04 mai 2011

The further adventures of Sherlock Holmes : The Angel of the Opera, by Sam Siciliano

The Angel of the Opera

1994 - Réédition Titanbooks mars 2011
306 pages de pur bonheur.

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1890.
Sherlock Holmes, accompagné de son ami et cousin le docteur Henry Vernier, se rend à Paris à la demande des nouveaux directeurs de l'Opéra Garnier, messieurs Richard et Moncharmin.
Des évènements étranges se produisent dans l'ombre des coulisses, tandis que des lettres de menace envoyée par un certain Fantôme se succèdent... Le célèbre détective se voit confié la délicate mission de découvrir le secret qui se cache derrière ce "spectre", qui semble faire sa loi jusque dans les profondeurs les plus insondables de l'édifice.

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Voilà donc une nouvelle fois un pastiche holmesien qui réunit à la fois ces deux personnages de la littérature pour lesquels j'éprouve tant d'admiration. Autant dire immédiatement que je craignais de retrouver un schéma identique à celui utilisé par Nicholas Meyer dans son Sherlock Holmes et le Fantôme de l'Opéra, qui s'était contenté de reprendre la trame du roman de Gaston Leroux, sans y apporter de réelles innovations.
Bien entendu, Sam Siciliano a également greffé son récit sur celui de Leroux, à la fois d'une manière tout à fait respectueuse de l'original, tout en étant délicieusement transgressif. Je m'explique.
Tout d'abord, la principale innovation concerne Sherlock Holmes. Au-delà des apparences véhiculées par un insconscient collectif parfaitement biaisé, l'auteur le présente dans sa version la plus ambivalente possible. Le personnage est fort heureusement dispensé de ces habituelles dérives addictives, ce qui n'est pas pour me déplaire, puisque cet élément je le répète, n'est utilisée que très rarement dans le canon, et qu'il est loin de conditionné son caractère fantasque. On le présente tout d'abord comme ce modèle d'apparente froideur, de logique et d'intelligence implaccables qui sont les fondations essentielles de sa personnalité. Puis ensuite comme un être capable d'une certaine véhémence, considérée comme une extrémité à laquelle le conduit une nature très impétueuse, voire dirais-je presque passionnée. Il ferait presque figure de personnage byronnien, qui se contraint à réfréner perpétuellement sa nature profonde, pour se prémunir d'un environnement destructeur. Ame incomprise, qui se contente de vivre dans une solitude qui le préserve en quelque sorte des sentiments trop personnels. Il n'y a à vrai rien de bien incohérent dans ce postulat, puisque j'ai toujours considéré Sherlock Holmes, non pas comme un personnage romantique puisqu'il m'en paraît loin sur la forme, mais comme une nature passionnée et originale sur le fond. Il est capable d'extrémité, d'accès de très grande humanité, de réelle abnégation, qui paraissent toujours si peu en accord avec ses apparences si rigides. Alors, je crois que l'on peut réellement accepter en tant que lecteur, de voir cet aspect de sa nature se révéler dans le cadre d'un pastiche, à plus forte raison lorsque celui-ci est traité avec la plus grand des considérations.
Ensuite, ce récit se voit également privé de l'habituel Docteur Watson en tant que compagnon et narrateur, ce qui est pout sa part très surprenant. Sans doute l'auteur avait-il besoin d'originalité, mais aussi d'un autre regard, correspondant à son nouveau point de vue de narration concernant Holmes. D'où l'introduction de ce Docteur Vernier, qui malheureusement se voit souvent relégué dans le rôle du faire-valoir. Personnage très sympathique, mais néanmoins fort distrait, ne disposant que de maigres ressources logiques, il ne parvient pas vraiment à s'élever, mais je pourrais trouver comme excuse que ce n'était pas le but réel du roman.
