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24 mars 2015

Questionnaire littéraire (TAG)

Une fois n'est pas coutume, voici un sympathique tag repris sur le blog Espace en Claire-Obscure... Je m'y colle joyeusement !



Le premier livre dont vous vous souveniez ?

Petite, j'étais une lectrice assidue de BD, et je serais incapable de citer la première dont je me souvienne. Par contre, mon tout premier roman doit être "Poly", de Cécile Aubry.

Le dernier livre que vous ayez lu ?

"Père", d'Elizabeth von Arnim, et je suis en train de lire "La bienfaitrice", du même auteur. Et également une analyse du Dom Juan de Molière.

Le prochain livre que vous lirez ?

"Shutter Island", de Dennis Lehane, qui est sur ma pile de livres à lire depuis des mois... Le prochain, c'est celui-là, et je m'y mets sérieusement !

L'auteur dont vous avez lu le plus de titres ?

J'hésite entre quatre : Shakespeare, Arthur Conan Doyle, Gaston Leroux et Jane Austen. Mais je pense sans conteste, que Gaston Leroux remporte vraiment la palme.



L'auteur classique qui manque à votre culture ?

Je n'ai jamais osé me frotter aux romans de Thomas Hardy, hormis l'une ou l'autre nouvelle. Même si j'avoue que "Loin de la foule déchaînée" me tente bien depuis que l'on annonce la sortie d'une adaptation ciné avec Matthias Schoenaerts, dans le courant des mois d'avril-mai.



Vos auteurs préférés ?

Arthur Conan Doyle, Victor Hugo, Gaston Leroux, Charlotte Brontë, Daphné du Maurier, Shakespeare, Albert Camus. Charles Dickens. Elizabeth Gaskell, Goethe, Claudel et sans doute beaucoup d'autres que j'oublie...

Les auteurs qui vous agacent ?

Guillaume Musso, Frédéric Beigbeder, Michel Houellebecq.

Votre recueil de poésie préféré ?

Encore une fois, il y en a plusieurs ! "Les méditations poétiques" d'Alphonse de Lamartine, "Les poèmes barbares" de Charles Leconte de Lisle,  et "Les amours" de Ronsard.

Votre pièce de théâtre préférée ?

Sans conteste, "Hamlet" de William Shakespeare.



Votre roman préféré ?

Mon dieu ! Je suis sensée faire un choix qui tienne sur une seule ligne ??? Si parmi les auteurs que je préfère, j'en retiens seulement un pour chacun d'eux, je dirais "Notre-Dame de Paris", "Le fantôme de l'opéra", "Le Chien des Baskerville", "Rebecca", "Jane Eyre", "Les souffrances du jeune Werther", "La peste"...

Votre nouvelle préférée ?

Vraiment sans doute aucun, "La morte amoureuse", de Théophile Gautier.



Le livre que vous donnez le plus souvent à vos amis ?

Très souvent, des Daphné du Maurier... de "Rebecca", à "L'auberge de la Jamaïque", en passant par "La crique du Français".

Votre éditeur/collection préféré(e) ?

Folio classique, les éditions 10-18, et la collection Bouquins.

Le personnage que vous souhaiteriez être ?

Là aussi, il va être très difficile de répondre...Il s'agit bien souvent de personnages masculins, et pas toujours très recommandables de surcroît ! Etre Sherlock Holmes me plairait assez, tout comme le personnage très en demi-teinte de Prospero dans La Tempête, de Shakespeare...



Le personnage qui vous répugne le plus ?

Me vient en tête directement le personnage de Norman dans "Rose Madder" de Stephen King. Un flic violent, fou dangereux, qui donnerait des cauchemars à n'importe qui.

Votre genre littéraire préféré ?

Le roman, dans son sens large (aventure, gothique, policier, romantique, historique), ainsi qu'un peu de littérature jeunesse, et le théâtre.

Qui je tague ?

Celui ou celle qui le souhaite ;)

10 avril 2014

Werther, de Goethe à Massenet : Un absolu d'amour et de mort (1/2)


La mort de Werther, de François Charles Baude 
En quelques mots...

