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14 juillet 2020

Les visionnages du (dé)confinement - bis...

Emma
Autumn de Wilde (2020)
d'après le roman de Jane Austen



Prévue pour une sortie en salle en avril 2020, cette nouvelle adaptation d'Emma de Jane Austen, a finalement été diffusée sur les plateformes de streaming légales durant le confinement. Pas certaine donc qu'elle ait trouvé facilement son public... Je dois dire que j'étais très curieuse de cette nouvelle adaptation dont le ton avait l'air d'être radicalement différent d'une adaptation plus traditionnelle, et dont l'esthétique irréprochable présentée dans le trailer augurait de très belles images. Effectivement, comme annoncé, le ton est relativement sensuel, mais malgré tout plutôt léger. J'ai été assez étonnée de l'aspect assez décomplexé de certaines scènes, mais très satisfaite aussi de l'ironie très assumée des personnages. Emma n'est sans doute pas le roman de Jane Austen que je préfère, car il comporte l'héroïne la plus tête à claques de la littérature anglaise, mais j'ai été vraiment charmée par le jeu à la fois tellement piquant et sérieux d'Anya Taylor-Joy (actrice bien connue pour son rôle de Casey dans Split et Glass), qui est parvenue à me réconcilier avec le personnage... D'autre part, je n'ai pas été très emballée par le Mr Knightley de Johnny Flynn, qui m'a laissée un peu de marbre... Il faut dire que lorsque l'on passe après Jeremy Northam et Mark Strong, il y a pas mal de boulot pour apporter une quelconque nouveauté à ce personnage parfois très moralisateur. L'acteur campe un Mr Knightley assez tendre, quoique toujours assez critique, même si je trouve qu'il manque cruellement de charisme, ce qui est d'ailleurs le cas de tous les protagonistes masculins du film... Quant à l'esthétique, elle se révèle tellement irréprochable que l'on se croirait dans un tableau de Constable... Un petit bijou visuel, qui comporte donc son lot de surprises, avec quelques bémols tout de même sur ses têtes d'affiche.




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La Tour Sombre 
Nikolaj Arcel (2017)
d'après le roman de Stephen King


Je suis certaine qu'il y en a qui vont hurler au scandale quand je vais dire que j'ai bien aimé ce film... On va quand même avouer qu'il s'agit là d'une grosse machine bruyante et pas très subtile, à la sauce blockbuster hollywoodien. Et on hurlera au scandale parce que décidément, cette adaptation de la Tour Sombre n'a vraiment qu'un très vague rapport avec le roman dont il se dit issu. Personnellement, j'ai lutté pour venir à bout du premier tome de la saga du maître King, ce qui n'était vraiment pas bon signe (mais je ne suis pas du tout une inconditionnelle), et oserais-je dire que le récit est tellement obscur qu'il y a des pans entiers de l'histoire qui me sont un peu tombés des mains. Je m'en excuse d'avance auprès des fans, d'ailleurs, mais je suis au regret d'avouer que je n'ai pas du tout accroché. Par contre, le film m'a suffisamment intrigué pour me pousser à lire le roman aussitôt. En réalité, j'ai plutôt été très interpellée par le duo des personnages principaux, d'un côté Roland Deschain, le Pistolero, interprété par Idris Elba, et de l'autre, l'Homme en noir, le ténébreux mage Walter O'Dim, campé par Matthew McConaughey. Malgré de très grosses faiblesses de scénario et des retournements de situation un peu bâclés, l'opposition des deux personnalités m'a immédiatement ravie. Et que dire du visuel impeccable qui entoure le fameux Homme en noir, impitoyable et doté d'un humour à froid irrésistible. Alors certes, ce n'est pas le film du siècle, mais on passe volontiers deux heures fort agréables, en compagnie d'un méchant ténébreux et pince-sans-rire à souhait... 



