01 août 2008

Extraits et citations

Comme vous l'aurez remarqué, le site comporte également une section supplémentaire "Extraits et citations". Chaque mois, je proposerai un passage d'une oeuvre qui m'a marquée, qu'il s'agisse d'un roman, d'une pièce, d'un poème.

La citation choisie apparaîtra en permanence , comme actuellement, dans le menu de gauche. Au fil des mois, la citation sera changée et les archives des précédentes seront placées sur cet article qui sera réédité automatiquement.

J'espère que les extraits et citations vous plairont !

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JUILLET 2008

"Pauvre malheureux Erik ? Faut-il le plaindre ? Faut-il le maudire ? Il ne demandait qu'à être quelqu'un, comme tout le monde ! Mais il était trop laid ! Et il dut cacher son génie [...], quand avec un visage ordinaire, il eût été l'un des plus nobles de la race humaine ! Il avait un coeur à contenir l'empire du monde et il dut finalement se contenter d'une cave. Décidemment, il faut plaindre le fantôme de l'opéra !"

Le Fantôme de l'Opéra - Epilogue, Gaston Leroux

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AOUT 2008

"Alors, Mouret acheva de perdre toute tranquillité. Il n'eut plus le courage de revenir sur cette conversation, il vécut dans la continuelle attente d'une catastrophe, où son coeur resterait broyé. Et son tourment le rendit terrible, la maison entière trembla. Il dédaignait de se cacher derrière Bourdoncle, il faisait lui-même les exécutions, dans un besoin nerveux de rancune, se soulageant à abuser de sa puissance, de cette puissance qui ne pouvait rien pour le contentement de son désir unique.Chacune de ses inspections devenait un massacre, on ne le voyait plus paraître, sans qu'un frisson de panique soufflât de comptoir en comptoir. Justement, on entrait dans la morte-saison d'hiver, et il balaya les rayons, il entassa les victimes, poussant tout à la rue. Sa première idée était de chasser Hutin et Deloche ; puis, il avait réfléchi que, s'il ne les gardait pas, il ne saurait jamais rien ; et les autres payaient pour eux, le personnel entier craquait. Le soir, quand il se retrouvait seul, des larmes lui gonflaient les paupières."

Chapitre XII - Au Bonheur des Dames, Emile Zola

SEPTEMBRE 2008



Oh ! dit le prêtre, jeune fille, aie pitié de moi ! Tu te crois malheureuse, hélas ! hélas ! tu ne sais pas ce que c'est que le malheur. Oh ! aimer une femme ! être prêtre ! être haï ! l'aimer de toutes les fureurs de son âme, sentir qu'on donnerait pour le moindre de ses sourires son sang, ses entrailles, sa renommée, son salut, l'immortalité et l'éternité, cette vie et l'autre ; regretter de ne pas être roi, génie, empereur, archange, dieu, pour lui mettre un plus grand esclave sous les pieds ; l'étreindre nuit et jour de ses rêves et de ses pensées ; et la voir amoureuse d'une livrée de soldat ! et n'avoir à lui offrir qu'une sale soutane de prêtre dont elle aura peur et dégoût ! Être présent, avec sa jalousie et sa rage, tandis qu'elle prodigue à un misérable fanfaron imbécile des trésors d'amour et de beauté ! Voir ce corps dont la forme vous brûle, ce sein qui a tant de douceur, cette chair palpiter et rougir sous les baisers d'un autre ! Ô ciel ! aimer son pied, son bras, son épaule, songer à ses veines bleues, à sa peau brune, jusqu'à s'en tordre des nuits entières sur le pavé de sa cellule, et voir toutes les caresses qu'on a rêvées pour elle aboutir à la torture ! N'avoir réussi qu'à la coucher sur le lit de cuir ! Oh ! ce sont là les véritables tenailles rougies au feu de l'enfer ! Oh ! bienheureux celui qu'on scie entre deux planches, et qu'on écartèle à quatre chevaux ! - Sais-tu ce que c'est que ce supplice que vous font subir, durant les longues nuits, vos artères qui bouillonnent, votre coeur qui crève, votre tête qui rompt, vos dents qui mordent vos mains ; tourmenteurs acharnés qui vous retournent sans relâche, comme sur un gril ardent, sur une pensée d'amour, de jalousie et de désespoir ! Jeune fille, grâce ! trêve un moment ! un peu de cendre sur cette braise ! Essuie, je t'en conjure, la sueur qui ruisselle à grosses gouttes de mon front ! Enfant ! torture-moi d'une main, mais caresse-moi de l'autre ! Aie pitié, jeune fille ! aie pitié de moi !

