19 février 2010

Wuthering Heights (adaptation de 1998), de David Skynner

Adaptation de 1998, produite par ITV (1998)

Scénario de Neil McKay, d'après le roman d'Emily Brontë

Avec Robert Cavanah (Heathcliff), Orla Brady (Cathy Earnshaw), Ian Shaw (Hindley), Polly Hemingway (Nelly Dean), Crispin Bonham-Carter (Edgar Linton), Flora Montgomery (Isabella Linton), Matthew MacFadyen (Hareton Earnshaw), Catherine Linton (Sarah Smart).

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Wuthering Heights, cet éternel classique de la littérature anglaise, seul roman jamais écrit par Emily Brontë, est sans doute l'une des oeuvres les plus marquantes qu'il m'ait été donné de lire, et qu'il m'est d'ailleurs difficile d'ouvrir à nouveau. Non parce qu'il n'a pas reçu mon approbation de lecteur, mais parce qu'une atmosphère étrange et pernicieuse s'en émane, et que celle-ci  peut vous hanter pour longtemps.
Il est de ces romans qu'il est difficile de lire, et donc d'oublier.

Wuthering Heights recèle en lui les principaux fondements des intrigues et des caractères romantiques, tout en y mêlant subtilement une inspiration gothique échevelée.
La maladie, la folie, le malheur, la frustration, les passions dévastatrices, y rencontrent des spectres hantant les landes désolées...

Au vu de la particularité du contexte et de l'intrigue, on comprend aisément que l'adaptation de cette oeuvre se révèle être particulièrement difficile... Durant les soixantes dernières années, plusieurs réalisateurs s'y sont essayés avec plus ou moins de succès (une petite rétrospective fera d'ailleurs l'objet d'un autre post), mais jamais aucune adpatation n'a su retranscrire parfaitement les sentiments extrêmes, et la singularité du roman.

Il y a quelques années, Arte diffuse cependant une version d'ITV dans un format court, réalisée en 1996.


Tout d'abord sceptique après le premier visionnage, rebutée par cette version d'Heathcliff sans trop en comprendre les raisons, cette version d'une grande sobriété esthétique, a fini par m'apprivoiser définitivement.

Cathy (Orla Brady)

Elle a pourtant son lot de défauts incontournables, notamment dans sa première moitié. On peut tout d'abord  reprocher aux acteurs d'être trop âgés pour incarner les adolescents espiègles du roman, et on peine à comprendre les réactions puériles de Cathy. La plupart des réactions irréfléchies qui apparaissent naturellement comme des méprises de jeunesse, perdent dans l'instant toute leur naïveté...

Orla Brady campe une Cathy convaincante, pour laquelle il est impossible d'éprouver la moindre pitié. En cela, elle se rapproche beaucoup du personnage original, versatile et capricieux, qui ne pourra jamais trouver la sympathie du lecteur. L'actrice offre une mémorable scène de folie, qui reste longtemps graver dans la mémoire.

Robert Cavanah est sans doute l'élément qui a fait de cette adaptation une belle réussite : à la fois victime et bourreau, Heathcliff est l'incarnation ultime de la violence aveugle, de la haine et de la vengeance. On a rarement vu interprétation plus splendide du personnage, qui demeure tout au long du téléfilm aussi terrifiant dans sa froideur que dans ses accès passionnels. Un personnage aussi, dont on parvient cependant à comprendre les extrêmes : orphelin recueilli et aimé, pour ensuite être rejeté et haï, Heathcliff a, si j'ose dire quelques circonstances qui l'ont poussé à être ce qu'il est devenu à l'âge adulte... Rabaissé et battu tel un animal, rejeté par Cathy qui préfère en épouser un autre, ce personnage qui possédait sans doute en lui un tempérament déjà trouble et une âme très instable, s'enfonce peu à peu dans une lente folie destructrice, qui s'insinue dans toutes les âmes qui l'entourent comme un poison mortel.

Heathcliff (Robert Cavanah)

Heathcliff (Robert Cavanah)

Dans les rôles plus secondaires, on retrouve Crispin Bonham Carter (Charles Bingley dans Pride & Prejudice 1995), qui répond merveilleusement à l'image d'Edgar Linton original : un homme bon, mais manquant manifestement de courage.