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Joker
Todd Philips (2019)


Le moins que l'on puisse dire, c'est que je me suis pris un énorme claque en regardant ce film. Je ne m'attendais pas du tout à ça, car ce n'est pas un film de super-héros, et a fortiori, pas un film de super-vilain non plus... Joker retrace l'histoire d'Arthur, un pauvre type aux allures pathétiques, atteints de troubles mentaux, comédien raté allant de petits boulots en petits boulots minables. A vrai dire, pendant la première demi-heure, je me suis demandée s'il s'agissait bien du même Joker, éternel némésis de Batman dont il était question, tant le traitement du personnage sort des sentiers battus... Joker est un film crépusculaire et d'une violence psychologique rare, choquant et fascinant, à mi-chemin du film d'auteur, à la réalisation hypnotique, aux prestations d'acteurs magnifiques. Joaquin Phoenix est littéralement magnétique dans ce rôle à la fois pitoyable et sublime, qui montre la longue descente aux enfers d'un pauvre type aux allures de victime, jusqu'à son "ascension" folle et sanglante, qui vous laisse vraiment pantois derrière votre écran... A noter aussi la gestuelle tellement marquante et fascinante du personnage, la chorégraphie et la bande originale, qui sont à elles seules de purs chefs-d'oeuvre. Une curiosité et une merveille de réalisation !



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Jesus Christ Superstar 
Live in Concert NBC
Comédie musicale (2017) d'Andrew Lloyd Webber et Tim Rice 



J'aime beaucoup la comédie musicale Jesus Christ Superstar, d'Andrew Lloyd Webber, que j'ai découvert il y a seulement quelques années, via la version live avec Tim Minchin datant de 2012. Il existe plusieurs autres versions filmées, dont cette représentation live avec John Legend dans le rôle-titre, et tournée en 2017 dans les studios de la chaîne NBC, avec de visibles moyens pharaoniques. Le fait est que si on se fie aux commentaires fort peu élogieux que l'on peut glaner un peu partout sur la toile à son sujet, on ne serait pas du tout tentés de la voir, mais étant donné que j'ai énormément l'esprit de contradiction et qu'il y avait aussi Ben Daniels au casting dans le rôle de Ponce Pilate, je n'ai pas pu m'empêcher de la regarder... Et rien que pour Ben Daniels, j'aurais fait n'importe quoi... 😅 Mais le fait est que cette version est vraiment (vraiment) excellente ! Alors certes, ce ne sont pas des voix traditionnelles de comédie musicale, très posées et travaillées, ce sont des voix "soul", et cela donne une toute nouvelle dimension aux sonorités et aux airs les plus connus. Et j'ai été émue comme ce n'est pas permis. Cette comédie musicale a toujours le don de me faire pleurer à chaudes larmes, et cette version remporte vraiment la palme. John Legend a une voix vraiment extraordinaire, chaude et belle, qui se brise d'émotion lors des scènes les plus bouleversantes et les plus tristes, et qui m'a vraiment touchée en plein coeur... Sa version de Gethsemane est sans doute l'une des plus émouvantes que j'ai entendues. Quant au reste du casting, Brandon Victor Dixon, qui interprète Judas, celui-ci n'est pas en reste, car sa voix donne littéralement des frissons. J'ai eu l'excellente surprise de retrouver Norm Lewis en Caïphe, avec son ton de basse immanquable et toujours tellement impressionnant, mais aussi, comme je l'ai déjà mentionné plus haut, Ben Daniels, qui sans être chanteur professionnel, offre une prestation tout à fait remarquable, à la fois rock'n roll mais aussi très émotionnelle... On notera aussi la présence plus que surprenante d'Alice Cooper qui fait une apparition éclair dans le rôle d'Hérode... Une très jolie surprise que cette version, tellement dynamique, belle et pleine de sentiments.



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Jane Eyre
Delbert Mann (1970)


Voici l'une des rares versions anglophones de Jane Eyre que je n'avais pas encore vue, et c'est à présent chose faite. Au casting, on retrouve entre autres Susannah York, et George C. Scott (interprète bien connu de Patton, au cinéma) dans les rôles principaux, et aux commandes de la BO, le fameux John Williams. Je n'attendais pas grand chose de cette adaptation, car j'avais pu en voir quelques extraits sur youtube ces dernières années, et j'avais toujours eu le sentiment que cette version était désespérément froide... Sentiment qui m'a été confirmée par mon récent visionnage complet de ce film. Il est effectivement d'un détachement peu cohérent avec la passion latente des personnages, mais la palme en revient surtout à George C. Scott qui soit a l'air aussi figé qu'un bloc de granit, soit a l'air de se demander ce qu'il fait là. Je ne crois pas que je garderai cette adaptation dans les plus mémorables du genre...

