02 juin 2008

Au Bonheur des Dames, d'Emile Zola

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Résumé

Denise Baudu, accompagnée de ses deux frères, arrive à Paris, dans l’espoir de trouver un travail chez leur oncle, propriétaire d’un petit commerce. Cependant, la boutique de l’oncle Baudu, comme toutes les autres du quartier, ne se portent pas bien et doivent fermer leurs portes les unes après les autres, en raison de l’installation dans le voisinage, d’un grand magasin, un temple du commerce moderne, Au Bonheur des Dames.
Denise se voit dans l’obligation de prendre une place de vendeuse au Bonheur, où elle passe les heures les plus pénibles de sa vie. Le travail est difficile, ingrat, et ses appointements ne suffisent guère à subvenir aux besoins de la petite famille qu’elle entretient. C’est sans compter les malveillances, les jalousies et les commérages des autres employés du Bonheur. Le directeur de cet établissement aux allures de grande industrie, Octave Mouret, est un jeune homme volage, ambitieux, intriguant et manipulateur. Cependant, malgré son tempérament intraitable et calculateur, Mouret se prend subitement d’affection pour Denise, affection qui grandit involontairement, d’une façon incontrôlable, tandis que la jeune fille, brebis vertueuse dans cet univers sans mercis, voit venir avec douleur la déchéance de toutes les maisons du quartier, écrasées par le succès du Bonheur, broyées sans pitié par les engrenages de sa croissance sans limites.

Mon avis

Au Bonheur des Dames est sans doute le roman le moins noir de la série des Rougon-Maquart d’Emile Zola, sans doute, parce qu’il a une fin plus heureuse que les autres. Pourtant, il est indéniable qu’il a son lot de douleurs, de larmes, d’injustices. On se trouve d’abord dans l’esprit de Denise, jeune fille naïve, innocente, pleine de bonté, lâchée au milieu de cet univers impitoyable, peuplée de gens ambitieux et sans pitié. C’est par elle qu’on apprend à connaître ce monde terrible où elle est contrainte de s’intégrer, bon gré, mal gré, afin de pouvoir subsister. Dans un premier temps, elle ne parvient pas à trouver sa place dans cette machine bien huilée qu’a créé Mouret. Sans l’affection qu’il lui porte immédiatement, Denise n’aurait d’ailleurs jamais trouvé sa place au Bonheur.
Dans un second temps, le lecteur accompagne Mouret dans ses frasques, ses manipulations, mais aussi ses coups de génie, ses prévisions commerciales miraculeuses. C’est cependant grâce à la Femme, grâce à ses envies, ses coquetteries, ses frivolités qu’il battit tout son empire. Et c’est pour cette raison qu’il la tient dans un grand mépris. Il se sert de la Femme pour obtenir des millions, il profite de ses faiblesses, il les exploite, il les foule au pied. Mouret s’est juré de ne jamais aimer et de dédaigner toutes les femmes. Cependant, Denise, petite jeune fille simple, sans le sou, sans beauté particulière, chamboule tout dans le cœur du volage Mouret. C’est justement cette bonté non déguisée, cette franchise enfantine qui fascine le jeune homme et qui le met au pied du mur. Quand celui-ci daigne lui témoigner son affection, en agissant comme il a toujours agi avec toutes les femmes, Denise lui oppose un refus digne et simple qui bouleverse Mouret. Pendant des semaines, des mois, Denise refuse tout de lui, bien que sa tendresse pour cet homme tout-puissant soit depuis le premier jour une certitude dans son cœur. Mais dans sa dignité virginale, Denise s’obstine, croyant que Mouret se moquerait d’elle, comme de toutes les autres. La douce résistance qu’elle lui oppose ne fait qu’exacerber les sentiments du jeune homme, d’abord irrité, menaçant, terrible dans cette colère sournoise qu’il ne peut épancher. Puis, Denise le ramène à la raison, avec la délicatesse, la bonté dont elle enveloppe tout ceux qui l’approchent. La petite vendeuse grimpe les échelons du magasin, devenant d’un précieux conseil pour Mouret, mettant en marche plusieurs innovations sociales pour le personnel… Mais finira-t-elle par céder à son cœur, en dépit des malheurs qui s’abattent sur la maison de son oncle, rongée, écrasée, par la Bonheur ? C’est une question que je laisse en suspens pour tous les lecteurs potentiels…
Oui, Au Bonheur des Dames est avant tout un roman social, mais les sentiments le peuplent de la première à la dernière ligne. Et on en ressort profondément bouleversé. En refermant le roman, on se sent complètement orphelins, tant le style de Zola est précis, poignant, tant les personnages paraissent faire partie de notre quotidien. On est touchés par les malheurs des uns, la réussite des autres.
Mais il faut aussi reconnaître Zola, incroyablement documenté, et visionnaire comme toujours, sur l’avenir social de notre monde.

