Affichage des articles dont le libellé est BBC. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est BBC. Afficher tous les articles

05 juin 2020

Dracula (BBC 2020)




Mini-série de trois épisodes de 90 minutes, scénarisée par Steven Moffat et Mark Gatiss :

The Rules of the Beast (épisode 1) - réal. Jonny Campbell
Blood Vessel (épisode 2) - réal. Damon Thomas
The Dark Compass (épisode 3) - réal. Paul McGuigan


Librement inspiré du roman de Bram Stoker.

Produit par la BBC et Netflix

Avec Claes Bang (Count Dracula), Dolly Wells (Sister Agatha Van Helsing/ Zoe Helsing), John Heffernan (Jonathan Harker), Morfydd Clark (Mina), Jonathan Aris (Captain Sokolov), Lydia West (Lucy), Matthew Beard (Jack Seward), Sacha Dhawan (Dr Sharma), Mark Gatiss (Frank),...

***

Jonathan Harker, un jeune clerc de notaire, est envoyé en Transylvanie pour rencontrer le comte Dracula, un noble hongrois qui a décidé d'acquérir des propriétés en Angleterre. L'inquiétant propriétaire des lieux, son client, est un lugubre vieillard aux manières et aux propos énigmatiques et troublants. D'abord l'invité du comte, Jonathan s'aperçoit rapidement qu'il lui est devenu impossible de s'échapper du château. Lorsque d'étranges cauchemars commencent à l'assaillir, Jonathan perd peu à peu ses forces, tandis que le comte Dracula, lui, semble rajeunir inexorablement...

***

Lorsque les premières informations relatives à l'écriture d'une nouvelle adaptation de Dracula se sont présentées, on pouvait légitimement se demander si celle-ci était réellement nécessaire, et en quoi elle pouvait s'avérer novatrice, comparée aux innombrables adaptations précédentes qui ont déjà été réalisées sur le sujet (352 occurrences sur imdb, rien que ça). Et là, on pense à la dernière version de Dario Argento, datant de 2012, d'une qualité vraiment médiocre, ou encore du film de Gary Shore de 2014, Dracula Untold, qui s'intéressait aux origines de la légende, et qui malgré un esthétisme vraiment léché et indéniablement réussi, choisissait de présenter un personnage passé à la moulinette, véritable figure de héros tragique, dont le côté violence aveugle et sanguinaire passait tout de même complètement à la trappe...Le personnage bénéficie d'une image tellement prégnante dans l'inconscient collectif qu'on imagine très compliqué pour des scénaristes de s'en détacher et d'en présenter des aspects inédits.

On pouvait donc avoir toutes les craintes du monde de voir une énième version sur les écrans. Il est évident qu'avec les deux scénaristes de Sherlock aux manettes, Steven Moffat et Mark Gatiss, on devait s'attendre à une adaptation qui n'en est pas réellement une. Sherlock est et restera sans doute une des meilleures transpositions du personnage créé par Arthur Conan Doyle, dans un contexte moderne, qui plus est, ce qui n'était pas un pari gagné d'avance... Alors certes, la série s'écartait des sentiers battus, remodelait parfois les personnages, en créait de nouveaux, sans pour autant  galvauder le "canon". L'adaptation sur quatre saisons des enquêtes de ce cher Holmes s'est donc révélée pleine de noirceur, d'introspection, mais aussi de surprises, n'en déplaisent aux fidèles de l'original. En tant qu'inconditionnelle de l'univers victorien, cette adaptation moderne de Holmes m'a pourtant infiniment plu, parce qu'elle était, avant toute chose, très intelligente, inventive, et qu'elle était servie par des acteurs de marque. Steven Moffat avait commis également, seul cette fois, une transposition strictement moderne de L'Etrange cas du Dr Jekyll et Mr Hyde, avec Jekyll, en 2007, auquel on pourrait attribuer les mêmes qualificatifs flatteurs...


"Stay calm... You are doing very well..."

Les deux scénaristes, malgré leur talent indéniable, avaient donc la lourde tâche de s'attaquer à une nouvelle transposition de Dracula, personnage historique tristement célèbre, passé au statut de véritable mythe littéraire depuis sa création par Bram Stoker en 1897, et ce, sans tomber dans la facilité ou de lamentables travers. Et je peux tout à fait dire, à mon humble avis, qu'ils ont parfaitement réussi leur entreprise, comme ils y avaient excellé dans Sherlock ou Jekyll. 
Pour tout dire, je suis littéralement restée bouche bée devant mon écran jusqu'au visionnage de l'ultime épisode, car tout dans cette adaptation m'a plu, de bout en bout : son visuel, sa bande-originale, ses acteurs, son scénario, et par cette manière de donner une nouvelle dimension au personnage central, sans pour autant le déprécier. Pour être tout à fait honnête, j'ai vécu comme un moment de "flottement" après avoir achevé l'intégralité de la série : j'avais peine à intégrer toutes les informations fournies par le scénario, toutes les énigmes qu'il véhicule jusqu'à la dernière image, jusqu'à en ressasser à n'en plus finir la finesse de son traitement et de ses dialogues. Ce qui est chez moi, toujours un indicateur très fiable de mon degré de satisfaction... ! Sans compter que j'ai été époustouflée par le jeu enfin de l'acteur principal, le danois Claes Bang (dont j'ignorais complètement l'existence jusque là), et qui pour moi, a fait un sans faute dans un contexte qui était pourtant, je l'admets, très difficile à faire passer. C'est bien simple, je n'hésiterai pas à dire que cette nouvelle mini-série est devenue immédiatement l'une de mes adaptations fétiches, et Claes Bang, l'une des incarnations du personnage de Dracula que j'estime désormais très difficile à détrôner...


"I don't drink... wine" 

Alors certes, avec cette nouvelle adaptation, il ne faut pas s'attendre à une transposition fidèle de l'oeuvre de Bram Stoker, c'est pour cette raison que j'ai précisé dans l'introduction de cet article qu'il s'agissait d'une "libre inspiration". En un sens, toutes les adaptations cinématographiques de Dracula ont dû subir pas mal d'aménagements afin que le résultat soit plus cohérent, et ceci notamment dû au fait qu'il s'agit à la base d'un roman épistolaire, ou plutôt de récits à plusieurs voix. Mais que l'on soit bien clairs, même si l'épisode 1, intitulé "The Rules of the Beast" (Les Règles de la Bête), suit dans les très grandes lignes l'histoire imaginée par Stoker, on est face non pas à des divergences, mais plutôt à une nouvelle lecture des événements, qui m'ont immédiatement rappelé la vision extrêmement dépoussiérée que Moffat et Gatiss avaient proposé pour Sherlock. Il est certain que ce genre d'exercice est on ne peut plus risqué pour un mythe littéraire aussi populaire que Dracula, et je peux comprendre qu'une telle relecture d'un texte aussi fondamental puisse effrayer les puristes ou les désappointer totalement. Cependant, une transposition si radicale, si elle comporte des risques immenses, est aussi une occasion rêvée d'explorer le mythe littéraire dans son entièreté avec un regard neuf, voire de considérer les personnages sous un autre angle, ou les prendre totalement à contre-pied.

