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11 mars 2014

"En vain, j'étends mes bras vers elle"

"En vain, j'étends mes bras vers elle, le matin, quand je sors peu à peu de mes rêves pénibles ; en vain, la nuit, je la cherche auprès de moi, quand un rêve heureux, innocent, m'a abusé et fait croire que j'étais assis à ses côtés dans la prairie, que je tenais sa main et que je la couvrais de mille baisers. Ah, lorsque à demi vacillant dans le sommeil, je tâte à mes côtés croyant l'y trouver et que ce faisant je m'éveille, des torrents de larmes s'échappent de mon coeur oppressé : et inconsolable devant mon avenir solitaire, je pleure."
Les souffrances du jeune Werther, de J.W.von Goethe
Livre premier, journal du 21 août. 

05 mars 2014

"Le bonheur ne sera que conquis, intermittent, fastidieux" (extrait)

"Mais, à y bien réfléchir, comment la contemplation de l'enfance pure ne nous serait-elle pas insupportable, à certains moments ? (...) : lire en filigrane du bonheur juvénile, la perspective de ce que l'on nomme couramment "la perte de l'innocence" (ce qui ne veut rien dire, même s'il y a un fond d'intuition dans la formule) ; disons plutôt : la dégradation d'une possibilité de vie et de joie. Oui, voilà ce qui m'apparaissait : l'idée que la possibilité de vie et de joie (...) puisse aller en se dégradant, et combien tout sera tellement moins facile plus tard, dépourvu de cet allant sans réserve qui jaillit pour le moment comme une force naturelle. Bien sûr il y aura quelques merveilles mais le bonheur ne sera que conquis, intermittent, fastidieux : ce sera un curieux labeur. (...) je me disais : il restera bien quelque chose de tout ça, mais dilué, affadi, tout juste rattrapé par l'effort d'une vie intérieure."

Arnaud Cathrine, "Je ne retrouve personne"

08 juin 2012

Le sourire de la Fatalité (L'homme qui rit)

(...)
"Ainsi, quand elle a épuisé les détresses, les dénûments, les orages, les rugissements, les catastrophes, les agonies, sur un homme resté debout, la Fatalité se met à sourire, et l'homme, brusquement devenu ivre, trébuche.
Le sourire de la Fatalité. S'imagine-t-on rien de plus terrible ? C'est la dernière ressource de l'impitoyable essayeur d'âmes qui éprouve les hommes. Le tigre qui est dans le destin fait parfois patte de velours. Préparation redoutable. Douceur hideuse du monstre."

L'homme qui rit, de Victor Hugo
Deuxième partie "Par ordre du roi"
Livre cinquième "La mer et le sort remuent sous le même souffle"
Chapitre 5 "On croit se souvenir, on oublie."