Werther est un jeune homme de bonne famille, en villégiature à Wetzlar. Il y fait la connaissance de la fille du bailli, la douce et belle Lotte, qui élève avec tendresse ses frères et soeurs, orphelins de mère. Au retour d'un bal auquel il l'a emmenée, Werther tombe irrémédiablement sous le charme de la jeune fille, mais celle-ci est promise à un autre. Werther tente d'oublier Lotte, en vain. Cet amour, qui ne peut être payé de retour, tourne à l'obssession et au drame : après une ultime et déchirante entrevue avec elle, Werther, anéanti par la souffrance et les larmes, décide d'en finir et se suicide.

***

Le résumé peut paraître certes un peu expéditif, et vous m'en excuserez...Après avoir tourné et retourné la matière de ce roman à plusieurs reprises, il apparaît rapidement que l'unique fil conducteur de cette oeuvre épistolaire de Goethe, écrite en 1774, repose sur Werther et son amour contrarié pour Lotte. Amour inévitablement lié au drame, puisque Werther s'épuise à espérer, à pleurer, à exacerber des sentiments sans retour, qui le précipiteront vers une déchéance morale et physique inévitable.

Pendant longtemps - pour ne pas dire, des années - Goethe et Les souffrances du jeune Werther m'avaient toujours rebutée, tout d'abord parce que ma première lecture de Goethe (Faust - première partie, traduit par Gérard de Nerval) s'est avérée longue et fastidieuse, et ensuite par l'image même du romantisme larmoyant auquel se rattache Werther, personnage qui m'avait semblé se plaindre, et pleurer beaucoup sans motifs apparents. Pendant littéraire du courant artistique allemand Sturm und Drang, Les souffrances du jeune Werther, malgré son statut emblématique, était resté pendant longtemps dans mon esprit, comme une oeuvre inaccessible et geignarde propre à un certain romantisme primitif. 

Le voyageur contemplant une mer de nuages, de Caspar David Friedrich (1818).
Oeuvre représentative du courant Sturm und Drang (Tempête et passion) de l'Allemagne romantique.

Probablement que je n'aurais jamais changé d'avis en la matière, si Massenet et son opéra n'étaient passés par là. Après Manon, d'après l'abbé Prévost, et Le Cid, Massenet s'attaque à Goethe et au personnage de Werther en 1892. Cette oeuvre, dont l'Opéra de Paris ne veut pas, parce qu'elle est considérée - peut-être à juste titre - comme excessivement triste, trouve preneur à l'Opéra de Vienne, où elle est jouée, avec succès, en langue allemande. L'opéra, en français cette fois, ne reviendra que quelques années plus tard à Paris. 

C'est grâce à cette oeuvre splendide du grand compositeur français, et surtout à la version de 2010 filmée à l'Opéra Bastille, mise en scène par Benoît Jacquot, que je dois cette redécouverte de Goethe et du personnage de Werther. Disons également que les personnages principaux, incarnés par la délicieuse Sophie Koch et le passionnant Jonas Kaufamnn n'y sont sans doute pas complètement étrangers non plus... En fait, je crois qu'il serait très malhonnête de dire que ce n'est pas entièrement grâce à eux que j'ai commencé à considérer Werther d'une manière nouvelle, et surtout beaucoup moins critique...

Jonas Kaufmann (Werther) et Sophie Koch (Charlotte) - Opéra Bastille 2010 (réal. Benoît Jacquot - dir. Michel Plasson)
Le livret de l'opéra n'a guère changé la trame du roman, si ce n'est pour se recentrer sur l'essentiel. Les personnages ne sont pas davantage transformés sur le fond, mais sur la forme, il est certain que la Charlotte (Lotte) de Massenet a tout autant d'importance dans l'opéra que n'en a Werther et c'est tant mieux. A travers les lettres de Werther chez Goethe, on ne voit Charlotte qu'à travers les yeux du héros, et elle en paraît de ce fait la plupart du temps comme un personnage éloigné, distant du drame. Ce n'est que lors de la scène finale qui l'oppose au jeune homme pour la dernière fois, qu'elle semble intégrer pleinement la tragédie, mais pas avant. Ensuite, il y a le personnage d'Albert, le fiancé puis le mari de Charlotte, qui a subi une sérieuse transmutation. Goethe a décrit Albert comme un homme bon, plutôt compréhensif et sympathique, que Werther ne peut réellement se résoudre à détester. Il a vu l'affection du jeune homme et la comprend, comme il comprend son désarroi. Il ne voit pas les visites de Werther d'un oeil mauvais, puisqu'il est persuadé que son épouse n'a qu'un affection fraternelle pour lui. Il se rend compte très tardivement que Charlotte n'a maintenu entre eux pendant tout ce temps qu'une distance froide et convenue pour s'empêcher de répondre aux sentiments du jeune homme en plein désarroi. 