La caractéristique la plus frappante de ce premier épisode, plus que les suivants, est sans doute l'aspect de pure horreur, qui en imprègne toute l'atmosphère. Il est clair que ce volet, sinon la série toute entière, n'est pas à mettre sous tous les yeux, car il est sanglant (vraiment très sanglant), et infiniment dérangeant sous bien des aspects. La bande-annonce, en cela, n'avait absolument pas menti... Après 1h30, on a les pupilles saturées d'hémoglobine et de visions cauchemardesques... En cela, je pense que l'adaptation a très bien rempli sa mission. L'ambiance gothique imposée par ces longs plans sur des ombres allongées, des couloirs tortueux, des escaliers sans fin, est également très bien servie par une bande originale composée de cordes grinçantes, rehaussée par les battements assourdis d'un coeur, ou du vol lancinant d'une mouche, qui a vraiment le don de vous mettre dans un état d'angoisse tout à fait de circonstance.


Opening theme song - Dracula 
(David Arnold & Michael Price)


Ma plus grande surprise (et oserais-je dire, pratiquement la meilleure), a été de découvrir Van Helsing sous les traits d'une nonne du couvent St. Mary de Budapest, qui a recueilli Jonathan Harker. La soeur Agatha Van Helsing, incarnée par Dolly Wells, est une personne cartésienne, qui s'intéresse de près aux sciences, mais également aux vampires ou plus largement, aux non-morts. Assez peu conventionnelle pour une religieuse, Agatha est un personnage délicieusement admirable et curieux, mais se voulant d'une logique rigoureuse, quoique dotée d'un esprit parfois bravache, et d'une bonne dose d'inconscience. Elle rappelle en cela le personnage original, qui aime beaucoup prendre des décisions inconsidérées, tout comme elle évoque aussi de par son aspect buté et foncièrement profond et intelligent, la psychologie de Sherlock Holmes (les créateurs de la série n'ont pas inséré quelques références au personnage pour rien). Ensuite, chose infiniment intrigante, elle est en interrogation perpétuelle de sa foi. La logique implacable de ses raisonnements se voit magnifiquement contrebalancée par les tiraillements de son âme. Sans doute fallait-il que celle-ci soit habitée par un doute profond pour songer à frayer avec l'ésotérisme et les superstitions d'un autre âge... C'est d'ailleurs dans cette brèche que Dracula va s'engouffrer insidieusement. Comme Agatha le précise au cours du premier épisode, durant toute sa vie, elle a cherché Dieu sans le trouver, et pense l'avoir découvert justement en frayant avec le Diable... Sa profondeur, sa réflexion sur la nature de la foi, et sur sa volonté à sauver ses semblables quitte à se sacrifier elle-même, font d'elle un personnage d'une très belle humanité. Agatha est un protagoniste attachant au plus haut point, que j'ai apprécié d'emblée, car elle est l'archétype du personnage à l'aura écrasante, à la fois forte et bienveillante, non-conventionnelle et sarcastique, qui, en dépit des craintes que l'on pourrait avoir, offre pourtant une magnifique opposition avec le personnage de Dracula. Cette opposition, sur laquelle je reviendrai un peu plus loin, est également d'une terrible ambiguïté. Comme la plupart des dyades littéraires, la grande figure du héros contrebalance en effet celle du grand méchant. 

"Come closer..."
"Come closer..."


Toujours est-il que son personnage accueille l'arrivée de Dracula aux portes de son couvent avec une sorte d'excitation de collégienne qui a le don de tout à fait dédramatiser la situation. Ses bravades, son cynisme incongru et ses répliques cinglantes m'ont tiré bien des sourires, comme a su le faire avec la même efficacité le cabotinage du comte Dracula de Claes Bang. A dire vrai, il est tout à fait clair que dès les premières minutes de leur rencontre, Van Helsing et Dracula s'intriguent mutuellement de manière assez manifeste. La curiosité "scientifique" de l'une pour un spécimen unique de vampire venu comme qui dirait frapper à sa porte, et l'intérêt de l'autre pour ce personnage de nonne qui s'oppose à lui avec un aplomb qui défie l'entendement, a quelque chose de tout à fait délicieux. Si Dracula conçoit assez difficilement d'être mis en échec, il apprécie cependant immédiatement la gageure et tout le piquant que cela met à la situation. Lorsque le vampire, intrigué, lui demande qui elle est, Agatha répond la chose suivante :
"I am all your nightmares at once : an educated woman with a crucifix." 

"Am I addressing count Dracula ?"

Je trouve à la fois cette phrase très représentative de ce qu'il adviendra d'eux ensuite, mais aussi très contradictoire, puisqu'il faut y voir une interprétation plus nuancée à la fin de la mini-série. Disons que cette phrase est surtout spécifique de l'état d'esprit d'Agatha à ce moment : c'est une femme du XIXe siècle, qui semble être entrée dans les ordres pour pouvoir étudier et échapper au mariage. Cela induit immédiatement qu'elle a cherché, dès son plus jeune âge, à s'élever à l'égal d'un homme, et qu'elle ne laissera jamais quiconque lui faire entendre qu'elle ne peut pas y prétendre. Je pense qu'elle se glorifie d'une certaine manière de cette connaissance, et que c'est pour cette raison que sa réponse va dans ce sens, mais je crois profondément qu'elle se trompe. Le comportement grandiloquent et insolent de Dracula génère chez elle cette réaction au-delà du danger qu'il représente : elle songe qu'il la considère avec amusement parce qu'elle est une femme, mais cela se démentit d'une manière assez nette ensuite. Comme il le prouve à de nombreuses reprises, ce sont les qualités des gens qui l'intéressent, puisqu'il s'en "nourrit", si je puis dire. Elle représente un intérêt justement parce qu'elle a un extraordinaire aplomb et un sens de la répartie égal au sien. Qu'elle soit une femme n'a, au fond, absolument rien à y voir, et il semble tout à fait certain qu'elle apprécie d'être reconnue à sa juste valeur, fut-ce par un être qu'elle a toutes les raisons de détester. Quant au crucifix derrière lequel elle se retranche, je crois qu'elle met par contre immédiatement le doigt sur la réelle problématique de son opposant... Problématique qu'elle va se faire un devoir d'analyser jusqu'à en comprendre tous les obscurs mécanismes, développés au cours des deux volets suivants. 

Une relation subtile et diablement ambiguë


Dracula est donc intrigué par elle, autant qu'elle par lui, et cet état de fait ne se démentira pas jusqu'au dernier épisode. Du reste, cette opposition est à nouveau merveilleusement représentée dans le second volet de la mini-série, "Blood Vessel" (jeu de mots qui désigne à la fois en anglais un "vaisseau sanguin" mais aussi le cadre même de l'épisode qui se déroule entièrement sur le Déméter, où le sang va couler en abondance... le ton est donné). Cette sorte de huis-clos à la Agatha Christie, qui se déroule comme une enquête policière, a le mérite d'apporter un éclairage sur une scène emblématique que le roman original de Bram Stoker passe presque sous silence. On peut dire qu'il s'agit là d'une nouveauté, puisque aucune adaptation jusqu'ici ne s'est intéressée de manière approfondie (voire pas intéressée du tout) à cet épisode plutôt obscur . Le Déméter, parti de Varna avec à son bord, une cargaison de dizaines de caisses de terre de Transylvanie emportée par le comte Dracula - lui-même dissimulé à l'intérieur de l'une d'entre elles - est surtout tristement célèbre pour le probable massacre que le vampire y a perpétré.  De ces scènes, le lecteur ne sait rien, les scénaristes s'en sont donc données à coeur joie, en réunissant dans ce huis-clos effrayant un panel de personnalités suffisamment variées afin que Mr le comte ne puisse pas s'ennuyer... Et à dire vrai, je ne me suis guère ennuyée non plus... On apprécie les retournements de situation et les cabotinages incessants de Dracula, affable et diablement charismatique. Ce qui est certain, c'est qu'on perçoit au cours de cet épisode avec plus de force encore l'aspect "joueur" du personnage, qui dissimule sous des fanfaronnades sa profonde condescendance pour ses semblables. Il se plaît à brouiller les pistes, à manipuler son monde, trop heureux de s'amuser enfin, voyant les imprévus s'accumuler comme des surprises bienvenues venant pimenter sa traversée... L'opposition perpétuelle avec Agatha n'en est d'ailleurs que plus appréciable...