On peut souligner la présence remarquable, mais peu loquace de Matthew MacFadyen en Hareton, qui opère un joli travail sur le personnage, et qui entretient avec Heathcliff une relation filiale qui peut étonner, mais qui n'en demeure pas moins très réussie.

Sarah Smart, en Catherine Linton, personnage qui m'a toujours paru transparent, prend ici un belle importance, et l'actrice en fait à la fois un personnage doux, mais d'une résolution admirable.

Hareton (Matthew MacFadyen)

En quelques mots, une version terriblement sombre et violente, mais infiniment respectueuse, qui demeure à ce jour la meilleure adaptation de Wuthering Heights qu'il m'ait été donné de voir !

Hareton enfant et Heathcliff

8 commentaires:

Maribel a dit…

Je n'ai pas trop aimé l'adaptation que j'avais vu ( je crois que c'était avec Timothy Dalton), mais je veux tout de même lire cet oeuvre un jour et me réessayer avec d'autres adaptations.

Gabriel a dit…

Hi ! :)

Une adaptation des Hauts de Hurlevents dont tu m'avais déjà parlé, mais que je n'ai pas encore eu l'occasion de voir. Je vais sans doute me laisser tenter par le DVD après cette critique flamboyante !

Je ne sais pas si tu as vu Wolfman, de Joe Johnston, si oui, tu conviendras certainement comme moi que le personnage bestial incarné par Benicio Del Toro a quelque chose d'Heathcliff, détail que j'ai ommis dans ma critique mais qui me parait maintenant tout à fait pertinent. Si tu n'as pas vu ce film alors je te le conseille vivement, malgré sa violence : il est superbe !

See ya soon !

Amicalement,

Gabriel

Clelie a dit…

Bonjour Maribel,

La version avec Timothy Dalton est loin d'être la meilleure... Je dirais même, qu'hormis quelques beaux plans, elle est absolument à côté de la plaque...

A très bientôt,

Amicalement,

Clelie

Clelie a dit…

Hello Gabriel,

Merci pour ton commentaire ! J'espère que cette version de WH recevra ton approbation ! Même si je reconnais que personnellement, elle a nécéssité une réflexion en deux temps (à savoir : recevoir cette interprétation d'Heathcliff comme un coup de poing, et ensuite la distiller comme un poison...)
Elle est éminement savoureuse, même si elle aurait pu être bien meilleure sur certains aspects.

Quant à Wolfman, j'avais lu avec attention ton article sur ce film qui m'a immédiatement interpellé à la bande annonce... ! Je n'ai pas encore eu l'occasion de le voir, mais cela ne saurait tarder... je pense que je vais me régaler... !

A bientôt,

Clelie

A.my a dit…

Bonjour !
C'est un live qui m'a vraiment marqué (positivement). J'ai vu une adaptation très très vieille en noir et blanc qui m'avait un peu déçue puisqu'elle s'arrête en plein milieu du roman. J'aimerais bien voir l'adaptation dont vous parlez :)

Clelie a dit…

Bonjour A.my,

Merci de ton message.
L'adaptation dont tu parles est celle de 1939 de William Wyler, avec Laurence Olivier et Merle Oberon. Un très beau film à mon sens, d'un esthétisme certain, à une pléiade d'acteurs magnétiques, Laurence Olivier en tête. Dommage, en effet, que le film, pour des raisons de censure, n'ait pu restranscrire mieux l'atmosphère oppressante de folie et de mort qui plane sur ce roman splendide.

L'adaptation de David Skynner est de loin la meilleure que j'ai pu voir, même si j'ai aimé pendant longtemps la version de 1992 avec Ralph Fiennes ou même le film de 39.

A bientôt je l'espère !

Clelie.

A.my a dit…

Effectivement c'est bien cette adaptation, merci pour tout ces renseignements !
Et merci pour ce site très intéressant que j'ai découvert par hasard, grâce au blog de la dessinatrice Mara !

Clelie a dit…

Mais de rien, A.my ;-)

Encore merci de ton message, et au plaisir de te lire !

Clelie.