario, en le complétant avec beaucoup de respect. La fin - sans que je n'en révèle le moindre mot, est absolument à la hauteur de ce que l'on pouvait espérer, sans oublier le sort réservé au maître de chapelle, qui ne pouvait décidément échapper à ses démons, ni à l'inéluctable tragédie.

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John Jasper (impressionnant Matthew Rhys)

Merci à http://rawr-caps.livejournal.com/ pour les photos du téléfilm ;-)