Claes Bang dans "Blood Vessel"


C'est au cours du 3e volet, "The Dark Compass" (La boussole sombre) que je crois savoir que la plupart des téléspectateurs ont "lâché" la série... La transposition dans un contexte moderne, le personnage de Lucy Westenra - passablement énervant - n'ont pas du tout remporté l'adhésion du public, ce que je peux tout à fait comprendre, tant son contexte est différent des précédents. Cependant, je dois constater, que si j'ai beaucoup apprécié les épisodes précédents, celui-ci a été au final une très belle surprise, qui malgré quelques faiblesses compréhensibles, est sans doute le plus novateur, le plus étonnant, et celui à l'issue duquel je suis restée littéralement bouche bée devant ma télé. Je l'ai vu comme une modernisation tout à fait pertinente, quoiqu'elle marque une rupture assez nette avec la narration des deux premiers épisodes. Mais je n'ai pas peur de le dire, il s'agit sans doute là de mon épisode favori... Cette troisième partie montre le personnage de Dracula s'adaptant à une vitesse folle à son nouvel environnement, ce qui donne lieu à des scènes tout à fait savoureuses (si on m'avait dit qu'un jour, une adaptation montrerait un Dracula inscrit sur Tinder, je ne l'aurais pas cru...) ! Mais au-delà de son mépris amusé du monde, on le découvre tout à coup faillible. La transposition dans un contexte moderne, si elle ne lui fait pas perdre un iota de sa ténébreuse aura, a pourtant comme incidence directe de mettre en avant ses défaillances, et dans une certaine mesure, ses peurs. Il est certain que cela peut aller quelque peu à l'encontre de l'image du vampire invincible, inébranlable, sans aucune humanité que l'on imagine volontiers. Attention, ce n'est pas pour autant qu'il fait preuve de bienveillance ou de compassion envers autrui, car il reste un être guidé par un instinct de survie assez primaire. Disons plutôt qu'il montre une certaine faiblesse qui le renvoie à sa part d'humanité. Et c'est le double personnage d'Agatha/Zoe qui l'y renvoie. Si Dracula a vu sa faiblesse par le passé, à elle à présent de trouver les siennes. Et c'est d'ailleurs dans ce contexte qu'il trouve grâce à elle, assez bizarrement, une certaine forme d'apaisement...

The dark compass

Comme on l'aura compris, le personnage de Dracula donne à voir de multiples et inhabituelles facettes, qu'il aurait été impossible de présenter sans un scénario solide, bien entendu, mais également un interprète d'exception, en la personne de Claes Bang, dont j'ai déjà parlé plus haut. Il est certain que de toutes les transpositions du personnage à l'écran, on n'aura jamais vu un Dracula à la fois si affable et si sinistre. L'acteur passe avec aisance d'un aspect à l'autre, vous mettant magnifiquement en confiance pour pouvoir mieux vous mettre mal à l'aise dans la seconde qui suit. Les cabotinages de l'acteur, ses sourires entendus, ses oeillades sarcastiques, puis son mépris distant, ses regards appuyés, inquiétants, sa voix même qui vous amuse pour mieux vous glacer... Tous ces éléments ont quelque chose de vraiment fascinant. Claes Bang est parvenu à assembler en une seule interprétation les incarnations précédentes les plus notoires. Il y a de très nombreux rappels aux classiques du genre, dans la gestuelle, dans les pauses, dans la manière de se mouvoir, sans parler des costumes, et tout cela en offrant malgré tout un caractère unique à l'interprétation, la rendant de ce fait absolument magnétique. Par bien des aspects, le Dracula de Claes Bang se rapproche beaucoup de celui de Louis Jourdan, par ce côté charmant, terriblement avenant, et pourtant foncièrement inquiétant et lugubre (Mark Gatiss n'a d'ailleurs jamais caché son affection pour cette adaptation de 1977, sans doute l'une des plus réussies du genre). Claes Bang incarne parfaitement ce personnage de vampire sûr de sa supériorité absolue, qui en joue même, mais à qui, finalement, la solitude pèse désespérément... La preuve en est que Dracula, dans cette adaptation, ne semble pas appréhender tous les ressorts du fonctionnement de sa propre nature, ce qui est absolument fascinant à voir. Cela ajoute une "quête" assez énigmatique au personnage, qui jusque là, n'était mû que par l'insatiabilité de son état et par un certain besoin de conquête et de domination. S'il conserve ses derniers aspects, il se retrouve enrichi d'autres qui ne le dénaturent en aucune façon. Le pari était certes risqué, mais l'interprète les réellement magnifiés. 

A gauche, un clin d'oeil au costume de Béla Lugosi dans l'adaptation de 1931
A droite, un autre au costume porté par Louis Jourdan dans le téléfilm de 1977

Les différents niveaux de lecture de cette adaptation, toute la symbolique cachée dans des détails de décors ou de mise en image, ajoutent une richesse extraordinaire au contexte. Il est certain qu'au premier visionnage, on ne perçoit pas toutes les références ni tous les ressorts de l'intrigue, car ce n'est qu'à la seconde, voire troisième fois, qu'on commence à les appréhender. Tout comme on peut aussi identifier des zones d'ombre laissées vacantes dans le développement de l'histoire, et ce je pense, d'une manière tout à fait volontaire. La fin de la mini-série, qui m'a laissée sans voix, est tellement onirique, qu'elle laisse planer une très large incertitude sur une suite potentielle. A y bien réfléchir, cette saison 1, si elle pourrait être tout à fait un one-shot tant elle se suffit à elle-même, laisse aussi de très larges possibilités au développement d'une seconde saison, ce qui explique ces fameuses zones d'ombre. Et c'est ce que je souhaite personnellement (et c'est peu dire). Le duo Moffat/Gatiss a laissé entendre qu'une suite pourrait être envisagée, propos repris par l'acteur Claes Bang, qui "rêverait" dit-il, de voir son personnage de retour... 



Même si j'ai tout à fait conscience que cette mini-série horrifique (admirée du maître Stephen King,  disons-le tout de même) bouscule énormément la mythologie traditionnelle qui gravite autour de Dracula, elle n'en est pas moins brillante, inventive, magnifiquement interprétée, tant dans les premiers comme dans les seconds rôles, et bénéficiant d'une mise en image et d'une bande originale à se damner ! 