Notre-Dame de Paris, Livre VIII - chapitre IV "Lasciate ogni speranza", Victor Hugo

OCTOBRE 2008

Now is the winter of our discontent
Made glorious summer by this sun of York;
And all the clouds that lour'd upon our house
In the deep bosom of the ocean buried.
Now are our brows bound with victorious wreaths;
Our bruised arms hung up for monuments;
Our stern alarums chang'd to merry meetings,
Our dreadful marches to delightful measures.
Grim-visag'd war hath smooth'd his wrinkled front;
And now, instead of mounting barbed steeds
To fright the souls of fearful adversaries,
He capers nimbly in a lady's chamber
To the lascivious pleasing of a lute.
But I,—that am not shap'd for sportive tricks,
Nor made to court an amorous looking-glass;
I, that am rudely stamp'd, and want love's majesty
To strut before a wanton ambling nymph;
I, that am curtail'd of this fair proportion,
Cheated of feature by dissembling nature,
Deform'd, unfinish'd, sent before my time
Into this breathing world scarce half made up,
And that so lamely and unfashionable
That dogs bark at me as I halt by them;—
Why, I, in this weak piping time of peace,
Have no delight to pass away the time,
Unless to spy my shadow in the sun,
And descant on mine own deformity:
And therefore,—since I cannot prove a lover,
To entertain these fair well-spoken days,
I am determined to prove a villain,
And hate the idle pleasures of these days.
Plots have I laid, inductions dangerous,
By drunken prophecies, libels, and dreams,
To set my brother Clarence and the king
In deadly hate: the one against the other.
And if King Edward be as true and just
As I am subtle, false, and treacherous,
This day should Clarence closely be mew'd up,
About a prophecy which says that "G"
Of Edward's heirs the murderer shall be.

Richard III, Acte I, scène I, William Shakespeare.

NOVEMBRE 2008

’May she wake in torment!’ he cried, with frightful vehemence, stamping his foot, and groaning in a sudden paroxysm of ungovernable passion.’Why, she’s a liar to the end! Where is she? Not there --not inheaven--not perished--where? Oh! you said you cared nothing for my sufferings! And I pray one prayer--I repeat it till my tongue stiffens--Catherine Earnshaw, may you not rest as long as I am living; you said I killed you--haunt me, then! The murdered do haunt their murderers, I believe. I know that ghosts have wandered on earth. Be with me always--take any form--drive me mad! only do not leave me in this abyss, where I cannot find you! Oh, God! it is unutterable! I cannot live without my life! I cannot live without my soul!’

Wuthering Heights, Chapter XV - Emily Brontë

DECEMBRE 2008

L’abbé de la Croix-Jugan resta ce qu’on l’avait toujours connu, et ni plus ni moins. Cloîtré dans sa maison de granit bleuâtre, où il ne recevait personne, il n’en sortait que pour aller à Montsurvent, dont les tourelles, disaient les Bleus du pays, renfermaient encore plus d’un nid de chouettes royalistes ; mais jamais il n’y passait de semaine entière, car une des prescriptions de la pénitence qui lui avait été infligée était d’assister à tous les offices du dimanche dans l’église paroissiale de Blanchelande et non ailleurs. Que de fois, quand on le croyait retenu à Montsurvent par une de ces circonstances inconnues qu’on prenait toujours pour des complots, on le vit apparaître au choeur, sa place ordinaire, enveloppé dans son fier capuce : et les éperons qui relevaient les bords de son aube et de son manteau disaient assez qu’il venait de quitter la selle. Les paysans se montraient les uns aux autres ces éperons si peu faits pour chausser les talons d’un prêtre, et que celui-ci faisait vibrer d’un pas si hardi et si ferme ! Hors ces absences de quelques jours, l’abbé Jéhoël, ce sombre oisif auquel l’imagination du peuple ne comprenait rien, tuait le temps de ses jours vides à se promener, des heures durant, les bras croisés et la tête basse, d’un bout de la salle à l’autre bout. On l’y apercevait à travers les vitres de ses fenêtres ; et il lassa plus d’une fois la patience de ceux qui, de loin, regardaient cet éternel et noir promeneur.
Souvent aussi il montait à cheval, au déclin du jour, et il s’enfonçait intrépidement dans cette lande de Lessay, qui faisait tout trembler à dix lieues alentour. Comme on procédait par étonnement et par questions à propos d’un pareil homme, on se demandait ce qu’il allait chercher, dans ce désert, à des heures si tardives, et d’où il ne revenait que dans la nuit avancée, et si avancée qu’on ne l’en voyait pas revenir. Seulement on se disait dans le bourg, d’une porte à l’autre, le matin : « Avez-vous entendu c’te nuit la pouliche de l’abbé de la Croix-Jugan ? » Les bonnes têtes du pays, qui croyaient que jamais l’ancien moine de Blanchelande ne parviendrait à se dépouiller de sa vieille peau de partisan, avaient plusieurs fois essayé de le suivre et de l’épier de loin dans ses promenades vespérales et nocturnes, afin de s’assurer si, dans ce steppe immense et désert, il ne se tenait pas, comme autrefois il s’en était tenu, des conseils de guerre au clair de lune ou dans les ombres. Mais la pouliche noire de l’abbé de la Croix-Jugan allait comme si elle eût eu la foudre dans les veines et désorientait bientôt le regard, en se perdant dans ces espaces. Et par ce côté, comme par tous les autres, l’ancien moine de Blanchelande restait la formidable énigme dont maître Louis Tainnebouy, bien des années après sa mort, aussi mystérieuse que sa vie, n’avait pas encore trouvé le mot.

