28 juillet 2015

Onegin (1999), d'après A.Pouchkine

Film de Martha Fiennes (1999), avec Ralph Fiennes (Evgeny Onegin), Liv Tyler (Tatyane Larina), Toby Stephens (Vladimir Lensky), Lena Headey (Olga Larina),...

Evgeny Onegin, jeune homme prétentieux et arrogant, quitte St Pétersbourg où il mène une vie de dandy, pour rejoindre la campagne où son oncle se meurt. Unique héritier du domaine, Onegin s'y installe, mais s'y morfond d'ennui, jusqu'à ce qu'il face la connaissance de son voisin, Vladimir Lenski. Poète et rêveur, ce dernier se lie pourtant d'amitié avec l'orgueilleux Onegin, et ensemble, rendent visite aux Larine, leurs plus proches voisins, Tatiana, jeune fille réservée et discrète tombe éperdument amoureuse de ce viveur invétéré, qui la traite avec mépris. Lenski, fiancé à Olga, la soeur de Tatiana, provoque Evgeny en duel, lorsque celui-ci en vient à l'insulter, puis à courtiser ouvertement Olga. Onegin tue Lenski au cours de leur duel, et s'enfuit. Après plusieurs années d'absence, le jeune homme, devenu solitaire et désabusé, revient à St Pétersbourg, où il rencontre Tatiana dans une soirée mondaine. La jeune femme a entre-temps épousé un prince. En la voyant, Onegin sait qu'il a fait une erreur en la repoussant autrefois, et souhaite ardemment la revoir. Malade d'amour, Onegin, la supplie de venir le retrouver, mais Tatiana, même après lui avoir avoué qu'elle l'aime toujours, restera fidèle à son mari.

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Je ne connaissais que très vaguement l'histoire d'Eugène Onéguine avant de visonner il y a quelques temps l'opéra qu'en a tiré Tchaïkovsky, dans la fabuleuse mise en scène du Metropolitan Opera de 2013 (pour l'article sur l'opéra, c'est par ici). C'est une grande et belle histoire russe, aussi tragique et romantique à l'instar de Guerre & Paix ou d'Anna Karénine. Eugène Onéguine est à l'origine un roman en vers d'Alexandre Pouchkine, passé au statut d'oeuvre mythique en Russie. Si la lecture de l'oeuvre originale peut se révéler un chouia fastidieuse (shame on me, j'ai eu l'outrecuidance d'en sauter quelques passages), le film de Martha Fiennes a l'immense mérite d'avoir su retranscrire à merveille les plus belles pages du roman de Pouchkine, extrayant l'essentiel, s'attardant sur les plus beaux passages.

Dans Onegin, peu de dialogues, mais beaucoup d'esthétisme, la plupart des plans évoquant de véritables tableaux de maître. Les longs plans sur les visages, les regards, mais aussi les paysages, voire même sur les intérieurs sont extrêmement soignés. En d'autres mots, ce film est un régal pour les yeux, avant d'être un régal tout court. La réalisatrice explique avoir voulu concentré l'intrigue sur Tatiana, jeune femme timide et introvertie, laissant volontairement le personnage d'Onegin quelque peu en arrière plan. Le choix de Liv Tyler pour camper cette jeune femme toute en retenue s'impose : archétype d'un romantisme suranné, Tatiana est une jeune femme distante, s'enveloppant de silences énigmatiques, qui en disent cependant long sur les agitations de son âme solitaire.



Et puis, il y Ralph Fiennes (producteur exécutif et frère de la réalisatrice), campant magnifiquement ce dandy compassé, ennuyé, assumant pleinement le fait de semer le trouble partout où il va, allant même jusqu'à en être sincèrement ravi. L'immobilisme oisif du personnage, tout en manières hautaines et supérieures, sont en accord parfait avec l'image que l'on s'en forge à la lecture. Tatiana n'est éblouie par le jeune homme que parce qu'il est différent des gens rudes de sa campagne isolée, parce qu'il est cultivé, qu'il a vu le monde (et en connu, a priori, toutes les vicissitudes).

La jeune femme n'est subjuguée que par une image, et la passion subite qu'elle éprouve pour Onéguine, toute sincère qu'elle est, n'en est pas moins qu'une idée. Tatiana est en quelque sorte charmée par l'amour avant de l'être par Onéguine, qui n'est du reste probablement pas le choix le plus judicieux qu'elle puisse faire. Celui-ci se montre donc presque charitable lorsqu'il lui fait comprendre qu'il n'est pas fait pour le mariage, sachant d'avance qu'il n'a rien d'autre à offrir qu'une vie chaotique. A vrai dire, si son comportement global n'était pas si odieux, c'est-à-dire si le personnage en lui-même n'était pas aussi content du mal qu'il fait, peut-être lui trouverait-on peut-être quelque sympathie lorsqu'il rejette Tatiana.



Au-delà des amusements mondains, Onéguine se plaît à jouer avec les sentiments de ses semblables, aussi apparaît-il clairement qu'il ne peut jamais être parfaitement honnête ou loyal avec qui que ce soit. Il ne rencontrera donc que très difficilement l'approbation du lecteur ou du spectateur. Lorsque celui-ci rencontre à nouveau Tatiana, mariée, occupant une position enviée dans la bonne société pétersbourgeoise, on sent venir le drame à des lieues à la ronde. Après avoir promené sa solitude et son mal de vivre on ne sait où, il revient, tout à coup très amoureux de celle-là même qu'il avait rejetée. C'est alors que les rôles s'inversent : Onéguine campant un amoureux transis, passionné, désespéré, auquel finalement on ne parvient jamais à croire totalement, et une Tatiana distante et froide, comme absente du drame qui se joue. Jusqu'à la bouleversante scène finale, on doutera toujours de la parfaite sincérité des sentiments quelque peu compassés des personnages, maintenus dans un carcan rigide dont on ne perçoit la faille que dans les dernières images...



Ce film est évidemment une merveille, qui a su décrypter merveilleusement un roman emblématique, mais certes hermétique, donnant ses lettres de noblesse au personnage de Tatiana, malheureusement souvent perçue comme un héroïne romantique sans consistance, recentrant à juste titre le drame sur l'évolution de ses sentiments, laissant à Onéguine la transparence qu'il mérite. Les acteurs principaux, toujours justes, donnent à ce film toute l'ampleur dramatique voulue, dans une atmosphère d'une poésie rare.







2 commentaires:

clairebelgato a dit…

Je ne connais ni le livre ni le film ! Tu m'intrigues ! L'affiche et le casting sont superbes !

Clelie a dit…

Je te le conseille vivement, c'est un film très beau, très esthétique et soigné. Même si l'histoire d'amour en elle-même laisse un peu de glace, on admira la poésie générale de l'histoire et le jeu tout en retenue de Liv Tyler...