Ensuite, l'opéra permet de percevoir un autre élément essentiel de l'oeuvre de Goethe. S'il s'agit effectivement d'une oeuvre propice à faire fondre tous les coeurs romantiques, elle n'en est pas moins aussi et surtout, le récit de la quête d'un absolu. Werther incarne à lui seul les aspirations d'une jeunesse dénuée d'amertume. Werther, est dans son registre propre un personnage extrême, presque binaire : il admire la nature et les gens d'une manière brute, sans arrière-pensées. Il fonctionnerait quasiment d'une manière animale : il recherche une symbiose parfaite avec la nature et les êtres qui l'entourent, évitant toutes interférences matérielles. Dans sa conception des choses, le monde n'a à offrir que bonheur et pureté. En rencontrant Lotte, il a trouvé son absolu, puisqu'elle incarne à elle seule toutes ses aspirations échevelées : il ne verra désormais plus les choses qu'à travers elle. Il ne conçoit d'ailleurs leur relation que d'une manière pure et idéalisée. Lorsqu'il se heurte à l'impossibilité de l'aimer, et donc de concrétiser son désir d'absolu, c'est tout son être qui s'effondre. Il est en quelque sorte un personnage "déraillé" (merci Victor Hugo pour ce qualificatif qui s'adapte ici merveilleusement.. ^_^). En voyant ses aspirations bafouées, devenues contraires, il perd de vue son absolu, qui se transforme alors progressivement en une absolue nécessité de mourir.

Ces aspects sont bien entendus nuancés dans les différentes adaptations de l'opéra qu'il m'a été donné de voir, qui vont donc offrir une plus grande richesse à la trame, mais également aux personnages. Je mentionnais plus haut la version de l'Opéra Bastille de 2010, qui a été en quelque sorte mon "élément déclencheur werthérien" ^_^. Je parlerai donc de cette production en premier lieu.

La scène emblématique de l'acte 3 et les fameux vers d'Ossian : "Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps ?"
Tout d'abord cette version est dirigée par Michel Plasson, et je deviens tout à coup très partiale. Même si je n'y connais rien en musique, il faut reconnaître que le maestro Plasson aux commandes donne toujours un résultat passionné et passionnant incomparable...Quant à la mise en scène et la réalisation, elle a ses admirateurs comme ses détracteurs. On peut tout d'abord lui reprocher d'être particulièrement froide et sombre, ce qui personnellement ne m'a pas gêné, car elle se rapproche assez bien du romantisme noir qui émane de l'oeuvre originale. Ensuite, notons ces angles de caméra choisis de manière assez surprenante (depuis les coulisses, dans les coulisses, en plongée depuis les cintres, depuis la fosse, sans compter les gros plans pas toujours très flatteurs, etc.), qui donnent tour à tour beaucoup de force à la mise en scène somme toute assez statique, quand ce n'est tout simplement pas un aspect assez bizarre à l'ensemble. Personnellement, cela m'a plus surprise que gênée, et je ne pourrai pas retenir cet argument pour en dire le moindre mal. Ensuite, il y a les deux chanteurs principaux, Jonas Kaufmann et Sophie Koch, déjà mentionnés plus haut, qui donnent à voir un couple Charlotte/Werther d'une merveilleuse alchimie. Si Sophie Koch sert avec brio son personnage, d'une manière à la fois douce et vivante, j'ai été assez époustouflée par le Werther de Jonas Kaufmann, qui a su renouveler à la perfection ce personnage tourmenté.

Jonas Kaufmann, l'incarnation parfaite du héros tourmenté de Goethe.