Le volet le plus plaisant évidemment est la fusion littérale de l'univers de Holmes et de celui du Fantôme, ou plus simplement de l'univers leroussien. L'auteur réussit à les faire cohabiter merveilleusement, alors que cela n'apparaît pas si aisé. Alors que l'on pouvait reprocher à Nicholas Meyer de simplement présenter des personnages dans leur plus grande naïveté, Sam Siciliano a pris le parti de les faire paraître sous un jour nouveau, avec leur lot de qualités et de défauts. Ainsi, on retrouvera une Christine Daaé bien éloignée de son image de jeune fille candide aux grands yeux clairs... Elle demeure certes fragile, délicate, mais avec une belle résolution d'âme, qui se trouve dénuée de cette innocence enfantine qu'on lui a trop souvent prêtée. Que diable, elle est chanteuse d'opéra, et plaçant son art au-dessus de tout, elle ne dédaignera pas quelques remarques acerbes à ceux qui méprisent sa voix et sa jeunesse ! Sa nature plus impétueuse, lui fera gagner davantage l'intérêt du lecteur. Mais il se pourrait aussi qu'elle s'égare dans des choix intéressés, en y perdant un peu de sa pureté éthérée.
La transformation la plus surprenante de la trame demeurera celle du Vicomte Raoul de Chagny, qui tout en conservant ses apparences d'amoureux transis, se montre d'un monstrueux égoïsme et d'une immaturité qui a particulièrement tendance à porter sur les nerfs des protagonistes, jusque sur ceux du lecteur. Les adeptes se régaleront de cette appréciation à contre-courant du prince charmant aux sentiments désintéressés... Personnage perpétuellement indécis, animé d'une obstination et de caprices enfantins, il paraît difficile de lui accorder la moindre sympathie. Il est d'ailleurs particulièrement malaisé d'accorder au couple qu'il forme avec Christine le moindre crédit...
Mais venons-en au fantôme, à cet Erik si monstrueux, si fou et si malfaisant que nous a brossé Leroux dans son oeuvre.  Je me suis particulièrement régalée des scènes qui opposent Sherlock Holmes et Erik, auxquelles l'auteur a accordé un soin tout particulier. Il a tempéré d'une part les humeurs fantasques d'Erik et son narcissisme éclatant, par davantage de dérives mélancoliques, et forcé d'autre part l'humanisme d'un détective qui semble avoir tout perdu de son arrogance intellectuelle. A dire vrai, il n'y a pas réellement d'opposition entre les deux hommes, mais bien une sorte d'indicible similitude, qui fait se transformer la traque du monstre, par une réelle main tendue vers le gouffre de l'insondable solitude du traqué. Si cette situation n'est pas incohérente en soi, puisqu'il arrive à Holmes de soustraire certains coupables à la justice (voir par exemple le récit du Pied du Diable). Mais c'est justement à ce moment que le récit dérive, au moment même où l'auteur "lâche" la trame de Leroux.
Afin de ne pas dévoiler la fin de ce pastiche délicieux, je concluerai simplement en disant que la fin n'a pas eu pour moi la même saveur que le reste du récit. Je persiste à penser qu'il y a quelque chose d'incohérent dans cette conclusion trop heureuse. Le Fantôme fait définitivement partie des personnages voués au tragique (voir l'article de Lorinda sur son blog à ce sujet), et l'imaginer avec une fin trop convenue, ce serait l'imaginer perdre de vue son absolu, et tout l'obsessionnel qui s'y trouve lié. Ce serait donc remettre en question sa nature. Et cela, définitivement, il est difficile d'y adhérer.
Mais il demeure néanmoins un livre d'une excellente facture, très original sur son contenu, offrant une vision nouvelle des personnages originaux, sans pour autant les altérer.

2 commentaires:

April a dit…

Excellent Clelie. Est-ce qu'il existe une traduction française de ce livre ?

Clelie a dit…

Hello ma belle !

Malheureusement, je crois qu'il n'existe aucune traduction française... Cependant, la langue est fluide et agréable, je te le conseille ! ^_^

A bientôt,

Bises.