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Ladyhawke
Richard Donner (1985)


Ce film a fait les beaux jours de mon enfance, avec son romantisme échevelé, son visuel et son contexte d'heroic fantasy tellement uniques pour l'époque... Ladyhawke retrace l'histoire du chevalier solitaire Etienne Navarre (Rutger Hauer), ancien capitaine de la garde de l'évêque d'Aquila, traversant le pays avec à son bras, un magnifique faucon, qui n'est autre que la forme diurne de son amour perdu, Isabeau d'Anjou (Michelle Pfeiffer). Tous deux victimes d'une malédiction jetée par l'évêque d'Aquila, Etienne se transforme en loup la nuit et Isabeau, en faucon le jour... Une histoire donc d'un magnifique romantisme, servie par des images splendides qui n'ont guère pris une ride, ainsi que par un casting d'exception... La bande originale a peut-être quant à elle, un peu vieilli, mais plus de 35 ans après sa sortie, je frissonne toujours autant en regardant ce film, rediffusé il y a peu sur TCM... Un petit bijou romanesque comme on n'en fait plus... Il me donne subitement envie de ressortir toutes les perles eighties du même genre : Dark Crystal, Willow, Legend ou encore Labyrith...


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26 janvier 2017

To walk invisible : The lives of the Brontë sisters (2016)




Téléfilm de Sally Wainwright, produit par la BBC (décembre 2016)

Avec Finn Atkins (Charlotte Brontë), Charlie Murphy (Anne Brontë), Chloe Pirrie (Emily Brontë), Adam Nagaitis (Branwell Brontë), Jonathan Pryce (révérend Patrick Brontë), Gracie Kelly (Ellen Nussey), June Watson (Tabby Aykroyd),...

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Charlotte, Emily et Anne, trois soeurs vivant dans un modeste presbytère du Yorkshire avec leur père, le révérend Patrick Brontë, écrivent depuis leur plus tendre enfance. Lorsque Branwell, leur frère, homme inconstant et alcoolique, se fait renvoyer de son emploi de précepteur, c'est le début, pour leur famille, d'une longue descente aux enfers. Sans ressources, isolées, incapables de faire face aux addictions de leur frère, Charlotte, Emily et Anne vont se remettre à écrire. Lorsque leurs premiers manuscrits sont acceptés par une maison d'édition de Londres, elles pensent avoir trouvé leur moyen de subsistance, mais surtout un échappatoire tangible à leur quotidien empoisonné...

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Chloe Pirrie (Emily), Charlie Murphy (Anne) et Finn Atkins (Charlotte)

Encore une magnifique découverte que ce téléfilm d'une durée de 2h, réalisé et scénarisé par Sally Wainwright pour la BBC et diffusée dans le courant du mois de décembre 2016... 
Le bicentenaire de la naissance de Charlotte Brontë, célébré en 2016, a vu fleurir son lot de romans et de biographies, plus ou moins romancés et plus ou moins réussis. A vrai dire, on ne compte plus le nombre d'oeuvres qui ont exploité le sujet ces derniers temps, parmi lesquelles on notera notamment "Le journal secret de Charlotte Brontë", de Syrie James, plutôt sur le mode romance, et "L'amour caché de Charlotte Brontë" de Jolien Janzing, qui s'attarde sur la relation largement fantasmée de Charlotte Brontë avec le directeur de la pension Héger à Bruxelles. Du reste, au niveau des biographies à l'écran, on peut évidemment citer l'incontournable film d'André Téchiné de 1979, avec lequel le récent biopic de la BBC n'a finalement que très peu de rapport. La réalisation du film de Téchiné, relativement sombre et que je considère personnellement comme assez soporifique ne m'a jamais séduite, tout comme les parti-pris du scénario sur le caractère respectif des trois soeurs, qu'il est parfois difficile de cautionner.