14 février 2019

Death and Nightingales (roman d'Eugene McCabe et minisérie BBC)

Roman d'Eugene McCabe, paru en 1992 (trad.française : Ode funèbre)

Mini-série en 3 épisodes de 55 minutes, adaptée et réalisée par Allan Cubitt pour la BBC, avec Ann Skelly (Beth Winters), Jamie Dornan (Liam Ward) et Matthew Rhys (Billy Winters), Charlene MacKenna (Mercy Boyle)

Beth, jeune femme de vingt-deux ans, vit à Clonoula, vaste domaine de la campagne de l'Ulster, avec son beau-père, Billy Winters, riche et prospère exploitant d'une carrière. Tiraillée entre son amour pour sa terre et les liens toxiques qui l'unissent à Billy, Beth cherche désespérément un échappatoire, qu'elle trouvera en Liam Ward, l'un des exploitants de Clonoula. Il demande alors à Beth de s'enfuir avec lui pour l'Amérique, en prenant soin de dérober d'abord l'or que son beau-père dissimule jalousement dans son coffre...

***

Je ne connaissais ni Eugene McCabe, éminent écrivain irlandais, ni ce roman, avant de découvrir les premières images de l'adaptation que la BBC en a faite il y a quelques mois... L'atmosphère inquiétante et les relations conflictuelles des personnages présentées dans la bande-annonce, augurait une histoire pour le moins singulière et oppressante. Lors de mon récent séjour sur l'île d'émeraude, une sympathique libraire m'a vivement recommandé le roman, un classique contemporain de la littérature irlandaise. J'ai donc sagement obéi au conseil, et ai lu ce roman assez court (un peu moins de 300 pages) avec énormément d'enthousiasme (je remercie d'ailleurs le magnifique et emblématique Charlie Byrne's bookshop au passage :) ) . Il y a un peu de la patte de Dickens dans le portrait des personnages d'Eugene McCabe, voire même un soupçon de roman social d'inspiration plus française au regard des situations désespérées que l'auteur faire vivre à ses personnages et dans lesquelles il se plaît à les enfermer, le tout sur fond de conflits religieux et de prémices de luttes indépendantistes... Comme vous l'aurez compris, le contexte de cette oeuvre est on ne peut plus aisé et joyeux...!

Death and Nightingales est un roman découpé de manière très cinématographique, très visuel, et que l'on referme avec un frisson assez troublé. Car l'histoire qu'il retrace, qui s'étend sur une période d'un peu plus de 24h, foisonne de sentiments contradictoires, quelque peu confus et toxiques, sur lesquels on a tendance à se poser un nombre incalculable de questions longtemps encore après la lecture. A vrai dire, même si le style et l'allure du livre lorgnent allègrement sur des classiques anglais, on est plutôt dans la gamme de personnages frustrés et inquiétants à la Zola. Ceux-ci sont tellement dépourvus d'étincelle, que l'on est plus fascinés par leur mécanique intrinsèque, terriblement ambivalente, que par leurs actions et leurs pensées néfastes. Le trio de personnages centraux n'ont vraiment rien à envier les uns aux autres dans ce registre... Et c'est en grande partie pour cette raison que le roman est aussi magnétique. Aucun personnage n'y est jamais entièrement bon ou mauvais : le rôle des bourreaux et des victimes est toujours changeant, redéfini, réajusté, jusqu'à la dernière ligne. Le personnage de Beth Winters, campé dans l'adaptation par Ann Skelly, en est d'ailleurs le meilleur exemple. Jeune femme au tempérament très affirmé, élevée par une mère catholique mais vivant dans l'ombre d'un beau-père protestant avec qui elle entretient une relation très néfaste et ambiguë, elle se jette avec entêtement dans les bras du premier homme venu, qui semble s'intéresser un tant soi peu à elle et qui se révèle être le seul dérivatif à la confusion de son quotidien. Cependant, Liam Ward, ne fait qu'y ajouter du trouble, puisqu'il est lui-même un voleur patenté, et est soupçonné par le gouvernement anglais d'avoir fourni des explosifs utilisés dans de récents attentats. Celui-ci l'incitera à voler, puis à s'enfuir sans aucun scrupules.

Beth Winters (Ann Skelly)
Beth, vivant dans des sentiments assez flous, oscillant perpétuellement entre  une haine violente et un amour vicié, se laisse séduire, mener et entraîner dans une direction qui ne vaut guère mieux que celle dans laquelle elle se pense contrainte. Elle était cependant loin de se douter que son amant, qui fait montre d'une froideur et d'un mutisme assez suspects, ne s'intéresse pas à elle, mais projette plutôt de s'en débarrasser crapuleusement à la première occasion...

Liam Ward (Jamie Dornan)
Ward, très justement campé par un Jamie Dornan très convaincant dans ce registre, est une sorte de brute taciturne, qui malgré ses allures monocordes se révèle d'ailleurs beaucoup plus nuancé qu'on ne l'aurait cru. A vrai dire, si on redoute assez rapidement le fond de la nature du personnage, celui-ci réserve d'excellentes surprises dans la progression de cette intrigue inhabituelle et plutôt anxiogène.
Evidemment, comment ne pas parler du personnage interprété par Matthew Rhys, qui comme à son habitude, excelle dans la peau de parfaits salauds... Quoique Billy Winters navigue définitivement dans des eaux bien troubles...Le beau-père de Beth peut rappeler pour ces raisons le Humbert de Nabokov, ou le Dr Pascal de Zola, par ce côté possessif et malsain, ses allures pitoyables contrebalancées par des accès de violence et de jalousie maladives. Au même titre que Beth, le personnage de Winters pose question, comme c'est d'ailleurs le cas à la lecture.

Billy Winters (Matthew Rhys)
L'acteur a d'ailleurs très bien rendu justice à son ambivalence, à ses regards circonspects d'alcoolique ou à ses expressions à vous transpercer l'âme de terreur. Sans parler de son pathétisme, de ses larmes de remords et d'affection déplacée... Dans les scènes qui opposent ce dernier à sa belle-fille, on se sent inévitablement mal à l'aise, tant les deux personnages semblent perpétuellement sur le fil, à tel point que l'on se demande réellement qui est le bourreau de qui... L'introduction du personnage de Ward dans le duo principal, ajoute en cela une oppression et une tension palpable dès les premiers instants. Je ne spoilerai pas la conclusion de cette improbable récit qui continue de jouer avec les nerfs du lecteur (ou du spectateur) avec brio, évoquant par bien des aspects les meilleures oeuvres de Du Maurier...

"What a pair we two..."
Personne n'est jamais tout à fait blanc ou tout à fait noir dans Death and Nightingales, il n'y aura pas d'étincelle, pas d'espoir, et nul n'aura droit à une quelconque rédemption, ce qui laissera une suite sans fin de questions sur le devenir des protagonistes. La frustration et le questionnement sont au rendez-vous de ce roman inhabituel et de cette série pour le moins fidèle à son matériau de base, servie par un casting de choix que l'on ne pourra vraiment pas bouder !


