23 mars 2018

Rétrospective lectures, de décembre à février - 2ème partie

Smoke, de Dan Vyleta

Imaginez un monde où le moindre péché, la moindre pensée impure serait visible... Qu'une épaisse fumée noire s'échapperait de vos pores lorsque vous pensez, lorsque vous agissez contrairement à la morale... C'est dans un Londres dickensien qu'évoluent les trois jeunes protagonistes de ce récit fantasy, aux prises avec cette fameuse fumée, réputée impossible à dompter...


Le scénario de Smoke était, il faut le dire, très séduisant sur le papier. L'ambiance soignée, glaçante, lugubre, fait penser aux meilleures ouvertures de récits de Dickens, et pourtant il manque quelque chose d'essentiel à ce roman. Malgré l'originalité visible du récit, on tourne les pages sans trop de conviction, et l'intérêt suscité par ces pseudo-révélations trop attendues finit par retomber comme un soufflé. Le récit s'étire en longueur, sans qu'il ne se trame jamais rien de réellement important, ou plutôt si des événements notables surviennent, le ton en est tellement monocorde, qu'ils passent presque complètement inaperçus. Le roman , malgré ses ambitions de départ, est traité de manière tellement froide, et parfois même tellement détaché, qu'on a l'impression d'être tenu à l'écart de sa propre lecture... Les pages finissent par s'égrainer avec lourdeur, malgré l'honnêteté de son style et l'originalité du thème.

La Trilogie du Tearling -  Tome 1 : Reine de Cendres, d'Erika Johansen

A la lecture du quatrième de couverture, je n'étais au départ pas très emballée. Encore un énième récit fantasy, dans laquelle une pauvre jeune fille évoluant dans un monde pseudo-médiéval est appelée à un destin hors du commun... Comme c'est original... Et puis, au bout du compte, à force d'en lire du bien un peu partout, j'ai fini par me laisser tenter, et j'ai très bien fait ! La Trilogie du Tearling n'est pas vraiment un roman jeunesse, car c'est un récit dur, voire parfois un peu cru, qui retrace effectivement l'ascension au trône de l'héritière du Tearling, que tout le monde, en premier lieu son oncle le régent, aimerait beaucoup voire disparaître. Cependant, pas d'atermoiements, par de sentimentalisme dégoulinant, juste un très beau récit fantasy, qui réussit malgré tout à se démarquer de cette littérature très (trop ?) en vogue. Un excellent "page turner", dont pour une fois, le bandeau publicitaire n'est pas immérité...  Je me précipiterai volontiers sur le tome 2 !

La Splendeur des Amberson, de Booth Tarkington

Au-délà du film qu'en a tiré Orson Welles en 1942, La Splendeur des Amberson est aussi le prix Pulitzer de l'année 1919.

Le roman retrace l'ascension et la chute de l'héritier de la richissime famille Amberson. Un roman très américain sur la splendeur (et les misères, si l'on veut plagier Balzac) des premières grandes fortunes de la fin du XIXe siècle des villes-phares du Nouveau Monde, avec une très jolie plume, mais dont le thème quelque peu éculé, parle peut-être plus difficilement aux lecteurs d'aujourd'hui. J'ai cependant été agréablement surprise par le style, pas du tout ampoulé comme on aurait pu le craindre, mais un récit assez enlevé, qui se laisse lire très agréablement. Une découverte agréable et une lecture sans lourdeur, qu'on lit pourtant avec un détachement certain.



La sonate oubliée, de Christiana Moreau

Lionella est une jeune violoncelliste prodige. Lorsque son professeur l'inscrit à un concours de musique très coté, et qu'elle doit choisir un morceau à présenter, son inspiration lui fait défaut. L'un de ses amis lui apporte alors une partition et un manuscrit anciens, rédigé dans le dialecte vénitien. Elle croit d'abord avoir découvert une sonate inédite du "prêtre roux", Antonio Vivaldi. Cependant, il semblerait qu'elle ait entre les mains une partition écrite par l'une de ses protégées de l'Ospedale della Pièta, une orpheline surdouée nommée Ada...

La Sonate oubliée, écrite par la belge Christiana Moreau, est un roman charmant, se déroulant à Seraing, banlieue sinistrée de la ville de Liège, qui a vu le déclin des hauts-fourneaux. Les personnages évoluent dans ce cadre peu propices à la rêverie et aux aspirations musicales, mais parlent immanquablement à beaucoup de wallons... Il est donc tout à fait touchant de ce premier point de vue. Le récit moderne se croise ensuite avec celui d'Ada, la violoncelliste surdouée de l'orphelinat bien connu de Venise. Si le style paraît parfois manquer un peu de maturité, on se laisse cependant volontiers emporté par les interrogations et les aspirations de cette laissée-pour-compte, qui parle tant au coeur de l'héroïne du récit contemporain. Un roman sans prétentions qui nous plonge dans les brumes de la Sérénissime et les ombres de l'Ospedale, et dont la lecture se révèle tout à fait charmante.


3 commentaires:

Lorinda a dit…

Il semblerait que ceux-ci t'aient moins convaincus, à part la Reine des Cendres ! C'est dommage. D'ailleurs, je ne pensais pas que la Rein des cendres était aussi bien (j'ai vu de très bonnes, et aussi des mauvaises critiques). Et c'est décevant pour Smoke, d'ailleurs, le concept avait l'air tellement original !!

Lorinda a dit…

Et au fait : j'adore les intitulés des vignettes sur le côté ! Certaines m'ont bien fait sourire, notamment le méchant qu'on adore détester...:p

Clelie a dit…

Effectivement, les lectures des dernières semaines sont nettement moins intéressantes, même si c'est vrai j'ai été charmée par la Reine de Cendres, ce à quoi je ne m'attendais pas du tout. Quant à Smoke j'ai été assez déçue, et après la lecture de quelques avis sur la toile, j'ai pu me rendre compte que cela rejoint assez l'avis général... Ce roman aurait pu être très bien, mais il lui manque un souffle, une vie.
Et merci pour les intitulés des étiquettes ;)