Jonathan Pryce (Patrick Brontë)

Le biopic de Sally Wainwright a, dans un certain sens, remis l'église au milieu du village. C'est-à-dire que l'approche du téléfilm apparaît comme beaucoup plus digne, sobre, pour ne pas dire bien plus respectueuse des moeurs victoriennes, terriblement rigides, et le carcan familial dans lequel évoluait les Brontë. Bien que tous les enfants de la famille aient été élevés dans une relative liberté d'esprit, baignés dès leur plus jeune âge dans Shakespeare et Lord Byron, ils n'en demeuraient pas moins esclaves de leur siècle. Leur supériorité d'esprit manifeste, dans un milieu qui ne leur offrait que peu de perspectives d'avenir, a notamment conduit leur frère aîné, d'un caractère instable, à une déchéance annoncée. Quant aux trois soeurs, malgré leur caractère beaucoup plus affirmé et cartésien, on sait que leurs romans ont été considérés comme scandaleux à l'époque de leur parution, et on devine aisément qu'il n'était guère de bon ton de dépeindre des moeurs dépravées, ou de décrire avec une telle justesse l'alcoolisme (The Tenant of Widefell Hall), les vengeances meurtrières (Wuthering Heights) ou la bigamie (Jane Eyre)... Des situations, pour certaines d'entre elles, qu'elles ont pourtant vécues de l'intérieur. Le téléfilm retrace merveilleusement et dramatiquement une part de leur vie, du retour de Branwell à Haworth dans la maison familiale, après qu'il ait été renvoyé de son poste de précepteur en raison de sa relation adultère avec l'épouse de son employeur, jusqu'à la parution de leurs trois premiers romans, Jane Eyre, Wuthering Heights (qui sera le seul qu'ait jamais écrit Emily), et Agnes Grey. Le biopic, plutôt que de s'étendre sur toute leur vie, s'attarde sur ces quelques années, le tout baigné de plans superbes sur les landes du Yorkshire, les images souvent accompagnées d'extraits de splendides poèmes écrits par les trois soeurs et par Branwell, avant qu'il ne sombre dans ses lamentables excès.

Adam Nagaitis (Branwell)

Au-delà de leur histoire même, c'est surtout leur personnalité qui est dépeinte avec brio, de manière juste et émouvante : Anne, la cadette, petit oiseau fragile, effacé ; Emily, personnalité un peu sauvage, brutale, solitaire ; et Charlotte, raisonnable, mais énergique, quoiqu'un peu antipathique. A vrai dire, rien de choque dans le portrait de leur personnalité. Tout y très digne et sobre, sans excès, leurs sentiments extrêmes ne s'exprimant guère que dans leur littérature... Et puis il y a Branwell, le fils unique, l'enfant gâté, le génie de la famille, à la fois peintre et poète, sur lequel le révérend Brontë a placé tous ses espoirs, qui se révélera parfaitement incapable de faire face à ses échecs et qui préférera de loin se réfugier dans des paradis artificiels, entraînant avec lui toute sa famille dans sa chute. Branwell a sans doute été l'une des sources d'inspiration d'Emily pour Heathcliff, puis de Anne pour Athur Huntingdon, aussi le biopic le montre-t-il comme un être plein de rancoeur et d'amertume  à l'image du premier, mais aussi terriblement pathétique à l'image du second. Branwell était buveur, toxicomane, voleur à ses heures, mais il était avant tout un homme dépourvu de courage et de volonté, et le téléfilm le montre réellement comme un personnage lamentable, que les soeurs Brontë et leur père ont pourtant tenu à bout de bras jusqu'à sa mort à l'âge de 31 ans.
Les prestations de tous les acteurs sont admirables, sans exception, bien que mes coups de coeur aillent clairement vers Chloe Pirrie (Emily) et Adam Nagaitis (Branwell), qui ont su faire comprendre avec talent les caractères si singuliers de leur personnage.



Un téléfilm magnifique à voir absolument !