L'Ensorcelée, Chapitre XIV, de Jules Barbey d'Aurevilly.


JANVIER 2009

"Watson insists that I am the dramatist in real life," said he. "Some touch of the artist wells up within me, and calls insistently for a well-staged performance. Surely our profession, Mr. Mac, would be a drab and sordid one if we did not sometimes set the scene so as to glorify our results. The blunt accusation, the brutal tap upon the shoulder--what can one make of such a denouement? But the quick inference, the subtle trap, the clever forecast of coming events, the triumphant vindication of bold theories--are these not the pride and the justification of our life's work? At the present moment you thrill with the glamour of the situation and the anticipation of the hunt. Wherewould be that thrill if I had been as definite as a timetable? Io nly ask a little patience, Mr. Mac, and all will be clear to you."

The Valley of Fear, Arthur Conan Doyle

MARS 2009

Silencieux, les poings aux dents, le dos ployé,
Enveloppé du noir manteau de ses deux ailes,
Sur un pic hérissé de neiges éternelles,
Une nuit, s’arrêta l’antique Foudroyé.

La terre prolongeait en bas, immense et sombre.
Les continents battus par la houle des mers ;
Au-dessus flamboyait le ciel plein d’univers ;
Mais Lui ne regardait que l’abîme de l’ombre.

Il était là, dardant ses yeux ensanglantés
Dans ce gouffre où la vie amasse ses tempêtes,
Où le fourmillement des hommes et des bêtes
Pullule sous le vol des siècles irrités.[...]

La Tristesse du Diable "Les poèmes barbares" - Charles Leconte de Lisle

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AVRIL 2009

Grotte des Aigles, 15 août 1795.

Ô Christ, j’ai comme toi sué mon agonie
Dans ces trois doubles nuits d’horreur et d’insomnie!
Oh! pourquoi cette voix dans mon Gethsémani
Ne me dit-elle pas aussi: « Tout est fini! »
Après avoir vécu deux ans du pain de vie,
De l’amour débordant que ton ciel nous envie,
Pourrais-je vivre en bas de ce fiel mêlé d’eau?
Pourrais-je du passé supporter le fardeau;
Suivre jour après jour, sans rêver, sans attendre
Ce que chacun d’eux rêve et nul ne doit me rendre;
Et chaque soir, marchant sans but dans mon chemin,
Me dire: Rien ici, rien là-bas, rien demain?
Ma vie est un sépulcre où Dieu même condamne
Le souvenir: semblable à la lampe profane
Qui ne doit plus brûler dans la paix d’un tombeau,
Coeur mort, il faut encore éteindre ton flambeau;
Il faut que, si ton feu couve ou si ton sang saigne,
Toujours la main de glace ou l’étanche ou l’éteigne!
Oh! vivre ainsi, mon âme, est un trop rude effort:
Pourquoi me réveiller? Mon Dieu, la mort! la mort!

Jocelyn - cinquième époque - Alphonse de Lamartine

2 commentaires:

Sibylle a dit…

Je préfèrais l'ancien design mais tes posts sont toujours aussi intéressants :)

Clelie a dit…

Bon, c'est dit... J'ai changé le design encore une fois, et je suis revenue plus ou moins à l'ancien (comme quoi il ne faut jamais changer les habitudes, ça perturbe !) Seule différence : le design a un effet "stretch", ce qui permet de plus grande largeur de page, plus facile pour la mise en place de photos. J'espère que ça vous plaît.

Merci pour ton com', Sybille et à bientôt.