18 juin 2011

Le Spectre, d'Arnold Bennett

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Traduit de l'anglais par Emile Chardome et Pierre Goemaere

Edition Terre de Brume, 183 pages

Première édition : 1907

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Rosetta Rosa est une jeune chanteuse d'opéra, admirée et enviée, qui suscite autant de passions que de jalousies. Elle inspire à Carl Foster, médecin fraîchement diplomé, peu enclin aux mondanités, un amour profond et désintéressé. Cependant, au fil des semaines, Carl pense être suivi et épié par un homme à l'allure sinistre, qui apparaît et disparaît de façon inexplicable, semant catastrophes et morts sur son passage...

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Le résumé de cet étonnant roman, a des allures du Fantôme de l'Opéra, me direz vous...  Et je ne pourrai résolument pas le contredire. Nous sommes ici en présence du même schéma, du même triangle amoureux (la chanteuse ingénue, l'amoureux transis, et le personnage fantasmagorique surgi tout droit de l'ombre), mais les similitudes, aussi troublantes soient-elles, s'arrêtent là. S'il y a d'étranges parallèles entre les deux romans (l'ennemie de la jeune femme, ne s'appelle-t-elle pas Carlotta dans les deux oeuvres... ?), la nature en est bien différente. Le Spectre est en effet, à proporement parlé, un roman fantastique. La présence malfaisante ressentie par le jeune Carl Foster n'a rien de réelle. Même s'il s'avère palpable, celui qui persécute le narrateur est bel et bien un véritable fantôme. Et il n'y a pas lieu de croire que cet état de fait soit une grande révélation de la trame de ce roman. Malheureusement, la nature du personnage, se trouvant tout d'abord dévoilée par le titre de l'oeuvre, est ensuite traitée avec une nature si fantastique, que la pseudo-révélation des derniers chapitres n'en est pas réellement une, et tombe même complètement à plat.
Cela est très dommage, car il y a de nombreuses scènes réussies, dans le sens fantastique du terme. Certaines laissent d'ailleurs une très forte impression (et je pense particulièrement, à la scène de veillée funèbre à la cathédrale de Bruges, qui est un joyau de littérature fantastique, et qui pourtant n'a aucune prétention de style). Autre point négatif de l'oeuvre, c'est le manque d'approfondissement de ce fameux Spectre, dont on ne sait presque rien, puisqu'il apparaît réellement d'une façon très sporadique, et qui n'a d'ailleurs même pas le privilège de prononcer un seul mot...
Je pourrais donc simplement dire qu'il s'agit là d'un ouvrage tout à fait divertissant, sans grande prétention, mais qui vaut néanmoins la peine d'être lu pour les similitudes étranges qu'il présente avec Le Fantôme de l'Opéra de Gaston Leroux.
C'est ce point qui m'a particulièrement interpellée à la lecture, car ce roman n'est jamais mentionné dans les sources d'inpiration du maître feulletoniste français. On cite souvent, à juste titre, Trilby de George du Maurier, ou encore Le Château des Carpathes de Jules Verne, mais jamais Le Spectre, alors que les analogies sont troublantes... Du reste, le Spectre fait lui aussi exception dans l'oeuvre de Bennett, puisque l'auteur était connu pour ses romans réalistes, dont la plupart n'ont pas passé l'épreuve du temps.

Le mystère reste donc entier...

2 commentaires:

Mascha a dit…

Bonsoir! Première visite sur ce blogue, et je suis conquise.
Le design m'a d'abord accroché : j'aime beaucoup ce fond noir qui fait ressortir tout le reste en plus de créer une ambiance intime.
Ensuite, les mots... tu écris bien. Ce que je recherche surtout sur un blogue, c'est que ce soit agréable à lire.
Puis, les idées. De bonnes idées. C'est original, ça change des formules typiques que l'on retrouve sur trop d'endroits de la blogosphère.
Sur ce, je retourne à ma lecture.
Bonne continuation. ;)

Mascha

Clelie a dit…

Bonjour Mascha,

Et merci pour ce commentaire très élogieux.
Je suis ravie de savoir que ce blog, si modeste soit-il, ait pu te plaire.

A très bientôt je l'espère.

Clelie.