26 janvier 2017

To walk invisible : The lives of the Brontë sisters (2016)




Téléfilm de Sally Wainwright, produit par la BBC (décembre 2016)

Avec Finn Atkins (Charlotte Brontë), Charlie Murphy (Anne Brontë), Chloe Pirrie (Emily Brontë), Adam Nagaitis (Branwell Brontë), Jonathan Pryce (révérend Patrick Brontë), Gracie Kelly (Ellen Nussey), June Watson (Tabby Aykroyd),...

**

Charlotte, Emily et Anne, trois soeurs vivant dans un modeste presbytère du Yorkshire avec leur père, le révérend Patrick Brontë, écrivent depuis leur plus tendre enfance. Lorsque Branwell, leur frère, homme inconstant et alcoolique, se fait renvoyer de son emploi de précepteur, c'est le début, pour leur famille, d'une longue descente aux enfers. Sans ressources, isolées, incapables de faire face aux addictions de leur frère, Charlotte, Emily et Anne vont se remettre à écrire. Lorsque leurs premiers manuscrits sont acceptés par une maison d'édition de Londres, elles pensent avoir trouvé leur moyen de subsistance, mais surtout un échappatoire tangible à leur quotidien empoisonné...

**

Chloe Pirrie (Emily), Charlie Murphy (Anne) et Finn Atkins (Charlotte)

Encore une magnifique découverte que ce téléfilm d'une durée de 2h, réalisé et scénarisé par Sally Wainwright pour la BBC et diffusée dans le courant du mois de décembre 2016... 
Le bicentenaire de la naissance de Charlotte Brontë, célébré en 2016, a vu fleurir son lot de romans et de biographies, plus ou moins romancés et plus ou moins réussis. A vrai dire, on ne compte plus le nombre d'oeuvres qui ont exploité le sujet ces derniers temps, parmi lesquelles on notera notamment "Le journal secret de Charlotte Brontë", de Syrie James, plutôt sur le mode romance, et "L'amour caché de Charlotte Brontë" de Jolien Janzing, qui s'attarde sur la relation largement fantasmée de Charlotte Brontë avec le directeur de la pension Héger à Bruxelles. Du reste, au niveau des biographies à l'écran, on peut évidemment citer l'incontournable film d'André Téchiné de 1979, avec lequel le récent biopic de la BBC n'a finalement que très peu de rapport. La réalisation du film de Téchiné, relativement sombre et que je considère personnellement comme assez soporifique ne m'a jamais séduite, tout comme les parti-pris du scénario sur le caractère respectif des trois soeurs, qu'il est parfois difficile de cautionner.

Jonathan Pryce (Patrick Brontë)

Le biopic de Sally Wainwright a, dans un certain sens, remis l'église au milieu du village. C'est-à-dire que l'approche du téléfilm apparaît comme beaucoup plus digne, sobre, pour ne pas dire bien plus respectueuse des moeurs victoriennes, terriblement rigides, et le carcan familial dans lequel évoluait les Brontë. Bien que tous les enfants de la famille aient été élevés dans une relative liberté d'esprit, baignés dès leur plus jeune âge dans Shakespeare et Lord Byron, ils n'en demeuraient pas moins esclaves de leur siècle. Leur supériorité d'esprit manifeste, dans un milieu qui ne leur offrait que peu de perspectives d'avenir, a notamment conduit leur frère aîné, d'un caractère instable, à une déchéance annoncée. Quant aux trois soeurs, malgré leur caractère beaucoup plus affirmé et cartésien, on sait que leurs romans ont été considérés comme scandaleux à l'époque de leur parution, et on devine aisément qu'il n'était guère de bon ton de dépeindre des moeurs dépravées, ou de décrire avec une telle justesse l'alcoolisme (The Tenant of Widefell Hall), les vengeances meurtrières (Wuthering Heights) ou la bigamie (Jane Eyre)... Des situations, pour certaines d'entre elles, qu'elles ont pourtant vécues de l'intérieur. Le téléfilm retrace merveilleusement et dramatiquement une part de leur vie, du retour de Branwell à Haworth dans la maison familiale, après qu'il ait été renvoyé de son poste de précepteur en raison de sa relation adultère avec l'épouse de son employeur, jusqu'à la parution de leurs trois premiers romans, Jane Eyre, Wuthering Heights (qui sera le seul qu'ait jamais écrit Emily), et Agnes Grey. Le biopic, plutôt que de s'étendre sur toute leur vie, s'attarde sur ces quelques années, le tout baigné de plans superbes sur les landes du Yorkshire, les images souvent accompagnées d'extraits de splendides poèmes écrits par les trois soeurs et par Branwell, avant qu'il ne sombre dans ses lamentables excès.

Adam Nagaitis (Branwell)

Au-delà de leur histoire même, c'est surtout leur personnalité qui est dépeinte avec brio, de manière juste et émouvante : Anne, la cadette, petit oiseau fragile, effacé ; Emily, personnalité un peu sauvage, brutale, solitaire ; et Charlotte, raisonnable, mais énergique, quoiqu'un peu antipathique. A vrai dire, rien de choque dans le portrait de leur personnalité. Tout y très digne et sobre, sans excès, leurs sentiments extrêmes ne s'exprimant guère que dans leur littérature... Et puis il y a Branwell, le fils unique, l'enfant gâté, le génie de la famille, à la fois peintre et poète, sur lequel le révérend Brontë a placé tous ses espoirs, qui se révélera parfaitement incapable de faire face à ses échecs et qui préférera de loin se réfugier dans des paradis artificiels, entraînant avec lui toute sa famille dans sa chute. Branwell a sans doute été l'une des sources d'inspiration d'Emily pour Heathcliff, puis de Anne pour Athur Huntingdon, aussi le biopic le montre-t-il comme un être plein de rancoeur et d'amertume  à l'image du premier, mais aussi terriblement pathétique à l'image du second. Branwell était buveur, toxicomane, voleur à ses heures, mais il était avant tout un homme dépourvu de courage et de volonté, et le téléfilm le montre réellement comme un personnage lamentable, que les soeurs Brontë et leur père ont pourtant tenu à bout de bras jusqu'à sa mort à l'âge de 31 ans.
Les prestations de tous les acteurs sont admirables, sans exception, bien que mes coups de coeur aillent clairement vers Chloe Pirrie (Emily) et Adam Nagaitis (Branwell), qui ont su faire comprendre avec talent les caractères si singuliers de leur personnage.



Un téléfilm magnifique à voir absolument !

19 août 2016

Count Dracula (BBC 1977)

Count Dracula, minisérie de 2 épisodes de 1h15 de Philip Saville (1977)
D'après le roman de Bram Stoker.

Avec Louis Jourdan (Dracula), Frank Finlay (Abraham Van Helsing), Bosco Hogan (Jonathan Harker), Susan Penhaligon (Lucy Westenra), Judi Bowker (Mina Westenra), Mark Burns (Dr Seward), Jack Shepherd (Renfield)...