Le Werther de Kaufmann est éminemment romantique et sombre, en perpétuel questionnement. Comme discuté avec Lorinda, le chanteur intellectualise beaucoup ses rôles, et cela se ressent jusque dans les moindres détails. Son Werther est à la fois passionné et froid, réfléchi et fou. Cela révolutionne en soi la perception première que l'on pourrait avoir de son personnage, faussement considéré comme assez monocorde. Son désespoir latent bénéficie de sursauts échevelés, qui transforme le jeune homme apathique et maladif forgé par l'imaginaire collectif en un homme réfléchi, animé de désirs et d'aspirations au-delà de sa seule condition humaine, qui perd pied dans son propre absolu. Kaufmann, selon ses propres dires, l'a compris comme un personnage à la psychologie préalablement très instable (voir animé d'un état maniaco-dépressif). En aimant Charlotte, il l'investit d'une mission bien lourde à accomplir : le sauver. Ce statut rédempteur, la jeune femme n'en a pas peur, puisqu'elle l'a visiblement endossé dès sa rencontre avec Werther. En l'acceptant, elle n'a pas considéré qu'il était bien au-delà de sa portée, puisque Werther est d'avance un personnage perdu, voué d'une manière irrémédiable au tragique.

Sophie Koch : la Charlotte rédemptrice
Notons que le personnage d'Albert, interprété par le magistral Ludovic Tézier, donne dans l'opéra (et donc dans le livret) une vision bien différente de celui de Goethe. Albert est un homme cartésien, terre-à-terre, autoritaire et glacial, offrant un contraste manifeste avec la sensibilité excessive du héros. Impossible au spectateur d'apprécier réellement le personnage vu sous cet angle. D'autres interprétations d'Albert, bien plus nuancées, comme celle de David Bizic (MET 2014), offriront une une vision plus flatteuse du personnage, mais aussi sans doute plus goethéenne.

Ludovic Tézier (Albert)
L'apparence assez froide et sombre de la mise en scène et des lumières ont tendance à concentrer le drame sur Werther et sa tragédie personnelle, sur sa déchéance psychologique liée à l'obsession désastreuse qu'il éprouve pour Charlotte, plutôt que sur l'histoire d'amour en elle-même. Cette version donne à voir un drame très intériorisé, ce qui est magnifiquement représenté dans tout l'acte 4, qui se déroule entièrement sur le suicide et l'agonie de Werther. C'est lorsqu'il meurt, dans une chambre exiguë, fermée, obscure, à la géométrie étouffante, que Charlotte revient vers lui, et c'est le sourire aux lèvres qu'il s'éteint, dans les bras de la jeune femme. C'est finalement en mourant que Werther touche à la fois à ce bonheur et cette paix ultimes de l'âme qu'il avait toujours cherchées.

Pour terminer cette première partie de cet article, je ne résiste pas à poster une nouvelle fois l'extrait de l'acte 3, qui reprend les vers d'Ossian, traduits par Goethe :

" Pourquoi me réveilles-tu, souffle du printemps ? tu caresses et tu dis : "Mes rosées sont les larmes du ciel" Ah ! le moment est proche où je vais me flétrir ; la tempête est proche, qui m'enlèvera mes feuilles. Demain le voyageur viendra, il viendra, celui qui m'a vu dans ma beauté, et tout alentour ses yeux me chercheront et ne me trouveront pas."


A suivre : Werther, filmé au Théâtre de Turin (2014), avec Roberto Alagna et Kate Aldrich - Werther, filmé au Metropolitan Opera de New York (2014), avec Jonas Kaufmann et Sophie Koch.

Deuxième partie de l'article : par ici.

19 mars 2007

L'Homme Invisible d'H.G. Wells

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Le résumé
Par une rude journée d’hiver, un singulier personnage arrive dans la petite ville d’Iping. Son visage, entièrement recouvert de bandages, laisse supposer que celui-ci est entièrement défiguré. Cependant, cet homme taciturne, qui se révèle bientôt être aussi violent qu’imprévisible va disparaître, ne laissant sur place que ses vêtements et ses bandages… Ce personnage insaisissable va terroriser la région, tandis que la police, impuissante, est à ses trousses…

Mon avis


J’ai lu ce livre il y a 12 ans, et j’en avais gardé un souvenir agréable mais assez vague.

