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09 février 2017

Victoria, de Daisy Goodwin

Après le visionnage de la délicieuse mini-série de 8 épisodes diffusée sur ITV l'an dernier (pour l'article, c'est par ici), je me suis sentie une envie impérieuse de découvrir le roman de Daisy Goodwin dont elle s'est inspirée. A vrai dire, il s'agit d'une très fidèle adaptation, et le téléfilm, même si il a dû étoffer quelque peu la trame, est infiniment proche de son matériau de base. Ce roman est un véritable délice, tout comme l'est d'ailleurs la série... Je n'ai donc pas été déçue par cette oeuvre très touchante de la romancière anglaise. 

On a reproché à la série de s'être focalisée sur les relations entre la jeune reine Victoria et son premier ministre whig, Lord Melbourne. On peut peut-être hurler au sacrilège de voir dépeindre cette délicieuse histoire d'amour contrariée, alors que l'on sait que la reine Victoria a formé avec le prince Albert, son mari et propre cousin, l'un des couples les plus emblématiques des monarchies européennes.  A vrai dire, on peut faire autant de reproches que l'on veut à la série, et l'on pourrait en faire presque autant au roman, qui a exploité en premier ce filon avec délice... Alors que le téléfilm d'ITV laisse une large part à la romance de Victoria et d'Albert (3 épisodes entiers sur les 8), Daisy Goodwin a, de son côté, laissé une plus large part encore à Lord Melbourne et ses déchirements dans le roman (450 pages de Lord Melbourne contre 80 pour le prince Albert, c'est tout dire ... ^_^). Alors oui, on pourra contester, hausser les épaules, dire que dans l'Histoire, la vraie, il n'y eut sans doute qu'une profonde estime et une indéfectible amitié entre le premier ministre et la toute jeune reine d'Angleterre... Et je dis alors, très bien, mais le roman de Daisy Goodwin est un roman, pas un manuel d'Histoire. Cependant, au-delà de la romance, il y a un véritable fond, très véridique, très respectueux du contexte, mais également un style très fluide, très agréable, et l'on ne peut se résoudre à reposer le livre une fois celui-ci commencé... Qu'il est bon, parfois, de se laisser aller à de tendres lectures, avouons-le...

L'auteur présente Victoria durant les premiers mois de son règne, mal préparée à la charge qui lui est confiée. Entre sa mère, manipulée par un conseiller ambitieux qui rêve de mettre en place une régence qui lui permettrait de se hisser au plus haut niveau du pouvoir, et un oncle paternel déterminé à la faire passer pour folle pour mieux prendre sa place, la jeune femme de dix-huit ans n'a que très peu d'appuis, voire aucun, dans son entourage le plus proche. Déterminée à prendre son indépendance, et à éloigner d'elle ces personnes néfastes dont elle mettra plusieurs années à se défaire, elle trouve pourtant un surprenant appui auprès du vicomte Melbourne, le premier ministre en fonction. Loin de la décourager, celui-ci la conseille de manière avisée, la sensibilise aux problèmes de l'état, la forme en quelque sorte à sa charge en devenant pendant plusieurs mois son conseiller personnel et son mentor. En très peu de temps, celui qu'elle appelle désormais affectueusement "Lord M" lui devient indispensable. N'écoutant aucun autre avis que les siens, refusant toute sortie officielle sans lui, Victoria sent poindre, progressivement, un attachement profond dont elle ne reconnaît pas immédiatement la nature. Le premier ministre, galant homme, d'un charisme et d'une intelligence indéniables, agit pourtant sans calcul et sans ambition personnelle. Il apprécie immédiatement Victoria pour ce qu'elle est : une jeune femme inexpérimentée, mais diablement têtue et déterminée, et les deux personnages s'accordent de manière naturelle, spontanée. C'est donc avec une bienveillance désintéressée, presque paternelle, que Lord Melbourne lui prodigue ses conseils et lui apporte un soutien indéfectible. Et progressivement, comme malgré lui, son attachement commence à aller bien au-delà de l'amitié et de leur profond respect mutuel, et l'on commence partout à jaser (fait d'ailleurs, pour sa part, tout à fait véridique)... Un attachement malheureux, bien entendu, puisque la raison d'état fait loi... Melbourne devient alors aux yeux du lecteur l'archétype du personnage romantique, qui traîne derrière lui son lot de malheurs et d'amours contrariées...

Rufus Sewell dans le rôle de Lord Melbourne, dans la série Victoria


Que l'on ne s'y trompe pas, Victoria est une oeuvre tendre, mais ce n'est pas une romance pur jus. Il s'agit juste d'un roman historique fort agréable, quoique indéniablement romantique. Il est plaisant mais sérieux, tendre mais réaliste : pour preuve, Victoria finit bien par épouser Albert, et Melbourne retourner à Brocket Hall terminer sa biographie de Saint Jean Chrysostome... Mais le lecteur ressent le mariage de Victoria comme une véritable trahison. Le prince Albert est d'une intolérable transparence à côté du flamboyant Melbourne et on se demande sincèrement ce que la reine peut bien trouver à son cousin, sinon qu'il est un parfait dérivatif à son attachement à son premier ministre. En bref, on referme ce livre le coeur en charpies, mais des étoiles plein les yeux... La série venant merveilleusement compléter le matériau de base, que je conseille chaleureusement !