***

Au cours de mes pérégrinations transylvaines de ces derniers mois, j'ai eu l'occasion - et la curiosité - de visionner un certain nombre d'adaptations du roman emblématique de Bram Stoker. Qu'on se le dise : la plupart sont loin d'être réussies, pour ne pas dire qu'elles frôlent bien souvent la farce de mauvais goût. Le registre du film de vampires se prête malheureusement plutôt bien à la réalisation de nanars purs jus... Il existe cependant des adaptations assez honnêtes, comme celle de 1979, avec Frank Langella et Laurence Olivier (conseillé par Gabriel), follement romantique et échevelée, mais malgré tout assez éloignée du roman, puisqu'il s'agit plus d'une adaptation de la pièce d'Hamilton Deane, écrite dans les années vingt, que de l'oeuvre originale. Ensuite, on ne peut pas passer outre la version réalisée par Coppola, avec Gary Oldman et Winona Ryder, qui malgré son appelation de "Bram Stoker's Dracula", est tout de même très éloignée du roman, puisqu'elle choisit de présenter le personnage comme un amant malheureux, qui traîne sa mélancolie et sa haine pour la religion au fil de siècles inchangés...Ces deux adaptations, toutes marquantes qu'elles soient, ont un désastreux point commun : Dracula y est présenté comme un personnage romantique, presque byronien, où la trame de fond demeure une histoire d'amour passionnée, empêchée, contrariée. Et disons-le, même si cela fait très joli sur pellicule, et que cela fasse volontiers fondre tous les coeurs de midinettes, ce n'est tout simplement pas le roman de Stoker. Dracula, que l'on voit finalement très peu dans le récit original, est un vampire, un monstre. Et à ce titre, il n'a pas de remords, pas de conscience, pas d'âme, et certainement plus de sentiments qui puissent le rattacher d'une quelconque manière à son ancienne part d'humanité. Il se nourrit, il prend, il tue. Il agit par nécessité, par besoin. Il peut être personnage raffiné, charmant, troublant, mais ne l'est-il pas dans le seul but d'assouvir une soif qui relève d'un instinct de survie purement animal ? 
Cet aspect m'avait semblé très bien exploité, malgré d'incontournables défauts, dans l'adaptation de 1931 de Ted Browning (pour l'article, c'est par ici), où le Dracula de Béla Lugosi demeure globalement un monstre à la fascinante froideur, mais un monstre tout de même...

Béla Lugosi : la quintessence de la fascination délétère

Même si je pensais qu'aucune autre incarnation de Dracula ne viendrait concurrencer celle de Béla Lugosi dans mon panthéon, j'ai du sérieusement revoir mon jugement après avoir découvert tout à fait par hasard la version produite par la BBC en 1977 et réalisée par Philip Saville. Après avoir lu plusieurs avis sur la toile sur cette fameuse adaptation télévisée, j'avais pu me rendre compte qu'elle paraissait être très fidèle au matériau de base. Et elle l'est ! C'est l'une des rares versions que j'ai pu voir qui n'ait pas passé l'histoire à la moulinette, et qui est parvenu à retranscrire l'ambiance et l'essence même de son personnage central sans tomber dans de lamentables travers. A l'image de l'adaptation de 1931, qui n'aura décidément jamais d'équivalent esthétique, elle est visuellement très sobre, mais très sombre aussi : la faute à la qualité vidéo de l'époque des productions de la BBC, pas toujours très regardantes sur l'éclairage... Mais disons qu'ici, cela n'est guère gênant. Au contraire, cela lui confère même un style tout à fait asphyxiant qui n'est pas complètement étranger à l'efficacité narrative de cette minisérie. La réalisation est lugubre, inquiétante, joue avec les ombres et le brouillard. Tout n'y est que bruine et poussière, tout n'y est que grincements, craquements, hurlements de bêtes. On suffoquerait presque au même titre que le pauvre Jonathan Harker... Ajoutons à cela  que ce téléfilm en deux parties bénéficie de quelques extérieurs intéressants, puisqu'il a été tourné pour une grande partie dans la véritable ville de Whitby, qui sert de théâtre à l'arrivée dramatique du Déméter, la goélette en perdition qui amène le comte Dracula en Angleterre, mais aussi de quelques plans nocturnes dans le cimetière mythique de Highgate.

Ombres, brume et poussière... 
La côte et le cimetière de Whitby, dans le Yorkshire, qui a servi d'inspiration et de cadre au roman de Bram Stoker
Les effets spéciaux - si on peut du moins leur donner ce nom - sont simplissimes, visuellement un peu dépassés, certes, mais moins grand-guignolesques que certains autres vus dans des adaptations plus récentes et surtout plus renommées. C'est en ce sens que cette adaptation de 1977 évoque à bien des égards celle de 1931, qui jouait sur la suggestion pour mieux contourner la redoutable censure du Code Hays, la rendant de ce fait diaboliquement efficace et intelligente. Il y a une sobriété, une dignité, une mesure,  dans cette adaptation de Philip Saville, qui lui a permis d'éviter les écueils, et de demeurer conforme à l'esprit de Stoker. Si elle se révèle fidèle , elle a néanmoins modifié quelques aspects de l'histoire originale, en transformant Mina et Lucy en deux soeurs, et non plus en deux amies d'enfance, rendant ainsi la disparition de l'une mille fois plus déchirante et cruelle à l'autre qu'elle ne l'était dans le roman. Le personnage d'Arthur Holmwood passe à la trappe, Lucy devenant ainsi la fiancée de Quincey Morris. Finalement, il ne s'agit là que d'altérations mineures (même si elles ont certaines implications inévitables sur la trame), par rapport à certains autres cataclysmes scénaristiques vus ailleurs...

Ensuite, cette adaptation ne serait sans doute rien sans ses acteurs tout à fait fameux. Les deux personnages féminins centraux sont extrêmement attachants, et les deux comédiennes, qui m'étaient pour ma part complètement inconnues, donnent à leur personnage une innocence et une fragilité  délicieusement victoriennes. Elles se positionnent comme deux véritables victimes, sans pour autant incarner des personnages monocordes.

Lucy, première victime du comte à Whitby

Lucy (Susan Penhaligon) est jeune femme joviale, espiègle, pleine d'énergie, tandis que sa cadette Mina (Judi Bowker) apparaît comme une véritable figure romantique. Avec son apparence juvénile, douce, fragile, elle offre un contraste saisissant avec le Dracula au charme sinistre de Louis Jourdan, sur lequel je reviendrai un peu plus loin. Celle-ci n'est pas loin de faire penser aux femmes-enfants chères à Gaston Leroux, victimes indissociables de bourreaux retors, pour lesquels elles nourrissent des sentiments assez contradictoires.


Mina, fragile et délicate créature, victime collatérale de la chasse au vampire orchestrée par Van Helsing...

On retrouve également Frank Finlay, grand personnage du théâtre anglais, campant un Van Helsing bien plus sympathique que celui du roman, qui incarne dans cette adaptation une véritable figure paternelle pour Lucy, ensuite pour Mina. Il est un protecteur à part entière et non plus le scientifique désorganisé et fantasque qui apparaît à la lecture. Il est ici un honnête médecin, qui fait ce qu'il peut, avec des moyens désespérément humains, face aux déchaînements des pouvoirs et des agissements sans morale du vampire. S'il a recours à des moyens extrêmes, il le fait avec une telle empathie, qu'il demeure, envers et contre tous, sympathique aux yeux du spectateur. Ce qui était un rude pari à relever, au regard de l'aspect quelque peu caricatural, déplaisant et borné du personnage d'origine. Il y a une grandeur d'âme dans le Van Helsing de Frank Finlay que je n'ai jamais retrouvé ailleurs que dans celui de Laurence Olivier (Dracula - 1979) qui avait cette même force de caractère et ce même altruisme.