Le Bonheur des Dames, le 11e roman de la saga des Rougon-Maquart, va être prochainement adapté par la BBC, dans le cadre d’un téléfilm.
On pourrait souhaiter aussi que les splendides adaptations produites par cette chaîne s’atèle à la réalisation de la Faute de l’Abbé Mouret, également un merveilleux roman de la série, qui narre l’histoire du frère d’Octave, l’abbé Serge Mouret.

8 commentaires:

Whiterose a dit…

J'ai hate de voir la version que BBC fera de ce roman, qui est l'un de mes préféres, et mon préféré de Zola, sans doute parce que c'est le moins pessimiste, qui se termine bien, avec une très belle histoire d'amour.

Clelie a dit…

Bonjour Whiterose et merci pour ton commentaire !

C'est un roman passionnant, vibrant ! C'est un des meilleurs romans que j'ai lu ces dernières années ! Moi aussi j'ai hâte de voir ce que la BBC va en faire...

A bientôt

Clelie

Anonyme a dit…

Je viens juste d'apprendre l'adaptation d'au bonheur des dames par la BBC et j'en suis très heureuse. J'espère seulement qu'ils ne dénatureront pas les personnages pour en faire une histoire à l'eau de rose. J'avais été très déçue de l'adaptation de North and South de Gaskell. La fin était ridicule alors que celle du roman est magnifique.Et faire de Thornton un personnage brutal était pour moi incompréhensible, alors que dans le roman, il est un gentleman irréprochable. Par contre, j'ai toujours aimé les adaptations de Dickens par la BBC, surtout our mutual friends et Bleak House. Le roman de Zola mérite un aussi beau traitement et la télévision française devrait se réveiller et nous faire redécouvrir nos trésors littéraires.

Clelie a dit…

Bonjour,

Quel avis sévère pour N&S... Je ne partage pas vraiment votre point de vue, même si je reconnais que la brutalité de Thornton dans le 1er épisode est très loin de l'image du personnage original. Cependant, je pense que cette scène avait bien pour but de donner une mauvaise d'image de lui aux spectateurs et à Margareth. Ensuite, on comprend les raisons de son geste, qui même s'il était excessif, reste compréhensible.

La BBC offre énormément d'excellentes adaptations de classiques et je ne doute pas qu'ils feront quelque chose de bien de cette merveille écrite par Zola.

Concernant les adaptations dickensiennes, j'ai beaucoup aimé les deux versions d'Our Mutual Friend. Actuellement, la BBC diffuse une adaptation de Little Dorrit avec Matthew McFayden (Mr Darcy version 2005). Je l'apprécie, mais sans plus. A vrai dire, c'est plutôt la noirceur des personnages de Dickens qui me met mal à l'aise.

Pour info, il y a des rumeurs qui circulent au sujet d'une adaptation d'Orgueil et Préjugés par la télévision française... Pourquoi pas ? Même si je suis la première à dire que la littérature française regorge de merveilles et qu'il serait grand temps que la télévision s'y intéresse sérieusement...

Perséphone a dit…

Ah le bonheur des Dames...

Que d'émotions dans ce roman décidément moins noir que les autres, tu as raison Clélie. Je l'ai trouvé plein de pudeur comme l'héroïne.
J'attends une version télévisée avec impatience. Dommage qu'elle soit réalisée par la BBC alors que c'est un monument de la littérature française.
Je te conseille le roman qui vient juste avant celui-là qui s'appelle Pot-Bouille. Il raconte les aventures du jeune Octave Mouret de son arrivé à Paris à la conquête de la belle Madame Hédouin. C'est un roman plein d'humour et une satire sociale sur l'intérieur des appartements bourgeois décidément bien hypocrite. Une adaptation en à été faite dans les années 50 avec le magnifique et exceptionnel Gérard Philipe (mon acteur préféré) que je te conseil de découvrir.
à bientôt

Fonds de tiroir a dit…

Bonjour,
Merci pour cet article. Sur mon blog, je vous propose une note de lecture consacrée au Bonheur des Dames : http://notescast.blogspot.fr
Jérôme Sayrac

Dominique Abram a dit…

Bonjour, j'avoue que je n'ai jamais lu du Zola mais comme j'ai commencé à voir la version anglais, Paradise, que j'aime beaucoup, j'en suis seulement au quatrième épisode, je voulais en savoir un peu plus. Donc un grand merci pour ce résumé. Que penses-tu donc de la série anglaise. Bonne journée.

Clelie a dit…

Bonjour Dominique ! Je vous remercie pour votre commentaire !

Pour mon avis concernant la série de la BBC, vous pouvez aller voir par ici :

http://litteranet.blogspot.be/2012/12/the-paradise-bbc-2012-dapres-emile-zola.html

En quelques mots, j'ai beaucoup aimé la saison 1, même si on est tout de même fort éloigné du matériau de base qu'est le roman de Zola... Quant à la saison 2, j'ai beaucoup moins apprécié, peut-être justement parce qu'on s'éloigne trop du roman, et que l'intrigue m'a parue de plus en plus cousue de fil blanc...

Au plaisir d'en discuter ;)

A bientôt.