J’avais dans l’esprit l’image de ce personnage torturé et malheureux qu’était l’homme invisible, sans doute façonnée par une série quelconque des années 80 qui avait détourné le personnage de base… En réalité, le lecteur est face à ce médecin passionné de physique, Griffin, qui a découvert l’invisibilité. Au lieu de faire profiter le monde scientifique de sa découverte, celui-ci n’a trouvé d'avantages à son état que la supériorité qu’il implique sur autrui et les crimes qui peuvent donc être commis en toute impunité…
Le personnage étrange, taciturne, est entraîné dans une folie destructrice qui le pousse à commettre tout d’abord des petits larcins pour pouvoir subsister, mais ce sentiment de puissance l’envahissant, Griffin est sujet à des accès de colère aussi subits que dangereux, qui le conduisent au meurtre.
On a beaucoup déformé cette histoire dans le cinéma et dans les séries, et c’est assez dommage. Le livre est tout à fait passionnant, et le personnage principal l’est tout autant, malgré la profonde antipathie qu’il suscite chez le lecteur. A aucun instant on peut prendre pitié de cet homme, victime volontaire de son propre génie, qui s’inocule volontairement ce poison qui le conduira d’abord à la folie, puis à la mort.

La scène finale où Griffin est enfin rattrapé par la police me laissera un souvenir impérissable…

Je crois que la meilleure adaptation à ce jour reste celle de 1933 de James Whale avec Claude Rains. Plus récemment, le film The Hollow Man, librement inspiré du mythe, m’a laissé un bon souvenir également.

A lire et à voir !
L'Homme Invisible, de Herbert George Wells, Le Livre de Poche
1897

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The Invisible Man de James Whale

1933

08 mars 2007

La Crique du Français, Daphné du Maurier

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Résumé

Dona est l’épouse du frivole baronnet Harry St Columb. La vie mondaine et superficielle qu’elle mène à Londres ne convient guère à son tempérament passionné, aussi s’enfuit-elle avec ses deux enfants à Navron, une modeste propriété de son mari, située à la pointe des Cornouailles.
Elle apprend que depuis plusieurs mois, un pirate français dévalise la région, et que les notables, las de se faire dépouiller, sont bien décidés à tendre un piège à cet équipage de bandits, qui demeure néanmoins insaisissable.
C’est en explorant la campagne que Dona découvre le repère des pirates, et qu’elle est faite prisonnière. Là, elle fait la connaissance de Jean-Benoît Aubéry, le capitaine des pirates, qui est bien différent du monstre sanguinaire qu’on lui avait décrit et qui ne tarde pas à éveiller la curiosité de Dona.

Mon avis :

Comment décrire mon enthousiasme débordant après la lecture de ce magnifique roman de Daphné du Maurier ? C’est toute la question ! Après avoir lu quelques romans noirs ces derniers temps, j’avais besoin d’un petit break avec plus de légèreté et d’insouciance ! Et j’ai trouvé ce que je cherchais avec ce roman plein de rebondissements, d’aventures et de romantisme. Ici, on est assez loin de l’inquiétant Rebecca, ou de L’Auberge de la Jamaïque, sauf si l’on considère ce thème récurrent de la mer, très cher à l’auteur.
Dès les premières pages, on est pris dans le tourbillon romantique du récit, par la flamme de Dona St Columb, par la témérité du Français, par la beauté des descriptions de la mer…

J’ai particulièrement apprécié la scène où le terrible Rockingham poursuit Dona dans les escaliers… Je crois que j'en garderai un souvenir impérissable !

C’est un récit superbe, que je conseille à toutes les âmes romanesques !

La Crique du Français – Daphné du Maurier – Le livre de Poche
The Frenchman’s Creek – Penguin Classics (VO)

A noter : le résumé proposé sur le quatrième de couverture de l’édition du Livre de Poche affirme que le pirate s’appelle Pierre Blanc… S’ils avaient lu correctement le roman, ils sauraient que le Français se nomme Jean-Benoît Aubéry. Pierre Blanc est le nom d’un des membres de son équipage… ( ???)

23 février 2007

Le Château des Carpathes - Jules Verne




Résumé :
Les habitants du paisible village de Werst, à la frontière transylvaine, sont intrigués et terrifiés par d’étranges phénomènes se déroulant au château des Carpathes, le burg surplombant la colline voisine. On sait pourtant que le baron de Gortz, l’ancien seigneur du lieu, a disparu depuis plusieurs années sans laisser de traces, et laissant la demeure dans un complet abandon. Une expédition est cependant organisée vers le burg, dans l’espoir d’éclaircir le mystère ou de chasser les esprits maléfiques qui semblent l’habiter. Les malheureux aventuriers sont alors repoussés par une force « diabolique » avant même d’avoir pu y pénétrer… Les habitant de Werst vivent depuis ce jour dans la terreur, jusqu’à ce que Franz de Télek, un jeune noble de passage dans la région, apprenne l’existence de ces phénomènes. C’est lorsqu’on prononce devant lui le nom de Rodolphe de Gortz, que le jeune homme se décide a entreprendre lui-même une exploration des lieux. L’ancien baron de Gortz l’avait en effet maudit plusieurs années auparavant, au moment la mort de la Stilla, la jeune cantatrice à laquelle il était fiancé et pour laquelle le baron nourrissait une admiration terrifiante et quasiment obsessionnelle…