Frank Finlay, un Van Helsing virulent protecteur de Lucy et de Mina

J'en viens ensuite à Louis Jourdan, le plus anglophone des acteurs français, qui prête ici son élégance et son charme funeste, au personnage du comte. Comme je l'ai mentionné plus haut, je n'aurais pas cru possible que Béla Lugosi, au sommet de mon panthéon, puisse trouver un quelconque équivalent dans ce registre, et pourtant... Louis Jourdan donne à voir un comte Dracula aux manières charmantes et distinguées, d'une affabilité inquiétante. Le timbre de sa voix, sa démarche, son sourire, tout dans cette personnalité distinguée et polie se révèle infiniment sinistre, et à l'instar de Jonathan Harker, ici campé par Bosco Hogan, le malaise que l'on peut ressentir est immédiat. Le cadre y est sans doute pour beaucoup, mais la déférence glaciale de ses manières, son regard perçant, dur, implacable, toujours dissimulé par ce rictus amusé, expression sublimée de sa propre supériorité, se combinent de manière magistrale pour offrir une interprétation mesurée, où la condescendance ne s'exprime que par ce regard terrible qu'il pose sur la futilité et la vanité de l'existence humaine. 

Dracula (Louis Jourdan) : entre cynisme et déférence

Le personnage; comme on l'aura compris, se caractérise surtout par son cynisme accablant, par le détachement hautain et l'amusement visible qui en est le masque. Il n'y a donc pas de place ici pour les assertions du Van Helsing du roman, que j'ai trouvées relativement incohérentes à la lecture :  loin de l'inexpérience vantée par le fantasque professeur, Dracula est au contraire doté d'un esprit très aiguisé, expérimenté et probablement déréglé par le fait même de son existence éternelle.  



Ne nous y trompons pas : le Dracula interprété par Louis Jourdan n'est pourtant pas totalement et seulement le monstre que l'on croit. S'il charme Lucy, pour ensuite s'en prendre à Mina, il existe peu de scènes où l'on voit le comte à l'oeuvre avec sa première victime. Avec la seconde, il en va tout autrement. La carapace austère semble se fissurer pendant un court moment, et une tendresse inattendue apparaît, même si on sait le charme vénéneux à l'oeuvre. Son autorité toute-puissante n'a aucune virulence, elle est exigeante sans être impérieuse. L'unique scène qui l'oppose à Mina, au-delà de tous les artifices romantiques qu'on a pu lui conférer dans d'autres adaptations, est sans nul doute d'une séduction absolue, mais aussi d'un attrait foncièrement noir et toxique. Le personnage est donc loin d'être aussi rigide qu'on aurait pu l'imaginer.

"Do you know the meaning of the Kiss ? You are nourishment to me..."

Malgré quelques défauts propres aux réalisations télévisuelles de l'époque, cette adaptation demeurant peu connue se révèle donc aussi passionnante qu'elle est soignée, sobre, et divinement délétère !

A voir et à revoir !





23 octobre 2013

Jamaica Inn (L'auberge de la Jamaïque) : une nouvelle adaptation pour 2014

Voilà quelques temps que de nombreuses rumeurs circulaient au sujet d'une nouvelle adaptation du roman de Daphné du Maurier, produite par l'incontournable BBC.

Personnellement, je ne peux évidemment qu'être enthousiaste !
L'Auberge de la Jamaïque est probablement l'oeuvre de l'écrivain que j'apprécie le plus après Rebecca. Mêlant épique, aventure, et romantisme noir, ce roman réunit une pléiade de personnages qui marquent durablement l'esprit. Cette tragique histoire de bandits et de naufrages meurtriers dans la Cornouailles du XIXe siècle reste gravée au fer rouge dans la mémoire pour longtemps, tout comme les noms de Mary Yellan, Jem et Joss Merlyn, ou encore Francis Devey, et ce même des années après la lecture.

On compte deux adaptations à ce jour.

En 1938, Hitchcock réalise, avec Charles Laughton et Maureen O'Hara en tête d'affiche, une version qui n'aura guère rendu justice au roman. La trame remaniée, et l'aseptisation des personnages principaux, ont enlevé à l'histoire tout son "charme" originel, aussi vénéneux soit-il.

Jamaica Inn, de 1938, avec Charles Laughton (à gauche)


En 1983, Lawrence Gordon Clark réalise pour la télévision anglaise une merveilleuse mini-série, avec un casting qui frôle la perfection : on y retrouve Jane Seymour en Mary Yellan, Patrick McGohan dans le rôle d'un Joss Merlyn passablement effrayant, et John McEnery qui campe avec une innocence doucereuse le pasteur albinos Francis Devey. Pour plus d'infos, voir l'article sur ce blog, par ici.

Jane Seymour - Jamaica Inn 1983
Nous en venons à la dernière adaptation, actuellement en tournage à Kirkby Lonsdale, dans le South Lakeland anglais (mais pas du tout en Cornouailles...). 


Jessica Brown-Findlay (Mary Yellan ???)
Ben Daniels (Francis Devey, probablement...)

Même si imdb se révèle assez chiche en informations sur le sujet, on apprend par photos de tournage interposées, que Jessica Brown-Findlay (alias la Lady Sybil Crawley de Downton Abbey) fait partie du casting, et un très souriant Ben Daniels, qui vu son costume devrait probablement incarné le révérend Francis Devey, qui est quant à lui nettement moins jovial... L'acteur est bien connu pour son rôle dans Law & Order version anglaise, ou beaucoup plus récemment, dans The Paradise, saison 2, actuellement en diffusion sur BBC One. 

Pour d'autres photos de tournage, c'est par ici : http://www.wildcardwalks.co.uk/photo-galleries-film-jamaica-inn.html

La diffusion est annoncée pour 2014.

More to come...

05 juillet 2013

"Death comes to Pemberley" : un nouveau téléfilm de la BBC pour Noël 2013 !

C'est officiel, la BBC va nous gratifier à l'occasion de Noël prochain, d'une nouvelle adaptation de leur cru, "Death comes to Pemberley", d'après le roman de P.D. James sorti en 2011.
(Traduit en français : La mort s'invite à Pemberley, publié chez Fayard)  

Comme on l'aura aisément compris, P.D. James est une fervente admiratrice de Jane Austen et de Pride & Prejudice, et a donc réinventé les personnages originaux pour ce roman d'intrigue, se déroulant après le mariage d'Elizabeth et Darcy. 

En quelques mots, le résumé du téléfilm (et du roman), issu du site de la production http://www.originpictures.co.uk/tv/ :

Elizabeth and Darcy, now six years married and with two young sons, are preparing for the lavish annual ball at their magnificent Pemberley home. The unannounced arrival of Elizabeth’s wayward sister Lydia, however, brings an abrupt and shocking halt to proceedings when she stumbles out of her chaise screaming that her husband Wickham has been murdered. Darcy leads a search party out to the woodlands, and when they discover the blood-smeared corpse not of Wickham but his traveling companion, suspicion is at once aroused. The dramatic and unnerving events of the evening have shattered the peace both of the Darcys and of Pemberley, and as the family becomes caught up in the ensuing murder investigation, a mysterious web of secrets and deceit will threaten all that the Darcys hold dear.

