06 février 2013

My kingdom for a horse !

Une fois n'est pas coutume, pas de billet "littérature"... Enfin, presque pas... Lorsque l'on évoque le tristement célèbre Richard Gloucester, plus connu ensuite sous le nom de Richard III Plantagenêt, il est impossible de ne pas l'associer à la tragédie de Shakespeare du même nom...


Tristement célèbre, parce que considéré, grâce au dramaturge anglais et à l'influence des Tudor, comme un être difforme, abject et sanguinaire. Excusez du peu.

Si l'on se réfère à la pièce de Shakespeare, et aux très rares informations historiquement valables de l'époque  (nous sommes alors à la fin du XVème siècle), Richard III aurait accédé au trône, après en avoir écarté son frère aîné, le Duc de Clarence, et fait supprimer ses deux neveux, assassinés à la Tour de Londres. Richard, après avoir intrigué durant des années, dans l'ombre des héritiers les plus directs de la couronne, ne restera sur le trône que deux ans, puisqu'il meurt à la bataille de Bosworth en août 1485, à l'âge de 32 ans.  


Mais pourquoi ce cours d'histoire abrégé, me direz-vous ? Vous l'aurez peut-être vu ou lu dans les journaux de ces derniers jours, le squelette découvert il y a plus d'un an sous le parking de l'église de Leicester, en excellent état de conservation, n'est autre que celui du souverain, que l'on avait cru disparu à tout jamais. Les récentes analyses ADN ont enfin confirmé qu'il s'agissait bel et bien de Richard de Gloucester. Après la bataille de Bosworth, son corps aurait été exhibé dans la ville de Leicester. On s'en serait ensuite débarrassé avec précipitation... Alors qu'en réalité, il semble qu'il ait été respectueusement mis en terre, dans une sépulture de l'ancienne église, aujourd'hui disparue.

Richard III m'intéresse depuis toujours (comme tous les personnages controversés, comme c'est étonnant !). Lorsque l'on se penche de plus près sur l'histoire de ce roi - la véritable histoire, il s'entend - on apprend très vite qu'au-delà de tout ce que l'on a pu en dire, il avait été un excellent chef d'état. Il fut conseiller pour son frère Edward IV, puis Lord Protecteur lors de l'accession au trône du jeune Edward V, qui n'avait que 12 ans. Qu'il ait réellement fait supprimer le Duc de Clarence, puis ses deux neveux, nul ne peut réellement l'attester, même si les circonstances sont assez troublantes.

Selon le peu de sources d'époque, il s'avère que Richard était un excellent roi, et que Shakespeare, vivant à l'époque des Tudor - dynastie qui a succédé à celle des Plantagenêt à l'issue de la guerre des Deux-Roses - a probablement forcé le trait jusqu'à la caricature. On l'a dit bossu et difforme, or aujourd'hui, grâce au squelette retrouvé sous ce fameux parking, on sait que cela n'était pas tout à fait le cas. 
Sa colonne vertébrale était gravement scoliosée, due à une déformation survenue à l'adolescence, comme l'atteste la photo ci-dessous. Il n'était cependant pas bossu pour autant. 

D'autre part, on a retrouvé différents coups portés, probablement ceux qui ont causé sa mort, et d'autres plus anciens. Ce qui est assez cohérent, puisque l'on sait que Richard III était un épéiste chevronné. Parmi ceux-ci, une coup porté dans le dos, provenant probablement d'une pointe de flèche, voire d'une arbalète, puis plusieurs autres à la tête, donné sans doute à l'arme blanche.


Bref, c'est la société Richard III qui est plutôt heureuse de la découverte (Richard III society) ! Celle-ci va permettre de relancer les débats, et surtout de rectifier un certain nombre d'erreurs au sujet de ce personnage énigmatique.

La dynastie des Plantagenêt s'étant éteinte avec Richard III, il a fallu des mois de recherches aux scientifiques pour retrouver des descendants avec qui pouvoir comparer valablement son ADN. Malgré le nombre d'enfants de la maison d'York (13 frères et soeurs), et l'existence avérée d'enfants légitimes et illégitimes, la tâche ne fut pas aisée. Une descendante d'Anne d'York, sa soeur aînée, a été miraculeusement retrouvée au Canada, avec qui les analyses correspondent avec un excellent taux de certitude. Un autre héritier des gênes de Richard III a été depuis retrouvé. Pour la petite anecdote, Michael Ibsen- c'est son nom - est menuisier-charpentier à Londres... Plus de 500 ans - et une couronne - les sépare. 

Il est à noter que ces analyses ADN ne sont pas là pour prouver que Michael Ibsen est son descendant, mais bien pour attester que le squelette retrouvé à Leicester correspond à celui de Richard III, ce qui n'est pas la même chose... ^_^  

Michael Ibsen, en compagnie de la récente reconstitution faciale de son ancêtre, roi d'Angleterre. Source : lefigaro.fr
  

Pour en savoir plus :
- Le merveilleux ouvrage de Josephine Tey, La fille du temps.
- La pièce de William Shakespeare, qui demeure l'une de ses tragédies les plus noires, et les plus passionnante  : Richard III 
- Le film de et avec Sir Laurence Olivier, de 1955, d'après Shakespeare. Un film excellent, qui vous donnera des cauchemars pour longtemps... ^_^

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