Jenna Coleman dans Victoria

12 janvier 2017

Victoria (ITV 2016)


Minisérie de 8 épisodes de Oliver Blackburn, Tom Vaughan et Sandra Goldbacher.

D'après le roman éponyme de Daisy Goodwin, "Victoria".

Avec Jenna Coleman (Victoria), Rufus Sewell (William Lamb, viscount of Melbourne), Tom Hughes (Albert of Saxe-Coburg & Gotha), Catherine Flemming (Duchess of Kent), Peter Firth (Duke of Cumberland), Paul Rhys (Sir John Conroy), Nigel Lindsay (Sir Robert Peel),...

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A la mort de son oncle, William IV d'Angleterre, la jeune Victoria devient à l'aube de ses dix-huit ans, la nouvelle monarque de l'un des pays les plus puissants d'Europe. Desservie par sa jeunesse et son inexpérience, la jeune femme peine à trouver ses marques au sein de ce système rigide, tandis qu'elle cherche à se défaire de l'influence de sa mère et de son ambitieux conseiller, Sir John Conroy... Grâce au soutien indéfectible de son premier ministre, Lord William Melbourne, Victoria parvient à affirmer son autorité dans un pays en pleine mutation, et ce malgré les pressions politiques et celles, plus insidieuses de sa propre famille...

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Cette série produite par ITV et diffusée en 2016, s'attarde sur les premières années du règne de Victoria, depuis son accession au trône en 1837, jusqu'à la naissance de son premier enfant en 1840, une période relativement brève, donc, mais qui contient son lot d'événements notables.

Le roi William IV d'Angleterre étant mort sans héritier légitime, la couronne revient à sa nièce Victoria, jeune femme de dix-huit ans, que sa famille pense incapable de gouverner. La jeune monarque, campée par la resplendissante et impériale Jenna Coleman, peine quelque peu à trouver sa place, et ne trouvera aucun soutien du côté de sa famille, entre une mère qu'elle méprise, le conseiller de sa mère qui tolérerait tout à fait d'installer une régence pour servir ses propres ambitions, et un oncle paternel qui ne cache pas sa rancoeur à avoir été écarté de la succession. Lors de ses premières apparitions publiques, Victoria est impressionnée, gauche, et elle trouvera un surprenant appui auprès du premier ministre, Lord Melbourne (interprété par le ténébreux Rufus Sewell), qui lui offre conseils et protection.

Jenna Coleman et Rufus Sewell


Leur entente est d'ailleurs si manifeste que Victoria, encore célibataire, finira par être surnommée "Mrs Melbourne"... La série s'est évidemment jetée dans la brèche, exploitant cette rumeur pour présenter une délicieuse histoire d'amour contrariée entre les deux protagonistes, avec d'un côté une jeune femme aux sentiments exacerbés, excessifs, et de l'autre un Lord Melbourne paternaliste, dévoué - et secrètement épris de la reine - interprété avec brio par Rufus Sewell qui use merveilleusement de ses regards énigmatiques et de son charisme de héros tourmenté... Du reste, ce couple au summum du romantisme est simplement magnifique à l'écran...

Rufus Sewell (Lord Melbourne)

Quant au prince Albert, le neveu du roi des belges Léopold Ier, et le propre cousin de Victoria, campé par Tom Hughes, osons dire qu'il est complètement transparent, ou peut-être pire que cela : il est antipathique au possible. Son personnage apparaît immédiatement comme un jeune homme sans envergure, presque détestable. On peine vraiment à se demander ce que la reine peut bien lui trouver, sinon qu'il apparaît davantage comme un parfait dérivatif à son attachement contrarié à Lord Melbourne. Le personnage peine vraiment à susciter la sympathie du spectateur, même si il semble s'amender quelque peu dans les deux derniers épisodes...

Tom Hughes (le prince Albert de Saxe-Cobourg et Gotha)

Du reste, la série est absolument charmante au niveau visuel : les images sont splendides, extrêmement soignées, les costumes, les décors, tout y est éblouissant et offre à tout point de vue un spectacle complet et attachant. Alors bien sûr, au point de vue de la réalité historique, la série est très respectueuse du contexte général, dépeint merveilleusement l'époque et ses carcans, mais elle est peut-être loin du compte quand elle évoque et enjolive l'attachement de la reine à son premier ministre, qui demeure malgré tout le point de convergence des 5 premiers épisodes. Cela dit, Lord Melbourne et la reine Victoria s'appréciaient, dit-on, énormément, et même lorsque ce dernier ne fut plus le chef de son gouvernement, la reine continua d'entretenir avec lui une correspondance assidue. Correspondance à laquelle elle dut mettre un terme, sous les insistances du prince Albert, qui la voyait d'un très mauvais oeil... Mais il n'y eut apparemment rien de plus qu'une profonde amitié entre la monarque et l'ancien ministre whig. En bon coeur de midinette que je suis, je ne peux pas nier que le postulat de la série ne soit pas à tout point de vue irrésistible à l'image... A vrai dire, on ne peut que s'en régaler, et on envoie allègrement au diable la réalité historique...




Une très belle et charmante série à visionner donc, sans modération, qui bénéficie également d'une magnifique bande originale. Ci-dessous, un extrait du splendide générique d'ouverture, ainsi qu'un aperçu du premier épisode :