On connaît l'affection des téléspectateurs de la BBC (et des autres ^_^) pour l'oeuvre de Jane Austen, et son adaptation emblématique de 1995, qui a fait connaître Colin Firth et sa chemise mouillée au grand public... Gageons que l'adaptation de Death at Pemberley remportera un joli succès lors de sa diffusion à la fin de cette année. D'ailleurs, estimons que la BBC a mis toutes les chances de son côté, en optant pour un casting de choix :

Tout d'abord, on retrouvera Anna Mawxell Martin, dans le rôle d'Elizabeth Bennet, comédienne bien connue pour avoir prêté ses traits et son talent incroyable au personnage de Bessie Higgins de North & South, ou encore de l'Esther Summers de Dickens dans Bleak House (La maison d'Âpre-Vent).




Ensuite, pour interpréter un Fitzwilliam Darcy en pleine tourmente, on retrouvera Matthew Rhys, qu'on a vu en 2012 dans The Mystery of Edwin Drood, et dans The Scapegoat d'après Daphné du Maurier, et cette année dans la série The Americans (pour un avis complet sur la série, voir l'excellent article de Lorinda)





Et enfin, dans le rôle de George Wickham, le personnage que l'on adore détester chez Jane Austen, Matthew Goode, qui a récemment été à l'affiche du délétère "Stoker", plus connu encore dans le monde des period dramas, dans Brideshead revisited (Retour à Brideshead), d'après Evelyn Vaughn.







Le tournage se déroule en ce moment à Harewood House, dans le Yorkshire :



Bon, il serait grand temps que j'extirpe de ma PAL ce roman de P.D. James, histoire que je sache à quoi m'attendre... Inutile de dire que les sequels, toutes sérieuses soient-elles, ne m'inspirent guère confiance, mais force est de reconnaître qu'avec un casting pareil, je suis bien obligée de revoir son jugement...:-)

D'autre part, la production Origin Pictures signale qu'une nouvelle adaptation de Jamaica Inn  est en préparation pour 2014, mais aucune information sur le casting n'a pour l'instant été dévoilée. D'autres infos bientôt... 

13 janvier 2013

"There is my peace ; there is my despair."


"There is my past and my present wasted life. There is the desolation of my heart and my soul. There is my peace ; there is my despair. Stamp them into the dust, so that you take me, were it even mortally hating me !"

" Voici ma vie gâchée, passée et présente. Voici la désolation de mon coeur et de mon âme. Voici ma tranquillité d'esprit et voici mon désespoir. Piétinez-les dans la poussière. Pourvu que vous soyez à moi, fût-ce en me vouant une haine mortelle !"

The Mystery of Edwin Drood, Chapter  XIX  "Shadow on the sun-dial"
"Une ombre au cadran solaire",  traduction de Renée Villoteau

13 décembre 2012

The Paradise (BBC 2012), d'après Emile Zola


Denise Lovett, modeste jeune fille fraîchement arrivée de province, se présente chez son oncle Edmund, tailleur en ville, espérant trouver du travail. Mais la boutique se porte mal, et l'oncle Edmund n'a aucune situation à offrir à sa nièce. Tous les petits commerces de la rue se meurent, privés de leur clientèle, qui se presse à présent sur le seuil du "Paradise". Grand magasin aux offres inédites, aux tentations nombreuses, aux devantures attractives, le Paradise et son ambitieux patron, John Moray, offrent à Denise un emploi de vendeuse... L'esprit d'initiative de Denise, son sens naturel du commerce et de l'innovation, la distinguent aux yeux de Moray, qui ne tarde pas à la considérer avec une attention toute particulière, et une affection réciproque...

***

Voilà probablement près de 5 ans que l'on parle de cette adaptation du roman d'Emile Zola 'Au bonheur des dames' (traduit en anglais The Ladies' Paradise). C'est à présent chose faite, et sous un format plutôt confortable (8 épisodes d'1h) ! Cela dit, j'éprouvais des craintes légitimes après avoir visualisé plusieurs extraits avant leur diffusion, et qui n'auguraient à vrai dire, rien de bon. Au bonheur des dames est probablement mon roman préféré de Zola, sans doute parce qu'il n'est pas aussi noir que ses autres oeuvres, et sans doute aussi parce qu'il bénéficie d'une fin plutôt heureuse - ce qui relève de l'exception ou du miracle chez Zola ! Cela dit, Au bonheur des dames a son lot de désespoir, de tristesse et de malheur pendant plusieurs centaines de pages... Et les personnages originaux ne sont certes pas aussi sympathiques ni aussi dickensiens que ceux du Paradise... Je m'explique : chez Zola, Denise est assurément le seul personnage d'une pureté et d'une résolution à toute épreuve ; Octave Mouret (dont le nom s'est habilement anglicisé ^_^ ) est à peu de choses près aussi canaille que dans l'adaptation : séducteur, charismatique, se servant des femmes et de leur argent pour développer ses idées et ses projets. Les sentiments qu'il éprouve pour les femmes qu'il fréquente ne sont rien que d'habiles façades, pour passer le temps, ou servir ses intérêts. Mais il n'est certes pas aussi "chevalier blanc" qu'il ne l'est pour la BBC : s'il est un patron assez magnanime, Octave Mouret a des caprices, et des périodes d'humeur noire, qui conduisent inévitablement à des vagues de licenciement en masse. Rien d'incroyable chez Zola, mais qui ne rentrait peut-être pas dans le cadre du héros plein de bon sentiment présenté par l'adaptation. Mais ce n'est finalement pas le plus grand reproche que l'on peut faire à cette version, qui diverge tellement de l'original, que l'on peine vraiment à y reconnaître la patte du maître... En entamant le visionnage, il faut donc laisser Zola loin derrière, et profiter de la série pour ce qu'elle est : un excellent divertissement, sans excès de désespoir, comme un charmant bonbon, à la fois mélancolique ou sirupeux à souhait.

Comme la BBC en a l'habitude, on retrouve une pléiade d'acteurs excellents, mais pour la plupart très peu connus, Joanna Vanderham et Emun Eliott en tête, pour servir cette agréable fresque de 8h... Si on suit avec un intérêt non dissimulé les aléas amoureux de Moray avec la riche héritière Katherine Glendenning, ses ambitions démesurées, et ses sentiments naissants pour Denise, on regrette vraiment, véritablement, que le reste de l'histoire n'ait pas été développé davantage. On ne peut s'empêcher de regretter un peu la richesse du matériau de base, mais on n'arrivera décidément à pas bouder ce charmant téléfilm, romantique et lumineux.

Joanna Vanderham (Denise Lovett)

Emun Eliott (John Moray)

Un grand soin est apporté tout autant aux seconds rôles : Sarah Lancashire, dans le rôle d'une Miss Audrey d'une irréprochable distinction,  Elaine Cassidy, en héritière délicieusement peste, ou encore l'impressionnant  David Hayman,  à la voix d'outre-tombe et aux allures de cerbère... 

Sarah Lancashire (Miss Audrey)
David Hayman (Mr Jonas)
Elaine Cassidy (Katherine Gledenning)
Le dernier épisode de cette mini-série laissant le champ libre à la création d'une suite éventuelle, la BBC a récemment annoncé qu'une saison 2 serait effectivement en préparation pour la fin 2013...




Merci à http://period.grande-caps.net/ pour les photos grand format !