Mon avis :

Quand j’ai appris l’existence de ce livre de Jules Verne, le seul ouvrage proprement fantastique qu’il ait jamais écrit aux dires des biographes, je me suis empressée de me le procurer et de le dévorer. Après une mise en route assez difficile (ce qui est toujours le cas quand je lis Jules Verne), des descriptions géologiques et géographiques un peu trop poussées à mon goût, je suis finalement entrée dans l’histoire… Bizarrement, je m’attendais depuis le début à ce qu’à un moment ou à un autre, le récit fantastique ne retombe dans le rationnel. Connaissant Jules Verne et son esprit cartésien, je m’attendais pas à autre chose. Et j’avais raison dans un certain sens. Les explications sont fantaisistes, mais elles sont bel et bien là pour nous rassurer… L’histoire est relativement brève, les descriptions des personnages sont succinctes, et pourtant, quel scénario, quelle imagination ! J’ai retrouvé ce thème littéraire cher à mon cœur qu’est l’obsession, ou plutôt les sentiments obsessionnels poussés à l’extrême qu’éprouvent les personnages, qui ne sont ici que malheureusement survolés. Ils sont présentés néanmoins par les habitants de Werst, qui vivent dans la terreur du Chort – du diable et des esprits malfaisants - , par Franz de Télek, hanté par le souvenir de sa fiancée morte tragiquement sur scène, et par le personnage noir du roman, Rodolphe de Gortz, le baron maudit du château des Carpathes, adorant la Stilla d’une façon exclusive (ce qui n’est pas sans rappeler un certain Fantôme de l’Opéra…).
J’aurais beaucoup aimé voir dans ce roman des personnages plus développés, plus fouillés. Ils ne sont qu’ébauchés et on aurait tellement envie d’en savoir plus ! J’ai un peu eu l’impression que les faits sont racontés d’une façon quasi journalistiques : on relate les faits avec exactitude, mais les motivations sont presque ignorées. C’est dommage, mais cela n’empêche que j’ai passé un très bon moment avec ce livre, qui diffère cependant beaucoup des autres ouvrages du grand romancier…



Le château des Carpathes, Jules Verne - 1892 - Le Livre de Poche

25 janvier 2007

Les Mystères d'Udolphe - Ann Radcliffe

The Mysteries of Udolfo
1794


Les mystères d'Udolphe - folio

Résumé

Emilie Saint-Aubert est une jeune fille vivant une existence douce et protégée parmi des parents aimants. A la mort de ceux-ci, Emilie est confiée à sa tante, la frivole Mme Chéron, qui ne tarde pas à épouser Montoni, un gentilhomme italien au passé obscur et la réputation plutôt douteuse. Montoni emmène son épouse et sa nièce loin de la France, en dépit du chagrin d’Emilie que l’on éloigne volontairement de son fiancé, le chevalier Valancourt, sans espoir de retour.
C’est dans l’Italie du XVIIe siècle, peuplée de brigands et de mercenaires assoiffés de sang, dans un mystérieux château aux allures de forteresse, qu’Emilie et sa tante vont se retrouver enfermées, à la merci de Montoni et de ses sbires, mais aussi en proie aux phénomènes étranges qui se trament entre les murs de l’antique château d’Udolphe…

