05 mars 2014

"Le bonheur ne sera que conquis, intermittent, fastidieux" (extrait)

"Mais, à y bien réfléchir, comment la contemplation de l'enfance pure ne nous serait-elle pas insupportable, à certains moments ? (...) : lire en filigrane du bonheur juvénile, la perspective de ce que l'on nomme couramment "la perte de l'innocence" (ce qui ne veut rien dire, même s'il y a un fond d'intuition dans la formule) ; disons plutôt : la dégradation d'une possibilité de vie et de joie. Oui, voilà ce qui m'apparaissait : l'idée que la possibilité de vie et de joie (...) puisse aller en se dégradant, et combien tout sera tellement moins facile plus tard, dépourvu de cet allant sans réserve qui jaillit pour le moment comme une force naturelle. Bien sûr il y aura quelques merveilles mais le bonheur ne sera que conquis, intermittent, fastidieux : ce sera un curieux labeur. (...) je me disais : il restera bien quelque chose de tout ça, mais dilué, affadi, tout juste rattrapé par l'effort d'une vie intérieure."

Arnaud Cathrine, "Je ne retrouve personne"

3 commentaires:

LOrinda a dit…

La citation est vraie mais cela dépend des gens....il y en a qui arrivent à se créer une vraie vie intérieure, riche en tout cas, au point de paraître complètement décalé par rapport aux autres...ceux qui ne l'ont pas doivent manquer vraiment de quelque chose et y perdre, en même temps. Ils n'y gagnent sans doute qu'une monotonie sans éclat...

Clelie a dit…

Ma chère Lo, tu as tout à fait raison, et je suis personnellement loin de penser cela moi-même... J'ai trouvé la citation très juste dans le sens où elle semble refléter les états d'âme de la société actuelle, triste, monotone et certainement désabusée. Le roman dont est issu cet extrait est dans son entièreté une ode aux regrets et au temps qui passe.

Quant à être en complet décalage par rapport aux autres, je comprends tout à fait... Je me dis souvent qu'il est heureux que la vie intérieure existe pour pallier parfois à une réalité qui est loin d'être toujours idyllique. Vive l'imagination et la jeunesse de l'esprit, n'est-ce pas ?

Lorinda a dit…

Oui, il est clair que cela reflète bien la société actuelle...elle est monotone ou plutôt routinière, désabusée, à croire à des illusions assez méprisables souvent, sans espoir véritable et surtout sans...absolu même si l'expression n'est guère juste...disons que pour beaucoup il semble difficile voir impossible de voir plus loin que le bout de leur nez et de même écouter d'autres valeurs que les siennes (ne parlons pas de tolérer les autres...). Il y a clairement un manque de projection extérieure à soi-même, et comme ils le disaient dans je ne sais plus quelle analyse, c'est justement la lecture de fictions qui permet de davantage se mettre à la place des autres et d'avoir l'esprit plus ouvert...car certains restent bien fixés sur des idées qui font certes tourner la société ou aident à gagner sa vie, mais qui sont bien tristes.

Donc je suis tout à fait d'accord, vive l'imagination et la jeunesse d'esprit ^^ elle aide à traverser la réalité qui est loin d'être toujours joyeuse, distrayante ou simplement agréable. On parle plus souvent de l'absurdité/idiotie bornée des gens que de leurs valeurs intérieures, c'en est bien la preuve. Et la vie intérieure est tout aussi importante que l'extérieure, voire plus. Wilde disait "notre vraie vie est celle que nous ne vivons pas." (enfin, ça y fait sens pour moi, mais je m'interroge toujours dessus...)