Avis : Attention spoiler…

Voici quelques semaines que j’ai terminé ce pavé de 900 pages, et j’ai pris le temps de méditer un peu sur ma lecture avant de poster un avis sur ce blog. Il est très difficile de donner un avis sur ce genre de livres, qui possède son lot de longueurs et de passages à vide. Je m’attendais plutôt à tomber sur un roman proche du Moine de Matthew G. Lewis, ouvrage gothique qui m’a terriblement marquée, mais il n’en est rien. On retrouve cependant cette multitude de récits imbriqués, cette foule de détails qui sont destinés à perdre le lecteur, ces éléments propice à susciter la terreur, à imaginer les scénarii les plus horribles… Mais ce roman diffère du Moine par sa pudeur, sa retenue, son élégance. On peut lui reprocher de vouloir tout expliquer au lecteur, alors que celui-ci voudrait rêver. En ce sens, le Moine ne peut pas décevoir. Les déviances du prédicateur Ambrosio, dont les passages les plus crus ont été longtemps soumis à la censure, ont terrifié des générations d’adorateurs de gothique. Une fois que le lecteur a quitté le réel, il n’y revient plus. Dans les Mystères d’Udolphe, tous les phénomènes étranges observés par l’héroïne finissent par être expliqués le plus rationnellement du monde. Au bout du compte, le lecteur finit toujours par être rassuré, ce qui n’était pas le cas dans le livre de Lewis, qui entrait pleinement dans le fantastique sans chercher une seule seconde à s’en échapper. La plupart des peurs de l’héroïne sont dues à son imaginaire galopant, à l’image de Catherine Morland, le personnage central du fameux Northanger Abbey, où Jane Austen s’est adroitement moquée de ce courant littéraire très en vogue à son époque. Néanmoins, j’ai passé un excellent moment à suivre les peurs, les larmes et les évanouissements d’Emilie de Saint-Aubert. On ressent à chaque page la profonde influence qu’a eu Ann Radcliffe sur les sœurs Brontë par exemple, qui ont exploité dans leurs œuvres majeures les grands éléments gothiques : les maîtres taciturnes et mystérieux, les manoirs « hantés », perdus au milieu de paysages mornes et désertiques, propices au développement des passions et des haines les plus extrêmes.

Je conseille donc ce livre non seulement à tous les amateurs du genre, mais aussi aux adorateurs de l’intrigue et des énigmes fantastiques…

Les Mystères d'Udolphe d'Ann Radcliffe - 905 pages - Editeur Gallimard - Collection Folio Classique

22 novembre 2006

The Tenant of Wildfell Hall - Anne Brontë

La châtelaine de Wildfell Hall


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Résumé

Dans un village reculé d’Angleterre, le château de Wildfell Hall, un bâtisse antique et pratiquement en ruine, vient d’être louée à une jeune veuve, Helen Graham et son fils.
S’éloignant farouchement du monde, se tenant dans une solitude singulière, Helen devient peu à peu l’objet de toutes les discussions et de tous les commérages.
Gilbert Markham, un honnête fermier du voisinnage parvient malgré tout à gagner l’affection d’Arthur et peu à peu, de sa mère, dont il tombe bientôt éperdument amoureux. Helen a cependant un bien lourd secret à porter, auquel elle devra un jour ou l’autre faire face…

Mon avis

Mon avis ne se reportera qu’à la mini-série de la BBC réalisée en 1996 par Mike Barker, d’après le roman éponyme d’Anne Brontë que je n’ai malheureusement pas encore terminé.
Cette histoire retrace la lente descente aux enfers d’une jeune femme pleine d’illusions, plongée dans les tourments que lui impose un mari frivole, infidèle et alcoolique… Ce récit difficile et tragique de l’angoisse, de l’enfermement, de la désillusion d’une femme, devant combattre seule les mille démons de son mari, est particulièrement poignant. En regardant cette adaptation, je ne cacherai que j’ai ressenti un certain malaise, devant la détresse, l’incompréhension de la bonne société victorienne qui admet qu’une femme puisse subir patiemment les injures et les souffrances pour la simple et bonne raison qu’elles lui sont infligées par son époux.

On retrouve dans cette magnifique série Tara Fitzgerald, qui excelle dans les rôles de femme glaciale et imperturbable, Toby Stephens (le merveilleux Mr Rochester de la nouvelle adaptation de Jane Eyre) dans le rôle de Gilbert Markham, et l’excellent Rupert Graves en Arthur Huntingdon, brillant, comme toujours, en mari alcoolique et libertin, inquiétant et détestable à souhait. Malgré une mise en scène très sombre et très froide, je me suis régalée en regardant ces épisodes, je les conseille donc absolument à tous les adorateurs des Brontë !
Quelques images

(pour voir les images en plus grand, cliquer sur les thumbnails)

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Gilbert Markham (Toby Stephens)

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Arthur Huntingdon (Rupert Graves)

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Helen Graham (Tara Fitzgerald)


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